PROCULUS IGNORE L\ SENTENCE
avait, par l'effet de la sentence, cessé d*être évoque. Aussi n'y avait-il pas à douter que ses pouvoirs métropolitains ne fussent abolis. Aussitôt après le jugement, une décrétaie confirma Patrocle dans Texercice qui lui avait été accordé de Tancienne juridiction marseillaise, et dansle privilège des formates (i).
Proculus affecta d'ignorer la sentence romaine qui Tavait frappé. Il demeura dans sa ville ; il continua d'y accomplir ses fonctions sacerdotales et, à l'occasion, d*ordonner des évêques pour les églises suffragantes de son siège. Ursus et Tuentius, excommuniés comme lui, conservèrent également leurs petits évêchés de Gargarius et de Citharista(2).
Zosime se sentait bravé. Chaque courrier qui l'informait des affaires de Marseille renouvelait sa douleur et sa colère, 11 écrivait lettre sur lettre à Patrocle, pour le presser, le sommer presque de
(i) Même lettre : Unde znetropolitani in te dignitatem atque personam ctiam apostolica^ sedis auctoritatc considéra : in quem fartivc locum per indebita a Synodo (sic Coustant; codd. indêbita synodo et indehitam synodum) Proculus usurpator (Coustant : usurpatum) irrepserat. Ktc.
(2) Il n'y a pas de doute sur ce point, si Ton admet (comme je n*h(^sîte pas à le faire) l'identité du Tuentius protégé de Proculus, avec le Tuentius, évèque, que cite le pape Célestin (ci-dessus, p. 94, note 2). On voit au surplus que dans aucune des lettres posté- Heures  la décrétale Placuit apostoUcae où il renouvelle ses décisions premières, Zosime ne revient sur le sujet des deux paroisses contestées. — Le texte cité par M. Duchesne {FasUs^ t. I, p. 98), pour établir que Patrocle réussit i chasser Ursus et Tuentius de leurs sièges, se rapporte à une condamnation que ces deux personnages avaient subie plusieurs années avant d'être faits évéques par Proculus. (Ep. Cum advtrsuSj §§ i et 3),
ROMB CONTRE MARSEILLE
mettre fin à un tel scandale, d'arracher à Proculus son évéché(i). Quand on sait les liens qui unissaient l'évoque Patrocle au patrice Constantius, on ne doute pas quMl n'ait essayé de d'obtenir du pouvoir impérial une intervention énergique. Mais Tempereur pouvait-il sévir contre le vieil évêque que beaucoup de gens vénéraient, qui était demeuré, en dépit de la condamnation romaine, dans la communion de Milan et de toute la Haute-Italie (2), et que le concile de Turin avait appelé : le saint Proculus?
Le pape et l'évêque d'Arles paraissent avoir eu dans Téglise de Marseille quelques partisans. Zosime se flattait de penser qu'il y avait, dans la cité, de vrais chrétiens qui tenaient avant tout à la communion romaine, et souffraient impatiemment d'avoir à la tête de leur église un rebelle et un schismatique. Il espéra que ce parti parviendrait, avec l'appui de Patrocle, à chasser Proculus de son siège, comme naguère les églises d'Arles et d'Aix s'étaient débarrassées de Lazare et d'Héros. Pour donner courage à ses amis, il adressa, sans doute k la fin de rhiver de 417-418, une lettre eau clergé, au corps municipal et au peuple de Marseille (3). >
(l/ Ep. Cum et in praesenti fNtigne» t. XX, col. 673. £p. Merow., p. 12) : *.. et frequentibus a nobis litteris ipse fis monitus, ut .., ProcuU ausibus conatibusque iUis^ quibus adhuc se putat aliqua po8»e turbare... occurreres...
(2) Ceci ne nous est attesté nulle part, mais me paraît ne pouToir être mis en doute. Proculus n'avait rien fait que le concile de Turin n'eût approuvé ou justifié.
(3) Ep. Non miroTt Migne, col 675, Ep. Merotc.t p. 13. Non mîror Proculum ia conîiueta (inconsueta GundL) adhuc fronte
riÉÉÉ
LETTRE u NON MIROR »»
«... Proculus, leur disait-il, a perdu toute pudeur.
< Il n*est pas de jour qu'il ne mérite une condam- ^ nation nouvelle. Ni les avertissements, ni les « interdictions ne Tarrêtent. Avec cet esprit de € discorde qui seul a fait connaître son nom, il « fomente parmi vous, mes frères, la division et le
< trouble. 11 ne peut souffrir que votre église de- « meure en paix ; il ne s'applique qu'à ajouter les « crimes à ses crimes antérieurs, et qu'à tourner au « pire le mal qu'il a déjà fait. Il n'est plus évêque, « et il fait des évêques. Ce sacerdoce qu'il ne méri- « tait point quand il Ta reçu, et qu'il n'a pas su « conserver, il prétend pouvoir le conférer encore, « il se plaît à le dispenser. 11 s'est adjoint une
durare, et ob'.itura penitus pudoris quotidie dig-na damnationc conamittere, nec aliquando desistere, ut loties commonitus prohibitusque non cesset. Ecce cœtum dilectionis yestrx, qua sola notus est, turbatione confundit : nec Ecclesiam patîtur esse concordem, cum suis îd agat semper oMcîis, quatenus aggerens postrema prionbus, malum aliquod, quod ante commiserat, in pejus emendet; cum ipse jam non sit episcopua, episcopos facit, et humanus isitgitor aliis se dicit posse pra.'stare, quod datum sibi aliquando imraerito tenerc non potuit. Addens sibi jungitque inquictx mentis homines, et qui soli possunt favere damnato, per quos quaïcumque turbanim studiosus cogitât [std codd. et Coust.; agitct Gundtach M conjicit)^ hac sua fîdus societate conQciat. Sed habeo, fr;jtrcs cha- V rissîmi, vestri curam, moleste ferens quidquid ille quotidianis ausibua facit, id vos, christianum populum. et qui in nostra charitate ^ persistât, posse perferre, nec ejus obviare factis aut repugnare H conatibus. Idcirco curam vestri licet et prionbus commtserim litteris vcstrre metropolitano provincia! fratri et coepiscopo nostro Patroclo, tamen iterum committo, ut ipsius tuti (codd. et Gundlach toti) consilio et pro disciplinarum ratione formati, ejus obtempérantes nutibus, dignum possîtis accipere sacerdotem. Data IV (maie Coustant III) nonas martias, Honorio XII et Theodosio VIII Augustis consulibus. (4 mars 418.]
