‹ Le concile du Vatican: son histoire et ses conséquences politiques etChapitre 3 sur 11 · LES ANCIENS CONCILES ET LA PAPAUTÉ · texte numérisé non relu

LES ANCIENS CONCILES ET LA PAPAUTÉ

Jetons un rapide coup d'oeil sur Thistoire des conciles ; il n'est pas de plus sûr moyen de saisir le caractère propre et vraiment novateur de l'assemblée du Vatican.

-Il en est des conciles comme des parlements, le, même mot représente des institutions fort différentes selon les temps. Rien n'a plus changé que les grandes assemblées dont on voudrait faire aujourd'hui les gardiennes de la tradition immuable, et elles pourraient fournir un éloquent chapitre supplémentaire à V Histoire des variations de Bossuet. Nous n'insisterons pas sur le premier des conciles, celui qui s'est tenu dans une pauvre chambre haute de Jérusalem.

Bien ne fut plus libre, plus spontané que cette réunion, décorée à tort du nom de concile. Il s'agissait de traiter une question fort grave, celle des

Établir entre les prosélytes sortis du pales prosélytes issua du judaïsme; fallait-il pe les uns et les autres aux pratiques ou bieDl'Eglise pouvait-elle a'afirancliir jgTie î Le christianisme avait-il le droit r lui-mêmeî II est certain quel'Eglise Férusaleul prit part au débat, qu'il n'y présidence proprement dite. Paul, dont a'étalt pas encore reconnu, et Jacques, rist, qui n'était pas apôtre,yeuTentriiilondérante. La résolution fat une meauie ■ansitoire, et elle fût envoyée aus Egli- « desapôtres, desanciensetdesfirères.»

leine démocratie religieuse, le suivante, nous n'avons pas de conciles 'Eglise du deuxième et du troisième siècle centre commun ; ellemanque de ce qui est te administration ; la centralisation lui est est qu'elle estle contraire d'une adminis- !t ime société essentiellement libre dont xjute morale et organique. Il y a une ent, une Eglise d'Afrique, une Eglise de :S Gaules. Chacune a son type, sa phy- ■opre, ses coutumes particulières, bien osent toutes sur un tonds commun de d'organisation, et qu'elles repoussent île ce qui est en désaccord flagrant avec

ressence du christianisme, comme par exemple la gnose sous ses formes bizarres et variées. Les corn- |

munications sont fréquentes, l'accord est admirable ;

et profond ; cependant la liberté est grande. Entre Justin Martyr et Iréuée, les différences doctrinales sont patentes. L'esprit large et brillant de Clément ]

d'Alexandrie ne s'emprigonnerait pas dans les for- » mules plus strictes qui plaisent à l'Eglise d'Occident. Dans la lutte contre l'hérésie, on recourt plus d'une fois aux assemblées délibérantes ; mais ce sont des assemblées locales, des synodes, non des conciles, et elles ne réclament nulle part l'infaillibilité. Rien ne fait mieux ressortir leur caractère hautement libéral que la résolution prise par un synode des Eglises. d'Arabie de déléguer Origène auprès de Bérylle de Bostra pour le ramener parla persuasion d'une erreur doctrinale que Ton estimait être grave. Origène luimême avait été condamné par son évêque à Alexandrie, ce qui n'avait pas empêché les Eglises d'Orient de le recevoir à bras ouverts. Il ne faut pas que les théoriciens de l'absolutisme théocratiquô enlèvent à la liberté de la pensée chrétienne ce glorieux passé, et refassent en quelque sorte à la contraintie religieuse une généalogie suspecte ; le droit d'aînesse appartient incontestablement à la liberté, et le résultat de la mission d'Origène montre que ce n'est pas à tort qu'on met en elle sa confiance, car il ra-

