LE PAPE RECOURT A L EMPEREUR
Gaule avait refusé sa soumission au pape Zosime ; elle paraissait devoir la refuser à nouveau au pape Léon. On résolut, à Rome, de la lui faire imposer par l'empereur. On entra en négociations avec Valentinien III, afin d'obtenir qu'un édit impérial donnât force de loi au décret de dissolution qui allait être lancé par le pape, et enjoignît aux évêques gallicans de s'y conformer, à peine de perdre leurs sièges. Par prudence, et ne voulant pas ordonner d'une manière formelle avant d'être assuré que ses ordres seraient exécutés immédiatement, Léon réserva la publication officielle de son décret jusqu'au moment où les pourparlers avec l'empereur auraient abouti. Pourtant il avait hâte que l'on sût qu'il frappait Hilaire. Son crédit étant bien établi auprès de Valentinien III et deTimpératrice-mère Placidie, qui avait une grande part aux affaires (i), il se regar-
par ses propres moyens, sortir vainqueur du conflit avec Tévêque d'Arles. La démonstration de cette thèse (admise déjà par Lcmin^, t. I, p. 485), me parait ressortir de tout ce récit, et en particulier : I»Du rapprochement des événements de 445 avec ceux de 417. — z* Du fait que Léon réserva la notification de son décret aux suf- Cragants d*ArIes jusqu'à la publication de Tédit de Valentinien. — 3" Du (ait qu'il en coûta fort au pape Léon d'invoquer l'appui de rempereor; il fit spécifier dans l'édit que sa décision était loi d*£glise par eUe-méme, indépendamment de la sanction impériale ; et il ce fit dans la décrétale, ni dans aucun écrit plus récent, aucune allusion à l'édit. — 4* On a vu qu'Hilaire d'Arles contestait les droits de juridiction que le Saint-Siège s'attribuait sur les églises de Gaule. Comment croire qu'il eût reconnu au pape, — autrement que ccntraint et forcé, — un pouvoir législatif sourerain, ft qu'ayant refusé de prendre part au jugement de Célidonius» ou de se laisser juger lui-même, il eût sans mot dire laissé dissoudre sa province?
(t) Tillemont, Nist. des Emp.^ t. VI, p. 239, 340. A dire vrai.
l'y AVIS OFFICIKLX ET PROVISOIRE
dait comme assuré de l'assistance énergique du gouvernement. Il se décida à communiquer aussitôt sa décision aux intéressés d^une manière indirecte et quasi-privée. Le 6 janvier 445, c'est-à-dire fort peu de jours, et peut-être immédiatement après la fuite d'Hilaire, il en avisa par la courte lettre Quali pcrtinacia, non les évêques de la province d'Arles, mais ceux de la province de Vienne (i).
c'est justement d partir de 445 qu'on voit attestées les relations étroites qui unirent le pape Léon A Valentioien III et Placidic. Mais les termes de la constitution Certum est prouvent bien qu'en 445, CCS relations étaient déjà établies. Au reste, c'est dans les années .|4;-444 que le pape I.éon procéda à des poursuites solennelles, et fort étendues, contre les Manichéens (Tillemont, Mèm., t. XV', p. 414 et suiv.). Il est occessaire d'admettre qu'il agit dans cette affaire de concert avec le gouvernement impérial.
