‹ Le concile du Vatican: son histoire et ses conséquences politiques etChapitre 10 sur 11 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'oOnilTDBB BT U OOHRITDTION DO «

Le 'i décembre 1869, à midi, les cIg nombrables églises de Rome sonnaient lées pour annoncer le grand événeme le monde en suepens.TJn concile œcumï après troia siècles, était bien fait pou l'attentioD au plus haut degré. Il n'é1 Toqué dans une petite ville de l'Italie d dans la capitale même de la catholicité; mssait pas à grand'peine et comme ment, ayant & peine, comme à Trentf d'érëquea nécessaire pour commencer tiens. Plus de sept cents évêc^ues étaie:

vés de tous les points du monde; lei d'Amérique, l'Âmériciae du Sud, î'Asi le Japon av^ent envoyé leurs représe que tous les pays d'Europe. L'épiscopat à Rome une hospitalité vraiment maf

savait, du reste, reconnaître généreusement en apportant au trésor papal les offrandes de toutes les EgUses. L'état du monde, la crise des esprits, les questions brûlantes inscrites sur le programme du concile, tout contribuait à rendre grave et solennelle cette veille du grand jour. Il se leva sombre et pluvieux. Dès Taube, une foule immense, telle quejamais édifice peut-être n'en enferma dépareille, remplissait cette merveilleuse basilique de . Saint- Pierre, où la grandeur est si harmonieuse qu'elle se dissimule au regard, mais qui n'en peut pas moins renfermer un véritable océan humain. On y avait, le matin du 8 décembre, ime vision de l'humanité. La grandeur même de la basilique de Michel-Ange la sauve de l'ornementation bigarrée à laquelle se plaît la dévotion italienne, qui ne trouve rien de mieux à ses grandes solennités que de disposer le sanctuaire en salle de bal. Saint-Pierre est sauvé par son immensité même de ces profanations. Malheureusement, sa coupole, si gracieuse dans son magnifique élan, ne laisse tomber qu'une clarté terne et froide sur les multitudes qui foulent ses dalles. Les gardes suisses avec leur costume moyen âge font la haie, depuis le portique jusqu'à la fameuse Confession qui représente le tombeau de saint Pierre. A droite, on aperçoit la salle du concile, qui forme l'extrémité du bras septentrional de

la croix de la basilique. Les siégea des pères s'étagent en gradins. Dans le demi-cercle de l'abside, on a construit une grande estrade, et sur un marchepied de deux degrés sont les sièges des cardinaux, puis au milieu, à la hauteur de six degrés, s'élève Ib trône du pape. Un autel a été construit au centre pour la messe solennelle d'ouverture. La tribime est peu élevée ; on aurait pu la supprimer comme un meuble inutile, car la voix est destinée à se perdi'e BOUS les voûtes. L'espace qui se trouve au milieu de la salle est occupé par les protonotaires apostoliques, les secrétaires et les théologiens des évèques. La grande innovation de la salle du concile est l'absence des siégea qui, au concile de Trente, étaient réservés aux princes et à leurs ambassadeurs. Ceux-ci occupent une tribune, près des chantres de la chapelle Sixtine, et ils auront certainement autant d'influence que ceux-ci sur les délibérations de l'assemblée, auxquelles, du reste, ils n'assisteront jamais.

A huit heures et demie, la cérémonie commence. Eeconnaissons de suite qu'elle est vraiment trèsbelle, très-imposante ; le catholicisme n'a pas de spectacle plus sublime à oflrir. Il ne l'a pas surchargé de formes mesquines, nî entaché d'idolâtrie. Evidemment, les rites conciliaires appartiennent à une époque très-ancienne; comme il n'y a pas eu

lieu de les modifier depuis trois siècles, ils ont échappé aux modifications si graves qu'a subies la piété catholique, surtout depuis cinquante ans, et n'ont pas revêtu ce caractère de matérialisme qui l'altère de plus en plus.

Dès neuf heures, les portes de la basilique s'ouvrent à la procession qui inaugure la cérémonie. Elle est destinée à présenter l'image vivante de l'Eglise universelle, ou du moins de la hiérarchie catholique déroulée dans sa chaîne entière, en commençant par ses degrés inférieurs. Pendant la marche de la procession, le Veni Creator a été entonné sur le mode antique. Les chapitres des basiliques et des grandes paroisses de Rome ouvrent la marche ; ils sont suivis par des représentations de tous les ordres religieux, puis viennent les sept cents évêques et archevêques du concile, revêtus de blanc et mitre en tête. On y retrouve tous les types, toutes les nationalités : l'homme du Nord près de l'Italien au visage fin et expressif; l'Espagnol, sombre et austère, près des évêques orientaux qui se font remarquer par leurs beaux traits calmes et leurs longues barbes. Les cardinaux ferment le cortège et précèdent immédiatement le saint-père, qui a été porté sur la Sedia gestatoria^ jusque sur le seuil de la basilique. Il en est descendu sous le portique ; il s'avance entouré de ses gardes-nobles et de sa

— Ï07 — prélature jiuqa'& la Confession de saini Pierre^ derant laquelle il se proeteme. Ceux qui le voient de près remarquent la joie qui éclate sur ses traits pâlis, mais fermement accentués. Quand il prononce les. prières pontificales, sa voix vibrante résonne dans toute la basilique. II se relève et se diilge vers son siège épiscopal. Les pères du concile se sont a»sia; le concile est formé. L'aspect est vraiment d'une sublime solennité. La grand'messe commence, servie par le cardinal-vicaire, et chantée sans accompagnement, par la cbapelle Sixtine, dana un style large, simple, peu modulé, qui étonne d'abord, puis peu à peu pénètre tout l'être avec une intensité étrange. C'est pendant la messe qu'a Heu l'obédience. Chaque évêque vient à son tour se prosterner devant le saint-père, et baiser 80Q aimeau pastoral pour marquer sa soumission au chef de l'Eglise. Après la messe, le pape donne la triple bénédiction pontificale et l'indulgence pléniëre à tout le concile et aux fidèles présents. Le secrétaire du concile lit ensuite la bulle de convocation. Le sermon de circonstance est prononcé. Les psaumes du jour sont chantés, puis le saint- PÈre prononce une prière admirable, débris d'un autre âge, épave céleste du naufrage des anciennes institutions de l'Eglise.