'lie par une discussion loyale. Il ne fut [leureuzdans une seconde conférence avec irétiques, pour laquelle il fut délégué par des mêmes Eglises. « Il discuta avec tant it Eusèbe, qu'il amena les dissidents à rér erreur (1). » N'oublions pas que les évêiégeaîent à ces synodes étaient élus par le leur Eglise, et qu'ils ne ressemblaient en énat recruté au gré d'un pouvoir monar-

quatrième siècle commencent les conciles qui ont la prétention de représenter la Cette grande transformation est l'une des conséquences de l'union de la religion vec l'empire. Constantin fiit très-scandalerellee qui divisaient l'Eglise. Il voulait Foriser et l'enricliir, mais à la condition fût pas la plus incommode des administraimpire, et qu'elle présentât ce bel ordre et iline bienrégléè qui furent toujours l'idéal romain. Le concile de Nicée fut convoqué lir avec les orageux débata que l'arianisme ivés. Il fut tenu aux frais de l'empereur, i lalais, et pour la première fois l'Orient et chrétiens se trouvèrent en présence. On

Sût. eeei4s.\ VI, ÎT.

sait quelle fut Tîssue de ce premier des conciïes généraux; rarianisme en sortit condamné, mais non vaincu, car il succombait à un coup de majorité auquel le puissant c évêque du dehors, » comme on appelait l'empereur, n'avait que trop poussé. Aussi la formule qui a triomphé au premier concile œcuménique est-elle un moule trop étroit pour la métaphysique chrétienne, qui a droit à plus de liberté, comme le prouve l'histoire de l'âge précédent. Ce n'est pas non plus sans tristesse que l'on voit les représentants de l'Eglise, dont plusieurs portaient encore les stigmates de la persécution, attentifs et presque édifiés par les discours de cet étrange néophyte qui s'appelle Constantin. S'il a la foi correcte, il n'a pas les œuvres, car à peine aura-t-il prononcé le discours, je dirai presque le sermon d'adieu du concile, qu'il rivalisera avec les plus cruels césars en envoyant à la mort sa femme et son fils. Le concile de Nicée fiit essentiellement impérial, ou du moins entièrement en dehors de l'influence de l'évêque de Rome.

Le second concile œcuménique se réunit à Byzance en 381, il prend la résolution la plus grave en complétant le symbole de Nicée par l'adjonction du dogme du Saint-Esprit. L'Eglise de Rome n'y est pas même représentée, et elle reçoit comme les autres Eglises une simple communication des dé-

ui viennent d'être arrêtées. Si l'on ne peut r que l'influence de l'évêqne' de Rome Bur les ruines de tous les pouvoirs politimilieu des terribles bouleversements qui t l'agonie et la destruction de l'empire d'Oc- 1 n'est pas moins certain que jamais aucune lécisions n'est acceptée comme suppléant rets d'un concile ou comme empreinte du me autorité indiscutable. Les conciles gées trois premiers siècles se considèrent tonmme l'autorité souveraine en matière de et de discipline, et ils agissent en consé- Héme quand le papa de lîome (Alexandrie 3si le sien, portant le même nom) est d'acc le sentiment général de l'Eglise et l'ex- "une manière correcte, la chrétienté n'en

moins ses grandes assises, qui reprennent question débattue pour donner la solution ). C'est ce qui a lieu au concile œcumé- Ephèse (431) pour la polémique soulevée orius malgré la condamnation dont le pape avait déjà frappé aa doctrine. Le concile édoine (449) se croit obligé de ratifier la

Léon le Grand, écrite è l'occasion de la •se d'Eutychès, et le pape lui-même déclare soin de cette confinnataon conciliaire. Nous )n8 cfes faits qu'au point de vue du droit

antique de TEglise, sans nous attacher aux doctrlnefi niÉmes. Le christianisme primitif fut singulièrement surchargé à cette époque d'une métaphysique subtile. Gibbon a dit avec raison que cette dogmatique tourmentée, imposée à TEglise sous peine de condamnation étemelle, ressemblait beaucoup à ce pont étroit comme la lame d'un rasoir qui, d'après la mythologie persane, doit conduire les âmes en paradis. En tout cas, ce h'est pas le pape qui en tient les clés, et il n*a pas encore établi le droit de péage qui coûtera si cher aux libertés de l'Eglise. Lui-môme reconnaît qu'il n'est point compétent pour décider delà doctrine à lui tout seul. Le pape Siriciua (384-898) refuse de se prononcer sur l'hérésie d'un évoque; 11 déclara qu'il dpit attendre le jugement des évoques de la province pour en faire la règle du sien. Quand l'évoque de Eome, oubliant cette sage prudence, formule un jugement hâtif sur les opinions contestées, et se met en opposition aveq les grands docteurs de l'époque, organes du senti-^ ment général de la chrétienté, il est sévèrement ré-^ primandé, comme le pape Sosime le fut par les évoques d'Afrique pour avoir donné des gages au semi-pélagianisme. Le pape Vigile fut même mis en dehors de la communion de l'Eglise au second concile de Constantinople (5B1) pour ses vacillations dans les controverses du temps ; il dut se soumettre

