‹ Le concile de TurinChapitre 85 sur 120 · LA REVANCHE DE ROME · texte numérisé non relu

LA REVANCHE DE ROME

sans rassentitnent du pape ou contre sa volonté, — c'est qu'il se rappelait le temps où le concile milanais s'était fait juge, à la requête des gallicans, d'un décret du pape Zosime, et s'était arrogé le pouvoir d'en infirmer les prescriptions. S'il fit insérer dans redit que tout évêque latin cité par le pape à son tribunal, s'il tardait à se rendre à comparution, serait dirigé sur Rome par le gouverneur de sa province, c'est qu'il avait autrefois ressenti Tinjure faite au siège apostolique par cet évêque de Marseille qui avait dédaigné la citation de Zosime, et, dûment excommunié par le concile romain, était demeuré dix ans chef d'une église et chef d'une province. La constitution Certum est ne prend tout son sens que si Ton songe au concile de Turin et aux événements critiques de Tannée 417.

Le siège romain prenait ainsi sa revanche, et une revanche décisive, de Téchec que le concile de Turin avait autrefois infligé à sa politique, L'édit de Valentinien m marquait la clôture du conflit qui s'était déclaré au temps de Zosime, et s'était depuis lors poursuivi à l'état latent, entre la politique dominatrice du siège de Rome et l'esprit d'autonomie des gallicans, entre la nouvelle discipline monarchique et l'ancienne discipline conciliaire de l'Eglise. La question constitutionnelle, restée en suspens durant

cipUnaire que le pape ne pût déclarer contraire à la discipline ancienne. On l'a bien vu par IVxemple des requêtes adressées par Proculus et Simpliciuâ au concile de Turin, requêtes qui ne tendaient qu'au maintien de t'état de choses antérieur, et où Zosime (dêcfêtale Muita contra j voulut voir un attentat conire la tradition disciplinaire.

SOCiMISSION DBS GALUCANS

près de trente années, était réglée, dans TEglise, à

l'avantage du Saint-Siège.

Dès qu'eut paru, en juin 445, le décret du pape Léon qui dissolvait la province d'Arles, Hilaire cessa d'exercer sa juridiction, et les évoques qui avaient jusqu'alors relevé de son siège, de se comporter comme ses suffragants (i). Il n'y eut ni résistance, ni protestation. Ce fut là l'effet immédiat du décret de Valentinien. On a allégué ici, pour diminuer l'importance de l'intervention de Valentinien dans la querelle, que le pouvoir impérial était alors fort affaibli en Occident, et que Tédit n'eût pas suffi à contraindre les évêques gaulois à Tobéissance, s'ils n'y avaient été d'eux-mêmes disposés (2). Il est vrai

(1) Lœning (t. I, p. 488) signale TeiTeur tendancieuse des anciens auteurs gallicans (Balu/e, ap, De Marca, De Concordia^ t. V, c. ih S 2. p. t>77 ; Quesncl, Dia. V, p. I, c. vm, § i, ap. Migne, t. LV, p. 457) et des auteurs protestants modernes (Hinschius, t. \, p. 589, Perthel, Pahit L*o^ p. 36, etc.) qui ont prétendu qu'Htlaire avait conservé jusqu'à sa mort, malgré le pape el rempereur« Texercice de sa juridiction métropolitaine. Le texte de la Vita Hiîarii {c xvii, ap. Migae, t. L, col. 1238; voir au ch. suivant) me paraîtrait ne laisser à cet égard aucun doute, si M. Gundlacb n>o avait tiré argument pour soutenir, contre Lœning, l'opinon de Baluze (v. Der Sireit etc.. partie III, ap. Neues ArchiVj t. XV, p. 242). M. Gundlach pense que si Hilaire s'était soumis, il n'aurait pas eu  envoyer au pape deux ambassades, et  faire intervenir ensuite l'ancien préfet Auxiliaris; il constate aussi qu'Auxiliam, dans sa lettre, prêche à Hilaire la soumission. — Il me semble évident, par l'ensemble du texte de la Vie, que les deux ambassades arlésiennes et Tiatervencion d'Auxiiiaris eurent également pour objet d'apaiser le pape, lc de faire rendre à l'évéque d'Arles «a province. Toute la correspondance des années 449-450 entre Rome et Arles confirme cette interprétation d'une manière péremptoirv.

{z) Schmitz, D^r Vikariat von ArUs^ p. 8 : « Erhielt so der Primat staatlichc Anerkcnnung und Geltuog, so geht es docb nïcht

EFFET IMMEDIAT DB L in>IT

que Tempirc se trouvait, depuis plus de vingt-cinq ans, hors d*état de défendre ses territoires des invasions barbares; plusieurs des provinces latines étaient occupées d*une manière permanente par des Vandales, des Goths, des Suèves, des Burgondes, des Francs. Mais la Provence était Tune des régions où commandaient seuls les généraux et les fonctionnaires civils nommés par le gouvernement de Raveone ; et il n*y a aucune raison de croire que la police des cultes s'y fît moins facilement que par le passé. La présence des Gotbs sur la Garonne et des Francs sur la Meuse n'eût aucunement empêché le maître de la milice, qui résidait k Arles, d'appréhender un évoque récalcitrant et de le mettre en poste pour Rome, où il eût été jugé et condamné. Léon le Grand avait estimé que, pour être obéi, il lui était nécessaire de demander main-forte à Tempcreûr. Ce qu'on sait des sentiments manifestés par plusieurs évêques de Gaule au temps de Zosime, et, à répoque mC-me où nous sommes parvenus, des dispositions d*Hilaire envers Rome, donne à croire que le pape fit sagement de se prémunir contre toute résistance des suffragants d'Arles, et

an... mit Lœnitig zu behauptcn, die gaUische Kirche sei mit Hilfe der Staatsgewalt und durch kaiserliches Gcsetz dahin gebracbt worden, die kirchliche Obergewalt des Bi&chofâ voo Rom anzuârkenoen, scbon aus dem Grunde nicht, weîl die von Laening selbst zugestandene « Scbwache der Reicbsregierung », ein solches Résultat nicht erziclen konnte. » I-ocoing, t. I, p. 487, dit avec raison que le pouvoir impériai était trop affaibli pour faire observer la loi dans toutes les provinces et d'une manière durable ; maÎB il ne doute pas qu'en Provence, et en 445, la victoire du pape n*ait ét^ Teffet de Pintervention impériale.

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