CHAPITRE H
DB l'État du gatholigisicb sn v&ance ▲ la yjsillb
DU CONCILE ŒCUMiNIQUB DE 1869.
Pour bien comprendre le concile , ses orageuses discussions et ses résultats, il faut connaître l'état des divers partis catholiques avant son ouverture. Nous nous attacherons principalement à la France, réservant de nous occuper des autres pays, quand nous traiterons de la préparation de rassemblée du Vatican*
Sous Tapparence d'une unité majestueuse le ca-^ tholicisme est en pleine crise ; il porte dans son sein, conune Rébeecâ, deux peuples, qui déjà se faisaient une rude guerre intestine pendant la période préparatoire qui a précédé la manifestation en pleine lumière des tendances opposées. Nous vivons dans un siècle où tout marche avec rapidité. On peut dire de lui : Festinat ad eventum. Il précipite toute chose au dénoûment. Les vieilles institutions prennent le pas de course aussi bien que celles qui ont Tardeur de la jeunesse et elles abrègent ainsi f^ingulièrement leurs destinées. Autrefois, une institution telle que
la papauté se gardait par sa propre immobilité; elle usait de réserve et de prudence, et sa politique consistait à se compromettre le moins possible dans la mêlée des événements. Voyez comme elle se tient en paix et en tranquillité pendant le cours, si orageus pourtant, du dix-huitième siècle ! EUe se garde bien d'intervenir dans les luttes philosophiques; elle poursuit son existence solennelle et monotone dans l'atmosphère assoupissante de la viUe étemelle, se contentant d'être la gardienne respectée d'un musée d'antiquités religieuses et sociales qui a pour cadre la cité des ruines. Avec la révolution française tout change ; celle-ci communique son tempérament et sa fièvre à ceux qu'elle n'a pas gagnés à ses idées. De même que les généraux autrichiens empruntaient au général Bonaparte les tactiques de la guerre nouvelle et se faisaient ainsi battre lestement, de même les soutiens du passé le défendent avec les mêmes procédés foudroyants qui sont employés pour l'attaquer. Les vieux carrosses de cour se font tri^ner par une machine à vapeur, sur moyen d'être brisés plus vite. C'est ainsi que la papauté, sortant de son repos et de son silence, a promulgué des dogmes nouveaux et convoqué un concile général ; elle affirme avec audace ses prétentions les plus exagérées, elle, veut user de ses prérogatives les plus excessives, au lieu de les laisser prudem-
ment donnîr. Elle n'a pas de trêve ni de repos qu'elle n'ait amené la question catholique à TiLne de ces extrémités où les divisions ne peuvent fiaà se dissimuler.^ où hi tendances opj)Osées sont condamnées à un choc inévitable. Il ne faut pas oublier cette marche nouvelle de la politique romaine et le résultat qu'elle doit entraîner, si on veut bien coiL • prendre la gravité de la situation morale du catholicisme, spécialement en France.
C'est cette situation que nous désirons retracer avec une impartialité complète, nous renfermant dans l'époque actuelle et ne remontant au passé que dans la mesure où cela est nécessaire pour comprendre le présent qui en diffère à tant d'égards. Il nous sera facile d'étabhr que nulle Eglise ne souffre de divisions plus graves que l'Eglise catholique de France; qu'elle renferme non-seulement deux partis, mais deux esprits, deux âmes, et qu'elle ne pourra éviter le déchirement sous l'influence des événements considérables qui se préparent à Rome. L'Eghse de France est tout ensemble l'appui principal de l'ultramontanisme excessif et son plus redoutable péril. Au reste, dans cet exposé sincère, nous nous garderons bien de l'esprit d'injustice et de secte. Nous ne méconnaîtrons pas les beaux côtés de la piété cathohque dans son courant le plus pur, car nous sommes de ceux qui pensent que dans la
grande reconstruction chrétienne de notre époque chaque Eglise aura sa part, et que toutes ensemble, comme les mages au berceau du Christ, apporteront ce qu'elles auront de meilleur, sous la réserve bien entendu du maintien intégral des vérités à jamais conquises, parmi lesquelles nous rangeons en premier ordre le principe essentiel de la Béiorpiation.
Un grand changement frappe à jMremière vue dans la condition morale du clergé fLuaçais au dix-neuvième siècle, c'est la prédominance de Tultramontanisme au sein d'une Eglise qui s'était illustrée dans le camp opposé. Le gallicanisme proprement dit n'y existe plus, ou du moins il est tellement modifié qu'il n'a plus de rapport avec ce qxd portait son nom avant la révolution. Tâchons de nous rendre compte d'une transformation si ïapide et si totale.
