DISPARITION DB LA PROVINCE DE MARSEILLE
révêque de Marseille, métropolitain traditionnel du siège d'Aix (i).
On peut indiquer, d'une manière approximative, le moment où la province de Marseille cessa d'exister. Vénérius exerçait encore ses pouvoirs métropolitains en 432 (2) ; son successeur Eustasius, en 463. les avait abandonnés à l'évoque d'Aix (3). On peut supposer que le dernier évêque de Marseille qui ait été métropolitain fut Vénérius.
Il est sûr que la province de Marseille, après que Zosime eût prononcé qu'elle devait disparaître, parvint à vivre au moins trente-cinq ans. N'ayant dû de conserver son existence qu'au concile de Turin, elle était restée pendant cette période comme un vivant souvenir du conflit de 417.
La province d'Arles demeura, de 433 à 445, composée d'au moins vingt évêchés (4), dont au moins
(1) Les sig-natures d'Orange et de Vaison, accompagnées de l'indication des sièges, sont données, diaprés Maassen (qui les a tirées da ms. de Cologne) par M. Duchesne. Fastes, t. I, p. 347 et 348. Pour les suscriptions de Riez, voir Mansi, t. V, p. 1190. L'évéque d'Aix ne peut être reconnu parmi les ordonnateurs de Rarennius d'Arles (44Q), ni parmi les signataires de la lettre Memores quantum^ àt même date. Sur cea deux documents, voir plus loin.
(2) La lettre Impîetis de Léon le Grand» du commencement de Tannée 45a, est adressée: Rustico [Narbonenai], Ravennio [AreUtensi], Venerio. {Migne, t. LIV, col. 988).
(3) Voir à Tappendice V.
(4) Voir la liste des vingt destinataires de la lettre Lectis âiUctsonis (450) du pape Léon (Migne, t. LIV, col. 883, Ep. Merow.,p, 30 ;
LA PROVINCE d'arles rn 423-444
huit appartenaient à la Viennoise (i), au moins quatre à la deuxième Narbounaise (2)^ au moins six aux Alpes-Maritimes (3).
Un petit nombre d'évôques de cette dernière province essayèrent, en 439, de s'organiser autour d'Embrun, métropole administrative de leur province, en un ressort métropolitain séparé (4). Le
Duchesne, FasUs^ t. I, p. 349). En ajoutant aux treize évëques qoi siégèrent à Riez (concile purement arlésien), les deux érèques frappés par ce même concile d'une semi-interdiction, et Tévéquc d'Embrun qui n'était pas institué, on n'arrive qu'au total de seize suffi'agants.
(i) Evoques d'Arles, Die, CavaUlon, Vaison, Avignon, Carpentras (signatures de Riez, 439) ; Orange, Toulon (signatures d'Orange et Vaison, 441 et 443]. Il manque Viviers et Trois- ChAteaux.
(2) Evêqucs d*Apt, Riez (concile de Riez); Fréjus et Antibes (concile de Vaison]. Manquent Aix, Gap, Sisteron.
(j) Evéques de Vence, Castellane, Embrun, Thorame, Cimie/. (concile de Riez) ; auxquels il faut ajouter Superventor, de siège inconnu, s'il n'y a pas une erreur dans notre copie des suscriptions de Vaison. Manquent les évéques de Glandéve, Digne, Senez.
Les conciles d'Orange et de Vaison ne sont pas  proprement parler des conciles provinciaux. Les seules listes non mêlées d*évéque8 suffragants d'Arles que nous possédions sont,  mon sens, riotJtulé de la lettre Valenttnae nos de Boniface (41g); les signatares de Riez (439) ; l'intitulé de la lettre Le£tis dilectionis de Léon I•^ Cependant, les évéques de Marseille s'abstcnant régulièrement de paraître aux réunions arlésiennes, j'ai admis que les évéques de Narbonnaise seconde et des Alpes-Maritimes qui prirent part aux conciles d'Orange et de Vaison se reconnaissaient les suÛTragants d'Arles.