(i) Celte lettre est réputée apocryphe par tous les auteurs modernes. J*ai exposé les raisons qui me la font croire authentique, à Tappendicc III, partie 11. — Quant à la date de la lettre, Tillemoat {Mim.^ t. XV, p. 82) croit qu' « au lieu du 6 janvier, U faudrait lire le 6 de juin, comme dans la loy de Valentinien. Car la lettre suppose que Ton savait déjà dnns les Gaules et à Vienne ce qui s'était pansé entre S. llilaire et S. Léon, et comment S. Hilaîre était sorti de Rome. » Ainsi la lettre Quaîi periinacia serait exactement contemporaine de la lettre Divinae cuJium, laquelle fut publiée (au moins approximativement) â la même date que la constitution Certum est. — Je ne puis admettre celte conjecturr. II ne vaut guère la peine d'observer que le texte de Du Boys (v. ii l'Appendice) donne en toutes lettres : VIII [alias IIl) Idus Januariij car rien n'crapéche que le manuscrit que Du Boys a possédé n*ait porté : VU! Id. Jan.y qui pourrait «tre une altération d^ V/II id, Jun. Mais le contenu de la lettre est bien plutôt d'accord avec la date de janvier (Hilaire quitta Rome au cœur deThiver). qu'avec la date de juin. Dans la lettre Quali pertinacia^ le motif principal, presque unique même, du courroux de Léon, est ta fuite d'Hilaire, et son refus de se laisser juger; il paraît manifeste que Léon est encore sous le coup de la surprise et de la colère que lui a causée Tévasion de son prisonnier. Dans la lettre Dioinoé fa/-
LETTUE « QUALI PERTINACIA »>
A ses chers frères de Vienne^ Léon, évêque,
« L'acte d'opiniâtre insolence de révoque d'Arles, «. Ililairet qui s'est soustrait à notre jugement, n'est « point resté inconnu de vos saintes fraternités. En « raison de ce faii, et puisque Tévéque d'Arles n'a « point attendu la sentence du prince des apôtres, « toujours si modéré dans la justice qu'il exerce par « le moyen de ses vicaires, il nous a paru juste de « lui retirer le bénéfice du privilège accordé à sa « cité. Qu'Hilaire apprenne, dans l'abaissement, les
< devoirs qu'il n'a point voulu reconnaître alors m qu'il occupait la haute charge où nos prédéces-
< seurs l'avaient élevé par pure grâce.
« L'évêque de \^ienne recouvrera tous les droits € et privilèges que la bienveillance apostolique avait « partiellement transférés à l'église d'Arles. Puisse « ce sévère châtiment apprendre à Hilaire à ne plus « outrepasser témérairement les règles canoniques
< que nous a léguées l'antiquité.
«c Le VIII des Ides de janvier {6 jafivter) sous le « consulat de Valentinien Auguste (a, 44^) (i). >
iutriy i[ ne mentionne la fuite d*Ht)aire qu'en passant, vers la fin de la lettre (cap. vu, col. 6J5). Ce sont des ^efs d'un autre genre qui forment le fond de sa diatribe contre Hilaire. Et il s'applique À ne pas accorder trop d'importance aux oifenses faîtes par Tévêque d'Arles au siège romain.
D'autre part l'unique argument de Tillemont me paraît ne rien prouver. Tout ce que sait le pape en écrivant, c'est qu'au moment où sa lettre arrivera à Vienne, on y aura appris la fuite d'Hilaire. Cela n'crapéche point que sa lettre n'ait été écrite peu de jours après la fuite.
(i) Pour la correction de la date fournie par Du Boys, v, à Tappeadice ML
108 LA LBTTRK « QLAM PliRTTNACIA '»
La lettre Quai/ pertinacta fut adressée et envoyi au métropolitain de Vienne; ce n'est, à vrai dire, qu'un privilège viennois (i). Maison voit bien que, dans la pensée du pape Léon, elle était surtout destinée aux évêques de la province arlésienne. Les suffragants d*Hilaire furent, dès le commencement de l'année, informés de la peine qui frappait leur métropolitain, et les atteignait eux-mêmes avec lui. Mais la décision pontificale ne leur ayant point été notifiée par un document à eux adressé, ils n'eurent alors ni à donner, ni à refuser un assentiment ou un acte de soumission qui ne leur était point demandé. Si, dans les premiers mois qui suivirent le retour d'Hilaire, les suffragants d'Arles acceptèrent qu'il fît acte de juridiction métropolitaine dans la province, ce que nous ignorons, ils ne parurent point, pour cela, avoir méconnu Tautorité du siège romain.
