‹ Le concile du Vatican: son histoire et ses conséquences politiques etChapitre 9 sur 11 · BB · texte numérisé non relu

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pas cependant, la tristesse de la plaine romaine a une beauté que rien n'égale. La voie Appienne, cet antique chemin des tombeaux, n'en conserve que deux ou trois, mais qu'importe ? on y foule la poussière du plus glorieip: passé et la plaine elle-même n'est-elle pas un sépulcre grandiose î Elle s'étend couverte d'une végétation luxuriante et pourtant rtérile qui est comme son vert linceul ; les arcades brisées des immenses aqueducs de Claude en rompent seulep la monotone désolation, tandis qu'à Thorizon les collines d'Albano mêlent un peu de grâce à cette accablante tristesse. Derrière vous Rome élève ses clocbers et ses dômes. On s'attendait à une Palmyre ou h une Balbek et c'est l'une des capitales du monde que presse ainsi le désert, L'impression qu'inspire ce spectacle triste et grandiose est accablante dans son intensité même. En s'emparant de tout un peuple qui la subit sans la raisonner elle Ténerve insensiblemeût ; il se dit devant tout ce qui est là enfoui sous si^s pieds que ce n'est guère la peine de recomn^encer la vie, et s'il ne subit pas des inÔuences nouvelles, il se'^plie aisément à un gouvernement de vieillards d<^s cet empire de la caducité.

Il y a quelque çbose de plus énervant à Rome que la mélancolie des ruines, c'est l'art religieux tel qu'il est compris et tel qu'il s'étale dans le

monde invisible au seuil duquel elle a conduit ses morts bien-aimés , s'unissant à leur triomphe par l'expression symbolique de son immortelle espérance et de sa bienheureuse certitude. Tout ici redit en son nom la grande parole du Maître : «Mon royaume n'est pas de ce monde. » Pourquoi faut-il descendre à Rome dans les entrailles de la terre pour retrouver cette devise du vrai christianisme qui est si complètement démentie par la ville actuelle ? Rien ne fait mieux ressortir ce contraste qu'une fresque retrouvée récemment dans la catacombe de Saint-Calliste et qui est presque miique dans son genre, car les chrétiens préféraient représenter le côté triomphal de la foi que les souffrances et les opprobres ; la réalité suffisait à cet égard sans qu'il fût nécessaire de recourir aux représentations plastiques. La fresque à laquelle je fais allusion retrace la comparution d'un chrétien devant le tribunal de l'empereur. Le César de Rome, ce roi delà force et de la violence, est assis sur son siège, hautain et dédaigneux, plein de mépris pour ce misérable accusé qu'il va d'un mot envoyer à la mort. Il n'a qu'à le regarder pour s'assurer qu'il peut le tuer mais non l'avilir, et qu'il a trouvé dans l'inflexible douceur du chrétien une barrière à sa toute-puissance. Le confesseur est debout, calme, résolu : une flamme étrange brille dans ses yeux.

Il est invincible. C'est bien la royauté morale dan» toute sa grandeur, la royauté léguée par l'accusé du prétoire de Pilate h tous ses disciples : Je suis roi, car je rends témoignage à la tériié. Dans !e fond apparat un troisième personnage, c'est le prêtre païen qui a dénoncé le chrétien et s'enfuit une fois sa tat^e terminée. Eceîesia abhorret a sanguine. Il est à la fois satisfait et confus, — satisfait, car SOD ennemi va mourir \ confus, car il sent qu'il est en présence d'une puissance morale que rien ne brisera et qui est plus forte que son culte, même aidé des bourreaux. Eh bien, l'avenir réservait une revanche inattendue au prêtre ptrïen. Il s réussi à ramasser le manteau du chrétien immolé, U s'en est paré. Il est monté sur le trône du haut duquel le César de Rome jugeait et condamnait la conscience chrétienne, et c'est elle qu'il a jugée trop longtemps et condanmée en ces lieux. Seulement il le &it au nom du Dieu de l'Evangile ; il en est même sincèrement convaincu, mais quelle que soit sa piété personnelle, l'institution qu'il incame n'en est pas moins essentiellement païenne en réunissant sur sa tête les deux couronnas spirituelle et temporelle, n est vrai que la plupart du temps il doit se contenter devains anathèmes, parce que leglaive est tombé de ses mains séniles, mais il noua dit dans ses encycliques ce qu'il en ferait s'il en pouvait dis-

poser. Nous verrons d'ailleurs comment il eu usait là où il était le maître, comme dans la ville pontificale. Après la Rome des catacombes, nous avons la Rome qui a précédé le développement du pouvoir papal au moyen âge. Les basiliques qui remontent à cette époque offrent un très-haut intérêt. Je citerai en première ligne celle de Saint-^Clément, Elle nous présente l'image fidèle d'une basilique des premiers temps de la paix de l'Eglise. Elle a été rebâtie à plusieurs reprises, mais on n'en a pas modifié le plan. Des fouilles récentes ont découvert la basilique souterraine beaucoup plus ancienne et qui présente exactement les mêmes dispositions. Ici la forme touche au fond. En effet l'édifice est disposé de telle sorte qu'il se prêtait à l'antique discipline de l'Eglise. Celle-ci était caractérisée par cette pensée si énùnemment chrétienne que le peuple de Dieu ne doit pas être confondu avec la nation, qu'on ne lui appartient pas du droit de la naissance, mais du droit de la conversion, que par conséquent une barrière, toujours prête h s'abaisser devant la foi, doit s'élever entre le monde et l'Eglise. Tout était calculé de n^nière que l'assistant comprît que pour participer à la vie de TEglise il faut un cœur nouveau, une vie nouvelle. De là les dispositious si sérieuses, qui étaient prises pour Tinstruction du catéchumène et qui réclamaient de lui

itt avec toutes les habitudes de la vie e là aussi la dlTision du service religieux irties distinctes et bien tranchées, la prer tous ceux qui désiraient entendre la ine, la seconde pour ceux-là seulement it le droit de participer au sacrement ue. On n'a qu'à lire la liturgie alesanea constitutions apostoliques retrouvées 1 7 quelques années et qui remontent ement au second siècle, pour se faire une letteté et de la rigueur avec laquelle cette entre les convertis et les iitconverti^ était

ution la plus fatale opérée par l'union et de l'empire fiit précisément de coneuple de la cité avec les membres de la igieuse, . et de jeter pêle-mâle dans les ^fîniment élargis de la maison de Dieu des inconverties qui y apportèrent leur leurs vices et durent être, tantôt menées 'erge de fer au profit de la hiérarchie, données à leurs passiona et à leurs superlyennant quelques formes grosaières par illes s'acquittaient envers le ciel. Ainsi se pandit ce christianisme dégénéré qui ité oppressive à la plus dangereuse in- 3ur le cœur naturel, tout ensemble tyran-

nique pour l'esprit et facile pour les mœurs, qui substitue la voie large à la voie étroite et promet de conduire à la porte du ciel par un chemin commode tous ceux qui plieront sous son joug et se laisseront aveuglément guider par sa houlette. Ce christianisme-là, nous le connaissons bien, c'est le catholicisme ultramontain dans son plein développement, tel qu'il s'étale sous nos yeux à Eome. N'est-il pas remarquable de trouver .dans la capitale même de ce christianisme abaissé un irrécusable monument de l'ancienne constitution de l'Eglise qui nous fait toucher du doigt les institutions si remarquables de la liturgie d'Alexandrie? L'église de Saint-Clément est en effet la traduction architecturale de ce document inappréciable. Sa disposition seule révèle ce grand principe de la séparation entre les fidèles et les profanes, qui était réalisé pour le plus grand intérêt des uns et des autres. Saint-Clément a la forme d'une basilique à trois nefs. On y entre par un porche d'un style simple, le seul de ce type qui existe à Rome. Entre ce portail et l'église même s'étend une cour carrée bordée de colonnes; au milieu est la fontaine qui servait au baptême. L'église même est précédée d'un portique ou d'un atrium de petite dimension qui était appelé le narthex. C'est là que se tenaient à des places

diverses les pénitents et les catécliumèues; les premiers ne pouvaient frwiciiir la porte de l'église avant leur réhabilitation et les seconds, avant d'avoir confessé leur foi et reçu, le saint baptême. C'est de là qu'ils écoutaient la prédication. On le» congédiait au moment où la coupe eucharistique allait passer parmi les fidèles. H n'était pas pos* sible de marquer d'une manière plus saisiissante la ligne de démarcation entre l'Eglise et le monde, puisque ceux-là mêmes qui aspiraient à devenir chrétiens étaient retenus sur le seuil du temple. La disposition intérieure de l'église de Saint-Clément est également d'un haut intérêt. Ses trois nefs aboutissent h une .abside très-belle et très-simple où est le siège épiscopal, entouré des sièges presbytéraux.