Nous en donnons la reproduction textuellement :

<r Seigneur Saînt-Esprit, nous voîcî en votre préeence, où nous osons à peine paraître à cause de la gravité de nos fautes; cependant, c'est spécialement en votre nom que nous sommes ici réunis.

« Venez vers nous, approchez- vous de nous. Daignez entrer jusque dans nos cœurs ; enseignez-nous ce que nous devons faire, montrez-nous la voie que nous devons suivre, et soyez vous-même Tauteur de nos actes.

« Vous seul, inspirez-nous et formez en nous les jugements que nous allons porter ; nous vous en supplions, ô vous qui seul possédez avec le Père et son Fils le plus auguste de tous les noms.

« Ne pei^mettez pas que nous violions en quoi que ce soit la justice, ô vous qui faites vos délices de Téquité.

« Faites que l'ignorance ne nous entraîne pas dans une mauvaise voie, que les faveurs himiaines nous trouvent inflexibles , que nous ne nous laissions point aller à la considération des personnes^ nî à la séduction de leurs présents.

« Unissez-vous à nous par l'effusion de votre grâce, de manière que nous trouvions en vous une parfaite unité, et qjie nous ne nous écartions de la vérité en aucun point.

«Puissions-nous, réunis que nous sommes en votre nom, tenir en toute chose ce juste milieu où

se trontent la piété et la justice ! Puissent nos décrets ne se trouver en aucun désaccord avec vous ! puissions-nous enfin, après avoir fait le bien icibas, en recevoir dans la vie future la récompense étemelle > Tous les pères répondent : « Aînen. »

Un moment très-solennel est celui où le concile entier se prosterne dans une oraison silencieuse, sur l'invitation d'un cardinal-diacre. Le chef de la prière était, le 8 décembre, le cardinal Antonelli, dont le nom rappelle des souvenirs médiocrement mystiques. Après cette prière, ime cérémonie non moins belle à lieu, cérémonie vraiment redoutable pour ceux qui travaillent à Tapothéose de la papauté. Un lutrin d'or en forme de trône est roulé au milieu de la salle. L'Evangile y est déposé en grande pompe, comme pour rappeler l'époque où il constituait vraiment la plus haute autorité. Ce trône, h^las ! ressemble au lit de parade où l'on expose les illustres morts, car Rome ne rend plus guère au livre divin que des honneurs funèbres. Le temps n'est plus où c'était lui qui vraiment dirigeait le concile, comme le porte un vieux manuscrit dernièrement retrouvé dans la Bibliothèque de Paris; l'Ecriture est représentée sur la chaire du président de l'assemblée : à elle appartient l'autorité unique et souveraine. Après qu'un fragment de l'E-

vangile a été lu, les litanies âes saints sont entonnées. Chaque stroplie est chantée d'abord par les choristes de la Sixtine; elle est reprise par les pères du concOe, auxquels fait écho l'immense assemblée. On dirait la voix majestueuse de l'Océan, l'écho profond des siècles nous apportant les accents de saint Ambroîse. Fuis vient l'allocution du saint-p^re dont nous dégagerons plus tard l'idée principale. Il la termine par ces mots sacramentels : c Pour l'honneur et la gloire de la très-sainte et indivisible Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, pour l'accroissement et l'exaltation de la foi et de la religion chrétienne, j)o«î" Vextirpation des hérésies, pour la pais et l'union dans l'Eglise, pour la réformation du clergé et du peuple chrétien, pour l'humiliation et l'anéantissement des ennemis du nom chrétien, vous plaît-il de décider et de déclarer que le saint concile général du Vatican commence, et qu'il est commencé? »

Les pères répondent ; c Placet. > On leur demande ensuite s'il leur plaît de tenir une autre session àte]jour,etil3 répondent encore : t Plaeet. » Le Veni Creator retentit encore une fois; le Te Deum chanté à l'unisson par le concile, le clergé et l'assemblée termine cette incomparable cérémonie dont nos petits-neveux eux-mêmes ne verront peutêtre pas le renouvellement.