en déclarant qu'il s'était laissé prendre aux suggestions de Tesprit des ténèbres. L'affaire du papeHonorius est bien connue, elle fait même aujourd'hui autant de bruit qu'au septième siècle. Il est notoire qu'il avait accepté Thérésie monothélite, qui n'admettait qu'une seule volonté dans THomme-Dieu. Il est plus évident encore qu'il a été condamné par le concile œcuménique tenu à Constantinople en 681, et que ses écrits ont été voués aux flammes. Les ultramontains, après avoir vainement essayé de contester l'authenticité de ce décret, s'efforcent d'en appeler et d'établir qu'Honorius a été mal compris. Nous reviendrons à cette question d'Honorius qui a pris une très-grande importance dans le débat actuel sur l'infaillibilité papale. Il demeure du premier examen des faits qu'un pape au septième siècle n'était point considéré comme au-dessus du jugement de l'Eglise, et que l'autorité souveraine, la grande cour de cassation de la chrétienté, n'était pas à Eome. L'Occident lui-même était d'accord avec l'Orient pour sauvegarder le droit de l'Eglise, car nous voyons en 774 la grande assemblée de Francfort rejeter le culte des images, que voulait lui imposer le pape Adrien P', qui cette fois s'appuyait sur les décisions d'un concile d'Orient.

Tout change à partir de cette époque. Il ne rentre pas dans notre plan de retracer les agrandissements

du pouvoir papal et cette tentative ambitieuse de ressusciter une monarchie universelle, une sorte de césarisme catholique mettant le glaive impérial au service de TEglise ou plutôt de son chef absolu. Pour réaliser ce rêve, Rome déploya aux onzième et douzième siècles autant de génie, de ferme et opiniâtre vouloir, de persévérante ardeur, d'habileté politique que la Rome antique. EUe eut aussi son corps d'armée modèle, sa légion, dans les grands ordres monastiques du moyen âge. Sans contester aucun des services qu'elle a rendus à la civilisation, il faut convenir qu'elle n'a pas plu3 hésité sur le choix des moyens que son illustre devancière dans la carrière d'une ambition sans limite et sans scrupule. Nous en appelons au témoignage de ce fameux livre de Janus, qui ne vient pas d'une source hérétique; on sait qu'il est l'œuvre de la portion la plus savante de ce catholicisme allemand peut-être destiné à sauver l'Eglise des dernières servitudes. C'est là que l'on peut suivre les envahissements de la domination papale, ses lents et sûrs progrès, et cet art incomparable de profiter des occasions changeantes popr réaliser un plan aussi immuable dans son dessein que souple dans les moyens employés. Ou voit l'Eglise de Rome devenir insensiblement la cour de Rome, la curie romaine subordonner de plus en plus la religion à ses fins politiques; elle

n'AlWirn rftRTirit des mutiles préoccupations de là

ise, pour être tout entière au tu re-

[xâ est sa devise, comme celle des

ts dont elle occupe la place. — Â la

siècle, lepape Agnthon aYOHaitaui était paa dans le clergé romain qu'on ' une profonde intellig:ence des Ecrisait-il, obligé de gagner sa nourri- 'ail de ses mains, il ne pouvait faire B conserver avec simplicité la trading conciles. » Nous verrons tout à tait cette siMplicité ; elle demandait ids efforts, un pénible labeur qui meilleure récompense que le pain d l'a-t-elle obtenue par la suprématie

qui est devenue pour la curie roce non-setilement de gloire mais ence. En légitimant son intrusion dans ires religieuses, en multipliant h^ .bunal, en se rendant nécessaire pour nations '^riscopales et pour tous les réritablemenl étendu son diocèse auS ide, elle a fait du pouvoir spirituel ta pointe se retrouve partout, et don!