L'ancien gallicanisme français était à bien des égards infiniment supérieur à l'ultramontanisme, du moins à celui qui sur tous les points se montre fidèle aux principes de l'Eglise de Borne, Il avait conservé une certaine austérité, un caractère mâle et ferme qui préservait la piété de tomber dans la superstition ridicule et l'idolâtrie italienne; une forte sève morale le pénétrait à ses grandes épo-
ques. En outre, il s'efforçait de dceller Tunioû entré la foi et la raison, L*école de Port-Eoyal l'eût élevé plus haut encore si elle avait été adoptée par lui au lieu d'être sacrifiée à la société de Jésus, qui était pourtant l'ennemi conunun. Les flèches bril* lantes et acérées des Provinciales transpercent encore l'école ultramontaine au travers de ses &ux-» fuyants et de ses équivoques. Si le jansénisme eût tempéré ce qu'il y avait d'excessif dans sa doctrine de la grâce, si l'esprit français tant redouté au concile de Trente eût subi son influence, l'histoire religieuse du royaume eût été sensiblement modifiée. Si le protestantisme, violemment expulsé, n'eût pas emporté avec lui un levain de libéralisme sérieux et chrétien, il eût transformé notre bourgeoisie et eût changé entièrement le cours de la révolution, en en faisant un large fleuve au* lieu d'un torrent dévastateur. Malheureusement, le gallicanisme rachetait son indépendance vis-à-vis de Rome par une complète soumission au pouvoir civil, n asservissait l'Eglise au prince, et ses fameuses libertés n'éta-ient que les libertés du roi de régler les intérêts spirituels comme les intérêts temporels. Elles abaissaient la dernière barrière devant son absolutisme. L'Eglise gallicane, au dix-septième siècle, eut tous les caractères et tous les inconvénients d'une religion d'Etat. Elle fut servile vis-
à- vis du trône et persécutrice pour les minorités religieuses. Elle applaudit à la révocation de Tédit de Nantes, et prépara les terribles réactions de Timpiété au siècle suivant. Bossuet en est la plus éclatante représentation par l'élévation de la piété, la force de la pensée ; mais il a beau la parer du royal manteau de son éloquence qui atteint parfois par la splendeur du génie la poésie biblique, il n'allège pas ses chaînes, il ne raffirancbit pas du despotisme civil ; il a même accru sa solidarité avec la cause du despotisme par son fameux livre sur la Politique tirée de V Ecriture sainte. Cette solidarité devait être bien funeste à l'Eglise gallicane, en associant ses destinées à celles d'un régime politique qui ne pouvait pas résister aux progrès de l'esprit public. Pendant tout le cours du dix-huitième siècle, l'Eglise gallicane reste fidèle aux traditions de Tépoque précédente. Elle est toujours royaliste et persécutrice, du moins dans les hauts rangs de sa hiérarchie, bien qu'elle ait perdu les fortes croyances et subi à beaucoup d'égards l'influence de la philosophie régnante; on la voit refuser avec colère l'égalité d'impôt et surtout protester en termes violents contre la cessation de l'inique proscription du protestantisme : « Sire, lisons-nous dans l'adresse présentée au roi au nom du clergé, à l'occasion de son Bacre, vous réprouverez les conseils d'une fausse
paix, les systèmes d'une tolérance coupable. Il vous est réservé de porter le dernier coup au calvinisme dans vos Etats. Ordonnez qu'on dissipe les assemblées schismatiques des protestants, excluez-les sans distinction de toutes les charges de Tadministration publique, et vous assurerez pour vos sujets Tunité du culte chrétien. » Evidemment, le gallicanisme devait ou périr ou se tran»former dans la société renouvelée par la révolution française.
n se montra tout d'abord divisé. Le haut clergé resta en majorité fidèle à l'ancien régime sur tous les points; une fraction importante des curés de province et de campagne se rallia au nouvel ordre de choses et essaya d'associer la religion à la révolution. Malheureusement, les empiétements de celle-ci sur la conscience religieuse, sa funeste tentative de constituer une religion nationale salariée par le pouvoir civil et même réformée par lui sur une base démocratique, sa prétention d'imposer aux ecclésiastiques le serment à une constitution qui portait atteinte selon eux aux droits du saint-siége, toutes ces fautes de l'Assemblée constituante, si chèrement payées par le pays, faussèrent toutes les situations. Le haut clergé, quoiqu'il fût l'ennemi juré de la liberté civile, représentait le droit de la conscience dans sa résistance à des décrets qui dépassaient la compétence d'une assemblée politique,
et le clergé inférieur, qui épousait avec ardeur la cause de la société moderne, sanctionnait l'un des principes les plus pernicieux de l'ancien régime qu'il repoussait, en tolérant l'intrusion de l'Etat dans le domaine spirituel. La persécution fit cesser ce déplorable malentendu; elle devint générale et attelait toutes les convictions religieuses à la suite des saturnales du culte de la Raison; les prêtres qui avaient refusé le serment et ceux qui l'avaient prêté furent également ftappés. Le clergé de France ajouta une belle page à l'histoire des martyrs par son courage et sa douceur devant l'échafaud et les massacres. Sans doute, la foi ne fut pas toujours rinspiratrice de ce courage. Plus d'un haut dignitaire aurait pu répondre comme l'archevêque de Toulouse à ceux qui exprimaient quelque inquiétude sur sa fidélité à TEglise, après une vie dissipée : € Jusqu'ici vous n'avez vu que l'évêque. Vous allez voir désormais le gentilhomme ! » Cependant la foi se ranima et la vie s'épura sous les coups de la tempête, et l'ancien clergé de France, décimé ou proscrit, fut à la hauteur de son devoir. Sa fraction aristocratique emporta dans l'émigration toutes ses traditions ; il demeura ce qu'il était avant la révolution, c'est-à-dire royaliste et au fond eur nemi de la liberté, avec cette diflElérence que dans la chute des anciennes institutions politiques, il s'était
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rapproché du centre de Tunîté catholique. Quant au clergé dit constitutionnel, une fois délivré du salaire qui marquait sa subordination et le déshonorait en paraissant être le prix de ses concessions, alors même qu'il obéissait à des convictions sincères, il travailla courageusement au rétablissement du culte sur un sol bouleversé. Ses succès furent rapides, et l'on put reconnaître à quel point la disparition d'une religion officielle, en ramenant les âmes des fictions qui les trompent à la réalité, hâte le réveil de la foi, car l'homme ne peut pas longtemps se résigner au vide absolu des croyances qui le consolent, et quand Tabîme s'ouvre sous ses yeux au lieu d'être dissimulé par de vaines formes, il recule effirayé et redemande son Dieu. Le culte fut rétabli spontanément dans quarante mille paroisses. Deux conciles furent tenus à Paris. Ne dépendant plus de Bome, l'Eglise française s'efforça de réformer la religion et le culte, et elle chercha courageusement à réconcilier la foi chrétienne et la liberté. Le plus bel avenir lui était assuré quand le général Bonaparte lui ordonna de se dissoudre, et fit avec Rome ce funeste concordat qui coupa court ' à cette noble tentative, à laquelle l'évêque Grégoire avait pris la plus large part. Tout ne fut pas cependant perdu ; l'esprit qui .avait animé ces hommes de foi et de liberté leur survécut. Ils ont fait école;
noas le verrons, des successeurs recueilli leur héritag-e et conseJvi . ont ainsi préparé un nouveau igé des attaches gouvememenl'indépendancs vis-à-vis de Rome evant le pouvoir civil ; c'était le s rendre vraiment national dans jue la nôtre, soua peine de n'être lue débris de l'ancienne monar-
nouveau gallicanisme a été jusle position de minorité et d'înféc'est une grande chose que d'avoir 1. H suffirait d'un vent favorable )yât da nouveau largement, er avec soin ce nouveau gallica-
de celui (jui avait repoussé résotiou française, non-seulemeat à ates aux droits spirituels de l'E- ! à cause de ses réformes les plus
persécuté pour avoir sauvegardé e que la constitution civile du pieds, fut naturellement rattaché ité catholique par des liens plus î passé. L'esprit d'opposition au isi singulièrement amorti chez lui; en moins d'assurer son indépenu saint-père que de prendre ses
précautions en face du pouvoir civil, depuis que ce dernier n'était plus aux mains du fils aîné de TEglise. Sans doute, ces évêques et ces prêtres éminents qui avaient bravé la persécution n'auraient pas accepté comme leurs successeurs des dogmes nouveaux formulés à Rome sans le concours d'un concile général, mais l'esprit gallican n'en était non moins très-affaibli en eux, et le clergé qui allait être formé par eux pour les remplacer ne devait pas recevoir intacte l'antique tradition de l'Eglise de France.