Chercîions maintenant quelle en est la signification, et ce que nous en pouvons attendre. Elle remplit d'enthousiasme une grande fraction de la clirétienté. Cependant, il n'est pas sans mélange, même au sein du catholicisme. Nous y discernerons, d'une part, cette satisfaction passionnée qui distingue un parti triomphant, et qui est peu compatible avec la vraie piété, et, d'une autre part, une inquiétude croissante. Ces alarmes sont patentes; elles se sont exprimées de bien des manières et publiquement. Si l'on était tellement assuré qiie le Saint-Esprit va parler, l'inquiétude se comprendrait difficilement. Etre inquiet du Saint-Esprit? y aurait-il rien de plus étrange ! Nous ne pouvons donc nous fier absolument à ce Te Devm dont l'unisson sublime vibre encore sous la voûte ! Ces magnifiques apparences pourraient être trompeuses. Que sont, d'ailleurs, les apparences dans les choses de l'âme et de l'esprit? Il y a dix-huit siècles. Un temple plus beau encore que Saint-Pierre n'entendait retentir au travers des formes les plus solennelles que des paroles de mort, tandis que les mots divins qui allaient renouveler le monde étaient prononcés dans une misérable chambre haute, devant les auditeurs les plus pauvres et les plus ignorants. Il faut donc regarder de plus près cette cérémonie et en dégager la pensée, l'intention, la portée, sans sortir de la basilique, et en em-

pruntant pour le moment nos rense!g:aement3 h l'é- Ténement du 8 décembre.

Tout est de nature h nous inquiéter ici : le Keu, la date, les discours, le prog^-amme même de l'assemblée conciliaire; La basilique a beau avoir conservé son caractère de grandeur, elle a pourtant subi certaines modifications qui frappent tous les yeux, et ne laissent pas que d'être siguificatives. Tous ceux qui ont séjourné à Rome connaissent bien cette fameuse statue de saint Pierre, dont l'orteil de bronze est usé sous les baisers de la dévotion. D'ordinaire, elle conserve l'aspect rude et pauvre qui convient k un apôtre sotti des classes populaires. Le jour de l'ouverture du concile, on lui a fait subir une transformation qui lui est peu favorable au point de vue artistique. On lui a jeté un manteau royal sur les épaules, et on a ceint son front d'une couronne qui n'est pas d'épines. Evidemment, la cour romaine a voulu que les pères du concile, dès leurs premiers pas dans la basilique, fussent en présence du pontificat royal dont il s'agit de consacrer les plus audacieuses prétentions, et l'on a tenté sans hésiter cet anachronisme choquant qui frappe tous les yeux, et reçoit son châtiment en lui-même \ car rien n'était mieux approprié que cette mascarade pontifîcide à faire ressortir le contraste entre le passé de l'Eglise et l'apothéose à laquelle on tend. Seule-

ment, grâce au ciel, il est plus facile de défigurer une statue que de refaire TEvangile. En entrant dans la salle même du concile, les regards sont tout d'abord attirés par un tableau aux couleurs brillantes : c'est la représentation du cénacle, h Jérusalem, n y aurait certes une grande utilité à en évoquer rimage devant l'assemblée du Vatican. Mais le peintre a reçu des lumières particulières sur ce grand événement. Le siège d'honneur est occupé par la mère du Christ; c'est eUe qui préside, et les flammes de l'Esprit-Saint se concentrent sur sa tête. Le récit sacré ne mentionne même pas le nom de Marie dans le premier concile. Elle était alors ce qu'elle fiit toujours, la plus humble des femmes et aussi la plus bénie; mais àEome, on entend qu'elle soit la protectrice ou la directrice du concile.

VInvito sacTOy publié ijn mois avant le concile par le cardinal-vicaire pour ordonner les prières préparatoires, pourrait servir de commentaire ou de livret au tableau du cénacle. On en peut juger par le fragment suivant :

c Dans peu de jours, Eome accueillera dans ses murs les pasteurs venus de toutes les contrées du monde, et le jour solennel consacré à la conception immaculée de Marie s'approche, jour qui sera encore plus mémorable à l'avenir, puisqu'il verra s'ouvrir le concile. Voilà pourquoi tous les vrais fils

i-SU —

de la Mère de Dieu s'adressent avec une plus grande " ction à ceEe que saint Cyrille a appelée H/'orm îB fidei-, la nonne, la règle de la vraie foi, et ils ressent à elle afin que, de même qu'elle fiit peraellement à Jérusalem le docteur des apôtres, et • compagne dans la prière pour appeler du ciel le cénacle l'Esprit sanctificateur, de même elle iide aujourd'hui à la nouvelle assemblée réunie s sa protection maternelle, et que, par sa médiS" i, elle obtienne toutes les grâces dont Dieu Ta e l'arbitre et la dispensatrice. Accourez tous au duo de l'église des révérends pères capucins. m TOUS exhortons aussi à assister, dans la même ise, au Tridwo de Jésus de Nazareth. Nous avons ;ertitude, ô Romains, que vous seconderez notre 3mel désir, et que, prosternés devMit l'image érée de Marie imn:;acu]ée, vous l'invoquerez ime votre espérance et comme l'espérance de l'Ele cathoHque, et Marie prouvera une fois de plus . ennemis de la vérité combien justement la li- ^ie sacrée s'exprime ainsi sur elle : Cunctas hx- Issola interemisti ai universo mundo. »

J'oublions pas que tout ce qui relève sctuellent l'adoration de la Vierge relève par là même la iauté ; les deux causes sont soUdaires. C'est tours la créature mise sur l'autel et l'idolâtrie triommte.