la poignée. C'est ici qu'éclate l'ad'ité dontlalouaitlepapeAgathondana les anciennes traditions ; cette simpli-

— ii ^

cité s'est trouvée coiîipatiblc avec une habileté d'interprétation consommée. Dante se plaignait déjà que Rome fût cnssî riche en juristes qu'elle était pauvre en théologiens. L'absolutisme monarchique n'a pas trouvé de scribes aussi dévoués et aussi intrépides à fabriquer les preuves là où elles manquent. C'est en effet le grand procédé des avocats de la suprématie papale au moyen âge ; ils enrichis^ sent leur dossier, quand il est pauvre, de documents inédits jusqu'à eux, et qu'ils enjolivent à leur fantaisie.

La première, la plus célèbre de ces falsifications, est celle qui est attribuée k Isidore et connue sous le nom des fausses décrétales. L'origine en est assez singulière. Elle est l'œuvre de quelques évêques des pays francs de la rive gauche du Rhin qui, voulant s'afeanchir de la dépendance de leur métropolitain, trouvèrent leur intérêt à élever très-haut l'autorité du pape, à peu près comme les communes appuyèrent sur la royauté leur résistance contire la féodalité,

Ces bons évêques ne reculèrent pas devant les mensonges les plus flagrants, et fabriquèrent de toutes pièces des décrets- de conciles qui faisaient ime part léonine à la papauté. Le pape Nieplas P' trouva l'invention admirable et s'en servît,.: mais ce fiit surtout Grégoire VTI qui en tira un ^ grand profit dans sa lutte formidable contre l'empire. Il fit revi-

ser par ses légistes la collection quelque peu informe des évêques à demi barbares : les décrétales furent rangées dans un bel ordre et mises en état de rendre de précieux services à la papauté. Anselme de Lucca, neveu du pape Alexandre II, fut le grand et habile réviseur des décrétales, et mérite d'être appelé le fondateur du droit grégorien. Le cardinal Dieudonné, également aux gages de Grégoire VII, amena l'œuvre au dernier degré de perfection; a'est lui qui inventa cette maxime commode, qu'il ne fallait tenir aucun compte des contradictions que l'on pourrait remarquer entre les textes rassemblés par lui, et cela en vertu du principe que l'autorité la plus faible doit toujours céder à la plus grande. Il s'ensuit que les traditions libérales de l'ancienne Eglise ne sauraient prévaloir sur les empiétements ultérieurs des souverains pontifes, par l'unique raison qu'elles préfèrent la liberté à l'autorité ; celle-ci demeure le critère par excellence devant lequel tout doit flécbir.

Pendant les siècles suivants, les falsifications utiles furent considérablement augmentées, jusqu'à ce que l'école de droit de Bologne, vers 1150, en publiât un répertoire complet, véritable arsenal de pièces controuvées — remises à neuf avec une habileté juridique digne d'une meilleure cause; toutes les armes du despotisme religieux furent fourbies

et polies, de manière à être en état de servir au jour voulu selon les besoins de la cour de Rome. Nous nous bornerons à donner quelques exemples de ce droit, destiné à appuyer les prétentions de la curie, et qui a exercé très-certainement une influence plus considérable sur le sort de TEglise catholique que ne l'ont fait tous les pères ensemble. On y retrouve naturellement les fausses décrétales, tous ces prétendus canons des grands conciles, à commencer par celui de Nicée, auquel on fait dire qu'aucun concile ne devra être tenu sans Tordre du pape. La donation apocryphe de Constantin qui abandonnait Tltalie au saint-père est recueillie avec soin. Nicolas II avait déjà fait une opération fort élégante sur un décret du concile de Chalcédoine qui formulait le droit d'appel aux premiers diocèses^ c'est-à-dire à un des patriarches orientaux ; le pape substitua le singulier au pluriel, vraie bagatelle dont le résultat était d'antidater de plusieurs siècles sa primauté. Gratien y . mit plus de rondeur. L'ancienne Eglise *d' Afrique avait rendu un décret fort incommode pour les prétentions papales : elle avait interdit les appels outremer, c'est-à-dire à Rome, GratieH ne se donna pas la peine de faire une interpolation ou une retouche; il changea résolument le canon de Carthage en sens contraire, et ce ^ui était défendu se trouva commandé. Il n'est jamais embarrassé quand ils'agit d'é-