L'empereur Valentinicn fixa son séjour à Rome, pour un temps assez long, au commencement de Tannée 445. Il y était dès le milieu de janvier (2), et
Ci) Voir sur ce point, à Tappendice 111. Ost à la lettre Quali pertinacia que Léon fait allusion dans sa décrétale Lectis diUctiûnis (Migne, t. LIV, col. 88j ; £p. Mcroïc, p. io). quand il écrit : Unde Viennensem civitattm^ quantum sJ ecclesiasiicam jusSitiafm pertintt^ inhonoratam penitus €sst non patimur ; praesertim eum de riceptione priviUgii atutoritate jam nostrae dispoiitionis utaiur, qua potestatcm Hiîario episcopo ahlatam Viennensn episcopo crtdidimus deputandam.
(a) TillemoDt» Hist. des Bmp,^ t. VI, p. z^i : « Valentinicn était i Rome le 14 d'avril ; et toutes les loix que nous avons de lui en cette année et dans les deux suivantes, en sont dattées. » La date du 14 avril est fournie par la loi Nov. Val$ntin. III^ fit. XV [XVIIi Kai. Mai. Jiomat, ap. HzDel, Leg, M»»., p. 17»); «nais on
AETinS
peut-être plus tôt encore. 11 semble que l'entente entre ses ministres et le pape, sur le décret sollicité, eût dû être promptement conclue. Pourtant de longs délais intervinrent. On soumit sans doute, pour la forme, à la cour de Constantinople, le projet d'édit, qui devait porter avec le nom de Valenlinien III celui de Tempereur d'Orient Théodose II. Un autre personnage dut nécessairement être consulté: c'était le patrice Aétius, auquel devait incomber la charge d'assurer Texécution de l'édit. Aétius, Thomme de guerre le plus illustre de l'époque, plusieurs fois vainqueurs des barbares Goths, Suèves et Francs, vainqueur des Bagaudes ( i), et qui devait, peu d'années plus tard, délivrer les provinces gauloises de l'invasion d'Attila, était alors le seul maître de ce qui restait de la Gaule romaine. 11 y exerçait, outre le commandement des armées, la direction supérieure des affaires civiles (2). Le patrice ne dépendait de la cour de Ravenne que d'une manit-re fictive. En fait, il ne devait pas ses pouvoirs au gouvernement impérial. Déjà maître de la milice en 432, Timpératrice Placidie, pour le déposséder de son comman-
a une loi datée de Rome et du 15 janTÎer {XV Kaî. Febr., Romae ; Nov. ValentÎD. Ill, lit. XIV). Il n'est pas impossible que l'empereur ait été à Rome au moment même de la fuite d'Htlaire.
(i) Tilleraont, //is/. des Emp,, t. VI, p. 203, 305, 208. (Pour les Bagfaudes, textes du Chroniqueur de ^5^, aux années 435, 437, 439, ap, Mommsen, Chron. min. y t. I, p. 660),
(2) On le voit bien par le fait que la Constitution Cerium rst lui fut adressée, ainsi que la loi de 451 sur le rachat des captifs de la dernière guerre (Sov. Valentin. II!, tit. XXXII, ap, Haene!, Leg. Nov., p. 237). 11 faut évidemment que le préfet des Gaules fût alors le subordonné du patrice.