Mais le plus grand missionnaire de l'ultramontanisme n'a été ni un évêque ni un cardinal, mais bien le fougueux despote qui voulait tout plier à ses volontés. Il eut beau faire enseigner d'office dans tous les séminaires les quatre propositions du concile national de 1682 rédigées par Bossuet, il n'en contribua pas moins efficacement à rattacher l'Eglise de France à la papauté comme elle ne l'avait jamais encore été. Napoléon I" y arriva, bien contre son gré, de deux manières. D'abord, il poussa le saint-père à une véritable usurpation de pouvoir; il l'y contraignit sans trop de peine. Voulant que le concordat fût mis à exécution à bref délai, il n'eut pas de repos que le saint-père n'eût destitué les évêques récalcitrants qui ne voulaient pas céder leurs sièges aux remplaçants désignés ou qui se
refusaient à se laisser supprimer. C'était mettre répiscopat aux pieds de la papauté et changer du tout au tout au profit de celle-ci l'ancienne constitution de l'Eglise. Mais ses persécutions furent plus efficaces que ses faveurs pour hâter son triomphe. On sait aujourd'hui, grâce au beau livre de M. d'Haussonville sur V Eglise de Rome et le premier Empire^ jusqu'où Napoléon poussa la violence vis-à-via du vénérable Pie VII, avec quel mélange d'astuce et d'implacable dureté il chercha h en faire une es* pèce de préfet spirituel h ses gages, lui infligeant les plus cruels traitements sans ménager ni sa flublesee ni sa conscience, ni ce qu'il devait au pontife qui était venu le sacrer à Paris. Il ne réussit qu'à provoquer une réaction de respectueux dévouement en faveur de sa victime qui prépara l'opinion h aecouder l'ultramontanisme.
Le retour des Bourbons arrêta un moment les progrès de cette tendance, car elle n'appartenait pas à cet ancien régime qu'ils voulaient ressusciter tout entier ; ils n'avaient pas oublié que l'union de l'autel et du trône, dans le sens gallican, faisait partie des institutions les plus fondamentales de la France monarchique. Le clergé fut sans doute l'objet des plus grandes faveurs, au point de mettre promptement ses protecteurs en péril ; mais le prudent Louis XVIII n'était pas disposé h répudier les
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traditions de sa race à Tégard de Rome, et b lui abandonner ses prérogatives royales, auxquelles il tenait d'autant plus qu'il en avait été plus longtemps privé. Charles X lui-même, qui poussait la dévotion jusqu'au bigotisme, opposa quelques résistances aux prétentions de la cour de Bome. On se souvenait aux Tuileries que l'on pouvait être un roi très-cbrétien et cependant maitre chez soi; la {dus pure tradition de l'ancienne monarchie n étaitelle pas celle de saint Louis, qui avait su maintenir son droit vis-à-vis du saint-siége? Il n'en est pas moins certain que l'ultramontanisme, encore contenu par le gouvernement et repoussé par quelques prélats éminents, gagnait tous les jours du terrain pour les raisons que nous avons déjà inr diquées, et qui résultaient de l'histoire religieuse des vingt dernières années. En outre, il était favorisé par le développement extraordinaire qu'avaient pris dans le pays les congrégations religieuses, à commencer par la société des Jésuites, qui est, comme on le sait, l'incarnation même de l'ultramontanisme* Le gouvernement des Bourbons était inconséquent avec ses propres principes en encourageant ce mouvement dangereux, car il devait promptement emporter comme un torrent les quelques débris du gallicanisme subsistant encore. L'enseignement des séminaires était livré aux congre-
gations, qui s'emparaient aussi de rinstruction du peuple ; par leurs missions retentissantes, elles faisaient la propagande la plus active jusque dans les derniers villages. Elles transportaient les coutumes théâtrales du catholicisme italien dans TEglise de France, et élevaient leurs tréteaux jusque dans les cathédrales où avait retenti la voix des illustres prédicateurs qui savaient unir la raison à la foi, et auraient frémi d'indignation devant ces pasquinades dignes des lazzaroni de Naples.
L'ultramoûtanisme eut la bonne fortune, à cette époque (de 1815 à 1830), de rencontrer un appui non pas plus actif, mais plus digne d'estime, dans l'un des plus grands écrivains du siècle, le célèbre abbé de Lamennais. Nous caractériserons plus tard rhomme et le talent, quand nous en viendrons à la grande crise de sa vie, qui fut une crise générale pour l'Eglise catholique.* Pour le moment, nous nous bornons à rappeler son rôle sous la restauration, .tel qu'il fut apprécié par les hommes de ce temps, qui ne pouvaient pas alors pressentir un redoutable adversaire dans l'ardent apologiste. Lamennais défendit la cause de la papauté avec le style enflammé d'un tribun de l'école de Rousseau. Il ne voyait d'autre salut pour la société que dans le rétablissement de la théocratie chrétienne du moyen âg*e. Devenu illustre dès son premier ouvrage, qui
était un Essai sv/r Vindiférentisme^ vaste machine apologétique où la compilation était rachetée par la passion, il fut constamment sur la brèche pendant ces années fiévreuses où toutes les idées se heur* taient avec violence. Il attaquait avec une sorte de fureur tous les soutiens de la tradition gallicane, se servant tour à tour de Tindignation brûlante et de Tâpre moquerie; il exerça une influence considérable sur tout le jeune clergé, auquel il prêcha la. guerre sainte. Il forma ainsi Tannée qui plus tard devait le combattre avec le fanatfeme qu'il avait lui-même allumé. Josej^ de Maistre l'avait précédé dans la même voie; il avait, lui aussi, dans son livre du Pape^ poussé à outrance au développement de lultramontanisme. Comme il était grand écrivain, plein de verve et d'originalité, il avait puissamment secondé le mouvement nouveau.
