‹ Le concile de TurinChapitre 66 sur 120 · PREMIER DESACCORD ENTRE ROME ET ARLES · texte numérisé non relu

PREMIER DESACCORD ENTRE ROME ET ARLES

affaires religieuses de la Gaule se traitaient entre Tévôché d'Arles et la préfecture, sans que le pape eût aucune occasion d'y intervenir. Il n'était guère du naturel de Patrocle d'obéir ou de consulter. Il fallut reconnaître que la métropole primatiale d'Arles, loin de faciliter les communications entre les Gallicans et le siège romain, ne tarderait pas à les interrompre.

Quand il fut avéré que Patrocle ne réalisait point les espérances que Zosime avait fondées sur lui, le pape Boniface ne songea plus qu'à le faire déchoir des dignités exceptionnelles où Zosime l'avait élevé. On a constaté que le changement de son attitude envers le siège d*Arles se produisit prèsqu'aussitôt après la mort de Constantius, le puissant protecteur de Patrocle. L'ancien patrice, associé à Tempire vers le mois de février 421, mourut six ou sept mois plus tard, probablement en septembre ( i ) ; et ce fut au commencement de 432 que Boniface rompit avec Patrocle. Mais la coïncidence peut être fortuite (2).

Une plainte reçue de Gaule contre Patrocle fournit à Boniface l'occasion de restreindre les privilèges d'Arles. La cité de Lodève, en Narbonnaise première, ayant perdu son évoque, l'évoque d'Arles s'y transporta, et, avec l'assistance des comprovinciaux, nomma un évêque et lui conféra l'ordination. La cité fut mécontente de son choix, et s'indigna de la manière impérieuse dont il imposait son élu.

(OTillemont, Histoire des Empereurs, t. V, p. 646,

(2) Voir ci-dessus, p.'iiS, note.

L AFFAIRE DE LODKVB

Le clergé et le peuple adressèrent une supplique au pape pour qu'il les délivrât tout ensemble de leur nouvel évêque et de la tutelle arlésienne (i).

Il est bien certain que la lettre de l'église de Lodève n'avait pas passé par Tévéché d'Arles. Aussi Zosime eût-il refusé de la recevoir, ayant fait de son vicaire en Gaule Tintermédiaire nécessaire entre les églises gallicanes et son siège. Patrocle, quand il sut que Boniface consentait à examiner la plainte, dut être assuré que la faveur du siège romain lui était retirée. Une atteinte sérieuse était portée à ses privilèges de vicaire.

Après avoir pris connaissance du dossier de l'affaire, Boniface fit connaître sa décision par une lettre adressée à l'évêque de Narbonne Hilaire, et datée du 9 février 432. On n'avait pu, à Lodève et à Narbonne, espérer une réponse plus favorable à la supplique. Le pape déclarait qu'en ordonnant un évêque « dans une province étrangère », et € sans rintervention du métropolitain », Patrocle avait enfreint les canons et la tradition disciplinaire; il blâmait Hilaire de s'être laissé supplanter dans un office qu'il appartenait à lui seul d'accomplir (2),

(1) Boniface» ep. Difficile guident (adressée à Hilaire de Narbonne) § I (Mig^e, i. XX, col. 772) : Eccc enira, ut charitas tua recognoscitex subditis, Lutubensisecclesia-cleri ordo vcl ^\th\s(Iire: cleri, ordo, vel plebs) preces suas et lacrymas ad D09, quantum datur intelli^, rnagno cum dolore mtserunt, dicentes, cocpiacopum □ostrum Patroclum, sua pctitione cessante, in locum dcccdentis episcopi nescio quem in aliéna provincia pra^termisso metiopolitano contra patrum relias ordinasse.

(2) Ep. Difficile guidem,%2 : guod quidam facere sponte dehtres,

13U LA PROVINCE DE NARBOXNH HECONSTITUfe

Patrocle n'avait fait cependant qu'exercer le droit que lui avait conféré la décrétale Placuit aposîolicac^ confirmée par plusieurs décrétales plus récentes, de présider aux ordinations épiscopales dans la première Narbonnaise ; et Tévêque Hilaire s'était vu menacer cinq ans plus tôt, s*il tentait d'instituer un évêque dans la province, d'être séparé de la communion catholique. Les décisions de Zosime n'existaient pas pour Boniface. Ne voulant pas les rapporter expressément, il affectait de les ignorer (i).