Les peintures qui ornent Saint-Clément et les autres basiliques de la même époque sont d*une simplicité parfaite. C'est toujours le bon pasteur entouré des brebis auxquelles il a donné sa vie ; c'est le cep de la vigne mystique où l'âme chrétienne puise sa sève; ou bien c'est encore le Christ entouré de martyrs qui ont donné leurs noms à l'Eglise^ comme à Saint-Come-et-Damien, et à Pudentiana, La musique religieuse de cette époque devait être d'une émouvante grandeur à en juger par les larmes qu'elle arrachait à saint

Augustîu. MP curreiant Imrim^ et duke miM efat

mm eis.

L'art vraiment catholique-romain date selon moi de la Renaissance et de la Réformation ; c'est alors qu'il a atteint son point culminant et s'est révélé dans toute sa sincérité. Jusqu'à la Réforme TEglise contient dans son sein tous lèse éléments qui plus tard se sépareront et même se feront la guerre. Toutes les tendances coexistent en elle, à l'état embryonnaire en quelque sorte. Qui pourrait nier que le catholicisme germanique se distingue longtemps avant la Réforme du catholicisme méridional? Les mystiques ferveurs qu'abritent les couvents du Nord révèlent déjà un étrange besoin d'une commU' nication directe et sans intermédiaire avec la Divinité. Même dans le catholicisme italien il y a bien des divergences qui parfois font pressentir le schisme, comme dans la grande apparition de Savonarole ; je comparerais volontiers ces explosions d'un sentiment chrétien plus libre au jet soudain d'un courant d'eau qui a longtemps coulé sous terre. Il existait avant de s'élancer à l'air libre en gerbe étincelante et retentissante. L'art catholique des douzième et treizième siècles, a profité de cette richesse non encore diminuée de l'Eglise, alors qu'elle possède tous ses trésors dans leur variété féconde. Je n'exagère rien, je ne prétends point que le catholicisme

de cet âg« fût une sorte de protestantisme antidpé; non, c'était bien l'Eg'lise de l'unité et de la hiérarchie, la théocratie nouvelle, mais ce n'en était pas moins un catholicisme entièrement différent de celui qui s'est constitué après la grande séparation opérée par la Réforme, o* était un catholicisme Eon encore phé au type romain, plein de sève, d'originalité malgré ses erreurs, mystique et savant, austère et puissant.

C'est h ce catholîcisme-là que nous devons l'art gothique qui n'a jamais pu s'implanter h Rome et qui a cessé du moment où elle a exercé dans tous les domaines de l'Eg-Use une influence décidémeDt prépondérante. Qu!est-ee que le gothique, si ce n'est précisément la manifestation la plus grandiose du catholicisme germanique d'où la Kéforme devait sortir? Qu'on discute tant qu'on voudra sur ses origines, qu'on fasse honneur aux Romains de la voûte, aux Arahes des Ugnes hrisées de l'ogive, il n'en demeure pas moins que l'art gothique a ét^ créateur et qu'il a imposé son sceau à tous les éléments qui ont pu lui venir d'ailleurs; il a créé comme crée le génie humain qui n'est pas Dieu pour tirer ses œuvres du néant, il suffit qu'il leur ait imprimé un sens vraiment nouveau, une idée, un sentiment qui soient bien à lui pour qu'on ne puisse lui contester l'originalité. Or quel est le sens, l'idée

du gothique? Entrez dans la cathédrale de Cologne et vous le saisirez à Tinstant même. L'art gothique, dans cet immense édifice comme dans tous ses pareils, a voulu représenter le monde, la société tels qu'il les concevait; il la ramène tout entière au type chrétien, il lui imprime la forme du signe rédempteur, puis surtout il la jette pour ainsi dire dans la région de Tinfini et de Tétemel avec la flèche hardie qu'il dirige vers le ciel. Placez- vous dans le chœur de la cathédrale, là vous voyez toutes les lignes se rejoindre, se presser, dans' un élan irrésistible, qui emporte votre esprit et lui donne des ailes, en quelque sorte. L'ogive reproduit dans des proportions réduites le même caractère ; elle aussi, par les dispositions de ses lignes, dit : Excehior! Surmm cordai En hautî — toujours plus haut! Eien de pareil ne s'était encore vu dans l'histoire de l'art. Le temple païen surtout, sous la forme enchanteresse qu'il a revêtue en Grèce, est un édifice aux proportions restreintes ; il est uniquement destiné à l'habitation de la divinité ; il lui suffit d'avoir bien paré la cella^ d'y avoir déposé une statue d'une beauté parfaite et d'avoir réservé la place de l'autel des sacrifices. Il a, dans ses heaux marbres ensoleUUs^ conservé le sourire de sa religion. La basilique romaine qui est la création architecturale la plus remarquable du peuple-roi est entièrement

conforme à son génie ; elle n'admet que la ligne horizontale, elle est tonte en longueur et en largeur. Eîen ne porte le regard au delà du monde; c'est le seul empire qu'ait jamais ctonvoité Eome! La cathédrale, au contraire, est un grand mémento de la vie étemelle ; comme Ta dit le poëte, elle est agenouillée dans sa robe de pierre, elle prie. Je lui préfère sans doute la chambre haute de Jérusalem avec ses langues de feu, mais on ne peut nier que le catholicisme du moyen âge n'ait eu aussi, au travers de ses obscurités, sa langue de feu pour célébrer le Dieu de TEvangile; j'en appelle à ces chants sublimes des douzième et treizième siècles, qui sont avec les hymnes de Luther ce que le cantique chrétien a produit de plus beau, de plus pathétique.

Comparez maintenant l'architecture religieuse de Eome à ces monuments du Nord ! Le contraste est absolu. N'est-il pas remarquable d'abord qu'elle ait complètement évité le gothique, même dans sa grande époque ? Une seule église en porte quelques traces^ C'est Sancta Maria délia Minerm, Encore s'est-on hâté de la gâter en la surchargeant d'ornements de mauvais goût. Toutes les églises romaines j sauf celle-là sont sur le type de l'antique basilique. Je sais bien qu'on les dispose en forme de crois grecque ou latine, mais ce qui l'emporte, c'est l'idée de la grandeur tout extérieure, c'est V extension et

• nonVilévation qui lea caraotérise.On y entend retentir dans cesse la vieille devise de Rome : A toi Tempire, — songe avant tout à régner, à dominer 1 La plupart de ces églises sont trës-médiocres, même à Imtérieur, où on a entassé les œuvres d'art, mais aussi prodigué les enjolivements jusqu'à en fatiguer les regards. Les cu^chitectes ont mis leur orgueil dans l'arrangement des façades, mais ne sont jamais sortis de leur routine pour la disposition générale.