XÛTWS ET LE PAPE LKON
dément, avait dû lui faire livrer bataille par un autre général ; Tannée suivante, il avait reparu à la tête d*une armée, obtenue de son ami le roi des Huns, et sur les sollicitations menaçantes de son protecteur le roi barbare, la cour s'était empressée de lui rendre sa haute charge (i). Aétius, depuis lors, régnait sur la Gaule ; et les soldats barbares qui formaient son armée romaine lui servaient tout ensemble à tenir en respect les princes barbares, et à intimider l'empereur romain. Valentinien lil ne cessa de trembler devant ce subordonné terrible que le jour où il l'eut assassiné (2). Le patrice ne recevait à coup sûr de son maître aucun ordre qu'il n*eût agréé d'avance, ou le plus souvent sollicité. Peut-être Aétius fut-il, avec le pape, Tauteur principal de l'édit que «igna le faible Valentinien. Le pape Léon avait eu avec lui des relations personnelles. En 440, étant diacre romain, il avait été choisi par Tempereur pour apaiser un différend survenu entre le patrice et un personnage nommé Albinus, qui semble avoir été le préfet des Gaules (3) ; et c'est en Gaule,
(i) Tiilemont, ibtd,, p. 206; cf. Bury, A histor;f etc., t. 1, p. 172. (D'après Prosper d'Aquitaine, a*/ a. 432.)
(2) En 454. Tiilemont, ibiJ.^ p. 250.
(3) Pro3per d'Aquitaine, ad a. 440 {Chron, min., t. I, p. 478) : Defuncto .Xysto episcopo XL amplius diebus Romana eccîeiia sine antistiie fuity mirabili pace aique patientia praesentiam diaconi Leonis exspectans^ quem tune inter Aetium et Albinum amiciiias rtdintegrantem Galîiae detinebanty quasi ideo îongiui esset abductus, ut et eiecti meritum cteîigentiumjudteiumprobargtur, — Cf. Léo, Sermo I (Mig^ne, t. LIV. p. 141): USpraesenieni me crederet vestrae sanctitatis affectio^ quem feeerat neeessitas longar peregrinationis absentent, — Il me semble, en soi, infiniment probable que TAlbinus cité par Prosper est le même qu'il nomme.
AK'ni;S ET LE PAPE LHON
auprès du patrice, qu'il avait appris que Sixte III était mort et que l'église de Rome le réclamait comme évêque. Si Léon ne jouissait pas encore de la faveur d*Aétius (et la mission qu*il reçut ferait croire qu'il la possédait déjà), la prudence voulait qu'il s'assurât alors, au moment de devenir pape, une amitié de si grand prix ( i ).
quelques li^ocs plus bas, comme consul en 441}. Or le consul (pour l'Occident} de 444 est à coup sûr te préfet d'IUyricum de 443 {S*ov. Valentin. 1/1, tit. II, î; 3, ap. Ha*nel, Lcg. IVov., p. 135). Atbinus en 440 aura san» doute été préfet des (Saules {comme Tillemont le suppose, Nist. des Emp.^ t. VI, p. 202; mais à la p. 627, dans une note, il retire à demi sa conjecture), car il n'y a aucun personnage avec qui Aétius pût être plus facilement en conflit que le préfet des Gaules. Voir Borghesi. Qluv.^ t. X, Les Préfets du prétoire^ p. 736 : Albinus, préfet en 440.
