CONJECTURES SUR LA DATE DU CONOLB D
transférer le concile à Tours est qu'on y délibéra sur des accusations portées contre Bricius, successeur de saint Martin, On verra plus loin que le synode taurinate qui s'occupa de cette affaire n'est pas le nôtre.
11 n*y a, enfin, rien de surprenant à ce qu*ua concilj de Turin ait délibéré sur des questions que lui avaient soumises des évoques gaulois. Turin faisait partie de la vaste province ecclésiastique de Milan. Notre concile ne fut certainement pas autre chose qu'un concile milanais réuni à Turin. La lettre synodale parle de saint Ambroise en l'appelant simplement : Ambrosius episcopus, sans désignation de siège, tandis qu'elle appelle le pape Sirice : romanae eçclesiae sacerdos. Or les évêques gaulois à la fin du iv' siècle et au commencement du v% quand ils avaient à fixer des points importants de discipline ou à trancher des litiges graves, demandaient volontiers au siège milanais des consultations ou des décisions.
Il faut conclure qu'il ne subsiste aucun doute sur le lieu de réunion du concile, et que la lettre synodale a bien été écrite par un concile de Turin.
Sur l'époque où le concile s'est tenu, on n'a proposé que des conjectures ou des approximations. Quelques anciens auteurs le plaçaient vers 397(1);
(1) Baronius, Ann, eccUs., t. VI, p. 346, le place en 397 ; de même Baluze, ap. De Marca, Du Concordia, etc., V, 30, 7, p. 656 de l'éditioD de 1704-1705; (la i^* édition est de 1663) ; Hardouin \Concil,t t. I, col. 958), en 395; Rettberg, Kirchengtsih. Deutschiands^ t. I, p. 195, en 398. Pagi (ap Baronius, Ann. eccL^ t. VI, P* 375}* le ™^^ c" 4°i i Sirmond [Concilia Galliar^ t. 1, p. 594)» en 400. Placent le concile en 400 ou 401, ou vers 400: Le P. Que^nel,
b CONJBCTirRBS SUR LA OATR DU CONCILE
la plupart, depuis Sirmond, Tont mis en 401, Oa verra que Targunient invoqué de part et d'autre ne reposait que sur une confusion.
Apol, pro 5, Hilan'o Arel. I, 5, ap, Migne, t. LV, col. 4.^6 ; Maa«i, Concil.^ t. III, col. 859 ; les éditeurs des ConciL antiq. Galïiae de 1789, t. 1, p. agi ; Bruns, Canow^i, part. Il, p. 316; Hcfelc, Conci- Uéngesch.^ t. II, a* éd.» p. 85 ; Guérin. Les ConciUs^ t. I, p aïo; Guettée, Hiit, de VEgl. de France^ t. I, p. 1*14 ; Maassen, Gesch. der Queiien.p. 191 ; LœnÎDg, Gesch. des deutschtn Kirchen rechts, t. 1, p, 370 ; Hinschius, Svstem des kathol. Kirchenrechts^ t. I. p. 588; H st. du Languedoc (rééd.)t t. I, p. 409; Hauck, Kirckeugcsch. DeuischJands, t. I, 2* éd., p. 26; Moeller — Von Schubert, Lehrbuch der Kirchen gesch,, t. 1, p. 724 ; Arnold, Caesarius^p, 183; MalDory, 5. Césaire, p. 39; Gundlach, Der Streit der Bisthiimer Arles und Vienne^ II, ap. Neues Archiv, t. XV, p. 238; SchmîtJEi Der Vtkariat von Arles^ ap. Historiscbes Jahrbuch^ 1891, p. ai;; Albanés, Gallia christiana novissimat t. l, p. 27. Etc., etc.