Le catholicisme ifrançais se transformait tous les jours, retenu encore sur la pente par la grande faveur dont il jouissait auprès du roi. Chose étrange et pourtant explicable! Un gouvernement catho- Kque est plutôt un obstacle qu'im encouragement à l'ultramontanisme. Quand le clergé peut se réclamer du pouvoir civil, il éprouve moins le besoin de chercher son point d'appui à Bome. Il est d'autant plus national qu'il est plus protégé. Nous avons vu sous quelles influences, même dans la condition fa-
' I qui lui était faîte par le gouveruetnetit de la atiou, il inclinait vers le saint-siège. Il était Igné moralement par lui. La chute du trône urbons le jeta à ses pieds, car désOTmais ui semblait l'ennemi, puisque le trône était par UQ prince philosophe, au fond trèa-op- 1 parti clérical. Rome n'était plus seulement t d'appui, maie le moyen de résistance. La ion de juillet acheva l'œuvre commencée ppOBcriptions de la Convention, les imprudû premier empire et la propagande des Las et des Joseph de Maistre. L'ultramontatriompha sur toute la ligne, mais comme us les partis vainqueurs, le jour du triomphe li de la division. Rien n'est plus complexe et irié que l'histoire du catholicisme depuis la ihie de juillet. Trois partis vont se former leu : 1" l'ultramontanisme libéral; 2° l'ultralîsme absolutiste ; 3" le gaUicanlsme renououssant à une réformation modérée dans ) et au développement des libertés publiques Ëtat.
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évolution de 1830 fiit dirigée contre l'aocien , aussi bien en religion qu'en politique.
L'Ëglise catholique ftit enveloppée dftns les mêmes haines que le trône des Bourbons de la branche aînée. Ce fut tin moment critique. Heureusement pour elle, le nouveau gouvernement ne désirait rien tant que d'èffaôer son origine révolutionnaire, et de ramener la société à sa marche rég^ière. Il ûe voulait pas montrer à TEglise une faveur qui n^étâît pas dans ses instincts, et qui eût été un péril aussi bien pour elle que pour lui, mais il voulait encore moins la persécuter. Sa politique, en ce point comme en tout, était de donner une satis&ctîpn modérée à Tesprit nouveau Bt de creuser un lit au flot révolutionnaire pour qu*il s*y apaisât et s*y endormît. C*est ainsi qu'il effaça de la charte tout ce qui ressemblait à la consécration d'une religion d*Etat, înais il se montra le partisan très-décidé des cultes administrativement gouvernés, c*est-à-dire tout ensemble salariés et contenus. Ce régime d'égalîté pour lés diverses fractions religieuses qui, en échange des avantages matériels leur imposait à tous des servitudes légales, répondait parfaitement à un système qui voulait éviter toutes les solutions radicales. Le gouvernement C^ Louis-Philippe accepta avec bonheur dans l'héritage du premier empire le régime concordataire et le régime universi- ' taire qui réglementaient avec soin deux des plus grands services sociaux, la religion et Tinstruction
publique. Il n'admit même pas la pleine liberté religieuse pour les cultes qui ne rentraient pas dans les cadres officiels, et eut le tort impardonnable de les soumettre à la loi sur les associations, laquelle réclamait Tautorisation préalable de Tadministration pour toute réunion religieuse composée de plus de vingt personnes. Il est nécessaire de rappeler ces faits pour comprendre le grand mouvement d'opposition qui se manifesta au sein du catholicisme au lendemain de la révolution.