(4) Concile de Riez (Mansi, t. V, col. 1189, Bruns, t. II, p. iiû).
Les actes du concile ne disent pas qu'Armentarius, qui fut établi sur le siège d'Embrun, fût regardé par les deux évéqucs qui l'avaient institué comme un métropolitain. Cela me parait pourtant extrêmement probable. Les prétentions d'Armentarius à la juridiction métropolitaine expliqueraient très bien la précaution que prit le
siège d'Embrun étant devenu vacant, et Tétant même demeuré, par suite des querelles des fidèles, pendant près de deux années, deux comprovinciaux se rendirent dans la ville, et ordonnèrent un évêque. L'évoque d'Arles et ses suffragants fidèles réprimèrent avec sévérité cet attentat c contre les canons sacrés de l'Eglise et les constitutions vénérables des pères. > Un synode, tenu à Riez, annula Tordination, comme ayant été célébrée sans le concours des trois évêques dont la discipline eût exigé la présence, sans les lettres d'assentiment des autres comprovinciaux, sans Taveu et autorité du métropolitain. Le clerc qui avait reçu l'ordination fut prive du siège qu'il avait usurpé, et de plus déclaré inapte à Tépiscopat ; et Ton décida que les deux évoques qui l'avaient institué seraient désormais privés du droit d'ordination et exclus des conciles ordinaires (i).
Même après avoir perdu son autorité sur la pre-
coDcile, d'ordonner qu*il ne pourrait être établi comme chef de paroisse que hors des Alpes-Maritimes (can. III). J'ajoute que si de simples évoques se permirent de pourvoir le siège d*Embrun. « omisse metropolitano >, c'est apparemment qu*ils considéraient le siège métropolitain de leur province comme vacant Enfin la long:ue vacance du siège d'Embrun [quatuor de biennio mensibus) eut pour cause les intrigues de quelques laïques, • quorum conspirationes iniquae machinationesque et in praetentum quantum deprehendi passent animadversiont ecclesiastica puniendae et in fuiurum anticipandae erant. »
Voir aussi le canon IX, excommuniant les laïques séditieux, et le canon VIII, rendu pour resserrer les liens entre les évoques de la province.
(i) C'est-à-dire des conciles de la province. Le concile de Riez savait sans doute qu'à l'étranger, la prohibition ne serait pas toujours respectée.
HONORAT, évÔQUB d'aRLES
mière Narbonnaise, l'évêque d'Arles restait à la tête de la plus vaste province ecclésiastique qu'il y eût dans les Gaules. II eût importé beaucoup au siège apostolique que l'entente intime entre Arles et Rome, rompue déjà au temps de Patrocle, pût être rétablie après lui. Le métropolitain créé parZosime avait trop grandi pour ne point porter ombrage au siège romain. 11 continuait, soutenu par les préfets (i), d'exercer sur les églises gallicanes une autorité étendue. Les choses en venaient déjà à ce point qu'il ne pouvait être pour les papes, ou qu'un serviteur fidèle, ou qu'un rival et un ennemi.