-. Si» —

Ceci nous amène à considérer non plus seulement le lieu du concile, mais sa date. Elle n'est pas moins importante à signaler, comme cela ressort déjà de V Invita du cardinal- vicaire. Il s'est ouvert le 8 décembre 1869. Or, le 8 décembre est l'anniversaire de la proclamation de l'Immaculée Conception de la Vierge, toujours célébrée avec grande pompe à Rome. Or, qu'est-ce que cette proclamation, si ce n'est, avant toutes choses, le triomphe éclatant de la toute-puissance papale dans l'ordre dogmatique? Ce jour-là, le pape a franchi le dernier àegré de l'autel sur lequel il veut élever son pouvoir; ce jour-là, il a fait un .dogme. Il l'a fait à lui tout seul ; il l'a fait en s'élevant au-dessus des traditions les plus anciennes de l'Eglise. Que ce dogme fût vrai ou faux, il n'en demeure pas moins qu'il l'a proclamé sans concile. Nous savons bien qu'on objecte qu'il a consulté l'Eghse. Mais qui oserait assimiler cette consultation sans garantie avec un concile î Autant vaudrait dire que le chef de l'Etat est en règle sTec son parlement, quand il a fait demander l'avis des députés à domicile. Ces défaites ne supportent pas l'examen. Il est incontestable que la proclamation de l'Immaculée Conception a été la plus grande des usurpations delà papauté, et qu'elle a tranché en fait la question qu'elle voudrait maintenant faire résoudre en droit par le concile. En pro-

clamant un nouveau dogme, elle a prouvé son infaillibilité comme le philosophe grec prouvait le mouvement, elle a marché; elle a marché, il est vrai, sur toutes les traditions de l'Egîiae primitive, mais enfin elle a posé son indiscutable autorité dans les matières religieuses les plus graves. Si l'on en doutait, on n'a qu'à lire les déclarations fort nettes j> cet égard de la brochure intitulée : Avant le Concile, gui exprime les plus chères pensées de la curie romaine, et qui a été partout affichée sur les murs de Eome. Qu'on en juge par le fragment suivant : f Après cette proclamation d'un dogme non défini encore, faite par le pape seul, sans concile, quoique aux applaudissements de l'épiscopat, qui voudrait, sérieusement et sans offenser sa propre conscience, soutenir aujourd'hui les idées, dites gallicanes, sur l'infailhbiHté du pape et du concile? Ces idées reçurent alors leur coup mortel des mains de tout l'épiscopat, mais sous beaucoup de rapports, spécialement, par la coopération de l'épiscopat français lui-même, lequel n'a rien omis pour atteindre ce but. n y a eu plus, car il s'y est prêté avec une telle sincérité et une telle grandeur d'âme, que nous en sommes presque à dire du gaUicanisme ce que saint Augustin disait du péché origmel, en vue de la Rédemption : < Félix culpa! > Or, qui se souvient de ce passé si récent encore peut-il admettre

■!- 217 — qu'il y dit aujourd'hui « des évêques » qui sent à jouer sur la valeur et la siguiûcation feillibilité du souverain pontife? Cette infei n'a-^elle pas été, en 1854, plus que proclama qu'elle a été pratiquée publiquemeirt et m ment ? L'inscrira-tron, au concile, dans le livre des droits définis du saint^siége ? Il noua qu'après l'avoir lue dans le livre des couscie l'épiscopat entier, ce n'est pas ce qui peul voir les hommes sérieux. Quoi qu'il en ad admettre que ces mêmes évêques doutent jai cette infaillibilité équivaudrait k les soupçoi ne pas respecter ce devant quoi ils se sont pn: à cette époque tellement rapprochée de nos Alors, à quoi se verraient exposés la gravité, science, le jugement des évêques? Peut-on s'arrêter davantag:e sur cette hypothèse SMia jurier? Certes non. »

Voilà qui est suffisamment clair : le conci convoqué le joiu" anniversaire d'une mesur peut appeler le coup d'Etat de la papauté donc d'autre but que de le consacrer àjama

Nous serons confirmés dans cette pensée i avoir considéré la date et le lieu du coincil donnons notre attention aux paroles pontiâci y ont retenti. Le saint-père, après avoir exp joie de présider à cette grande assemblée épi

dans ce grand jour de la Vierge immiaculée, txmtinue en ces termes :

« C'est dans ce temps surtout et plus que jâtuaiB, que véritablement < la terre a été souillée par ses « habitants, ib et que le zèle de la gloire divine et le salut du troupeau du Seigneur demandent de nous que nous entourions Sion et que nous l'embrassions, que nous parlions du haut de ses tours et que nous mettions nos cœuîis àU ^service de sa force.

« Vous voyez, vénérables fipèïês, flé ^ueld e^sàUtd Tantique ennemi du genre humain b, Attaqué et attaque sans cesse la maison de Dièû, cette maison à qui appartient la sainteté. Sous ses inspirations, la conjuration des impies s*éténd au loin ; et forte par son union, puissante par ses richesses^ redoutable par ses institutions, et prenant pour voile le masque de la liberté, cette conjuration presse de plus en plus la guerre acharnée qu'elle a déclarée à là sainte Eglise du Christ et qu'elle poursuit à l'aide de tous les crimes. »

Le mot sur les institution^ libérales doit être retenu, car il implique, comme nous le verrons, toutes les doctrines du Syllaius. Le pape continue :

« Ce qu'est cette guerre, quelles sont ses forces^ quelles sont ses armes, quels sont ses progrès, quels sont ses desseins, vous ne l'ignorez pas. Vous avez

- aie —

sans cesse devant les yeux la perturbation confusion qui atteignent les saintes doctrine lesquelles reposent les fondements de tout 1' des choses humaines, la perversion lamentai tout droit, les artifices multipliés de la co tioa et du mensonge par lesquels sont bris( liens salutaires de l'autorité, de la justice et de ] neur, par lesquels sont enflammées les plus < tables passions, par lesquels la foi chrétienr profondément ébranlée dans les âmes , de aorte qu'assurément l'Eglise de Dieu, en ce te serait menacée de ruine, ai jamais elle pouvai détruite par les machinations et par les effort

c Mais il n'y a rien de plus puissant que l'E} disait saint Jean Chrysostome; l'Eglise est forte que le ciel même. < Le ciel et la terre p «ront, mais mes paroles ne passeront pas.