Un revirement libéral se produisit en effet dans la fraction de laquelle on Teùt le moins attendu et qui avait été personnifiée jusque-là par Lamennais. Poëte autant et plus que théologien, toujours homme d'impulsion, il était très-accessible aux impressions soudaines et irrésistible. L'héroïsme du peuple de Paris renversant en trois lours une monarchie réfractaire l'avait profondément ému. Il n'avait jamais d'ailleurs professé un grand attachement pour la dynastie qui venait de succomber, il l'avait même poursuivie de ses sarcasmes, quand il l'avait vue préférer le gallicanisme à son idole romaine • Il comprenait maintenant que le catholicisme serait perdu sans retour s'il se cramponnait aux ruines croulantes de l'ancien ordre de choses, et ce peuple vaillant qui s'était battu gaiement pour la liberté contre les vieilles légions de la garde était à ses
yeux une noble conquête à faire pour la religion. Pour le gagner, il fallait résolument tourner le dos au passé et épouser la cause libérale avec toute la passion qu'on avait déployée pour la cause contraire. Le revirement fut prompt et complet. Il était pourtant moins absolu qu'on ne pourrait l'imaginer au premier abord. Tâchons de pénétrer cette nature si originale, si véhémente et sincère' jusque dans ses évolutions les plus étonnantes. On a publié récemment deux volumes de sa. correspondance remontant à sa première jeunesse. Us jettent un grand jour sur l'histoire de cette âme agitée. On voit qu'il débute par une mélancolie profonde, une sombre inquiétude unie à l'imjagination la plus fiévreuse. Jamais il n'a connu la paix. Il a eu des élans de foi, mais rien qui ressemble à la calme et sûre possession de la vérité reUgieuse. Sa correspondance nous révèle un fait très-curieux qui n'était pas connu jusqu'ici, c'est qu'il est entré dans la prêtrise sans vocation, qu'il s'en est longtemps défendu et que des influences très-grandes sur son esprit l'y ont comme précipité malgré lui. Il y a des lettres de lui où il s'exprime avec amertume sur cette violence qu'on lui a faite. L'aigle sentait déjà que la cage qu'on lui donnait était trop étroite et ses intimes eussent pu pressentir qu'il la briserait un jour. H fut sincère dans son attachement à son
Eglise, il eut des moments d'exaltation ipais il montra surtout son amour pour saeause en haïssant ses adversaires;. or il n'hésitqit pas h rang^er dans leurs rangs tous ceux qui ne la servaient pas exactement comme lui. Nous avons vu aveo quelle fanatique ardeur a défendit Vultramontanisme. Son grand arg^ument en faveur du catholicisme et de }a papauté était l'universalité de la tradition qu'il préteudait retrouver dans tous les temps et dans tous les peuples sous les superstitions les plus hizarres. Il prétendait asseoir son système théocratique but le suffirs^ge universel du genre humain. C'est ainsi qu'il donnait une base démocratique au despotisme religieux. Bien ne devait Tempêcher, en gardant le même fondement, de prêcher la république universelle. Sçs idées ont toujours été étroites, mais U y mettait le feu de sou cœur et la splendeur de sou imagination, et il les exprimait dans une langue simple et limpide qui continuait les grandes tradi-^ tiens littéraires. Ce petit homme aux traits grêles, à l'expression timide et hésitante, était une puis^ sance incomparable la plume à la main, Sn 1831, il était bien éloigné de se mettre à la tête des ennemis de l'Eglise, Il voulait au coutr^re la sauver en la réconciliant avec l'inévitable liberté qui devait désormais tout renverser sur son passage. lie meil^ leur moyen de la rendre libérale étçtit de lui montrer
qu'elle étQ4t îfttér^isfée çille^même à la revendication des droits de tgns,
Via-.à^vis d'un gqnyerneinpnt hmtàie et bientôt traça^l^eç <jiû oQmptait la tenir en laisse, il n'y avait qu'une poi^ition quî fût dîgnQ d'elle : c'était pelle d'une complète indépendance, ^e n'ayait dono qu'une cl^Qâe à f#ei ç'étiit de rendre k Cépap qe
qu'elle twftit de Qé»» pour 0tre tout I Dieu et & son représentâint sur J» teire, Ain#i m eonçilierait le libéndisfne uQuv^m ftvee rultwfflaQatanisBae qu'on
avait défendu jusqu'ftlara ; la séparation de l'Eglise et de rStat était en effet le seul moyen de e'aflfrwchir d'nn pouvoir néoeii^aireinent pppresiseur par le seul lait qu'il serait défîftut et bien armé, hQ jmm^l l'A'oe^if fut fondé par l^amennai» pnur défendre cea généreuses idées. Le rédacteur eompreuait qu'il ne a'agift^ôit p^ seulement de défenàpe rindépendanee de l'Eglise, mais encqre d'une manière générale lea droite de la eonscienoe et la liberté civile. Aidé de iém- jeunes eoUaborateurs dont nous aurons plus d'une foia h nous occuper, M. l'abbé Lacordaire et M. le oomt© de Montalembert, l'un et l'autre combléi^ des plus beauis; dons de Teiprit et du cœur, il remua profondément les esprite par une polémique acérée, vigoureuse, toujours éloquente, qui tendait à réconcilier deux causes qu'on s'était accoutumé À voir se combattre, la religion et la liberté. L'effet
fut immense, 11 fut d'autant plus grand que les jeunes collaborateurs de Tabbé de Lamennais ne se contentèrent pas de revendiquer théoriquement la liberté de conscience, ils essayèrent de la conquérir en fait à leurs périls et risques sur le terrain de rinstruction primaire, en ouvrant eux-mêmes une école de petits enfants, sans se soumettre aux autorisations universitaires qu'ils considéraient comme un abus de pouvoir. Naturellement un procès s'ensuivit. M. de Montalembert devenu dans l'intervalle membre de la chambre des pairs se défendit devant cette haute juridiction, tandis que l'abbé Lacordaire, qui avait débuté par le barreau, remuait et passionnait un nombreux public devant les tribunaux ordinaires. Ce procès, perdu devant la justice, fiit gagné devant l'opinion. Pourtant l'émoi était grand, la portion arriérée ou simplement prudente du clergé était scandalisée. Lamennais n'hésita pas; confiant dans cette papauté dont il avait été jusqu'alors le champion le plus résolu, il partit pour Rome avec ses deux amis, afin d'obtenir l'approbation du saîntsiége et de mettre fin aux attaques dont il était poursuivi. Il nous a laissé lui-même un récit de ce voyage qui est l'un des plus beaux livres de ce temps. Les Affaires de Home sont tout un drame moral. Jamais le grand écrivain n'a déployé une plus magnifique éloquence. Il mêle avec un art
supérieur les poétiques descriptions de la nature italienne qu'il contemplait pour la première fois aux incidents si douloureux pour lui de son séjour dans la ville qui lui était jusqu'alors apparue comme la cité de Dieu. Il y arrive disposé à en baiser la poussière et il n'y trouve qu'une misérable étroitesse, qu'intrigues et cabales. Là où il croyait aborder le sanctuaire de la vérité, il ne rencontre que l'imposture au service de toutes les tyrannies ; les marchands tenaient boutique sous ces voûtes sous lesquelles devait selon lui parler l'oracle de la vérité étemelle. Le pape avait été comme son Dieu; il l'interroge tout frémissant du désir d'en recevoir la lumière. Le Dieu se tait d'abord et refuse de s'expliquer pour ne pas se compromettre, puis quand il parle, c'est pour maudire tout ce qui fait le fond de la conscience de Lamennais. On peut s'imaginer quel bouleversement inouï produit dans cette âme orageuse une déception semblable. Moins patient que Luther qui a vu tomber aussi les écailles de ses yeux, dans la ville sainte, il s'écrie : « A Rome, ils vendraient tout, s'ils le pouvaient, ils vendraient le Père, ils vendraient le Fils, ils vendraient le Saint-Esprit. » Il sembla pourtant d'abord faire acte de soumission, après que Grégoire XVI eut lancé sa fameuse encyclique sur la liberté de conscience. Rappelons-en le passage capital, car il forme en
— 40 quelque sorte le uœud de rsctîon dans les destinées du catholicisme coutemporaio :
a L'expérience, disait le pape, a fait roir de toute antiquité que les Etats qui ont brillé par leur puissance ont péri par ee seul mal : la liberté immodérée des opinions, la licence des discours et l'aniour des nouveautés. Là se rapporte cette liberté funeste et dont on ne peut avoir assez d'borreur, la liberté de la librairie, pour publier quelque écrit que ce ioit. Quel homme en son boD sang dira qu'il faut laisser se répandre librement des poisons, les vendre et les transporter publiquement, les boire même, lorsqu'il y a un remède tel que ceux qui en usent parviennent quelquefois h échapper h la mort?