Si l'on veut avoir l'idée complète de l'architecture religieuse romaine, c'est SMnt-Pierre qu'il faut considérer. Je ne connais pas d'antithèse plus tran* chée que celle qui existe entre la splendide basilique du Vatican et le dôme de Cologne. Je ne marchande pas mon admiration à la première. Je conviens qu*il est peu de coup d'œil plus grandiose que celui de l'ensemUe des monuments dont elle est le centre. Les portiques demi-circulaires qui entourent la place au milieu de laquelle se dresse l'obéUsque format là plus belle introduction à la basilique elle-même. Celle-ci est si harmonieusement disposée que sa candeur n'a rien d'écrasimt parce qu'aucune partie ne fait saillie ni disparate. La double coupole qui se dresse à une hauteur vertigineuse paraît un développement naturel de l'édifice. Les cinq nefs de l'intérieur se relient à l'abside CQmme les rameaux d*un tronc gigantesque. Et

cependant toute cette grandeur n'élève pas ; tout cela s'étend et s'épanouit dans l'espace, mais ne monte pas véritablement. La Sainte-Chapelle de Paris, cette idéale création du règne de saint Louis disparaîtrait tout entière dans une seule des chapelles de Saint-Pierre, et pourtant elle vous élève bien plus haut ; elle a cet élan, ce je ue sais quoi d'ailé dans les lignes gothiques qui emporte l'esprit. L'élévation n'est pas affaire de dimension, mais de direction et d'inspiration. Saint-Pierre avec toutes ses magnificences me fait l'effet du Ueu élevé d'où l'on voit, non pas le ciel, mais tous les royaumes du monde. Ce marché de la domination terrestre n at-il pas été proposé à la hiérarchie romaine et ne l'a-t-elle pas accepté en échange du règne spirituel l N'a-t-elle pas imité en cela le judaïsme dégénéré de la synagogue? Saint»Pierre et les autres grandes basiliques de Rome me semblent exprimer cette déviation du christianisme primitif par le symbole le plus éclatant. Tout ici rappelle le Ohristus imperans^ rien ne nous reporte au Crucifié, à ses opprobres et à ses gloires intérieures. Saint-Pierre est le Capitole de la papauté. Au moins révèle- t-il le grand art et porte-t-il l'empreinte du fier génie de Michel-Ange. Mais que dire de l'architecture des églises élevées par les jésuites? Elles nous introduisent dans la seconde période de la domination romaine ; la Ré-

forme a secoué son flambeau sur le monde ; l'empire de TEurope est contesté à la papauté. Le temps de la royauté hautaine est passé, l'absolutisme doit s'assouplir, mais il plie comme l'acier, sans rompre jamais. Ce mélange de ruse et de force indomptable c'est tout le jésuitisme, ce grand et habile soutien de l'autorité pontificale aux jours difficiles où il faut unir une politique adroite et artificieuse à l'opiniâtreté. Mais à ce jeu-là on perd la grandeur, aussi l'architecture des jésuites est-elle toute mignarde et compliquée; à voir l'ornementation surchargée de leurs églises on dirait les procédés employés pour farder une vieillesse prétentieuse. Ils ont mis des tapis de velours sur le chemin du paradis et s'efforcent d'en élargir l'entrée. Leur histoire et leur génie se lisent sur les pierres de leurs édifices. Je termine sur ce point par une remarque significative; on comprend très-bien que l'architecture romaine se soit toujours approprié sans peine les anciens temples ou édifices païens; le temple de Faustine et celui de Vénus à Eome et les thermes de Domitien ont été transformés en églises avec la plus grande facilité. Jamais un édifice gothique n'aurait pu avoir une pareille origine.

Si de l'architecture je passe à la peinture, je pourrais faire les mêmes réflexions. Il est incontestable que la grande peinture mystique et religieuse a précédé

elle aussi le temps où le catholicisme romain s'est constitué en opposition à la Réforme et que ses inspirations les plus hautes appartiennent au même mouvement qui a produit l'art gothique et les cathédrales.

C'est en Flandre et en Allemagne que cette peinture prend naissance et perfectionne ses procédés. L'idéal chrétien le plus pur brille dans le regard des vierges de Van Eck , d'Albert Durer et d'HoIbein. L'Italie suit le mouvement et tempère cette austérité par la grâce inimitable dont elle a le secret. C'est bien entre le quinzième et le seizième siècle que ce grand art chrétien atteint son apogée. Quelle tendresse exquise, quelle candeur céleste, que de brûlantes extases sur les toiles et les fresques des Fra Angelico et des Prancîa ! Il y a au Vatican une chapelle peinte par le premier de ces peintres et qu'on néglige souvent de visiter, parce qu'elle n'est pas sur le programme, c'est la chapelle de Saint-Laurent et de Saint-Etienne. Voilà la grande peinture chrétienne ; l'âme chrétienne palpite dans ces vives couleurs et nous redit son amour pour le Christ, sa foi sereine et sa compassion pour tout ce qui souflfre. Je rappelle encore la fameuse fresque de l' Angelico au couvent de Saint-Marc, à Florence, qui réunit les principaux saints et docteurs autour de la croix, dans un même élan de fervente adoration. Comme

je reconnais bîen là le peintre qni versait d'abondantes larmes toutes les fois qu'il prenait le pinceau pour représenter les traits du Christ ou de la Ma^ done ! Selon moi, le à«mier et le plus grand de ces maîtres vraiment chrétiens est Fra Bartholomeo, le dominicain, disciple de Savonarole. Le catholicisme romain ne saurait réclamer le fidèle ami du réformateur de Florence, brûlé comme hérétique. Son tableau de V Ensevelissement du Christ^ au musée Ktti, à Florence, est un acte d'adoration; le pinceau n'y a rien perdu, il a toute sa suavité, tout son éclat, toute sa fermeté, mais il est impossible de contempler cette toile longtemps sans éprouver le mélange de tendresse et de profond respect pour le Christ, qui est exprimé avec une porte d'impétuosité dans le prosternement de la Madeleine , avec une angélique douceur dans le regard de saint Jean et une tristesse ineffable dans celui de la Madone.

Cet art profondément chrétieii n'çst pas le fils de Rome. Sans doute ses œuvres s y trouvent en grand nombre, parce que la papauté a su former le plus magnifique des musées dans la ville étemelle, mais l'inspiration de ces toiles mystiques était venue d'ailleurs. On nous opposera Raphaël qui a tout compris et tout rendu, mais son génie avait éclos sous le doux ciel de l'Ombrie. Je sais bien que c'est à Rome qu'il a

peint la Dispute du saint-sacrement^ maïs tf y ai-je pas vu parmi les théologiens qui cherchent et qui doutent le noble visage de Savonarole ? Peut-on nier que le souffle de la Réforme if ait pas passé par là? En tout cas c'est ici qu'il a peint la D^rnarina^ le Triomphe de Galatée et PsycM^ œuvres exquises, mais qui n'appartiennent plus à la peinture chrétienne. Quant à Michel-Ange, personne n'ignore à quel point le levain de la Réforme a fermenté en lui, comme le prouvent ses lettres à Vittoria Colonna. Quand il s'est abandonné sans réserve à l'inspiration du lieu, il a peint à la Sixtine sa fresque du Jugement dernier. Celle-là, j'en conviens, est bien romaine. J'en admire la puissance, la fougue, surtout quand je la contemple sous les rayons pourprés du soir. Mais je ne saurais y voir une peinture religieuse. Ce Christ qui ressemble à l'Hercule antique et qui maudit les réprouvés avec un geste si terrible, c'est bien le Christ du Vatican, le Christ des inquisiteurs dont le bras ne sait pas relever, mais écraser. Tous les détails païens, qui entourent la figure principale rappellent la cour des Jules II et des Léon X. Que l'on compare cette formidable fresque au tableau de Fra Angelico sur le même sujet que l'on voit au palais Corsini. Ici le drame est tout moral; la douleur inconsolable qui apparaît sur les traits des impénitents n'est pas le simple reflet

