CELESTIN ADVERSAIRE DU SIEGE D ARLES
ans. Honorât avait succédé à Patrocle ; il avait reçu de lui en héritage, en même temps qu'une juridiction extraordinairement étendue, la tradition d'une autorité singulièrement efficace ; et la création de Zosime avait tourné au plus grand bénéfice du parti de la sainteté. — D'autre part, Télévation d'Arles, dans les intentions de Zosime^ avait dû servir en Gaule la politique romaine. Et la famille religieuse de Lérins, qui avait sa discipline propre, qui avait même en théologie ses tendances particulières, prenait un tel ascendant sur les églises de la nouvelle province, que nulle autre influence ne s'y pouvait plus exercer.
L'imprudence de la politique de Zosime, reconnue déjà par Boniface, apparaissait manifeste àCélestin, Priver le siège d'Arles de ses privilèges lui semblait sans doute impossible. Il eût voulu du moins restreindre la juridiction d'Honorat. La décrétale Cw/^tfremus quidem se termine par une série de prescriptions disciplinaires, dont la première est la suivante :
« Et d'abord, quechaque province, conformément « à la règle fixée par les canons, ait son métropo- « litain à elle et n'ait que celui-là, ainsi que l'or- « donne la décrétale adressée par notre prédécesc seur à l'évêque de Narbonne. Qu'aucun évoque
< n'empiète ou n'usurpe sur le territoire et lesdroits « d'un autre. Que chacun se contienne entre ses
< limites propres, qu'aucun n'entreprenne rien sur « la province d'un autre (i). >
(i) t; 7 : Primum, ut juxta décréta canonum, unaqu.Tque provincia auo roetropolitaDo contenta sit^ ut decessoris nostrï data ad Narbooensem episcopum continent constituta, nec uaurpatîone
144 céLBSTIN ADVERSAIRE DU SIEGE D^ARLBS
Célestin ne fait ici que renouveler la protestation timide que Boniface avait élevée contre Textension anormale de la juridiction arlésienne. 11 n'ordonne pas aux évêques de la Narbonnaise seconde et des Alpes-Maritimes de reconnaître comme métropolitains les évêques de leurs métropoles provinciales. Mais il donne clairement à entendre que Tévêque d'Arles, en dehors de la Viennoise, ne devrait exercer aucun pouvoir (i).
Le pape eut beau rappeler les principes canoniques ; SCS avis ne furent pas observés, et le successeur de Patrocle conserva son vaste ressort métropolitain.
Célestin eût désiré, du moins, voir la province d*Arles échapper à la main-mise des moines de Lérins. II arriva justement, six mois après qu'il eût écrit sa lettre, qu'Honorât mourut (2). Ses adver-
locus alicui sacerdoti in alterius concedatur tnjuriam. Sit coocessis sibi coDtentus unusquisque Umitibus; alter ia alterius provincia oU présumât.
(i) S*il est vrai que quelques évêques des Alpes-Muitimea, neuf ans plus tard, essayèrent de s'affranchir de Tautorité d'Arles, et de s^organiser en une province ecclésiastique dont l'érèque d'Embrun eût été le chef, ces sécessionnaircs auraient ainsi été en droit de se réclamer de Tautorité de deux papes, Boaiface et Célestin.
(a) Le 13 ou 14 janvier 429. la date de sa depositio (16 janvier) est indiquée par le Martyrologe hiéronymien ; et Hilaire ( Vîta S, Honoraii, VII, 2g; Migne, t. L, col. IJ63), dit qu'il mourut le huitième ou neuvième jour après l'Epiphanie (cf. Duchesne, Fastes, t. X, p. 249). La date d'année résulte d'un rapprochement de teites.