quelles sont ces paroles ? « Tu es Pierre et sur t pierre je bâtirai mon Eglise, et les porte t l'enfer ne prévaudront pas contre elle. >

€ Nous savons le soin ardent que vous app à remplir votre ministère; nous savons, notamii cette magnifique et très-étroite imion de vous a?ec nous et avec ce siège apostolique ; de n que déjà dans nos plus douloureuses épreuve même aujourd'hui rien ne saurait être plus agn

JUS que cette union, rien de plus utila à l'Eglise, isi, nous nous réjouissons vivement dans le pieuT de ce que vous êtes tellement disposés d'es-

et de cœur que nous avons à concevoir certaineit le plus solide espoir des fruits les plus abondants es plus heureux de votre réunion en ce concile,

De même que jamais peut-être la gTierre tre le royaume de Jésus-Christ n'a été plus amée et plus perfide, de même aussi il n'y

jamais un temps où ait été plus nécessaire, re les prêtres du Seigneur et le suprême pasteur ron troupeau, l'union de laquelle découle une B admirable pour l'Eglise; et cette union, par

miséricorde singulière de la divine Providence, grâce à votre éminente vertu, existe et éclate sment, qu'elle est et qu'elle sera de plus en 3, nous en avons la confiance, un spectacle lirable pour le monde, pour les honunes et les •es. »

rcs paroles du saint-père ne peuvent laisser un doute : le but principal du concile est bien remettre la société et l'Eglise sur leur base, et e base c'est pour l'Etat la théocratie, pour flise l'infaillibilité du saint-père. Ainsi confirmer yîlahis, proclamer l'infaillibilité du pape, achever glorification de Marie ; voUà le thème, le promme élaboré à Rome et qui ressort avec évi-

dence de la séance d'ouverture] du concile. En ce qui concerne la glorification de la Vierge, les murs de la ville étemelle offraient des renseignements suffisants, on y voyait à chaque pas Tannonce de publications sur Tassomption de Marie. Ainsi nous apparaissent dès le premier jour le caractère et le but de cette grande assemblée, du moins dans l'intention'et le ferme vouloir de ceux qui l'ont convoquée, n s'agit purement et simplement d'une résurrection du passé le plus suranné. Comment s'étonner après cela, que les chevaliers de Malte aient demandé qu'on leur en confiât la garde d'honneur. Il convenait qu'une -ombre fût la sentinelle de ce fantôme. Le concile du Vatican est bien plus qu'une crise intérieure d'ime Eglise spéciale ; il a lieu à une époque où les bases mêmes de la- morale et de la religion sont ébraiilées. Nous ne prétendons pas que le seizième siècle valût beaucoup mieux que le nôtre, mais les négations absolues étaient rares, et à Trente le grand débat était entre deux formes du christianisme plutôt qu'entre la rehgion en soi et l'impiété franche et ouverte. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Si l'on en doutait, on n'a qu'à se rappeler les scènes tristes et burlesques qui se passaient à Naples au moment même où s'ouvrait le c(jj|île de Rome. On y ouvrait à grand fracas ce qu'on appelait un anticoncile, l'ariti-concile de la

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libre pensée. Des délégués de tous les points de ritalie et de la France devaient y siéger et y promulguer le catéchisme de la démagogie sans frein. On commença par se disputer avec violence sur le programme. Tandis que les initiateurs de la réunion voulaient se borner à proclamer la liberté de la conscience et de la raison avec quelques protestations contre le catholicisme , d'autres membres de la réunion prétendaient formuler toute une anthropologie matérialiste. Survint la délégation française qui trouva un moyen expéditif de mettre tout le monde d'accord, en faisant dissoudre la .réunion par une violente irruption sur le domaine politique. Le» débris de la réunion cherchèrent à se rejoindre et se donnèrent la satisfaction de décréter que l'idée de Dieu étant la clef de voûte de tous les absolutismes, la démocratie moderne devait l'extirper à tout prix. Tel a été l'anticoncile de Naples : il n'est pas tant anti-concile qu'il le croit, car il a retenu .avec soin la prétention de dogmatiser par coups d'autorité et la libre pensée chez lui a son Syllàbus trèsnettement articulé. Certes il serait absurde d'exagérer l'importance de cette Babel autoritaire, mais qu'on ne s'y trompe pas, il y a là la forme radicale d'un mouvement très-général et comme l'écume d'une marée formidable qui bat nos rivages, ^n? il se tient aujourd'hui dans le monde entier un

anticoncile; il se tient d&ns lea cercles oho société polie, il ba tient dans leâ unirersii les académies, dans les ateliers, sur les p] bliques; chaque anathème qui viendra de fera que rendre ses arrâts plus passionnés, s'y trom]» pas! Il ne s'agit pas simplea lui de protester contre les envahissemei théocratie. Tout libre penseur qu'il soit, :

tïag^e pas entre le oatholicisme extrâme e1 tianisme *, que dis-je, il ne distingue pas en romaine et l'idée divine ; il enveloppe Is dans l'indication que lui inspire la premi d&nt cependant de la forme qu'il repousse i le procédé autoritaire et la haine de la libart cela ressort de plus en plus de ses réceni festations. Et ces deux conciles, le oc l'athéisme et celui de la théocratie, vont s avec une violence croissante et, dans ce cl la religion et la liberté périront si l'efftoyi entendu qui est le fléau de notre Europe dissipé.