des éclairs de la foudre vengeresse, elle jaillit du dedans. Voilà l'Evangile ; à la Sixtine je ne vois que hliber pontijicalis. La peinture chrétienne en touchant ce sol y perd bientôt son caractère vraiment religieux, bien qu'elle y jette un éclat éblouissant avec Baphaël; son génie est trop grand pour ne pas échapper plus qu'aucun autre aux influences des milieux, bien qu'il l'ait aussi subie à la fin de sa courte et brillante carrière. N'oublions pas qu'il a > pour disciple Jules Romain dont le pinceau, dès qu'il ne sera plus contenu et dirigé par les esquisses du maître, deviendra promptement voluptueux et sensuel. Dès le pontificat de Grégoire XIII la déca-dence commence, les ntaniéristes encombrent de leur art de convention les églises, les couvents et les palais. Le chevalier d'Arpin (1561), dont les œuvres pullulent à Rome, est le représentant de cette école sans grandeur, sans inspiration élevée. Le caractère religieux s'efface de plus en plus. Bemin pour l'architecture, d'Arpin pour la peinture sont les artistes vraiment romains et tels que le catholicisme soumis au joug du jésuitisme devait les aimer.

La musique d'église parcourt les mêmes phases que la peinture et l'architecture. Le plain-chant est l'écho de celle du- moyen âge, il est grave et triste. Puis on a quelques maîtres vraipient graves qui comme Allegri écrivent dans un style grandiose

dO.

et presque monumental. Le Miserere de ce compositeur qu'on entend le jeudi et le vendredi saints à la chapelle Sixtine sans accompagnement d'orgue fait un effet imposant. Mais si on en excepte la chapelle du pape à ses grands jours, la musique qu'on entend à Bqme est déplorable pour la composition. Dans les églises de second ordre elle est de tout point mauvaise ; on s'est borné à piller les opéras célèbres et on les chante avec toute là désinvolture des chœurs de théâtre. Ce n'est guère qu'.à Saint- Jean deLat^an et à Saint-Pierre que l'exécution est soignée. La musique de théâtre, quand elle est vraiment belle et passionnée, est bien supérieure par le sérieux à ces compositions bâtardes. Sans doute le catholicisme a d'autres inspirations ailleurs, il a des trésora de musique chrétienne, le Requiem de Mozart, les messes de Beethoven, de Weber et môme de Rossini recèlent une inspiration bien différente, mais ce n'est pas ce qui plaît à Rome. On préfère les molles harmonies qui bercent l'âme et la livrent tout endormie à l'autorité ecclésiastique. La vraie musique religieuse est en Allemagne. Ecoutez la Passion de Sébastien Bach et ses cantiques sublimes et vous ne vous laisserez plus dire que la Béformation ignore le grand art. Le voilà tour à tour majestueux et intime, s'élevant de cent coudées au-dessus des fioritures de ces messes profanes qui se chantent sur

des aîps trop légers pour que la passion humaine voulût s'en contenter. Au reste, pour montrer que mon jugement n'est pas dicté par la partialité, je m'appuierai de l'appréciation d'un catholique éminent, M. Victor de Laprade, qui a écrit les lignes suivantes dans le Correspondant : c II me semble, dit-il, que les licences accordées aujourd'hui à la musique de nos églises dépassent tout ce qu'il est permis au sentiment religieux de tolérer. Quand j'entends hurler, aboyer des fanfares militaires à côté de l'autel, je ne suis pas bien sûr d'être de ce monde. Enfin lorsque je vois, pour les appeler par leur nom, des bandes d'histrions introduites dans le chœur, mêlées aux prêtres pendant le sacrifice, j'ai beau entendre des chefs-d'œuvre de musique, il m'est impossible de me sentir plus pieux, plus recueilli qu'à l'Opéra. Catholique convaincu, en face de tels symptômes, je me contente de gémir, en me rappelant qu'il y a. eu dans l'Eglise des abus passar gers; mais si j'étais libre penseur, je me dirais en moi-même : VoUU une religion qui s'en m» Pour mon compte, il me semble que la musique a rompu dans les cérémonies catholiques de nos jours la discipline que l'Eglise lui avait sagement imposée. Je n'admets aucune des mauvaises raisons, inutiles à éaumérer et trop peu religieuses, qui ont engagé le zèle ecclésiastique dans cette fausse voie. Ce n'est

pas avec une profusion de cantiques et de bouges qu'on attire les âmes dans la vérité et qu'on les retient dans la foi. >

Après avoir parlé des accessoires du culte, parlons du culte lui-même, tel qu'il se célèbre à Rome, Son premier caractère est ce que j'appellerai son ritualisme absolu. Je ne blâme pas le rite en soi; je sais qu'il est indispensable que l'adoration publique ait quelques formes réglées d'avance, afin que tout se passe avec ordre et bienséance et que la piété ne soit pas troublée par de constantes surprises. Mais le rite chrétien doit être très-simple et ne pas étouffer la spontanéité ; il doit être conçu de telle sorte qu'il fasse appel aux sentiments vivants de l'âme, qu'il contribue à les réveiller, qu'il parle au cœur et à la pensée. A Rome le rite remplace tout ; la forme prescrite n'est pas le stimulant ou l'expression de la piété, elle est une sorte de machine habilement montée qui fonctionne toute seule comme les moulins h prière des Orientaux, mais non sans broyer sous ses rouag«s compliqués la vie morale. L'individu disparî^t complètement devant l'Eglise ; c'est elle qui prie par ses lèvres, qui s'agenouille avec lui au moment prescrit, qui se relève au commandement ; à chaque instant on entend la sonnette du majordome qui est comme le sifflet du machiniste. Morte ■est la langue sacrée, c'est la voix du passé, le plus

souvent inintelligible pour celui qui s'en fait l'éeho passif et monotone. L'évangile ou l'épître sont non pas lus mais chantés sur un ton nasillard qui ne laisse pas arriver à l'esprit ime pensée. Le livre saint est découpé et déchiqueté jour par jour, sans que le fidèle puisse jamtda approcher sa lèvre altérée de la fontaine jaillissante. C'est ainsi que l'esprit est partout et toujours sacrifié à la lettre ; le rite compris et pratiqué comme il l'est k Eome est vraiment la pétrification du culte.

