REFORME MONASTIQUE DB L KPISCOPAT
même de grands voyages (i). C'était un homme énergique, égal, tenace, toujours actif ; il eût été le parfait continuateur d'Honorat, s'il ne lui eût manqué, dans Tautorité, la douceur persuasive qu'avait eue son maître (a), et si sa fermeté n'avait eu quelque chose de rigide. Exempt de toute préoccupation personnelle, comme il n'usait de son pouvoir que pour le bien de l'Eglise, il ne craignait pas d'en user avec excès. Jamais peut-être, en Gâule, si ce n'est au temps de Patrocle, un métropolitain n'eut de ses pouvoirs la môme conception autoritaire, et ne gouverna sa province d'une main aussi vigoureuse. Il eût voulu n'avoir pour suffragants que des évêques vertueux et saints, éprouvés par le dur régime de son séminaire. Il arrivait parfois, dans les élections épiscopales, qu'un fort parti repoussâtses candidats ; il passait outre à cette opposition, se contentait d'une consultation douteuse du clergé et du peuple, et, d'autorité, ordonnait Tévêque. Parfois le concours de la troupe, qui lui était prêté volontiers par les fonctionnaires arlésiens, était nécessaire au succès de l'opération (3).
(1) Vita Hilariu%^-iQ,\ 15. § 18, % 20, § 21.
(J) Hilaire, Vita S. Honorait^ ^ 3i (lAii/., col. 1266): hUndô illOj sicui setnper, imptrio. Cf. § 26. On voit dans un fragment de lettre du préfet Auxiliaxis à HUaire, que cite la Viîa Hilarii (g jx,. col. 113S): Sed cum propositi tut ttnax sis^ et semper at^ualis^ nulloqu* commotionis felle rapiaris, sicut nuUis txtotUrit ilU~ cebris gaudiorum^êgo nec minimum quidem/actum btaîitudinis tuae arrogantiae memtni coniagiom fuscari,
{3) Léon le Grand, lettre Divinae cultum^ c. vi. Migne, t, LIV, col. 633. Militaris manus, ut didicimus, per provincias seqoitur sacerdotem, et armati prrcsidii prxaumptione suffulto ad inradendaa per tumultum famuUtur ecclesîas, qux proprios aoiiserint
L AUTORITE D ARLBS GRANDIT
Plein d*un zèle ardent pour la réforme de Tépiscopat, il voulut en communiquer le bienfait à des provinces autres que la sienne. L'étendue de sa juridiction, lerang demétropoIepréfectoralequ*avait sa cité, la faveur qu'il s^était assurée de certains hauts personnages de l'administration, faisaient de lui un métropolitain supérieur à tous les autres. Comme naguère Milan, comme à la même époque Constantinople, la capitale politique d'une des grandes divisions de l'Empire tendait d'elle-même à en devenir la capitale religieuse. Pour tout compléter, les papes avaient conféré auxévêques d'Arles le vicariat apostolique, et leur en avaient donné l'investiture en une formule vague qui se prêtait aux interprétations les plus étendues (i). Les conciles
saccrdotes. Trahuntur ordinandi ante hoc officium hi» quibas praeficiendi sunt civitatibus îgnorati. Ut enim notus qui fuerit per pacem petitur, ita per vim dcccssc est, qui ignotus adducitnr, imponatur. Obtestor et obsecro... teneatur subscrîptio clerîcorum, hoDoratorum testîmoniumf ordinis conseosus et plebis.
(i) Hilaire était-il encore en possession du vicariat"? M. Dacheane ne le pense pas {Fastes, t. I, p. 112) : L'intervention d'Hilaîre dans Taffaire de Célidonius, dit-il, < ne parait pas avoir ^té une application des pouvoirs conférés en 417 a son prédécesseur Patrocle. Ces pouvoirs d'ailleurs avaient été révoqués. » Pour ma part, je ne vois de trace de cette révocation ni dans la lettre de Boniface à Hilaîre de Narbonne, ni dans la lettre de Célestin aux évéques de Viennoise et de Narbonnaise. Léon ne peut se référer qu^à ces deux lettres quand il dit, dans la lettre Divinae cultum (c, rv, col. 632), à propos d*une ordination faite par Hilaire en Narboanaise seconde ou en Viennoise : Quid sibi Itilarius quatrit in aliéna provineia, et id, quod nullus deeessorum îpsius ante Patroclum kabuit, quiJ usurpât? Cum et ipsum^ quod Pairocîo a sede aposiolica temporaliter (ceci est faux) videbatur esse concessum^ posfmodum sit sententia meliore subîatuml Le vag^e, la tinidité des déclarations de Boniface et de Célestin nous inlerdiseat abso-
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arlésiens étaient de grandes solennités qui attiraient les évêques des régions circonvoisines. On voit assister à celui d*Orange en 441 tous les
liunent de supposer qu*U y ait eu un acte pontifical révoquant d'une manière explicite l'ensemble dea privilèges octroyés à l'évéque d* Arles par la décrétale Pîacuit apostolicae.
Les deux lettres de Célestin et de Boniface disaient seulement (et en termes généraux) : Que chaque province ait son métropolitain propre ; qu'aucun métropolitain n'aille faire d'ordinations hors de sa province (Migne, t. XX, col. 774 ; t. L, col. 434). On pouvait soutenir que la juridiction métropolitaine dans les provinces autres que la Viennoise avait été retirée à Tévèque d*Arles ; mais non que les papes l'eussent privé du vicariat, dont ils n'avaient pas reparlé depuis Zosime. Il me semble inâniment probable qu'Hilaire se regardait comme en étant investi. — A défaut d'un texte émané de Tévéque d'Arles, la thèse arlésienne apparaît dans la diatribe de Léon contre Hilaire (Ep. Divinae cuitum^ II, Mignc, t. LIV, col. 629-630) : Jadis, dit-il, aux évéques gallicans, vos églises étaient en communication incessante avec Rome. Hilaire a changé tout cela : lia suât vos cvpiens subdere potesiati^ ui se beato apostolo Petro non patiatur esse subjectum, orJinationes sibi omnium eccUsiarum vindicans, et debitam metropoUtanis sactt" dotibus in suam trans/erens dignitatem ; ipsius quoque beatissimi Pétri reverentiam verbis arrogantioribus minuendo. Ainsi Hilaire < veut bien que toutes les églises gallicanes relèvent de lui, mais non relever lui-même de saint Pierre. » N*est-ce point qu'il se réclame du ricanât ? Et si ses prétentions d la juridiction sur la Gaule entière ne s'en autorisaient pas, comment les fonderait-îl en droit?
Pour l'affaire de Célidonius, il est fort possible, on qu'Hilaire ait présidé le tribunal conciliaire qui la jugea, en qualité de vicaire du Saint-Siège ; ou du moins qu'à Rome, auprès de Léon, Q se soit prévalu de cette qualité pour justiâer sa conduite. Le pape Léon l'accuse bien d*avoir commis un abus de pouvoir eo ordonnant un successeur à Projectus, évèque en Narbonnaise seconde ou dans les Alpes-Maritimes; mais non d'avoir usurpé en condamnant Célidonius. Or, dans sa lettre Divinae cultum^ méditée pendant six mois, Léon n^a pu oublier aucun de ses griefs contre l'évéque d'Arles.