Il était temps que tout rentrât dans Tordre. Le pape ordonnait à Tévêque de Narbonne de reprendre, dans sa province, l'exercice des pouvoirs que Patrocle avait usurpés, et d'abord de se rendre à Lodève pour y régler au mieux le différend soulevé. Le sort du nouvel évêque de Lodève était remis à Hilaire, et il ne tint qu'à lui de prononcer que l'ordination faite par Patrocle était sans valeur (a).

(Cf. le texte cité ci-dessous). On a vu pourtant que dans Pintitulé de la lettre Valentinae nos, Boniface lui-même avait cité parmi le« ûvéqucs de la province arlésicnne ud Hilariui, qui parait certai- Dcment identique avec Hilaire de Narbonne.

(i) Ep. Difficile guidem,fi\ :... ordinasse. Quod nequaquam possumus ferre patienter ; quia convenit nos patemarum sanctionum diligentes esse custodes. Nulli etenim videtur incogniia syaodU coostitutio Nicaeax qux ita prxcepit, ut eadem proprie verba, ponamus : Per unamquamque proviaciam jus metropolitanos singulos haberedeberc^ nec cuiquam duas esse subjectas. — (Sur cette citation très inexacte, cf. la note de Coustant).

(2) Même lettre, g 2. Uade, frater charissime, si ita tes eunt, et ecclesiam supradictam provincia: tux Urnes includit, nostra auctoritaie commonitus, quod quidem facere sponte deberes, desideriis supplicantum et voluntate respecta, ad cumdem locum in quo ordinatio talis celebrata dicitur, metropolitani jure munitus et pra^ceptionibus aosths frétas^ accède : inteiligeos arbitho tuo secundum

BONIFACB ADA*ERSÂIRE DU SIÈGE d'aRLES

Le ressort arlésien fut, dès ce moment, diminué de toute la province de Narbonne (i). Le pape eût été fort disposé à le restreindre plus encore. 11 déclarait, dans sa décrétale, que les ambitions démesurées ne lui agréaient point, et que nul métropolitain ne devait se mettre au-dessus des canons, ni porter des prétentions au delà des limites de sa province. « Que votre charité sache bien, ajoutait-il, que nous sommes fort respectueux des principes canoniques, et y conformons tous nos décrets. Aussi voulonsnous que chaque province se soumette, en toutes choses, à la juridiction de son métropolitain propre (a). > L*avis était donné à Hilaire de Narbonne; mais lui-même, et tout le monde en Gaule, sutbien que le pape avait parlé pour un autre.

régulas patrum quœcumquc facienda sunt a nobia esse concessa ; ita ut peractis omnibus, apostolique sedi quidquid statueris te refereDte clarescat, cui totius provtncia: ordioationem liquet esse mandatam. — On voit par ces deroiers mots qu'en théorie, Boniface n*est pas moins affirmatif que Zosime sur le.s droits du siège romain.

(i) M. Duchesnc iFastes^ t. I, p. m, cf. p. 303), pense que Vérèque du castrum d^Uzàs, seul de la Narbonoaise première, resta attaché à la métropole d'Arles. Le fait est probable, car il signa, seul de sa province, au concile arlésien de Vaison, tenu en 44s ; on devrait même le tenir pour certain si le Constantius des lettres arlésiennes de 450 et 451 était sûrement Constantius d*Uzis. Je garde cependant des doutes, car en 462 le pape Hilaire chargea le même Constantius d'Uzès de faire office de métropolitain en Narbonnaise première, au lieu et place de Hermès de Narbonne (Ep. Quamquam notiiiam, § 3, ap. Thiel, p. 143).

(2} £p. Difficile quidem^i, 2 \ Ctss^t hujusmodi pressa nostra auctoritate prxsumptio eorum, qui ultra licitum sux limitem dignitatis extendunt. Quod idcirco dicimus, ut advertat charitas tua, adeo nos canonum prxcepta servare* ut ita constitutio quoque nostra definiat, quatenus metropolitani sui unaquxque provinda in omnibus rébus ordioationem aemper exspectet.

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