(i]T.es sentiments de I.éon envers Aétius semblent bien avoir été, même après la mort d'Aétius, décidément favorables. On est en droit d'en juger d'après la Chronique de Prosper d'Aquitaine, écrite (au moins pour la première partie, qui atteint la fin de Tannée 444), à Rome, et alors que Prosper était, sinon le secrétaire attitré, au moins le familier et le st^rviteur dévoué de Léon (Valentio, S. Prosper^ p. 132 et suiv., p. 426). Or, bien que l'esprit de sa Chronique soit, dans cette partie tout au moins, non pas gauloiâ, mais tout romain, Prosper se montre indulgent pour les rébellions et les trahisons d' Aétius, et plein d'admiration potar ses %'ictoires. Il Texcuse d'avoir appelé les Huns dans l'empire en 425, d'avoir tué Je patrice Félix et sa femme en 429 ou 430, d'avoir encore eu recours aiuE Huns eu 432 : Litohu?, en 439, s'est fait battre par les GotîiSf dum Aetii gîoriam superare appétit dumque karuspicum rttpomis et daemonum signijicationibus fidit ; Â Tannée 439 encore, Aetio rébus quae in Gaîlia componebantur intenta, le Vandale Gcnséric peut prendre Carthagc. Dans la seconde partie de sa Chronique encore, Prosper reste favorable à Aétius : il est moins sévère, A l'année 453, pour la conduite très louche du patrice envers ses amis les Huns, qu'il laissa libres de ravager l'Italie, qu'il n*admîre, en 451, sa promptitude à défendre la LrauJc. Enfin, dans le drame de 454 où finit Aétius, il prend nettement parti pour
1 iJ LETTRB '< DIVrN-« CLXTUM »
La négociation entre Rome et ConstantinoplCt ou plutôt entre Rome et la Gaule, dura jusqu*à la fin du printemps. Le t> juin, parurent conjointement la lettre du pape (Divinac cuJtutn) et la constitution de l'empereur fC^r/rtw est) (i).
La lettre Divinac cuîtum notifia auï évêqués € de la Viennoise >, (c'est-à-dire, à ce qu'il semble, de la Viennoise d'Arles), la décision pontificale dont la teneur leur était connue depuis plusieurs
Aétius contre ValentiDicn 111. Voir Prosper, Chron,. ad a. 425, 430. 43^. 435. 43Q» 4401 45 II 452. 454, ap. Mommien, Ckron, min.^ u I, p. 470 et suiv.
(i) r.^ lettre Pivinae cuîtum n'est pas datée. Tillemont (Mém,, t. XV, p. 8a) « croirait aisément que S. Léon ne l'envoya qu^avec la loy de Valentînien qui en ordonnoic Texécution. » (Dans le même sens, cf. Ballerini ap. Mîgne, t. LIV, col. 628, note m ; Langen, t. II, p. 13, etc.)
Que la décrétale et Tédit furent publiés à la même date^ j'ea crois trouver l'atteatatioa dans ce mot de l'édit, que « 1-a décision du pape aurait été exécutoire par elle-même, m^me sans avoir reçu la sanction impériale : Et krat quidem ipsa sententim p0t Gallias KTiAM sinr imperiali sattêtioné valitura. Quid enim tanii pontijicts auetoritati in eccUsias non licerst ? C'est donc qu'elle ne fut pas édictée sans la sanction. — J'ajoute qu'à comparer les deu.\ lettres Quaii pertinacia et Divinae cuîtum^ on ne doute pas qu'il ne se soit écoulé entre l'une et l'autre un intervalle de plusieurs mois. — Enfin, le ton qui règne dans toute la lettre Divinac cuîtum est celui d'une autorité sûre de sa force, et qui ne craint ni ta rébellion, ni même les murmures. Si l'on compare l'attitude qu'y prend le pape à celle de ses prédécesseurs âcnvant À la province d'Arles ou pour elle, on reconnaît que cette sécurité parfaite suppose un changement complet de la situation, lequel oc peut avoir été produit que par Tédit de Valentînien.
DISSOLUTION PR LA l'ROVINCK PARLES
mois. Leur province, le modèle en Gaule de la bonne organisation ecclésiastique, était démembrée. Dépouillé de tous ses pouvoirs soit sur ia Viennoise, soit sur les provinces voisines (où il n'avait possédé, assurait le pape, qu'une autorité irrégulière et usurpée) (i), Hilaire ne conservait désormais que le gouvernement de Téglise d'Arles ; et il lui était interdit de prendre part, même à titre d'évêque assistant, à aucune ordination épiscopale (3).
Les motifs de la sentence étaient exposés par le pape avec une abondance passionnée. On s'étonne, à suivre Ténumération de tous les crimes imputés à Hilaire, que Léon le maintienne dans sa communion, et, coupable tout ensemble d'attentats inouïs à la discipline, de mensonge, de dureté, de violences, d'usurpations tyranniques, le laisse à la tête d*UQ diocèse.