L'extrême incertitude des dates proposés (et données par plu* sieurs, par Hefele par exemple, comme positivement connues), a bien été constatée par quelques auteurs. Mommsen [Neues Archiv^ t. XVII, p. 188, et Chronica minora^ t. I, p. 553) dit qu'il faut mettre le concile entre 400, date de la mort de saint Martin, et 417, date des lettres de Zosime où le concile se trouve cité. M. Duchesnc [Conciie de Tours ou concile de Turin? p. 36g)' remarque: « La date de cette assemblée n'est pas marquée dans répltre synodale ; cependant il est possible d'affirmer qu'elle doit se placer entre 398 €1407. » L'opinion de M. Uuchesne était déjà celle de Tillemont, Mémoires^ t. X, p. 6qi : « Il est certain par ce que nou» venons de remarquer de saint Brice, que le concile de Turin n*a esté tenu qu'après la mort de saint Martin, laquelle on ne peut mettre avant le mois de novembre 397. Et ainsi le concile de Turin ayant esté tenu le 22 de «epterabre, ce ne peut pas avoir esté avant 398. Ce n'a pas aussi esté plus tard, si c'a esté du vivant de Sirice, comme le veut Binius, et si Félix de Trêves n'a esté que^ douze ans Evesque, comme le porte sa vie. Mais ces deux raist n'arresteront pas ceux qui croiront ne devo.'r mettre la mort S. Martin qu'en 400 et 401. Ce qui est certain, c'estque c'a esté pli sieurs années avant l'ordination de Lazare, qui se fit sous le tyraoj [Constantin], vers Tan 408. »
DATE DU CONCILB
La date du concile de Turin peut être déterminée d*une manière précise et certaine; il s'est ouvert le 21 septembre 417.
On voit dans la lettre synodale, au premier et au deuxième canons, que le concile de Turin eut à régler deux conflits de juridiction. Les pouvoirs métropolitains exercés jusqu'alors par l'évoque de Marseille sur les églises de la Narbonnaise seconde étaient revendiqués par un autre évéque, que le texte ne nomme ni ne désigne. D'autre part, les évêques d'Arles et de Vienne se disputaient la juridiction métropolitaine dans la province Viennoise.
L'idée se présente naturellement de rapprocher les deux premiers canons de Turin de la décrétale Placuit apostolicae, datée du 32 mars 417 (i), par
(t) Migne, t. XX, col. 64a (rééd. de Coustaot). Epist. mtrowin^ gici et karolini aevt\ I.(Mon. Gerra., Epist., t. III), p. 5(cd. Gund- Uch). L'authenticité de la lettre Placuit apostoîicae a été autrefois niée par Scaliger. (Ep. 348, éd de 1627, p. 66q; cité par Quesoet, Apohgia pro S. Hiîario I, 6, 8, ap. Migne, t. LV, co!. 453 ; Scaligcr ne fournit d'ailleurs aucun argument à Pappui de son opinion.) Elle n''est mise en doute par aucun auteur moderne. Je n'ai à me poser la question d'origine ni pour cette lettre en particulier, ni pour aucune des lettres de la collection arléstenne. L'ensemble de cette collection a été étudié récemment par M. Gundlach dans la première partie de son travail sur : La querelle des év^chés d'Arles et de Vienne ; la conclusion de son enquête {Neues Archiv^ t. XIV, p. 342), est la suivante : « Les Epistolae Arelatenses sont authen" tiques par la tradition cjccellcnte du texte, assurée par des manuscrits anciens; elles sont authentiques dans leur forme, comme te montre Texamea des intitulés et des formules terminales ; eUes
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8 LE CONCILB ET LA LETTRE « PLACUIT APOSTOLICiC »
laquelle le pape Zosime ordonna que TévÔque d'Arles Patrocle exercerait désormais la juridiction métropolitaine dans les trois provinces de Viennoise, de Narbonnaise première et de Narbonnaise seconde. La double querelle que trancha notre concile n'aurait-elle pas été provoquée par ce décret ? L'un des trois métropolitains que Zosime prétendait dépouiller de leurs pouvoirs, Hilaire de Narbonne, protesta par lettre auprès du pape(i); les deux autres, lesévêques de Vienne et de Marseille, n'auraient-ils pas soutenu leurs droits devant le concile turinois?
