‹ Le concile de TurinChapitre 79 sur 120 · HILAIRH MIS EN ACCUSATION · texte numérisé non relu

HILAIRH MIS EN ACCUSATION

paraître comme accusé (i). On avait fait mettre des gardes à la porte de la maison qu'il occupait (2).

Le pape, quelque temps auparavant, avait reçu contre lui la plainte de Tun des sufifragants d*Arles, nommé Projectus, qui avait son siège soit en Narbonnaise seconde, soit dans les Alpes-Maritimes, Ce Projectus n'assista, — non plus que Léontius, évêque d'un diocèse inconnu du ressort arlésien, qui avait la faveur du pape (3), — à aucun des trois grands conciles artésiens de 439, 44 X et 443 dont nous avons les suscriptions. Il y avait, parmi les sufh'agants d'Honorat et d'Hilaire, un parti de mécontents, institués, sans doute, par Patrocle, qui aux réunions synodales se faisaient excuser, et qui portaient à Rome leurs griefs contre les évêques d'Arles venus de Lérins.

(i) Même lettre, c. vin, col. 635 : cum quxreretur ad causaoït turpi fuga se credidit subtrahendum. — Cf. ep. Quaîi pertinacia : Quali pertinacia Hilariua... judicium nostrum effugerit.

(2) V. HUarii, 22 : quod custodibus appositis, hiemis rïgore sxviente, quos rattone non flexerat, credidit relioquendos. — Les gardes dont parle ce texte avaient dd être chargés de surveiller HUaire par le vicaire de Rome. Voir le décret de Gratien, Ordinariorum (Gùnther, I, p. 57; Migne, t. XIII.col. 586): Volumus autem ut guicumqug.,. evocatus ad sacerdotale judicium per conîumaciam non itissetj aut ab iîlusiribus viris praefectis praetorio Galîiae atque » Itaiiae, stve a proconsult'bus tel vicariiSj auctoritate adhièiia, ad ■ episcopale judicium remittatur, veîadurbem Romatn sub proMeu- \ iiont perveniat. — Le pape avait certainement le droit de requérir la force publique pour se faire amener, ou pour empêcher de s'enfuir, un évéque qui refusait de comparaître en concile romain. 1

(3) Sur cette affaire, dont la Vita liilarii ne dit rien, voir la ■ lettre Divinae cultum, c. rv-v. Ce texte prouve suffisamment que ^ Projectus était un adversaire d*Hilaire, C. v : Non crgo Hilarims tant studuit episcopum con&ecrare quam eum potius qui aegrotabat occiderc» — Sur Lcontius, même lettre, c, ix.

La lettre de Projectus au pape, qu'appuyait une requête collective de quantité de ses fidèles, accusait révêque d'Arles d'un manquement peu excusable à la discipline. Projectus se trouvant atteint d'une grave maladie (probablement un mal chronique, qui sans laisser d'espoir de guérison paraissait pouvoir se prolonger assez longtemps), Hilaire s'était transporté dans la ville où siégeait Tévéque malade^ et, avec l'assistance des comproviaciaux qu'il avait amenés, lui avait élu un successeur (i). La protestation des laïques, pleine d'une âpre animosité contre llilaire, tournait en dérision la façon précipitée domt il avait agi. Avant qu'on le sût entré dans la cité, il avait déjà repassé les murs (a).

Comme ou allait mettre en jugement l'évoque

(l ) La justification partieUe d'Hilaire apparaît dans les accusations passionn^esdu pnpc. Au moment où Léon écrit, enjuillet445, il sait que Projcctus.est encore couché, etqu*il n'y a guère de chances qu'il périsse: Cum frairem in lectuio constitutum, tam non infirmitate £Orporis agfîravart\ quam aïio videatis doJort torqueri... — Eito ut bruii frairi tvtntrit humanae conditionis consueta migratio, — Hilaire et ses assistants durent penser que, Projectus étant hors d'état d'exercer ses fonctions, il convenait, sans plus attendre, de pourvoir aux besoins religieux de sa cité. Pourtant, si le nouvel élu reçut d'emblée tous les pouvoirs et toute la dignité de Tépiscopat, Hilaire se rendit coupable d*un manquement des plus graves A la t^scipUne. Aussi est-il vraisemblable qu'il n'installa, sous un nom ou sous un autre, qu'un vicaire ou un coadjuteur de l'évéque. Sur le siège de Projectus, on sait qu'il se trouvait hors de la Viennoise {in aliéna proDimia, dit Léon, c. IV), c'est-à-dire en Narboonaise seconde, ou plutAt encore (car il semble que la juridiction d'Hïlaire y fût contestée) dans Les Alpes-Maritimes

(i) La lettre des fidèles < numerosa siogulorum (civium) suscripbone finnata », était « invidiosissimis contra Hilarium plena querimoniis » (c. IV). Cf. c. V. Léon lui-même raille la « précipitation botiffonne » (scurrïlis velocîtas) d'Hilaire.