Les lois de l'Eglise n'existaient point pour l'évoque d'Arles- On en avait eu la preuve dans les deux
(i) C. IV (Migne, t. LIV, col. 632) : Quid sibi Hilarius quaerit in alîcn.i provincia, et id, quod nullus deceasorum ipsiua antc Patroclum habuit, quid usurpât ?
(ï) C. vn, col. 634 : Qui non tantum novcrît se ab alieno jure dcpuUum, sed etiam Vieoneosis provincia?, quam maleusurp.tverat, potestate privatum... Non ergo intersit ullî ordinationi ; non ordinet, qui mcriti sui conscius, cun qurrreretur ad causam, turpi fuga se credidit subtraliendum, exsors aposîoîicat communionis^ cujus partjceps esse non meruit : Deo, ut crcdimus, hoc agente, qui... ne communîonis nostra* consors ficret, ut absccderet latenter, cffecit. — Les mots que j*ai soulignés ont fait croire A Tillcmont f.Vrwi., t. XV, p. 80) que Léon déclarait Hilaire séparé de sa communion. Léon veut simplement dire, comme le montre le contexte, qu'Hilaire s'est mis lui-même par sa fuite, et pour un temps, en dehors de la communion apostolique. Séparé de la communion rcmaine, Hilaire, aux yeux du pape, n'eût plus ét<; évoque.
GfUEFS DE LEOX CONTRE HILAIRB
affaires récemmentsoumises au siège romain. Il avait condamné Célidonius à ia légère et sur de faux rapports ; il avait dépouillé Projectus mourant de son évêché pour en pourvoir un intrus ( i). Il parcourait les provinces avec une escorte de soldats, pour imposer de force aux églises des évêques qu'elles n'avaient pas élus, et qu'elles ne connaissaient point (2). Il prenait plaisir à destituer les évêques 13). Il affectait, dans le gouvernement des fidèles, une sévérité inique, et, pour des délits médiocres ou douteux, faisait des listes d'excommuniés (4).
Tant d'abus de pouvoir n'expliqueraient pas encore l'amertume profonde dont toute la lettre
(1) C. iv-v, col. 631-632... Apparet quam mitis sit corde Hilarius, qui obesse pra^sumpUoni sua^ fraterna? mortis credidît t.nrditatcm. Quantum enim in se fuit, illi subtraxit lucem, abstuHt vitam, etc.
(3) C. Tt, col. 6^3. Milharis manus, ut didicimus, per proviocias aequitur sacerdotem, et armati prasidii prxsumptione suffulto ad invadendas per tumultum famulatur ecclesias qu;^ proprios amîserint sacerdotep. Trahuntur ordînandi ante hocofficium hîs, quibus prx- Ëciendi sunt, civitatibus igaorati. Cf. Célestini Ep. Cuperemms quidem (431), cap. iv-v (Migne, t. L, col. 434).
(3)0. vu, col. 634.., Cuna ipse frequentius temerariia et însolcntibus verbis seotentiam damnationis expeterct... (Cf. le texte ci-aprés).
(4) C. vm, col. 635 : NuIIi christianorum facile communîo denegetur... Ccrte si quaodo causa talis emerserit^ ut pro commissi criminis qualitate aliquem juste faciat communione privari, is tantum pœoa: subdendus est, qucm reatus iovolvit ; nec particcps débet esse supplicli, qui consors non docetur fuisse commissi. Sed quid mirum cum in laîcos lalem existere, qui soleat de sacerdotum damnatione gaudere ? — Cf. ep. Cuperemus quidem, c. u (Mignc. t. L, col. 43i) La comparaison des deux lettres prouve à Ti^vidence, et que la lettre Cuperemus vise révoque d*ArIes, et que le ressentiment de Léon contre Hilaire a des origines lointaines.