C'est cette situation qui fait l'émonvai du concile actuel. Tâchons d'en suivre les j en soulevant le voile de sa trompeuse unii

n faut reconuEiltre que s'il a été déchiré pas qu'il y ait eu manque de précaution de '. la curie romaine. En effet tout a été mer

ment combiné avant l'ouverture du concile, pour étouffer la liberté des discussions» D'abord la dispo sition de la salle conciliaire est si mauvaise que la plupart des orateurs ne sont pas entendus ; ensuite il n'y a pas, à vrai dire, de débat : il n'y a guère qu'une suite de discours qui ne répondent pas les uns aux autres et qui vont s'ensevelir dans les arcbives du Vatican. Rien n'est plus gothique que toute cette procédure. Le saint-père a remis à chaque évêque une bulle réglementaire du concile • Cette bulle, qui devait plus tard être aggravée, a soulevé la plus vive opposition, et un évêque hongrois s'est fait rappeler trois fois à l'ordre en protestant contre ces mesures inouïes. Le pape a nommé directement une commission des propositions, composée intégralement des adhérents les plus passionnés de l'ultramontanisme. Nulle proposition ne peut être faite sans en recevoir l'autorisation, qui doit toujours être confirmée par le saint-père. C'est mettre un bâillon sur les lèvres des représentants de TEglise au moment même où on les invite à déli» bérer sur ses plus grands intérêts. La nomination de cinq autres commissions a été abandonnée au concile^ Deux sont insignifiantes : l'une est chargée d'examiner les excuses que font valoir les évêques pour s'absenter de Rome ; l'autre, dite de conciliation, doit juger leurs différends. Celle-ci eût été fort

nécessaire au concile de Trente, où deux évêques se prireiit par la barbe dans un débat dogmatique. Les autres commissions sont celles de la foi, des missions et de la discipline* Les listes étaient faites d'avance, et la minorité en a été exclue avec un soin scrupuleux. On s'était arrangé d'ailleurs pour que les commissions n'eussent aucune importance. En effet, elles ne sont point chargées de préparer librement les questions soumises au concile ; c'est l'affaire des congrégations romaines. Les décrets ou schemata sont soumis au concile tout entier, et ce n'est qu'en cas de dissentiment grave que les commissions entrent en scène. On comprend combien un tel système rend les surprises faciles. Les cardinaux présidant les séances ont im pouvoir dictatorial, et font tout ce qu'ils peuvent pour renfermer les discussions dans les plus strictes limites. Ce règlement, comme nous le verrons, n'a pas paru suffisant et a été remplacé trois mois après l'ouverture du concile par un autre règlement que nous analyserons en son temps. Au reste, toute latitude est laissée au parti ultramontain, toute liberté est refusée au parti contraire. A peine le concile était-il ouvert, que paraissait une décision de la congrégation de Vlndea qui frappait le manifeste des opposants et interdisait la lecture de Janus^ alors que la ville était inondée des produits de l'officine des

jésuites, n y a plus, rarchevêque de Malines et Mgr Manning peuvent répandre à profusion leurs attaques contre Mgr Dupanloup ; la permission dlmprimer est refusée à la réplique. Ainsi Ton accepte le combat, mais à condition que l'adversaire soit désarmé. On a toutes les immunités contre lui ; il n'a ancxm droit. Défense expresse est faite aux évêques de se réunir par nation et de se concerter, ce qui assure un avantage immense à ceux qui reçoivent leur consigne du Vatican. Le plus grand attentat contre la liberté du concile a été la bulle affichée sur les murs de Rome peu de jours après l'ouverture . Cette bulle frappait d'excommunication majeure tous ceux qui n'admettaient pas les doctrines du Syllahus^ ou qui contesteraient le moindre bref papal. Ainsi le saint-père tranchait d'office et d'avance une partie des questions (ju'il avait l'air de soumettre au concile.

On se demande à quoi bon cette vaine représentation. M. Thiers disait un jour avec une haute raison qu'il y a quelque chose de pire que l'absence de parlement, c'est un parlement fictif, qui n'est là que pour faire illusion. Telle est la grande assemblée du Vatican. Elle est certainement moins libre que le conseil d'Etat le plus soumis. Qu'on suppose un corps délibérant où l'on ne puisse faire ime seule proposition sans l'agrément du souverain, où le

droit de réplique directe n'existe paa, où les commissions soient annulées, où l'opposition ne puisse faire entendre aa voix, où toutes les manifestations libérales soient étouffées ; il serait la risée du monde. Il est triste de penser que l'assemblée qui devait être libre entre toutes, parce qu'elle traite de ce qui tûucbe de plus près à la conscience, est au-dessous du dernier des parlements. Comment, devant ime organisation semblable, ne pas se rappeler ce mot d'un apôtre : < Là où est l'esprit de Christ, Ib. est la liberté ? »

CHAPITBE VI

PBMHliKtB DtoUONS DV COKCIU.

dire, il n'y a eu qu'une question grave au u Vatican ; c'est celle de l'infaillibilité pa- 3 absorbe toutes les autres, puis qu'une fois

elle rend les délibérations ultérieures part inutiles. C'est pour en faciliter et en hâter )n que les mesures destinées à restreindre I du concile ont été aggravées, et que l'inersonnelle de la papauté s'est exercée sans

Aussi réstunons-nous au chapitre de l'in- S toutes les menées du parti ultramontain, 1 en ait feit un constant usage dans tontes irations, mais toujours en vue de sa quee-

sait que le plan des directeurs du concile •muler toute' la doctrine catholique en eUe-

dans ses applications sociales, en lui don- &illîbilité du pape pour pivot. C'est une Somme ultramontaine que l'on veut faire ■ par les votes de l'assemblée.