)Uibreux canons de son invention que )ir de l'Eglise est de contraindre les Su et à la foi par tous les moyens pape, dit-il, s'élève au-dessus de tou-

l'Eglise ; il peut en agir avec elles semble ; seul il donne de la force h la iirtant le livre qui, pendant tout le

devenu, par les soins de la cour de de l'Occident chrétien ! Saint Thomas irmules sur la primauté et l'autorité

Il s'en est servi en bonne conscience du prétendu document de l'ancienne 3 fabriqué au douzième siècle par un n qui, pour gagner les Orientaux apalea, fait parler au gré du siège de sostome et les Cyrille. Il prête auda- X pères les plus éminents des cinq s des thèses telles que celles-ci ; « Jéansmis tt Pierre sa toute-puissance, i le pape est seul en droit de lier et de st absolument avec chaque pape. Un

son autorité que du souverain ponlonras fit entrer ces maximes dans sa ais il ne parut mieux à Rome l'ange it bon de montre? aux théoriciens de ontiâcale quelle eét la généalogie de Vf. Manning, dans sa lettre pastorale

à §011 clergé, exprime Tespoir que le concile eu finira par un coup d'autorité avec cette damnée critique historique qui trouve toujours des objections nou-p velles, et qu'il consacrera la méthode de la foi transcendante. Il a raison, le concile n'aura rien fait s'il n'excommunie l'histoire qui, au point de vue des iiltramontains, est une incorrigible hérétique.

Revenons à notre examen rapide des conciles. Nous ne nous en sommes pas écarté, car les falsifications dont nous venons de parler y ont joué un bien grand rôle, spécialement dans ceux qui ont été tenus en Occident. Bien n'est plus dérisoire que les conciles réunis à Borne à partir du douzième siècle ; le saint- «iége ne les convoque que pour faire acclamer tous ses empiétements. Il les tient sous son absolue dé^pendance et les fait voter à son commandement. Les conciles de 1123, de 1139 et de 1179 ne portent le titre d'fBCuméniques que par le plus étrange abus de langage. On compte au premier six cents abbés pour trois cents évêques. Il n'y a pas même un semblant èd discussion : chacun opine du bonnet ou de la mitre après que le pape a parlé. En trois séances, l'affaire fut bâclée au troisième synode deLatran, qui mérita d'être appelé le concile du souverain pontife. Le quatrième synode de Latran fut convoqué en 1215, par Innocent III. Il fut plus nombreux que les précédents, mais non pas moins docile ; le pape

fit lire aux pères les décrets qu'il avait préparés, et le Te Iheum fut chanté. Le concile de Lyon de 1146 eut pour mission de déposer Frédéric II ; aussi le pape eut-il bien soin d'en exclure tous les évêques allemands. Au synode de Vienne en 1311, Clément V réclama la condamnation des templiei^, et, pour simplifier les choses, il fit proclamer par un prêtre que, si un évêque prononçait un seul mot sans son autorisation, il serait frappé d'excommunication majeure. Voilà ce qu'était devenue la représentation de la chrétienté, grâce aux procédés de la curie. Jules lï en 1512, pour occuper les loisirs du concile de Latran, le consulte, dans sa troisième session, sur la translation de la foire de Lyon à Grenoble, n est vrai que par compensation le pape fit acclamer par cette assemblée et publia aussitôt après la bulle PastoT mternm^ qui lui conférait une pleine autorité et une puissance illimitée sur les conciles, en se fondant sur les pires falsifications historiques du passé. Les conciles de Latran demeurent le modèle du genre, et ils peuvent fournir des procédés commodes aux pouvoirs qui veulent manier à leur guise les assemblées délibérantes qu'ils n'ont convoquées que pour la forme. Comme le dit Janus, la papauté avait fait de ses conciles romains le paravent de son despotisme.