< De la Bource infecte de l'indifférentisme décofile cette maxime absurde et erronée ou plutôt ce délire, qu'il faut assurer et garantir à qui que ce soit la liberté de conscience. >
La BoumisBiou de Lamennais n'était qu'une surprise du premier moment. Il se releva bientôt, opposant anathème à anathème. Son fameux livre des Paroles d'un croyant est l'explosion de son indignation. Il secoue la poussière de ses pieds contre la papauté et tout l'ordre social et monarchique qu'elle représente; il brQle ce qu'il a adoré au feu de ses colères et passe armes et bagages dans le
camp da la diémoûFâitiô, Nau^ A'^vpns pq.s & Vj suivre ; sa carrièra désQfmaiîl n'appartient plus k notre sujet. BecoimaiBSûn» seulfiinent qu'il y a uue souveraine injustice h htmt^if d@?PQégf^t et d'apostat { étant donnée sa QS^ture jlpfg et fouguguse, battim de Torage dès Tenfouce çawi^e les roches de ^ Bretagne, la (aruelle dé^eptio» qui J'atteiguit ^ Bôme devait ameaer le coôtff^iîoup le plus yiolent, et ceux-là n'ont pas le droit de le maudire qui ont de§ grâces d'Etat toutes spiSeides ppuy expliquer l'pncycliq-oe de Grégoire XVI, de telle façou qu'ils y glissent cette damnée liberté de cousci|So/se contre laquelle elle a été expressément dirigée. Lameunais a beau se séparer ouvertement de TSglise catlipr lique, son influetïee j desieura graude. Il a laissé comme un brûlant éelsir au fopd du ^exBur 4q s^ anciens disciple h^joofdUf^ et lkjl/)ntalember|; ^ ils n'en guériront pas, et #^ fils SQumis et v^stleiureux de TËglise en seroiit souvç^ la plus grande inquiétude, €ar mi réalité il^ ^'piit pas abjura leurs plus nobles erreurs de Jeunesse. Ils se croient &rmemt^t doeiles su SÊifii'iéég^ piajs c^ qu'ils ont de meilleur {proteste ei, résiste. Comment en seraitil auls^emeirt ? Comment uœ ajbjwation serait-elle autare diose qu'une vaiae ioinm î La pensée dans rhomme n'obéit, à aucune .consigne, pa^ même à celle qu'il vau(kait se doitt^r à lui-même, pas plus
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à un scrupule qu'à un calcul. Elle laisse passer la crise, puis elle se redresse invincible.
De 1834 à 1848 le catholicisme en France semble être unanime dans le sens de Tultramontanisme, sauf une fraction du haut clergé qui continue la tradition gallicane, plutôt dans la pratique ecclésiastique que dans la littérature religieuse, par conséquent sans faire grand bruit ni produire grand effet.
Le siège de Paris, à la mort de Mgr de Quélen, fut occupé par un représentant éminent du gallicanisme moderne, Mgr Affire, dont la mort sublime sur les barricades de juin 1848, alors qu'il remplissait une mission pacifique^ consacre à jamais la mémoire. Toute la portion active et jeune du catholicisme français incline à Tultramontanisme et forme ce qu'on appelle le parti catholique, mot fâcheux qui mêle la religion à la politique. Cependant, si bien lié qu'il paraisse, le faisceau est destiné à se rompre. Deux tendances très-différentes sont réunies par les circonstances du moment ; la première porte en elle le levain de Lamennais, elle veut nettement l'union de la liberté et de la religion, ce n'est point pour elle une ruse de guerre, c'est une conviction passionnée, profonde. La seconde tendance sous le nom de liberté n'entend ^ue les droits ou plutôt les prérogatives de l'Eglise. Elle seule est
selon le cœur de Rome et dans Tésprit de l'encyclique de Grégoire XVI. Les deux tendances penchaient également alors vers Tultramontanisme , parce que pour les libéraux sincères, il diminuait l'autorité de l'Etat, tandis que pour les autoritaires ecclésiastiques^ il tendait à rétablir la théocratie et avec elle un despotisme complet au profit de l'Eglise. En attendant la scission qui ne saurait manquer dans une époque fiévreuse qui pousse tous les principes à leurs dernières conséquences, le parti catholique semble marcher de concert à la conquête des libertés religieuses. MM. de Montalembert et Lacordaire combattent sous le même drapeau que M. Veuillot ; cepdiidant de notables différences existent entre eux, en attendant qu'elles deviennent des divergences radicales et tranchées. L'harmonie est obtenue, les jours de représentations générales dans la presse ou dans les chambres. Maintenant que la correspondance de quelques-ims des principaux membres du parti a été publiée après leur mort, il est facile de se rendre compte de tous'les tipaillements qui avaient lieu alors dans les coulisses. Bien n'est plus intéressant à cet égard que la correspondance de Lacordaire avec Madame Swetchine. Cette grande dame russe, convertie au catholicisme par Joseph de Maistre à Saint-Pétersbourg et fixée à Paris pendant là seconde moitié de sa vie,a exercé
une influence considérable dana le monde religieux. Elle Ta due à une rare distinction d'esprit et de cœur, h uue admirable piété et h un dévouement inaltérable à ses amis. Ses écrits, publiés par M. le comte de Falloui^ et qui se composent en majeui^Q partie de ne& lettres, sont remarquables par Talliance bizarre de Tardeur des sentiments et de la subtilité presque byzantine de l'esprit. Le style est spirituel, mais parfms prétentieux. En tout cas Tâme est sincèrement à Pieu, mais sa piété est au fond mêlée d0 beaoeoi^) d'étroitesse, Elle avait &it de son sajon^ présidé par elle avec une parfaite bonne grâce, un lieu de propagande, et pour ne pas donner auK bonnes résolutions le temps de se refroidir, un petit escalier tournant conduisait h une chapelle souterraine où Ton pouvait adorer Je Saint-Sacrement. Madame Swetefaiiie peur ses amitiés variées était comme le point de jonction des deux tendances du parti catholique, qui ^ rencontraient et se neutra- Usaient ou ae fosionnaient sur <^ terrain d'aimable et pieuse causerie. Du reste elle s'y employait avec zèle et elle savait déploya un art irSm pour fEÛre disparaître toutes les dissonances. Au fond elle n'aimait pas la liberté, mais elle avait de chauds amis dans son camp et ^1b eût très-mal pris qu'on 1^ attaquât. Mais aussi elle leur demandait bien des concessions, comme on peut s'«n couvain-