Le successeur de Patrocle fut Honorât, le fondateur du monastère de Lérins ; un saint, et parmi les saints l'un de ceux qui ont mérité le mieux la vénération de l'Eglise. Ses amis avaient eu grand peine à le porter à l'épiscopat. Une vraie lutte électorale avait soulevé les passions religieuses du clergé et du peuple (a). L'élection du grand abbé marqua la
<i) Les hauts fonctionnaires d'Arles Apparaissent souvent dans rhistoire d'Honorat et d*Hiiaire. V. Vita Honorati^ 32 (Migne, t. L, col. 126Ô): Confluent ibus autem ad se potestatibus, pratfecto et praêfectoriis viris... (quand Honorât se meurt). Ce sont {Vita Hilarii, 9, col. 1227) les sublimium virorum agmina^ et particulièrement le préfet militaire Cassius, qui font IVlection d'Hilaire. — I.e préfet ou ancien préfet des Gaules Auxiliarîs, en 445, s'entremet pour réconcilier Hilaire .ivec le pape Léon [Ibid.^ § 22, col. 1238). (2) Hilaire d'Arles, Vie de S. Honorât, VI, :î8 (Migne, t. L, col. 13O4) '' Denique, ut primum ecclesiae hujus Arelatensis regimen accepit, prima ei cura eoncordiae fuit^ et praeeipuus labor
fraternitatem calentibus adhuc de assumendo episcopo studiis diiudentem mutuo amore connectere. Un catalogue épiscopal de l'église d'Arles, qui date des environs de Tan 900, marque entre
'Patrocle et Honorât un Euladius (Duchesne, Fastes^ I, p, 242), que Xillemont n*ose pas rejeter (Mémoires, t. X, p. 6S0). Il serait
^^ttâr
DÉCRBTALB DE CELESTIN 1"
revanche du parti de la piété et de la rigueur, qui avait eu son chef dans l'évêque Héros, ami de saint Martin, et qui l'avait vu chassé delà ville et remplacé par Patrocle.
Honorât déplaisait au pape, qui était alors Célestin 1" (433-432), Une décrétaledeCélestin, adressée en juillet 4 28 c aux évêquesdesprovincesde Viennoise et de Narbonnaise », contient plusieurs allusions malveillantes aux prétendues réformes qu'il avait opérées dans les églises de sa province (i). Le pape avait accueilli les plaintes que lui avaient portées contre Honorât certains clercs des évêchés suffragants d'Arles, mécontents de s*être vu préférer,
À la rigueur admissible que cet Euladiua eût occupé le siège quelques semaines ou quelques mois, sans qu^on eût de son passage à l'évéché d'Arles aucune meation contemporaine. Mais il ^ a, dans le Sermo de vita S. Honorati d'Hilaire (écrit eu 430], de claires allusions à Tadminislration de Patrocle ; je ne puis douter, non plus que M. Duchesne, p. 249, qu^Honorat ne lui ait succédé immédiatement. Le Sermo de vtta S. Honorati a été prononcé par Hilairc d'Arles au premier anniversaire de la « déposition » d'Honorat, le 16 janvier 430 (cf. ^ i et 3, Migne, t. L, col. 1249). On ne trouve malheureusement dans ce texte précieux que peu d'informations sur Tépiscopat d'Honorat Tout Técrit donne une idée très haute du caractère d'Hilaire.
(i) II est, à mon sens, d'une évidence parfaite que la lettre Cuptremus quidem vise les évèques de l'école de Lérins et (d*après la chronologie) nommément Honorât. Tilïemont (t. XV, p. 62), Va bien remarqué : < Cela se rapporte trop clairement à saint Honorât, à S. Loup de Troies, à S. Hilaire s^il estoit déjà évêque >, etc. Il est surprenant que les notes explicatives de Coustantnc Tindiqucnt point. Le sens de la lettre a échappé aussi à Langcn {Gesck. d$r roem. Kirche, t, I, p. 800). Si une démonstration était nécessaire, il sufBrait de comparer le texte de la lettre au texte de la décrétale Divinae cuîtum^ publiée par Léon I*' contre Hilaire d*Arlei (v. plus loin).