EVASION D HILAIRB

d'Arles, da chef d'ordination illicite, on apprit tout à coup qu'il s'était évadé de la maison où Ton croyait le tenir, et avait repris le chemin de la Gaule ( i ),

Nul doute qu'en apprenant l'évasion d'Hilaire, oi n'ait songé, h Rome, à le juger aussitôt par contumace, et, par sentence synodale, à le déclarer déchu de Tépiscopat (a). Le pape ne doutait pas qu'il n'appartînt à son siège de juger, môme en première instance, des évoques étrangers à la province de Rome, et de prononcer contre eux des sentences de déposition. Pourtant il ne voulut pas déposer Hilaire, soit qu'une telle sentence lui ait paru trop rigoureuse, soit que l'exécution en dût offrir de trop graves difficultés.

Le pape arrêta qu'il laisserait à Hilaire son siège, mais qu'il ne lui laisserait que son siège. La province d'Arles avait été créée par un décret de Zosime : le successeur de Zosime devait être en mesure de la dissoudre. Tout conseillait cette mesure et cet acte d'autorité. Les papes et leurs conseillers, depuis plus de vingt ans, éprouvaient l'amer regret de s'être eux-mêmes créé, en Gaule, un rival d'influence.

(i)Ep, Divinae cuitum, c. VIL — Fp. Quaîi peritnacéa, — V,MiIarn, ^2 2.

(2) LéoD dit lui-même dans la lettre Divinae cultum (c. VII, col. 635): m/... suae tantum civitatis it/i tacerdotium, pro ttéis apoitolUae pUtate^ praeceptio noitra servaverit. — Et il fait dire à Valentinien III, dans la constitution Certum est (ibid., col. b3S; cf. Hacnel, Leg. A'oej., p. 175) : Hiîario^ quem adkuc êptscopum nuncupari $oîa mansutti pratsuîis permiitit kumanitas.

LES DKCISIONS DU

A regard d'Arles, le ressentiment était à Tévêché romain une tradition. Il fallait que le primat des Gaules fût réduit à la condition d'un simple évcque de cité, régal de ses subordonnés de la veille^ le suffragant de Tévcque de Vienne. Au surplus, une partie des pouvoirs qu'exerçait Tévêque d'Arles lui avaient été confirmés par le concile de Turin, qui lui avait attribué la juridiction métropolitaine sur la Viennoise méridionale. Priver Hilaire de toute juridiction, c'était casser un canon de ce concile, qui avait prétendu casser le décret d'un pape ; c'était effacer Thumiliation infligée, vingt-sept ans auparavant, au siège apostolique.

Dès le lendemain de la fuite d'Hilaire, la décision du pape Léon était arrêtée (i). Mais il hésita à notifier aussitôt à l'Eglise la déchéance de l'évoque d'Arles. Il y avait sans doute grand avantage à ce que le décret ne se fît point attendre, et fût porté à la connaissance des suffragants d'Hilaire au moment même de son retour. Mais l'autorité apostolique ne se sentait pas sûre d'être obéie. La métropole arlésienne était aimée; l'église d'Honorat et d'Hilaire était le centre vivant de l'épiscopat, réformé par leurs soins, d'une vaste région. Comment les évéques qui avaient été nourris à l'école monastique de Lérinsou d'Arles accepteraient-ils d'être séparés de leur maître et de leur ami (2)? L'opposition que

■1) Date Je Ulettre Quali pertittacia -, janvier 445,

(2) Léon connaissait bien la force de cet attachement. Il pr^îvit

que les métropolitains qui devraient se partager la province

d'Arles, à savoir les évéques de Vienne et de Marseille (sans doute

encore Tévéque d'Embrun etlVvéque d'Aix), lorsqu'ils auraient à

lal

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