— 22D — Les premiers canons débattus portai foi, c'est-à-dire sur les bases mêmes de 1 Ils n'ont pas été votés tels qu'ils avaie sentes par la congrégation romaine cha élatorer sous une forme première; ils rei plus sombre obscurantisme, et marquaie:

de la défiance pour le savoir humain. Li tisme y était très-sévèrement qualifié souree de toute erreur. En outre, le c était absolument identifié avec le romt grandes batailles ont été livrées sm points; eUea ont eu pour principal ai mettre en lumière deux des évêquea les nents de la minorité, Mgr Hàynald, Cologne, et Mgr Strossmayer, qui e moyen de faire de l'ambon du Vatican tissante tribune pour les droits de la peu conscience. Ces prélats hongrois et cro sentent vraiment leur peuple et leur Eglii qu'ils seraient suivis au chemin de la rt des sacrifices. Tout le monde a entendu ] fameuse séance où. Strossmayer s'est ■' pour s'être opposé à la flétrissure du prot A tout prendre, il n'a gagné aur les poin que quelques adoucissements de forme.

Les canons de la foi proclamés dant publique du dimanche 24 avril offrent en

fort peu d'importance. Nous ne comprenons pas radmiration qu'Us inspirent à des esprits distingués et libéraux tels que Tauteur de l'article du Corre^pondant du 10 mai ; à moins que dans la perspective des canons déplorables des chapitres suivants, il ne se croie obligé d'exalter les seuls articles qui ne prêtent pas à l'indignation. Dans une œuvre détestable ce qui est moins mauvais paraît presque bon. Tout d'abord la prétention de régler par voie d'autorité et d'anatbèmes les questions du genre de celles que tranchent les canons de la foi, est insoutenable. On comprend qu'un concile décide les points en litige entre cathoUques, et détermine la croyance de ceux qui acceptent sori autorité^ mais en face de la libre pensée qui ne lui reconnaît aucune compétence, il ne s'agit pas de fulminer des excommunications dont elle ne se soucie pas, puisqu'elle dédaigne sa communion. Ces foudres ecclésiastiques font long feu et ne sont que des manifestations d'impuissance. Elles avaient une réelle importance quand TEglise était reine et maîtresse dans l'ordre temporel et possédait seule le droit d'enseigner comme aussi celui de réprimer et de châtier les révoltes de Tesprit humain. Elle a beau ne pas avoir abaudonné ces prétentions, il n'y a plus aujourd'hui un point dans le monde ou elle puisse s'en servir. Quand les anathèmes n'atteignent plus que la pensée, ils

inquiètent fort peu le penseur. Les condamnations lancées contre la philosopMe contemporaine n'ont donc aucune espèce de portée; toute cette poudre n'est pas pour un combat sérieux, mais pour une espèce de feu d'artifice que le concile se donne à lui-même.

Ce n'est pas tout pour rendre des jugements efficaces que de dresser un tribunal ; encore faut-il que les deux parties qui se font la guerre consentent à paraître à la barre. SinoQ on juge comme jugeait Perrin Dandin, en guise de passe-temps. Des deux adversaires entre lesquels le concile prétend décider et qui sont la foi soumise et la raison aflfranchie, un seul consent à comparaître ; malheureusement c'est celui qui déjà siège sur le tribunal du juge et se décerne d'avance le triomphe. La raison et la science ne se dérangent même pas pour entendre l'arrêt ; aussi n'est-il qu'une vaine formalité. Quand donc l'Eglise comprendra-t-elle que dans les luttes de la pensée philosophique et religieuse elle ne peut être puissante qu'en opposant argument à argument et que le domaine de la discussion commence là où finit celui de la foi docile ? Mêler aujourd'hui les anathèmes à l'apologie c'est renoncer à convaincre sans réussir à contraindre, c'est faire preuve d'une violence sénile qui n'est que le regret impuissant et irrité de la force perdue. Un concile qui condamne

la libre science fait quelque chose d'aussi pratique que le parlement français s'amusant à voter des lois pour rAutriche ou l'Angleterre.

Si nous considérons maintenant les canons de la foi en eux-mêmes, en faisant abstraction des anathèmes, ils nous paraîtront de la dernière faiblesse au point de vue du fond. A part les affirmations générales sur la raison et la foi qui sont acceptées par toutes les communions chrétiennes, le concile s'est borné à formuler un supranaturalisme trèssuranné. La raison et la foi sont pour lui deux provinces distinctes qui ont chacune leur juridiction ; il n'y a pas trace dans ces canons de la grande apologie morale des pères d'Alexandrie, de Pascal ou de Vinet, qui ne se contente pas de dire que les mystères du christianisme réclament des lumières surnaturelles, mais qui établit qu'entre ces mystères et les grands côtés de notre nature il y a de secrètes et puissantes affinités, que Dieu peut être sensible au cœur et que la foi est la vue supérieure de l'âme percevant réellement l'invisible. Tout ce grand et délicat problème de la certitude religieuse est tranché par quelques formules sans originalité ni profondeur. En vérité, ce n'est pas la peine de prétendre à une assistance divine extraordinaire pour se tenir ainsi en arrière du mouvement apologétique le plus large et le plus fécond et se contenter de

ce qui traîne dans les rudiments de séminaires. Les pères du concile n'ont pas Tair de se douter qu'il y a une notion de révélation autrement grande et vraie que celle qu'ils nous présentent qui se réduit à la connaissance surnaturelle de mystères absolument impénétrables. La révélation considérée comme la manifestation effective de l'amour rédempteur dans une histoire divine ou plutôt dans une personne divine qui a pu dire : Je suis la vérité ! voilà le point de vue central et l'une des plus précieuses conquêtes de la théologie évangélique contemporaine, qui l'élève au-dessus de toute la scolastique du passé. On ne s'en préoccupe guère au Vatican.