Son second caractère est d'être une représentation des mystères chrétiens ou plutôt un essai quotidien de les renouveler. En ce point, il se rapproche des anciens mystères du paganisme. La messe est bien décidément un essai de représenter et de renouveler l'immolation du Calvaire, C'est à Rome que ce caractère du culte catholique appan^t tout entier et sans voile spécialement dans les cérémonies de la Kemaine sainte. Jour par jour on déroule sous les regards des fidèles les scènes de la Passion. Ainsi le mercredi saint, tandis qu'on chante le Miserere, douze cierges allumés figurent les apôtres ; ils s'éteignent l'Un après l'autre pour rappeler leur défection et leur lâche abandon du Midtre. Le jeudi saint, le pape se prosterne aux pieds des douze pauvres prêtres et leur lave les pieds, puis il les fait asseoir à une table dressée. pour eux et il les sert.

redi saint est le jour de l'enseveliaseiDent de Oq la dépose dans la chapelle de Saint-Paul dans un sépulcre, tous les cierges sont nulle cloche ne résonne plus. C'est un B complet avec le jour des palmes dans lequel représentant toujours le Christ fait une riomphale dans la basilique de Saint-Pienre, ue les rameaux sacrés l'omhragent et se ; devant lui. Le matin de Pâques on va en ïompe chercher l'hostie, on la sort du taberi lui servait de sépulcre, on la présente au omme le divin Ressuscité et le pape célèbre './ession de Saint-Pierre la grande messe de Quand il élève les saintes espèces devant léej celle-ci se. prosterne tout entière, un is-beau s'élève des profondeurs de la Oonfes- 3aint-Pierre. Le peuple se croit devant son ssuscité de nouveau, puis le saint-père i balcon de la basilique et donne la bénédici et orH. Rome est vraiment alors l'Eleusis iiolicité, le lieu des grands mystères où l'on ennellement l'histoire divine. On sait qu'à . dépose des crèches dans la plupart des it qu'on représente le mystère de la nativité >n représente au printemps le mystère de îxion. Il est facile de comprendre après cela léâtre soit sorti de l'église au moyen âge, ou

peut dire qu'à Rome il y est décidément resté. L'Ef Kse se plaît à donner des représentations extraordinaires qui réveillent et piquent l'attention. C'est ainsi qu'on voyait à Rome dans l'automne de 1869 près d'une petite chapelle, à deux pas de saint Jean de Latran, des figures en cire grossièrement faites, mais très-expressives, qui montraient aux yeux une eflEroyable exécution de missionnaires catholiques en Orient. On se pressait devant ce spectacle horrible et les offrandes pour l'œuvre tombaient dru dans la sébile des collecteurs. Ce procédé de foire n'est pas dédaigné et est très-fructueux. Chose étrange, dans ce pays méridional où l'on a une hoi*^eur extraordinaire de tout ce qui rappelle la mort, on l'entoure des formes les plus lugubres afin de mieux agir sur l'imagination. Rien de plus funèbre que le long cortège d'une confrérie avec ses capuchons baissés accompagnant im cercueil au cimetière. Les frères capucins donnent une représentation funéraire permanente. Ils ont imaginé de disposer dans les caveaux de leur principale église toute une armée de squelettes qui se recrutent parmi les défunts de leur ordre et ont le privilège d'obtenir l'immortalité de l'épouvante.

Relevons encore le caractère mercenaire du culte romain. Je ne parle pas seulement de l'argent qu'il réclame pour soutenir ses somptuosités et de ce de-

1 qui est demandé en tout pays

et d'habileté. J'entends surtout te erreur qui consiste à s'imagi- ^heter sa part de ciel par ses œa- ). C'est à Eome qu'elle s'étale ir etsans frein, car la ville papale -er le marché des indulgences.

pute ime parcelle du trésor et en ceux qui se soumettront à telle on lit ces promesses fallacieuses le part non plus on ne s'imagine er les plaisirs que l'on a goûtés ['ennui que l'on s'impose en réen usant ses genoujL sur la dalle âon del'année en jours profanes )a3 sur un autre principe. C'est action entre le carnaval et le ca- 'anchée. Le premier y agite les grossière en toute sécurité; lui ition ecclésiastique, les bals, les joyeux et sans retenue peuvent

aise. L'antique bacchanale est le Eome pendant ce temps de lià la condition d'étouffer son rire langer le masque comique con-

tristesse, en se couvrant la tête ;, comme une bonne mère, ac-

cueille dans ses parvis la turbulence avinée d'hier, la met au régime et lui fait entendre messe sur messe. Le malheur, c'est que le péché était prévu et accepté comme la pénitence; c'est une affaire de calendrier.

Un quatrième caractère du culte romain est la surabondance du merveilleux ; les faux prodiges supplantent partout le vrai miracle ou relèguent celui-ci dans l'ombre. Les légendes ridicules foisonnent ici comme les herbes folles dans un champ mal cultivé ; elles recouvrent presque entièrement les grandes réalités évangélique^. Le vrai surnaturel chrétien est ainsi compromis par un surnaturel fantaisie qui semble faire corps avec lui. On connaît la vogue des madones qui rotilent les yeux; on leur attribue plusieurs conversions notables. Il n'y a pas de sanctuaire qui n'ait son histoire merveilleuse, à commencer par Notre-Dame de Lorette transportée, comme on le sait, dans les airs, de Palestine en Italie. A Naples, l'affreuse jonglerie du miracle de la liquéfaction du sang de saint Janvier se continue tous les ans, sans aucune protestation de l'autorité pontificale; elle l'accepte et la patronne tout en sachant fort bien que le procédé par lequel on fait couler le sang coagulé du saint est bien connu. Les eaux de la Salette et de la grotte de Lourdes qui opèreût, dit-on, des guérisons miraculeuses sont patentées à

r non contente de ses propres prodige^ elle î partout cette espèce de magie grossière lie les temps les plus honteux de la décaenne, mais qui est très-fiructueuse. Il est se rendre compte de la manière dont oyuice à un faux miracle. On n'a qu'à se ns la chapelle commémorative élevée près e de Sainte-Agnèa en mémoire du grand lel le pape a échappé il y a quelques années îme endroit, où le plancher supérieur s'éré soudainement sous lui sans qu'U eu soit cun mal pour le saint-père. Certes rien ïitime que d'éprouver un vif sentiment de lance envera Dieu dans une telle drconle l'exprimer publiquement, mais le saintlu voir dans la protection providentielle qui Ha vie un miracle de première classe. Il dre un grand tableau qui représente toute )U3 de vives couleurs. Sur le prender plan, pape ctdme et souriant au sein du péril, > les assistants parmi lesquels des offiais témoignent de la terreur la plus lâche ; s de nos preux n'est pas ménagée par l'ar- 'a pas craint de les représenter tout tremip faire contraste avec l'auguste sérénité ère. Sainte Agnès apparu dans les airs it d'une main protectrice, puis, dans l'ar-

rîère-fond du tableau la Madone entourée des anges domine toute la scène. Cette interprétation plastique d'un fait assez simple passe pour un événement réel aux yeux de la plupart des spectateurs. H est , entendu que sainte Agnès et la Madone sont apparues au saint-père ; c*est parole d'Evangile, et les âges futurs raconteront le miracle avec componction. On assiste ainsi à la formation de la légende.

Le dernier caractère de ce culte romain est une idolâtrie eflfrénée. Il ne faut pas prétendre que les images ne sont pas adorées et que l'hommage qu'on leur rend remonte à Dieu. Elles le sont positivement conmie des fétiches. On ne peut en douter quand on a vu avec quelle ardeur est baisé le pied de la prétendue statue de saint Kerre qui est dans la basilique du Vatican et qui est tout usée sous les lèvres de ses milliers d*adorateurs. L'image du bam^ Hno qtd est exposée par les capucins aux fêtes de Noël reçoit un culte véritable. Les madones couvertes d'ornements somptueux, après avoir été élevées aurang de vierges miraculeuses, sont traitées comme les marbres les plus célèbres de Vénus ou de Junon Tétaient dans Tantiqyité. Quant aux reliques des samts, elles pullulent avec une abondance qui ne laisse pas que d'être inquiétante, car plus d'un coquin est certainement l'objet d'une vénération profonde sous le nom d'un martyr quelconque. Tl n'y

•Tït

a pas de limite aux faUes que Ton débite sur ces restes prétendus sacrés. Si Ton ne vous montre pas comme dans le couvent arménien de Jérusalem les pierres qui auraient cfU^ ou comme à Florence les reliques de la sainte Trinité qui sont un nouveau mystère et le plus étonnant de tous ajouté à ceux de la foi, on fournit au moins un morceau de tous les saints connus et inconnus ; la châsse d'or ou de diamants fait passer Tossement apocryphe. Rien ne passionne davantage la partie dévote de la population que ce genre de piété. Mais il est une autre idolâtrie plus subtile qui grandit tous les jours, c'est celle qui consiste à exalter la créature aux dépens du Créateur et du Rédempteur. Nous avons déjà insisté sur cette eflPrayante apothéose de la Madone qui doit transformer la Trinité en quaternaire ; depuis la proclamation de rimmaculée Conception elle prend un développement inouï auquel rien ne ressemble dans le passé. Le romanisme n'a plus que deux divinités toujours présentes et adorées, Marie dans le ciel, et le pape sur la terre. En entendant les acclamations frénétiques qui accueillent le saint-père à son passage, on se souvient du cri dont les habitants de Sidon saluaient Hérode : Voix de Dieu et non d'un homme !...