Cependant l'Eglise n'avait pas accepté sans oppo

sition un joug si nouveau et si humiliant. La France avait eu Thonneur d'organiser la résistance au nom même des traditions les plus anciennes et les plus respectées du christianisme. L'université de Paris était devenue Tâme de cette opposition si grave, si sage. On pouvait regretter sans doute qu'elle fût trop au service de la royauté ; mais ce serait devancer les temps que lui demander nos notions modernes sur la séparation des deux pouvoirs. L'université de Paris inaugurait un mouvement d'idées qui, en définitive, devait y conduire; en s'opposant à l'immixtion de la papauté dans les affaires civiles, elle faisait un premier pas dans le bon chemin. Les libertés de l'Eglise gallicane mettaient au moins quelques obstacles à l'effrayante centralisation tentée par la papauté, et plaçaient l'autorité dogmatique dans le corps tout entier et non pas seulement dans le chef. On sait que, grâce à l'abaissement et même à l'avilissement d'une papauté divisée, l'Eglise gallicane put, à l'époque du grand schisme d'Occident, faire triompher ses maximes au concile de Constance. La condamnation de Jean Huss ne doit point nous rendre injuste envers cette grande assemblée, qui fut vraiment la représentation de l'Eglise. Gerson, Villustre chancelier de l'université de Paris, fut l'inspirateur des décrets de la quatrième et de la cinquième séance, qui formulent avec autant denet-

teté que de vigueur la supériorité des conciles sur le pape non infaillible. • Tout concile cecuménique, disaient les pères de Constance, régulièrement convoqué, représentant l'Eglise, tient aon autorité immédiatement du Christ. Chacun, même le pape, lui est soumis en matière de toi. » Confirmés au concile de Bâle, qui ne put terminer ses travaux, grâce ans intrigues romaineB, ces décrets n'ont été ensuite écartés qu'au moyen d'une fraude pratiquée par lea scribes du pape au concile de Florence, lequel semblait n'avoir d'autre objet que la réunion de l'Eglise gsecque à l'Eglise d'Occident, mais dont le but réel était de river les chaînes de la chrétienté, un moment détendues ; on ne 6t avec les Grecs qu'une paix plSr trée, parce qu'ils ne représentaient à cette époque qu'un empire aux abois et qui cherchait partout des appuis. Néanmoins la curie romaine a tiré de cette assemblée un grand bénéfice pour ses prétentions. Le décret principal du concile de Florence avait été formulé d'une manière asHez ambiguë, i Le pape, disait ce décret, est le vicaire du Christ, la tête de toute l'Eglise, père et docteur de tous les chrétiens; il a reçu de Christ le plein pouvoir de gouverner l'Eglise et de la garder e» la manière qu'indiquent les conciles œcuméniques aussi bien que les canons. » Les Grecs trouvaient dans ces derniers mots une restriction suffisante à l'omnipotence de l'évêque

de Rome; ils entendaient s'en référer ainsi aux grands conciles œcuméniques des premiers siècles, tandis que les Latins, de leur côté, entendaient par là ces mêmes conciles falsifiés par leurs juristes, et lea synodes de Latran, qui certes n'avaient nul besoin d'être revisés. Cependant à Rome on. ne se contenta pas fle cette équivoque ; on ajouta trois lettres au texte du décret de Florence dans la traduction qui en fut donnée. Le canon original portait : le pape a reçu le pouvoir en la manière qu'indiquent les conciles. On traduisait à Rome : il a reçu le pouvoir, et cest aussi ce qu'indiquent les conciles, — qttemadr mdum etiam au lienàe quemadmodum et. — Btiam au lieu de et^ ce n'est rien, et pourtant c'est tout ; la fraude est consommée.