Sur deux points de première importance, le concile est tombé dans une lourde et dangereuse erreur. Il a proclamé d'abord la canonicité indiscutable de tous les livres de la Vulgate, y compris les apocryphes de l' Ancien Testament, montrant ainsi que l'immense travail critique du dix-neuvième siècle est pour lui comme nul et non avenu, et stipulant qu'il n'est pas permis, par exemple, de donner raison à telle ou telle opinion d'un père du second ou du troisième siècle sur l'origine de l'évangile de Matthieu ou sur l'auteur de l'épître aux Hébreux. L'Eglise catholique est ainsi de nouveau empêchée de prendre part à l'une des tâch .3 principales de la

science chrétienne à notre époque^ qui consiste à sauvegarder le vrai canon des saintes Ecritures par ses libres et consciencieuses recherches. Quelle confiance peut-on avoir dans la théologie catholique sur les points controversés parle rationalisme comme l'authenticité du quatrième évangile? L'examen même lui a été interdit, puisqu'elle doit tout accepter en hloc. Que de forces précieuses seront ainsi perdues et stérilisées de par le concile ?

Il s'est mis dans une situation bien plus fâcheuse encore par son canon sur les rapports de la science et de l'Eglise, qui est ainsi conçu : « Si quelqu'un dit que les sciences humaines doivent être traitées avec une telle liberté que l'on puisse tenir pour vraies leurs assertions, quand même elles seraient contraires à la doctrine révélée ou que l'Eglise ne peut les proscrire, qu'il soit anathème. » Ces mots ne signifient rien ou ils impliquent que la science, de quelque nom qu'elle s'appelle, doit se soumettre à l'orthodoxie, qu'il y a par conséquent une chimie, une physique orthodoxes, et que l'Eglise a le droit de leur imposer ses conclusions. . Vraiment, le moment est bien choisi par les successeurs des juges qui ont condamné Galilée pour jeter ce défi à la science! C'est vouloir créer à plaisir des conflits périlleux en soulevant dés questions de foi là où elles n'ont que faire. Dieu n'a révélé que ce que l'homme

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ne peut pas découvrir; la science appartient sans réserve à l'investigation. Ken n'est plus dangereux que de mêler deux domaines, qui doivent demeurer distincts. Ce seul canon suffit pour révéler la funeste prépondérance des exagérés dans le concile, car il n'a certainement passé que malgré les plus vives résistances des évêques libéraux. On nous dit bien qu'ils ont obtenu d'bem^euses modifications dans la rédaction du chapitre de la foi, que le texte primitif était hérissé de bien autres absurdités. Nous n'en doutons pas ; mais ce qui reste est bien suffisant. Nous retrouvons au début du chapitre de fide probablement avec quelques adoucissements le fameux morceau contre la Réformation dont on a fait tant de bruit ; elle y est présentée comme la boîte de Pandore, d'où sont sorties, toutes les impiétés. La désignation d'Eglise cathoUque-apastoUque-Tomaine avait soulevé un orage, parce que la dernière épithète semblait englober les autres jusqu'à ce qu'une bienheureuse virgule ait empêché cette absorption, du moina dans la phrase susdite. Mais c'est surtout pour le dernier paragraphe du chapitre que les évêques opposants avaient réservé leurs plus vives résistances. Il faut le citer textuellement pour en comprendre la gravité : « Nous avertissons tous les chrétiens qu'ils ont le devoir d'observer les constitutions et les décrets par lesquels le saint-siége a

proscrit et condamné les opinions perverses de ce genre qui ne sont pas énumérées ici tout au long. > Cette conclusion du chapitre ôte toute valeur aux atténuations bien légères que Ton avait obtenues dans le cours de la discussion. En se référant aux décisions passées et futures des congrégations romaines , ce paragraphe livre à leur bigotisme l'appréciation de toutes les questions doctrinales et sanctionne d'avance leurs jugements les plus étroits. L'index romain ressort triomphant de cette grande délibération. Mais ce qui triomphe surtout, c'est le pouvoir doctrinal du saint-père. Son infaillibilité est ainsi statuée d'une manière indirecte dans le chapitre où l'on pouvait le moins songer à son apparition.

Nous savons par la Gazette d'Augsiaurff que cet article a soulevé une vive opposition quand il a été lu pour la première fois. Le cardinal-légat, pour éviter de compromettre le chapitre tout entier, en a fait voter l'ensemble, sauf la conclusion, en promettant un débat approfondi. Ce débat n'a pas eu lieu, sous prétexte que le temps manquait. Les évêques libéraux n'ont pas insisté ; quatre-vingt-trois ont marqué leur opposition au vote préliminaire ; mais la peur du scandale les a ramenés tous, sauf Strossmayer absent, à l'unanimité du^^^^c^^. Ils ont ajourné le courage au chapitre de Ecclesia^ —

c'était un mauvais calcul ; comme ils ont pu s'en convaincre le soir même du jour de la session publique, car ils apprenaient avec stupeur qu'un tour de faveur était accordé au schéma de l'infaillibilité et que la cause de l'inopportunité était irrévocablement perdue.

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