LETTRE « NON MIROR »
« compagnie de factieux, les seuls soutiens que pût € avoir un condamné comme lui. Avec ces amis, « dont il est sûr, il peut exécuter tous les desseins « violents qu'il ne cesse de concevoir.
« Sachez bien, frères très chers, que je ne vous « oublie pas. Je souffre fort à penser que vous, « peuple chrétien qui restez uni à nous par le lien « de la charité, vous pouvez subir ses entreprises « quotidiennes, que vous n'arrêtez pas ses menées, € que vous ne brisez pas ses efforts. Plusieurs fois, « déjà, j'ai remis par lettre le soin de votre église c au métropolitain de votre province, notre frère < et collègue dans Tépiscopat, Patrocle : je lui € renouvelle cette commission. Suivez ses conseils; €. conformez-vous, comme le veut la bonne disci- « pline, aux instructions qu'il vous donnera, et « vous pourrez recevoir de lui un évêque digne du € sacerdoce. >
La date du 4 mars 418. que porte la lettre au clergé et au peuple de Marseille, ne peut être acceptéecomrae certaine(i). Peut-être Zosime Técri-
(1) La lettre Non miror n'a été conservée que par la collection de Téglise d'Arles ; et elle y porte la mùme date [IV nonas martias) que la lettre Cum et in praesenti, adressc^c à Patroclp, qui Ja pr<îcéde immédiatement. Il peut donc y avoir eu doublcm'-.nt de date comme dans le cas de la lettre Quid de Proculi. Il faut se demander si ces deux lettres subséquentes peuvent avoir été écrites le même jour. Ceci parait très douteux.
On voit bien, en effet, que la lettre Non miror a dû être expédiée en même temps qu'une lettre â Patrocle. On trouve aassi dans la lettre Cum et in pracsenti une phrase dont les données correspondent exactement i celles de Ja lettre Non miror : Ad «os rumor advenif, Froculum,,, junxisse sibi éguosdam idoneos turbationibus komines^ et posteaquitm (codd.
LKS EFFORTS DE ZOSIMR rfCllOI'Eîn*
vit-il à une date plus avancée de la même année, dont il ne vit pas la fin. On sait seulement que ceux qu'il appelait des factieux furent assez nombreux et assez forts pour déjouer le projet quMl avait formé de renverser Proculus(i).
et Gundlach post illa quam) illi interdiximus, ordinass^. Mais je remarque : x" que la mealion des ordiaations abusives faites par Proculus, et de l'appui que lui prête une bande de factieux, a dû revenir souvent dans la correspondance de Patroclc et de Zosime; — 2" qu'il n'est fait, dans la lettre A Patrocle, aucune allusion à la lettre à l'église de Marseille ; — 3' et surtout, que la lettre â fégUse de Marseille suppose un projet précis, élaboré par Patrocle, et tendant à déposséder Proculus de son siège. Or il n'y a pas trace, dans la lettre à Patrocle, de ce projet et de ces espérances prochaines. Pour autant que cette dernière lettre est intelligible, Zosime s'y plaint que Patroclc n'agisse pas. Même en adoptant la correction qui non amputandi ista kabeas facultatem tuam f (voir ci-dessous) on ne mettrait pas la lettre ^ l'évêque d'Arles d'accord avec la lettre à l'église de Marseille. — Je conclus qu'on ne peut rien affirmer sur la date de cette dernière lettre.
(1) Je n'ai cru pouvoir tirer, pour Thistoire des démêlés de Zosime aveo Proculus, presque aucun parti de la dernière lettre de /Zosime à Patrocle. En voici le texte, d'après Gundlach. J'ajoute entre parenthèses, en italique quelques leçons des mss. 1 et 3 (3 et 4 procédant de i^; en caractères romains des corrections de Couslant. Zosiuus Patroclc bpiscopo arklatensi. Cum et in prrc^cnti cognoveris et frequentibus a nobis litteris ipse sis monitus» ut auctoritatem metropolitani, quam tibi apostolice sedis pronuntiatione &rmavimus, Proculi ausibus conatibusque illis, quibus adhuc reputat (se putat) aliquid posse turbare. huic (hujus ; hujus) rei oppressus (oppressu) occurreris, retinens rigorcm censuramque (renitcns rigore censuraque, codd. 3 et 4 et Coust,) quam pro regularum confirmatione susceperas, -^ quippe cuni et tibi nostrum deligatum nossis officium et illum sciris esse damnatum, — miror, quid post ista Proculo liceat aut vacet ilIa, que coosueverat, aut pejora committere. Cui nam putant \putant Ji i; putandi a; cur non putat unde istam ; ego legerim : qui non araputandi) ista habeas potestatem tuam, frater charissime, ut censuerimus