Ainsi grandit tous les jours un matérialisme dégradant dans le culte, toujours en quête de nou-

velles idoles ; aujourd'hui c'est saint Joseph qui est en grande faveur, ses médailles guérissent le corps et Tâme. Une pétition a été présentée au pape au nom d'un nombre considérable de pères du concile, pour qu'il soit élevé au rang de protecteur de la chrétienté. Demain la vogue sera pour quelque autre favori de cette piété grossière jusque dans ses plus vives ardeurs, qui , avec ses faux miracles , ses cantilènes amollissantes , sa crédulité sans bornes , est comme un défi constant jeté à l'esprit humain , et cela dans un moment où le surnaturel véritable a suffisamment à faire pour se défendre contre les plus sérieuses attaques. Nous ne saurions mieux résumer nôtre jugement sur l'art et le . culte romains qu'en rappelant la grande et burlesque cérémonie musicale qui a été célébrée le dimanche 14 décembre 1869, dans l'église des saints Apôtres, en l'honneur du concile, devant un nombre considérable de cardinaux, d'évêques et de prêtres. Le théâtre est interdit pour tous les dimanches qui précèdent VATent; cela n'a pas empêché les organisateurs du grand concert spirituel du 12 décembre de lui faire de larges emprunts. — Comment les airs les plus mondains ne seraient-ils pas sanctifiés ime fois qu'ils sont chantés par l'académie pontificale de l'Immaculée Conception. « Cette association, lisons-nous dans son programme, a l'habi-

tude de célébrer tous les ans un grand concert à l'honneur de la Viei^e. Elle ne pouvait trouver une plus solennelle occasion d'être fidèle à sa coutume que l'ouverture du concile œcuménique. Cette année elle fera une part plus grande k la gloire du pontife auquel on doit cette convocation. Un cardinal ouvrira la solennité par une prose qui placera le concile sous la protection de la Vierge, puis nous ferons entendre des chants en diverses langues. L'académie fera alterner ces chants avec les trois parties d'un oratorio intitulé : Le Pontife de l'Immaculée Con~ ceptioTiy dans lequel la gloire du saint-père est associée à celle de Marie. La Vierge daignera bénir notre pauvre hommage. Elle qui est la mère de l'étemelle sagesse, la sainte protectrice de notre foi, ne petit que bénir les travaux d'une académie qui ne songe qu'à développer la vraie science. • Voyons maintenant de quelle m^ère elle la dé-

La première partie de l'oratorio est sur l'air qui ouvre l'opéra des Puritains, de Bellini. Elle représente le peuple fidèle priant Dieu pendant le conclave de donner à son Eglise un chef selon son cœur. Puis vient mi chant de joie du peuple roniain après l'élection de Pie TX; le chœur célèbre les bienfaits de l'amnistie sur un air de Rohert le Diable^ entrecroisé par un air de la Sapho, de Paccini. L'hymne

consacré à l'hégire de Gaëte est chanté sur un air du MacUth, de Verdi. Le maestro patriote, do connut l'attachement à la cause italienne, ft encore les cavatines nécessaires pour célébrer ' reui retour du saint-père, « opéré grâce à « cours inespéré, > dit ingénieusement le librett qui feit supposer une armée d'anges descends ciel. Ou sait, hélas! que ces anges-là portait pantalon rouge de nos troupes de ligne, c { ajoute le Uirelto, Vierge sainte, qui seule as i la tête du serpent, toi seule peux disperser tourbe infernale qui a envahi le siège du .

père. > Cette fois le miracle n'a pas été con car il s'est compliqué d'artillerie. L'hymne t phant de l'Immaculée Conception est emprun NahucodonosoT du même Verdi. Après le can de l'Immaculée, nous avons celui du 3^11 toujours sur l'air du Nabwco. Par une coi'ncii assez singulière, cet opéra rappelle les danger l'on court en se prenant pour un Dieu. Je ne dé du cantique du centenaire que ces mots adres Marie : ■ Marie, qui protèges l'Eglise, nous Tons confiance qu'en toi seule. » La musiqii Robert le Diable accompagne un chant d'adul à Pie IS, à l'occasion du jubilé de sa cinquan de sacerdoce ; la flatterie est si grossière qu'il pas ailleurs de théâtre de baa étage où elle n

sîfflée, si elle s'adressait au souverain du pays. Rossini et Donizetti sont aussi mis en réquisition. yEléonore du second maître fournit la romance du monument de la Vierge, avec un grand renfort de roulades amoureuses. Ce beau chef-d'œuvre se con-

tinue par Thymne triomphant du concile, dans lequel un air de SapJio alterne avec l'air de la Oharite, de Rossini; le Saint-Esprit est totalement éclipsé par Marie « qui doit animer tous les évêques d'un feu divin, d L'oratorio se termine par un hommage d'obédience fait au sain1>-père au nom de la chrétienté ; Rossini a l'honneur d'en procurer la musique avec ses deux opéras de Ouillaume Tell et du Siège de Corinthe. Le concile n'est nommé que pour la forme. « Nous jurons, chante le chœur, ô notre Seigneur, de te faire l'hommage de nos pensées, car seul tu peux dissiper cette nuit d'erreur, tu es la fontaine de la vérité. Nous promettons de suivre ta foi, fut-ce au prix du plus cruel martyre, d

Demandons-nous quel effet produit cette piété romaine telle que npus l'avons décrite,, quelles sont ses conséquences morales, car c'est là l'essentiel. H ne s'agit pas de savoir si les formes du culte sont belles, si elles sont pompeuses; il s'agit de savoir si elles nous renouvellent, si elles nous transforment; il s'agit de connaître leur effet moral. Sans doute.

nous ne voulons pas de la morale séparée de la religion; mais, à coup sûr, nous voulons encore moins de la religion séparée de la morale, car je ne connais pas de pire chose au monde qu'une religion qui retranche à la morale ce qu'elle donne à la dévotion.