GRIBFS DE CBLBSriN CONTRE HONORAT
pour répiscopat, des clercs étraagers au diocèse ou même à la région, mais disciples de Tévéque d'Arles (i). Comme Honorât n'occupait son siège que depuis deux ans, il ne pouvait guère avoir fait plus de deux ou trois ordinations ; pourtant on Taccusait d'élever d'emblée à Tépiscopat des laïques, qui n avaient d'autre titre à cette dignité que d'avoir passé par son cloître (a); et Ton assurait que, fort accueillant pour les girovagues, il avait fait évêque un moine grec dont les débordements avaient fait scandale en Asie (3). Célestin trouvait fort mauvais que Técole de Lérins^ qui était désormais celle de Lérins et d'Arles, fût devenue < comme un séminaire d'évêques. » On lui avait nommé des cités auxquelles les élèves du monastère-école avaient été imposés comme évoques contre le gré de la population (4),
(1) Ep. Cuperemus quidem^ adressée universis episcoph per Viennensem et Narbonensem provincias constitutis. Mi^e, t. L, col. 42g et suiv. — g 7, col, 43^ : /^tc emeritis in suis eccJesist perfgrini et extranei, et qui ante ignorait sint^ ad exclusionem eorum, qui bene de suorum civium mercntur t*$timonio, praeponantur, ne novum quaddam^ de quo episcopi Jiant^ insiitutum ptJtatur esse colUgium, Et la suite. Cf . le § 2, où Toq Toit bieii qu*il 9*agit de moines.
(3} Même lettre, § 4 : Ordinatos veto quosdam, fratres charisaimi, episcopos, qui nullis ecclesiasticis ordinibus ad tants dignitatis fasCigiom fueriot iostitutî, etc.
(3) ibid, §6. CéiestÎQ ajoutait : Missum ad AreJatensem episco^ pwmptt Fortunatum diaconum nosfrum, ut ad judicium destinaretur^ epistolium. — On voit, tant par Texeraple de cet év^ue Tenu d'Orient, nommé Daniel, que par l'exemple de Tévèque de Marseille (^ lo), que Célestin, comme Honiface (ep. Vaîentinae nos)^ a renoncé 1 juger lui-mâmc en concile romain les évéques gaulois, et ordonne qu'on les juge en Gaule.
M % 7 (^> ci-dessus) : Ne novum quoddam, etc. NuUis invitis
la
LES K\''êQUES-MOINES
L'ancien clergé s'irritait de voir les évêques institués par Honorât conserver dans le sacerdoce toutes leurs habitudes monastiques. Au lieu de porter, comme les autres évoques ou clercs» les vêtements de tout le monde, ils se vêtaient du palïium, la robe sombre et grossière des moines, qu'ils serraient à leur taille par une ceinture. Parles dehors de Taustérité, ils cherchaient à en imposer au peuple ; et les gens simples leur portaient en effet un respect superstitieux (i). Comme chefs d'église, ils prétendaient faire de la sainteté une règle de vie pour tous les fidèles, et se montraient à Tégard des faiblesses des pécheurs d'une sévérité inexorable. Certains avaient refusé la communion à des mourants (2).
Avec des termes adoucis, le pape Célestin parle d'Honorat et de ses disciples comme le pape Zosime parlait des rigoristes de son temps, d'Ursus, de Tuentius, des deux disciples de saint Martin Héros et Lazare. La province d'Arles avait été créée, au temps de Patrocle, pour soustraire l'église de la région à Tinfluence du parti ascétique. Après dix
detur episcopus : cleri, plebÎB et ordinis consensus ac desiderium requiratur.
(1).^ 3: Sed non mirum, si contra ecclesiasticum morem faciunt. qui in Ecclesia (c'est-à-dire dans les ordres) non creverunt, sed alio vcnîcntes e ritu (c'est-à-dire du monachisme) sccum hf c in Ëcclesiam, qux in alia conversatione habuerant, intulerunt ; amictj pallio et lumbos priDcincti, etc.. Discernendi a plèbe Tel a ca-'teris sumus doctrina, non veste; conversatione, non habîtu ; mentis puritate, non cultu... Rudes ergo Ûdelium mentes ad talîa non debemus inducere. Docendi enim sunt potius quam ludendi. Nec imponendum eorum est oculis, etc. — Cf., § 8 : Non sît vana gloriatio palUatis. Episcopalem morem qui episcopi sunt sequantur.
(2) ibid. ^ 3.