On ne voit pas sur quoi pouvaient se fonder, avant le décret de Zosime, les prétentions du siège d* Arles sur la Viennoise, qui avait à Vienne sa métropole politique. Pour les pouvoirs de Tévôque de Marseille, rien n'indique qu'ils aient été précédemment contestés ; le pape Zosime reproche vivement et à deux reprises à Proculus, qui occupait alors le siège marseillais, d'avoir, vers 408, ordonné évêque d'Aix un clerc nommé Lazare (2) ; mais le
sont enfin authentiqués dans leur contenu, si l'on peut s*en remettre aux attestations que fournissent, en faveur des prérogatives exercées par les évèques d'Arles, les actes des divers synodes gaulois qu'il» présidèrent. » La conclusion était acceptée d'avance, et n'a pas été contestée. LVnsemble des présentes recherches, en faisant apparaître quelques liens nouveaux entre plusieurs des Lettres arîisienties et des documents qui leur sont contemporains, en rendra l'authenticité plus certaine.
(i) Nous possédons, non la lettre d'Hilaire, mais la réponse del Zosime ; v. ep. Mirati admodum, ap. Migne, t. XX, col. 666. Ep. Merow, p, 9.
(2) Zosime, ep. Posteaçuam a mobiSt § 5 (Migne, t. XX, col. 654);^ ep. Cum adversust § 8, (Migne, t. XX, col. 661 et £p. Mgroa, p. ;),
LE CONCILE POSTERIEUR A LA LETTRE « PLACLHT » \}
seul grief du pape porte sur Tindignité du personnage, et il ne mentionne nullement que Proculus ait, en procédant à Tordination, usurpé les droits du métropolitain de la province. Dans Tété de 417 au contraire, après la lettre Placuit apostolicae^ le même Proculus ayant ordonné évéques Ursus et Tuentius, le pape ne manque pas de citer parmi les vices de cette double ordination qu'il y a été procédé sans le concours du métropolitain véritable, qui est maintenant Tévéque d'Arles (i),
Zosime était fort soucieux de justifier par la tradition le décret qu'il rendait en faveur de Patrocle d'Arles : cependant il ne put dans la lettre Placuit apostolicae qu'afûrmer d'une manière générale l'ancienneté de la juridiction arlésienne (sicutisempcr habuit)^ mentionner en sa faveur de vagues praccepta tnajorum^ citer la mission de saint Tropbime, fondateur du siège arlésien et premier évangéliste des Gaules (3). Quelques mois plus tard, quand
L*ordiDatioD de I^zare est un peu postérieure À Tusurpation de Constantin Cep. Posteaquam a nobis^ ij 5. Migne, t. XX, col. 656), laquelle eut lieu en 407 (Tillcmont, Histoire des Empereurs^ t. V,
(1) Ep. Cum adversus §2... Quid illud, quod pr.Ttemaisso fraire nostro Patroclo, metropolîtano episcopo Arelatensium civitatîs, sine cujua auctorïtate juxta majorum canones nuUa penitus potuit ardinatio celebrari, tumultuose et turbide indebitis sacerdotiis impinguntur ? (Lettre datée du 22 septembre 417).