cre par sa coirespondanee avec Lacordaire, Elle eût Tolontier» rogné ses ailes et singulièrement bridé son essor, s'il eût été de ces hommes qui se laissent enchaîner. On voit par ses lettres h quel point Tancien disciple de Lamennais était en suspicion de la part des purs et des exagérés, combien il soulevait de scandales dès qu'il était complètement lui-même, n est d'un haut et douloureux intérêt de suivre toute cette histoire intérieure qui Ta usé.
Toujours est-il que les divisions, quoique profondes, fiirent presque complètement dissimulées au dehim pendant cette période qui dura jusqu après la révolution de 1848. Quand sous le ministère de M. Ouizot le parti catholique organisa vers 1843 sa g^^iide croisade contre renseignement obligatoire de l'université, c'est-à-dire contre l'enseignement donné par l'état, en réclamant la liberté complète de l'enseignement à tous ses degrés, il combattit comme une armé§ compacte dans les journaux et à la tribune, il s'attaqua avec énergie à ce qui lui semblait défectueu:^ dans la direction des hautes études philosophiques alors conduites par l'illustre fondateur de l'édectisme, M. Ciousin , qui sous ce nom élastique faisait enseigner d'office un mélange de spiritualisme et de rationalisme prudent. Quand Si. de Montalembert s'écria à la tribune de la chambre des pairs, en s'adressant & ses adversaires :
''oltaire et nous sommes les fils aiment ce jour-là pour tout le iistinction. C'est que tant qu'il ler la liberté de l'instruction ractions de ce parti poursuinmun qui était l'abolition du dtte à se diviser le lendemain
848 n'apporta pas immédiateconsidérable dans la situation du catholicisme. Celui-ci put ince et même à la faveur dont le la chute du trône de Louisert mieux ses vrais intérêts en ur le pouvoir civil. Tout îe rait été tenu à l'écart ou du s contracté une alliance étroite juillet. Cela suffit pour qu'il du triomphe de la révolution, m-devant de lui et demanda ses arbres de liberté. Le mot d'un ouvrier qui, assistant à les si fréquentes alors, s'écria:
i le fera croître, n'a été que l'exprimait pas alors la pensée ement provisoire fut plein de le clergé et ne songea pas à
toucher à son traitement. Il faut reconnaître que les principaux représentants du catholicisme acceptèrent sans tristesse les événements de février et qu'ils chantèrent de bon cœur le Te Deum d'une révolution qui les débarrassait d'un pouvoir au fond hostile à leurs prétentions. Pendant cette période toutes les voix semblèrent d'accord dans le parti cathohque ; quelques-unes chantaient bien quelque peu au-dessus du ton en manifestant leur admiration pour la démocratie, tandis que quelques autres restaient au-dessous par manque d'enthousiasme. Mais la dissonance ne se produisait pas encore. Elle éclata à l'occasion de la discussion sur une nouvelle loi pour l'instruction publique qui eut lieu en 1850. On était en pleine réaction contre la république. Les diverses fractions du parti conservateur et monarchique s'étaient coalisées pour conjurer le péril commun. Les anciens universitaires étaient très-disposés à faire de larges concessions aux catholiques afin de raflFermir le principe d'autorité. Ce n'était nullement de leur part un retour à la foi chrétienne, c'était aflEaire de propriétaires qui cherchent un ciment solide pour leurs murs de clôture. L'Eglise paraissait la meilleure compagnie d'assurance pour les biens-fonds, et les curés étaient appelés en ligne pour doubler les gendarmes reconnus impuissants à eux seuls. Un bon nombre de catho-
liques libéraux eurent le tort d'entrer dans oette allwçQ « J41 coustitutiQu actuelle, disaient-ils, est le radeau où noua nous »oiîpiBiep rencontrés comme des naufragrés, Efforçons-nous de le faire aborder au rivage. > Ce rivage, c'était le rétablissement de la société sur des bases catholiques, Pour y arriver, on trouva bien plus commode de ae servir de cette vieille macbine à despotisme qui s'appelait Tuniversité, contre laquelle on avait dépepsé tant d'éloquence, On se gardait bien de demander cette fameuse liberté de l'instruction dont op ayait fait son
arme de guerre sous le gouvernement précédent, On profita de ce que les mq4t?es du monopole universitaire étaient disposés h livrer la place au catholicisme et, comme on Ta dit spirituellement, on s'y glissa par une poterne, En d'autres termes ou fit au clergé une part léonine dans la direction de Tuniversité à toua ^s degrés, dans sou conseil supérieur comme dans toutes les académies de province ; on lui accorda de telles immunités pour rinstruction élémentaire que l'enseignement laïque ne pouvait presque pas tenter la concurrence. Cette déplorable loi qui dans se» dispositions principales nous régit encore est la grande faute de la fraction du parti catholique qui avait obéi jusqu'alors h la voix de M. de Montalembert. L'autre fraction que nous* aurons rarement l'occasion de louer, celle que conduit
M, Veuillot, demeura plus fidèle aux wm principes et combattit le moQopole umv^rsitaire aous cette forme ucuvelle. La aci^oii fut ouverte, elle ne fît que e'aigrir désonnaia.