Si la Réforme enleva une partie de l'Europe au saiut-siége, elle contribua en même temps à précipiter le mouvement de concentration qui accroissait l'autorité pontificale par les nécessités mêmes de la gueire religieuse. La papauté eut ses janissaires dans l'ordre des Jésuites, et trouva en eux des défenseurs non moins impérieux. Ils la défendirent à outrance, mais en s'imposant à elle et en la contraignant en définitive de seryir leur système d'autorité. Elle devint tout ensemble leur idole et leur instrument. La réaction contre le joug des jésuites fut énergique, surtout en France, où la tradition de

e l'univepsité de Paris était soigneuseîe par les juristes de la royauté triomcentralisation de Paris ne pouvait s'acla centralisation de Rome, sansparlerdes sistances de la conscience chrétienne. Le rente mit aux prises les deux tendances; le France et celui d'Espagne tinrent tête LUX prétentions papales. C'est dans cette u moins ouverte que fut l'intérêt princile, car, pour les graves questions dogli divisaient alors la chrétienté, on se ie trouver des formules assez précises e la réforme, assez souples pour ne ree école catholique. « Lepape, dit le car- 'icini. l'historien orthodoxe du concile, nça directement que sur un point, celui tactes les opinions diverses des scoîastiu'on ne s'aliénât aucune école sans né- ^ue les catholiques se sentissent unis lérétiques. > Ces moyennes d'opinions îs à saisir. On s'en aperçut fort hien . le concile deux des théologiens qui couru à la rédaction du canon sur la publièrent des commentaires parfaitradictoires. Le pape prit des précauoup plus grandes pour les décrets qui t son autorité. Il fit d'abord tout ce

qu'il put pour mettre le concile à sa portée. Un beau jour, ses partisans répandirent le bruit que la peste ravageait la ville de Trente; c'était une maladie toute bénigne et aimable, qui avertissait de ses intentions, car elle n'avait encore fait aucune victime. Aussi comprit-on bien vite qu'il s'agissait de la peste libérale^ et le concile, qui s'était transporté à Bologne, revint à Trente. — La cour de Rome pouvait se consoler de cet éloignement, car elle avait les bras longs. Elle envoyait l'inspiration divine aux pères par cette fameuse valise bourrée de bénéfices dont parlait assez irrévérencieusement Ferrier, l'ambassadeur de France. Le chapeau ne fut accordé qu'aux bien pensants. Pallavicini raconte sans sourciller que dans un moment difficile le cardinal Morone, légat du pape, mandait au saint-père qu'il ferait bien de tenir prêts un certain nombre d'évêques pour les envoyer à Trente dans le cas oH ceux d*au delà les monts pousseraient trop loin leurs exigences. Le vrai directeur du concile était Lainez, le supérieur de l'ordre des Jésuites. Quand il parlait, il faisait dresser son siège au centre de l'assemblée, et son geste nerveux était celui du commandement sans réplique. Les évêques italiens couvraient de leurs voix tumultueuses toute parole quelque peu indépendante. Un évêque de Cadix ayant \affirmé que les métrgpolitains avaient autrefois ordonné les

de leurs pro-vinces, il fut violemment inteiar le cardinal président, et les Italiens le ré: ;au 8ilence par leurs trépignements et leui's I. cQue ce maudit cesse de parler!» B'éils en chœur.

:aient les ressorts secrets qui faisaient mou- 3 f grande et lourde machins » du concile, spression de Sarpi. Les résultats, en ce qui 1 l'autorité papale, furent équivoques: l'iné du saint-père fut réservée ; mais l'indé- B des évêques ne reçut aucime garantie, et on de l'institution directe par Jésus-Christ 13 le doute ou dans l'omhre. Elle s'était prêtas une forme assez singulière; il s'agissait r si le devoir de la résidence était pour l'énstîtution divine ou papale. Le concUe laissa ition les débats trèa-vifà soulevés à ce sutnae ftit faite par la papauté d'interpréter fon quelconque les canons de Trente. La le voulut jamais les recevoir, parce qu'elle ait attentatoires aux droits du royaume, Is fussent modérés, si on les compare à ceux iles de Latran, qui avaient siégé en quelque 18 les antichambres de la papauté.

Page 1