Je n'oserais pas faire la description de cette ville sainte, je n'oserais pas dire tout ce que recouvre l'hypocrisie de ces belles apparences. J'ai recueilli là-dessus des témoignages eflfrayants, de la bouche d'hommes qui n'étaient pas suspects, qui étaient accourus à Rome pleins d'enthousiasme, brûlant même de verser leur sang pour la cause catholique, et qui en reviennent pleins de dégoût et d'indignation ; car ils ont vu ce que c'est qu'une religion qui se moque de la religion, selon l'expression éloquente de Pascal,

Si maintenant j'en viens à l'état social des Etats pontificaux, tel qu'il était constitué sous le régime delà papauté temporelle, n'oublions pas que, d'après la théorie papale , il nous présente l'image de la perfection. La Rome pontificale, c'est la viUe selon le cœur de celui qui se donne comme le représentant du christianisme et qui déclare nettement et hautement que c'est sur ce modèle que toutes les sociétés humaines devraient se reconstituer. Il y a donc là plus qu'un fait, il y a un principe et un drapeau ; ce principe nous menace tous, puisqu'on

voudrait nous l'appliquer après l'avoir ressuscité à Eome ; nous avons le droit de le considérer en face et de lui demander ce qu'il est en réalité.

n s'est exprimé de la manière la plus nette dans les encycliques du dernier pape, spécialement dans la dernière et dans le SyllaJms. Un certain nombre de catholiques libéraux que ces documents gênaient singulièrement, parce qu'ils étaient dirigés contre eux, ont essayé d'en détourner le véritable sens. Es nous ont dit : c Le Sylldbus n'est pas ce que vous croyez, ce langage est trop sublime pour vous, le pape a parlé pour les anges et les séraphins; il faut que cette prose divine soit traduite en langue vulgaire, et nous vous donnons cette traduction adoucie, édulcorée; croyez-nous, c'est notre version qui est la bonne. »

liO saint-père n'a pas parlé pour les anges et les séraphins, il a parlé pour les Romains, et la traduction en langue vulgaire de cette encyclique se trouve dans les anciennes institutions de cette ville, qui voudrait être l'idéal politique de toutes les sociétés humaines.

Oui, l'état social et politique de la Rome du pouvoir temporel, c'est le verbe papal incamé ; il nous suflBlt de le considérer de près pour savoir ce qu'on voudrait imposer à toutes les sociétés humaines.

Je prendrai donc les principes les plus importants

du Syllahus^ et nous examinerons « été réalisés sur le sol romain ; nous meilleure traduction de l'encyclique.

Quel est le principe essentiel et fondamental de l'encyclique î Afin d'être plus clair, je donne sous forme affirmative ce qui est présenté sous forme de condamnation dans le SyllaHs.

Je lis l'article 80 du Syîlabus t

< Le pontife romain ne peut ni ne doit se rencontrer et se mettre d'accord avec le progrès, avec le ■ libéralisme, avec la civilisation moderne, »

Pour bien comprendre la portée de cet article, il noua faut chercher ce qui constitue essentiellement la civilisation moderne et le libéralisme moderne. Le caractère le plus général de cette civilisation est le gouvernement des peuples par eux-mêmes, la ■ suppression de tout ce qui ressemble à l'absolutisme, de tout ce qui rappelle une domination imposée.

Le second caractère de ce libéralisme, c'est ce que j'appellerai l'Etat limité, l'Etat s'arrêtant aux limites où commence l'empire indéfini de la conscience, l'Etat s'arrêtant devant l'être moral, comprenant que l'être moral est plus grand que lui, a une autre destinée, et qu'il n'a pas le droit de s'immiscer dans cette destinée.

Ces deux grands traits de la civilisation moderne sont après tout les caractères vraiment chrétiens de

dent de cette grande parole de Jéon royaume n'est pas de ce monde. »

ide parole qui a enfanté la vrme monde, c'est cette parole qui a réqu'il n'appartenait pas tout entier h ue parce qu'U n'était pas appelé à née sur la terre, qu'il était le citoyen haute, que par conséquent l'Etat ne ■ le développement de sa conscience noral. Cet Etat limité, c'est l'Etat , c'est l'Etat vraiment clu-étien, suiterprétation de Vinet et de M. La- 3 caractère le plus avancé de la civile. Je sais bien que la civilisation te souvent cette origine chrétienne >ousse ; elle a beau être ingrate, elle s le Christ de l'avoir marquée d'un st de lui avoir conquis sa liberté au

^sèment ce double caractère qui est lusaé par l'encyclique et les insti- 1 ; l'article 54 ne permet aucun doute

doit jamais être séparée du pouvoir le droit et le devoir d'employer la

;. Quelle interprétation peutKin lui

donner? Je sais bien qu'on a dit qu'il s'agissait simplement de la civilisation mauvaise, plus ou moins corrompue. Est-ce là ce qui ressortait des institutions romaines?

Reconnaissons d'abord qu'elles avaient le despotisme civil et religieux, le plu qui exista sous les cieux. Le pouvoir tem papauté était destiné h le maintenir. Qa'c dise pas que sa grande utilité consistaigarder l'indépendance de i'évêque de Ron des pouvoirs étrangers; l'histoire écarte ce car elle nous montre que c'est préciséme voir temporel qui le mêle à toutes les intri politique et que c'est là qu'il faut chep employer l'expression de DœUinger, le i nérable de son indépendance. C'est pai .était une puissance temporelle, que cor elle était en conflit, même pour les chi tuelles, avec- les puissances de la terre. < rait le nier, le pouvoir temporel ne lui a fonder le despotisme, car quand un repré Dieu règne, il est évident qu'il ne peut partage dans sa domination et que celle-t absolue. Ainsi la Rome pontificale livrée Intisme le plus complet, voilà la vraie intt de l'encyclique, voilà l'ordre véritable q} clame pour toutes les sociétés humaines.

Cet absolutisme implique pour TEglise , comme nous l'avons vu, le droit d'employer la force; et certes elle ne s'en privait pas à Borne. Les pères du concile ont assisté peu de jours après son ouverture à une grande solennité militaire : une revue de toutes les troupes pontificales était passée devant les évoques. Peut-être quelques-uns d'entre eux se rappelaient-ils certains textes de l'Evangile qui condamnent l'emploi du glaive au service de la vérité, et ce mot sévère de Jésus-Christ à ses disciples, alors qu'ils faisaient appel à la force : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes animés. »

A Rome, si la politique devait servir à la religion, la religion à son tour devait servir à la politique. Le pape était tenu d'oflfirîr quelques délassements à son peuple et d'essayer du moins de le désennuyer; il ne pouvait le tenir à chanter des litanies tous les jour* à Saint-Kerre et dans les six cents églises de Rome. Or, comme c'est lui qui gouvernait, comme le représentant du Christ personnifiait le pouvoir civil, c'est lui qui faisait donner à son peuple des représentations théâtrales et des ballets. C'est lui qui devait fournir aux dépenses de sa cour et de son administration en cherchant tous les moyens d'équilibrer ses finances ; c'est donc lui qui présidait à cette institutioxi de la loterie qui, on peut le dire, était l'institution maîtresse des Etats romains. Tout était suspendu pen-

dant la c^lébratioa des grandes solennité glise, toutes les maisons devaient être fenn les établissements publics étaient tenus d'i un seul demeurait toujours ouvert, c'était pontificale. Elle était ouverte alors que père donnât sa bénédiction à la ville et ai Jésus-Christ ne voulait pas sa mêler aux des honunea et ne voulait pas siéger di conseils ; cela n'empêchait pas son vicaire d trer la justice pénale ; par conséquent c'es condamnait directement les coupables. C qui devrait représenter le pardon, proc l'occasion des condamnations h mort, bu divin pasteur qui a donné sa vie pour si C'est la logique du s^rstème. Quelque g que soit son âme, il ne pouvait échappe logique. Jugez de l'effet que produisait condamnant h mort, le vicaire du Christ à Véchaftiud! J'entendais raconter un M. Ampère un trait bien ^gnificatif h c Un malheureux avait été pria dans une cons il avait été condamné h la peine capitale. ( damnation, venant de la part du pontife, a leversé son âme, et quand on vint pour le au dernier supplice, et qu'un prêtre, corn dataire du saint-père, se présenta pour lui des consolations, il le repoussa avec ind

et il fut se jeter la face contre terre devant un crucifix pour en appeler en quelque sorte & celui qui pardonne et qui relève, de son représentant infidèle. Voilà Teffet du pontificat dans TordrjB

Il est inutile de décrire avec détails toutes le^ monstruosités de cet absolutisme. II est évident qu'aucune des garanties de la vie moderne n'existait à Rome. Les jugements étaient rendus dans les funèbres, la défense n'était pas publique, jamais rien ne s'imprimait sans l'agrément du saint-père. Je lisais dans un journal : « Quel merveilleux accord que celui des journaux romains au lieu de ces disputes dont la presse étrangère assourdit nos oreilles! > Oui, sans doute, vingt perroquets dans une volière, c'est quelque chose d'admirable.