(a) Ep. Placuit apostolicae^ % > et 3. Jussirous autem, aicuti semper habuit, metropolitanus episcopus Arelatebsium cîvitatis in ordînandis sacerdotibus tencat auctoritatem... Quisquis vero posthac contra apostolicae sedis statutaet pra:cepta majorum, etc.. Sane quoniam mctropolitaoa! Arelatensium urbi vêtus privilegium minime derogandum est, ad quam phmum ex bac sede Xrophîmus summus antistes, ex cujus fonte totx GalUx fidei rivulos acceperunt
LA LKTTRIÎ « CUM AOVER8US »
Taffirmation téméraire du sicuti semper hahuit a été démontrée fausse et doit bien être abandonnée (i), on voit Zosime se constituer un dossier de déclarations signées par des évêques des trois Narbonnaises, et attestant Tancienneté des pouvoirs métropolitains de Tévôque d'Arles (3) : cependant il reste obligé de s'en tenir, sur ce point important, aux assertions générales; il ne peut citer ni un évcché dont le titulaire fût ordonné antérieurement par l'évéque d'Arles, ni une affirmation antérieure des droits du siège arlésien. On a, à lire la suite de ses lettres, l'impression nette que son décret du mois de mars était une nouveauté que rien n'avait préparée.
Nous n'avons pas à nous en tenir à des impressions. Les actes du concile, en effet, s'insèrent exactement entre deux lettres du pape Zosime, dont Tune est du 22 septembre et l'autre du 29 septembre 417. La première est la lettre Cum adversus (3)- Nous en retiendrons seulement le passage où le pape formule, article par article, ses griefs contre Proculus de Marseille. Au cours du printemps ou de
directus est, etc. (Migne, t. XX» col. 644-645, Ep, Mcrow.^ p. C). La lettre est du 22 mars 417.
(1) Zosime, ep. Muîta contra (Migne, t. XX, col. 665, Ep^ Merow.y p. 11): £t quia redire io ordinem suum intermiâsa prxcipimua, etc. Lettre du 2q septembre 417.
(2) Zosime, ep. Mirati admodum, ^ i. (Migne, col. 667, Ep. Meroiv.^ p. 9) : atque hanc ordinandi consuetudinem et pontificatum loci illius, quem obtinuerat primus et justus [Trophimus], custoditum usque in hune tcmpus, gestia apud nos habitis multorum coDsacerdotum testimoniis adprobatur. — Lettre du 26 septembre 417.
(3) Ep. Cum advenus^ Migne, t. XX, coU 661. Ep. Merow,, p. ;.
LA LETTRE « Cl-M ADVERSUS »
Tété de l'année 417, Proculus ordonnait évêques de Citharisia (Ceyreste) et de Gargarius (Saint-Jeande-Giirguier) ( \ ) deux clercs nommés Ursus et Tuentius. Zosime, par sa décrétale du 22 septembre, déclare cette ordination vicieuse pour plusieurs motifs, à savoir : que l'on a procédé sans le concours et sans l'aveu du métropolitain véritable, qui est suivant lui Patrocle, évêque d'Arles ; que l'on a négligé de convoquer le corps entier des évêques comprovinciaux ; que Ton a choisi pour la cérémonie un jour autre que le dimanche ; que les deux localités où TévÔque de Marseille a établi des évêques (il serait sans doute plus juste de dire des chorévôques), Citharista et Gargarius, n'appartiennent pas à la cité de Marseille, mais à la cité d'Arles; qu'enfin les deux évêques que Ton a créés sont indignes du sacerdoce, et que leur orthodoxie est suspecte. Tels sont, assure Zosime, les faits qu'une enquête instituée par le siège romain, sur pièces et témoignages, a pu établira rencontre deProculus(2), On s'attend à ce que le pape, sur des considérants si graves, prononce contre Proculus la peine dont il dispose, à savoir Texclusion de la communion
(i) Duchesnc, Faites, t. I, p. g6.
(2) Ëp. Cum adversus^ ^ j. Ha^c omui;i apud nos gestîs testimoniisque discasda sunt. Cf. ep. Multa contra^ t! i : Muita contra vetercm formam Proculus usurpasse detectus est în ordinationibus nonnullorum indebite celebrandis, quas proxime numerosa cognilione discussimus. (29 septembre.) Il est certain qu'une assemblée judiciaire, qui ne peut être que le concile romain (et non le presbyterium)t avait, avant le 29 et même avant le 22 septembre, délibéré sur le cas de Proculus et cassé Tordination d'Ursus et de Tuentius.