NOUVELLE VICTOIRE DU SAINT-SIEGE
On espérait voir le successeur de saint Trophime rétabli dans tous les pouvoirs et dignités dont il avait reçu jadis Tinvestiture. Zosime avait donné commission à Patrocle « d'assurer dans toutes les Gaules, en qualité de vicaire du siège apostolique, Tobservance de toutes les lois ecclésiastiques. > Les pétitionnaires suppliaient le pape Léon d'accorder à nouveau à Tévêque d'Arles, par la même délégation générale de pouvoirs, une haute autorité disciplinaire sur tout répiscopat gallican (i).
La politique pontificale, lorsqu'elle obtint que la supplique en faveur de Ravennius lui fût adressée, remporta un sérieux avantage. Les dix-neuf évoques
fîbî tcstatur auctoritas, Arelatensis ecclcsi^r sacerdos ad soUicitudioem scmper suam ciiramquc revocarit. Cui id «tiam honoris dignitatiaque collatum esc, ut non tantum has provincias potestate propria gubemarct... — On voit que les AIpes-Mariiimcs ne figurent pas dans cette cnumération; cependant on voulait assurément les faire comprendre dans la province d'Arles, puisquUngencus d'Embrun signa la pétition, et qu'il désirait remettre sa juridiction provinciale ù l'évéque d'Arles (témoignage du pape Ililaire, v. App. V). Ici comme dans nos documents du temps de Zosime, les Alpes-Maritimes sont considérées comme faisant corps avec la Narbonnaise seconde.
(i) ... gubemarpt, vcrum ctiam omnes Gallîas, sibi apostolica: sedis vice mandata, sub omoi ecclesiastîca régula contineret. — Sur toute la supplique Memores quantum^ dont plusieurs termes semblent empruntés à la décrétale Plaçait apostolicat, j*ai fait remarquer plus haut qu'elle était peut-être inspirée, non de cette décrétale même, mais d'un mémoire arlésien rédigé au temps de Patrocle.
NOUVELLE VICTOIRE DU SAINT-SlÊGE
qui avaient souscrit à la requête reconnaissaient d'une manière explicite, et en apparence spontanée, que Tautorité pontificale possédait et possédait seule le droit de réformer la constitution de leur église. Sans doute, les suffragants d'Arles, quatre années auparavant, avaient obéi en silence au décret qui dissolvait leur province. Mais le fait d'une telle soumission n'avait peut-être, comme précédent canonique, qu'une valeur discutable ; car on pouvait se demander si les évoques s'étaient inclinés devant le décret du pape, ou devant Tédit de l'empereur. La supplique Memorcs quantum était, pour Tavenir, un gage bien plus précieux. Elle paraissait apporter au siège apostolique l'adhésion volontaire des gallicans au nouveau régime disciplinaire. L' évoque de Rome n'avait jamais reçu d'hommage aussi éclatant. La décrétalc Plaçait apostolicae avait provoqué en 417, dans une partie de Tépiscopat latin, comme une insurrection : on voyait en 449 dix-neuf évêques solliciter d'eux-mêmes le pape d'édicter un décret tout semblable. Une tradition, purement ecclésiastique, de soumission entière aux volontés de Rome était créée. On pouvait espérer qu'elle serait généralement suivie, et que le pouvoir de remanier l'organisation particulière des églises provinciales serait reconnu au pape dans tout l'Occident (1). Ce fut
(1) Ea fait, U tradition ne fut pas suivie; il est certain qa*après la chute de Tcmpire d'Occident, Tauiorité du siège de Rome se trouva beaucoup affaiblie. Les changements apportés à rorgasisation des églises, par exemple les créations de sièges épiscopaux, s'opéraient en Gaule, au vi' siècle, sans qu'on recourût au pape (Voir Hinschius, t. II, p. 381).