Quant à la police, elle était entièrement aux mains du clergé. Il est certain qu'à Rome le prêtre en était l'agent principal, et qu'il devait rapporter à l'autorité tout ce qu'il apprenait. Il y a plus, la participation aux sacrements était obligatoire, et chaque habitant de la ville papale était tenu de montrer son billet de communion. On conununiaitàRome comme on montait sa garde à Paris. Peu importait le sacrilège ; la formalité devait être remplie, et la formalité, qu^n ne l'oublie pas, c'est le sacrement par excellence. J'ai hâte d'arriver à la plus sainte des libertés, à là li-

bertédes âmes, qui pourrait presque si les autres, si la liberté n'était pas un( c'est cette liberté sainte qu'on avait reur à Rome, c'est elle que l'on voul rdtre, de telle sorte qu'il n'en resta trace. Le Sylîàfms condamne fonn maxime que < tout homme est libre religion qu'il aura regardée comme géant à la lumière de sa raison.

« que dans les pays catholiques 1 à ce que les étrangers qui vienU' jouissent de l'exercice public de le»

ticuliers, » (art, 78) n'est pas mo:

qualifié.

Ainsi donc le Syllahus met en pi consacre avant toute chose l'asservi!

de la conscience. H y avait un lieu où c'était un crime que de lire le livi de propager son divin- message, et ce Rome. Il y avait un lieu dans le mi sa conscience, suivre ses impulsions pour obéira la volonté suprême, étai1 ce lieu, c'était Borne. Ilyavaitunlie peut faire à Constantinople était inte:

vèrement, et ce lieu c'était Kome. Qu <iue c'est une exception qui pesait i la ville papale, non ! car dans tous lef

ont été conclus en ces derniers temps paar la papauté, se retrouvent les mêmes principes, les mêmes usurpations. Je parlais H y a un instant des condamnations à mort faites au nom de la papauté. Il y avail à Rome une grande condamnée à mort, c'était la conscience humaine ; car, comme le dit Massimo d*Azeglio,'on lui substituait une conscience artificielle cherchant à remplacer par elle celle qui nous a été donnée par Dieu.

Ce n'est pas tout, la conscience générale du catholicisme est comme pervertie par cette situation, car enfin que n'avons-nous pas entendu dire depuis que la question romaine a été posée devant l'Europe ? « Il est nécessaire, dit le parti ultramontain, que le régime de l'absolutisme fonctionne sur ce coin de terre. Cela est indispensable pour que le catholicisme conserve son indépendance. » Ainsi ce qui est nécessaire, c'est qu'on pratique l'iniquité dans votre ville sainte, c'est que votre religion ait comme des victimes humaines. Eh bien ! je dis qu'il y a là un bouleversement moral eflfrayant; et quand nous voyons cet état de choses soutenu ou regretté par des pays qui, après tout, d'après leur droit constitutionnel, ne sont pas des pays catholiques, qui reconnaissent la liberté de conscience, nous avons le droit de protester énergiquement au nom desaninorités religieuses qui ont été trop longtemps obli-

gées de soutenir un tel régime, par l'argent de l'impôt et par le sang de leurs enfants.

Veut-on savoir où était la citadelle de ce despotisme sans frein î Entrez dans le couvent duGesù; c'est là que résidait le plus efeayant pouvoir qui ait pesé sur des pensées et des consciences humaines. Sans nouslivreràde vaines et ridicules déclamations contre la société de Jésus, nous avons le droit de dire qu'elle est la suprême malédiction du catholicisme et la suprême malédiction de la papauté qu'elle perd en la poussant aux excès. Le peuple le sent instinctivement, et il Ta exprimé à sa manière dans un apologue marqué au coin de l'esprit italien. Il se trouve que sur la place où est situé le couvent du Gesù le vent souffle sans cesse. Voici l'explication piquante qni en est donnée à Rome : « Un jour, dit la légende populaire, le diable et le vent voyageaient de compagnie. Arrivés sur cette place, le diable dit.au vent : « Attends-moi, j'ai aflEaire dans cette maison, dans «un instant je te rejoins. > Cette maison, c'est prér Gisement le couvent des jésuites. Le diable y est entré, et il n'en est pas encore sorti, et depuis ce temps le vent attend toujours et feit rage sur la place du Gesù. » C'est ainsi que le peuple romain traduisait son impression très-vive sur ce despotisme dont il est la victime.

Quelle impression devait produire sur les âmes droi-

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tes et sincères le spectacle de ce romanîsme que j*ai 3ssayé dé décrire ? Cette impression, elle est doublé, elle produira la révolte ou la réforme. Je personnifie 3ette double impression dans deux grands pèlerins, hommes droits et sincères , qui se sont rendus à Rome ; l'un en a rapporté la révolte , et l'autre la Réforme. Le premier, dont nous avons caractérisé le rôle au sein du catholicisme français, c'est Lamennais, notre illustre contemporain, âme ardente et sincère, qui pendant la première moitié de sa vie, avait cru que la voix du pape était vraiment la voix de Dieu. A une heure perplexe et critique où ses opinions étaient contestées, il se rend à Rome, il veut entendre l'oracle sacré dans l'humilité. L'oracle parle, et c'est pour contredire ses convictions les plus chères ; U parle pour maudire la liberté et le droit étemel. Alors, dans un courroux qui ne sait pas se contenir, il quitte cette ville, et lui lance sa malédiction dans un langage brûlant, puis il arbore le drapeau d'une révolte qui n'est pas près de finir. Encore s'est-il maintenu aux limites du déisme ; mais d'autres sont venus qui ont rejeté Dieu, après avoir rejeté celui qui lui-même s'était donné comme son représentant. Et cette révolte grandit, elle grandira encore jusqu'à ce qu'elle ne soit plus en présence d'une puissance d'oppression telle que celle que j'ai décrite.

Un autre pèlerin s'est rendu à Borne au se àècle. C'était un jeune moine augustin, pleine de mystique ferveur, passionnément d^ de servir son Dieu et la vérité étemelle. Il a Borne dans toutes les illusions de la jeune croit, il espère qu'il entre dans une cité de dans mie Jérusalem nouvelle. C'est dans ceti position que Luther franchit la porte del Pop peine est-il entré dans cette ville, qu'au lieu Sion sainte, il trouve une Babjlone ; U enten des paroles de vie, mais des paroles de mo sont en opposition directe, je ne dirai pas ment avec ses convictions humaines, mai* ses sentiments les plus intimes. Cependant il vère encore, et il s'inflige les pénitences le dures. Il gravit l'escalier sacré que l'on moi niblement à genoux, et voici qu'au milieu d ascension une voix divine retentit dans son < Le juste vivra par la foi ; tu ne dépends que grâce. » Alors il se relève, et le moine d'hiei réformateur d'aujourd'hui; il jette cette pa tous les vents du ciel, et cette parole renoui inonde. Après Luther, d'autres pèlerins sont ras, ils ont suivi ses traces, ils ont été en c avec cette pxiissance de ténèbres et d'oppressi étaient venus avec la même piété, avec la mèi veur, le même désir d'entendre une parole c

Mais c'était encore une parole de mort qui retentîs- • sait à leurs oreilles. Alors ils se sont relevés, ils ont aussi secoué la poussière de leurs pieds, leur voix a retenti, et la réforme a commencé.

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