‹ Le concile de TurinChapitre 98 sur 120 · PARTAGE DE LA VIENNOISE · texte numérisé non relu

PARTAGE DE LA VIENNOISE

comme s'il n'eût eu à régler qu'un conflit de juridiction relatif à cette unique province. Il prononçait, comme chose entièrement nouvelle, que la juridiction métropolitaine en Viennoise étant revendiquée par les deux évêques de Vienne et d'Arles, et les deux compétiteurs lui ayant produit des titres équivalents, les évêchés de la province devraient être répartis en deux circonscriptions métropolitaines. Il ordonnait que V^alence, Grenoble, Genève et la Tarantaise, formant avec Vienne elle-même un ressort de cinq évêchés, relèveraient de Tévêque de

proprement dite. > — Les mots ejusdem proviaciae me paraissent ne pouvoir désigner que la Viennoise proprement dite, car jamais. au IV* ou au v* siècle, les cit<!*B de la Narbonnaise seconde et des Alpes-Maritimes n'ont fait partie de ia mi'me province^ soit politique, soit ecclésiastique, que les cités de Vienne, Grenoble, Genève, etc. Pour Tarantaise, elle était certainement englobée dans la Viennoise ecclésiastique, de même que les Alpes-Maritimes dans la Narbonnaise seconde ecclcaiastique. On a vu qu'en 449 encore les auteurs de la supplique, qui réclamaient certainement l'adjonction des Alpes-Maritimes au domaine d'Arles, ne mentionnaient pourtant dans leur requête que la Viennoise et les deux Narbonnaises.

On voit bien qu'il a*est question, dans toute la lettre Divimae cuitum, que d'un litige entre Arles et Vienne. Or la compétition des deux sièges ne portait que sur les cités de la Viennoise proprement dite, Vienne n^ayant jamais élevé aucune prétention sur aucun évèché de Narbonnaise seconde ou des Alpes-Maritimes.

Ce qui s'oppose encore à Tinterprétation de M. Ducbesne, c'est que Léon V% comme ses prédécesseurs Boniface et Célestin, considérait en 445 l'extension de la juridiction d'Arles sur la Narbonnaise seconde et les Alpes-Maritimes comme illégitime. (Ep. Divinae cuîtum : Quid sibi Hilarius quaerit l'n aliéna provincia ?]

Enfin on sait (v. à TApp. V) qu'il y eut, à l'époque de Léon le Grand, une province ecclésiastique d'Aix et une des Alpes-Maritimes, et que Léon lui-même exigea d'ingénuus d'£mbrun qu'il exerçât son autorité de métropolitain.

REPRISE d'une décision DH TURIN 209

Vienne, tandis que les autres diocèses formeraient la province d'Arles.

C'était renouveler parement et simplement la mesure de partage arrêtée à Turin, telle qu'elle s'était précisée dans Texécution, et était demeurée en vigueur dc4i7 à 445 (i).

Le pape prévenait ainsi toute récrimination de Nicétas de Vienne ou des gallicans ombrageux : ce qu'il ordonnait présentement, le concile ne Tavait-il pas ordonné naguère (2)? Mais il affectait, en même

(ij On a vu en effet que Die, bien quVn vertu de rarrangcment de Turin eUe dût appartenir à Vienne, avait fait partie du ressort d^Arles. La seule des quatre cités laissées à Nicétas qui aurait pu A la rigueur, en 417-445, appartenir à Arles, est Valence. Mais la lettre Vaîenttnae nos de 419 (Migne, t. XX, coï. 756) fait voir qu'il n'en était rien. C'est en effet, par une délégation spéciale du pape que le concile de la province d'Arles eut â le juger. LMvéquc de Valence en 419 était donc un sufTragant de Vienne.

(3) Nicétas de Vienne fut très naécontent du décret de Léon. On en a la preuve dans le fait que ni lui, ni aucun de ses suffragants. ne signa la lettre collective des évèqucs de Gaule sur Ihérésie d'Eutychès, que Ravcnnius adressa en 451 :i Léon le Grand (Migne, t. LIV, col. 966). Deux sufFragants de Vienne, Cérétius de Grenoble et Salonius de Genève, auxquels se joignit Véranus de Vence, adressèrent au pape leur lettre séparée (Migne, t. LIV, col. 887), — D'autre part, ranimosité qui subsistait entre Arles et Vienne est attestée par une lettre écrite en 462 par Léontius, auccesseur de Ravennius, au pape Hilaire (Thicl, p. 139): Quos (i. e. invidos ecclesiar arelatensis) si non esset audoritas reprimms^ certum est de die in diem ^rassaturos in pi'jus, quin maiitia, qua nos oderunt, ascendit semper.

Nicétas se soumit, quoique de mauvaise grâce. Son successeur Mamertus ne voulut pas reconnaître l'autorité du décret de Léon, et en 46a ou 463 alla créer un évêque à Die, qui était du domaine d'Arles (Hilaire, ep. 9, 10, ii, ap. Thiel, p. 146 et suiv,). Le pape Hilaire écrivit, en parlant de lui (Thiel, p. \^%): Aut si spiritu aemuïaiionis inflatus eum {Leontmm)jquod non oportuii.arbitra-

LE CONCILE BST OUBLÏK

temps, dMgnorerle concile. Si une décision de cette assemblée, qui n*avait eu pour objet que de défendre la Gaule contre les prétentions romaines, redevenait en Gaule loi de l'Eglise, c'était uniquement par l'effet d'un décret de Rome.

On ne pouvait éviter plus sûrement que l'autorité des deux premiers canons de Turin pût être encore invoquée par personne, ni faire entendre d*une manière plus claire qu'on la tenait pour nulle. Après le décret de 445, qui rapportait les décisions de Zosime, le décret de 450 achevait de rendre les deux canons de Turin caducs. Lorsque, vers 455 ou 460, la province de Marseille eut cessé d'exister, les délibérations du concile de Turin sur l'affaire des métropoles ne furent plus qu'un souvenir historique lointain, et bientôt incompris. Au milieu du v* siècle déjà, les Gaulois oubliaient le conflit qui avait passionné la génération d'avant eux. Ni Prosper d'Aquitaine (plus Romain que Gaulois, il est vrai), qui écrivait sa Chronique vers 443, ni le chroniqueur marseillais de 452 n'ont cité le concile de Turin dans leurs annales. Il serait surprenant que le texte de la lettre synodale nous eût été conservé, si deux canons du concile, relatifs aux ordinations illicites, n'avaient fait jurisprudence sur la matière (i).

Les effets directs du concile de Turin, pourtant, avaient été sensibles pendant près d'un demi-siècle.

tus £Si negîîgendumy dâcessoris sut saittm instructus exempta, iîîius imitaretur temperaniiam, eujus honore ptrfungitur,

(i) Ce sont tes canons III et VIII. On a vu dans l'Introduction qu'ils furent cités au concile de Riez de 439, au concile d'Orangç de 441, au XU' concUe de Tolède de 681.

Page 1