Les éyénemeuta de décembre 1851 amenàrent une déchirure profonde, irrémédiable. Dana l'abaisse* mant de la patrie livrée sans partage au despotisme, dans ce naufrage de toutes les espérances avouables, de toutes les libertés, dans le silence de toutes les voix généreuses, un ori de triompbe, un alléluia retentit, U venait du camp eatlioUque violent. Le sang fiunait encore dans leA rues de Paris, les défenseurs de la constitution étaient traqués comme deg bêtes fauves, quiconque avait au cœur un seutiment de dignité frémissait de douleur et d'indigna-* tion. C'est ce moment que choisit le journal de M. Veuillot pour louer le ciel de tout ce qui venait de s'accomplir* La liberté avilie, abattue, un bâillon sur les lèvres, foulée aux pieds par la force décbaîaée, supprimée pour de longues années, voilà ce qui ravissait cette feuille cynique et avec elle une portion considérable du clergé qui espérait tout de la servitude où il voyait son alliée naturelle. Cette tendance groBsièrement absolutiste ne fit que se prononcer tous les jours davantage. Grâce à Dieu, l'Eglise catholique de France n'appartenait pas tout
entière h cette horde trop nombreuse et trop ap*
— soie en haut lieu. La tendance vrfûment libérale
ait commis bien des fautes et fait bien des sions surtout dana les derniers temps, mais ait conservé son instinct généreux, releva la t répondit avec une énergie indignée aux 3S congratulations qui retentissaient de toutes Maintenant que l'ancien parti catholique s'est é, il est temps de faire mieux connaître les le ses deux fractions, appelés à jouer le rôle lal dans la lutte acharnée qui va se livrer es chances bien inégales, car, ne l'oublions u point de vue de l'orthodoxie catholique la est perdue d'avance pour les libéraux; ils )mme on dit vulgairement , du plomb dans epuis l'encyclique de Grégoire XVI.
)arti haineux, violent, qui maudit toutes les i, s'est personnifié dans un homme qui est inablement le plus grand insulteur de la presse iporaine; c'est le trop célèbre rédacteur de irs religieux, M. Louis Veuiliot, quiatransïu service de l'Eglise la fougue révolutiont ce que la démagogie peut avoir de plusâpre. rtainement un talent vigoureux de satiriste e, mais aussi il ne se refuse rien et ne devant aucune personnalité, quelque înjuqu'elle soit. Quiconque n'est pas absolument li n'est plus bon qu'à être jeté à la voirie et
ii s'emploie diligemment à cette exécution. Son bonheur est d'exaspérer la société moderne et libérale ; il la traite comme un taureau devant lequel on agite un chiffon rouge. Il s'en va chercher dans le passé de TEglise ce qu'il y a de plus compromettant, de plus odieux à la conscience moderne, l'inquisition, la révocation de Tédit de Nantes, ou bien il exhume, pour les glorifier, les plus tristes mémoires, comme celle du cardinal Dubois, ravi quand il a pu provoquer l'indignation des amis de la liberté. Sa polémique est une suite de défis arrogants à toutes les opinions courantes ; sa main est levée contre tous. Ses deux pamphlets les plus célèbres sont : les Parfums de Home et les Odeurs de Paris ; on comprend l'antithèse. La société française est dépeinte avec une telle crudité de pinceau et un tel cynisme de langage que l'on est constamment saisi de dégoût. M. Veuillot n'a pas assez de sarcasmes pour ceux de ses coreligionnaires qui prétendent unir le catholicisme à la liberté politique. Il a dirigé contre eux ses traits les plus cruels. Ce qui fait. la force de ce pamphlétaire dévergondé, c'est qu'on le sait au fond très-approuvé du saint-siége ; il en reflète les idées intimes. C'est un lansquenet du pape qui frappe au bon endroit. Certainement, quand on retracera rbistoire de l'athéisme contemporain, on tiendra bon compte du succès que lui a valu un apolo-
gîste de halle et de cafrefour tel que M. Veuillot, car sî quelqu*uïi pouvait inspirer Thorreur de la religion, c*eôt bien lui. Ce dévot furibond servira de drconstatieè atténuante à tôUs leâ impies de son tempâ.
Quand on a nomtnè Achille, à quoi servirait la nomenclature de Ses pâlèô lieutenants? Quand M. Veuillot à parlé, qui pourrait*on entendre à côté de lui ? La Voix de ce Cerbère couvre toutes les insultes qui glapissent à sa suite. Cependant i^épisùopat lui a fourni ces dernières années deux acolytes assez dis* tîngués. Mgr Tévêque de Nhnes enferme dans ses mandements tout le fiel dont ce genre de littérature est susceptible, et Mgr de Poitiers ne dotme pas tous les jôuiii la comédie, comme lorsqu'il fit Toraison d'un prétendu martyr de k causé papale, qui lui joua le sort de ressusciter sous la forme d*un vulgaire fripon. Défenseur de Tultramonta* nisme le plus outré, Mgr Pie a écrit des mandements dignes de figurer dans Vt/ni^ris. Citons aussi Mgr de Montauban^ qui mérite de prendre rang parmi les telmti; une portion considérable du clergé de province marche sous la direction de ces coryphées d0 l*ultramôntànisme. VUi^i^fê réunit pour lui les avantages de la bonne doctrine et des amusantes méchancetés, il édifie et il déride tout ensemble» « Quand je bois mon café et que je lis mon
^» ..fc —
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Unimê, dîâali Uïl bon tixté dô eampagûô, Je suis le
plus heureux des hOffimeS. %
Voiià po\i¥ le panî vîbteût du catliôïieisme. Passons m parti qtd ôimô là liberté et qui û*a pas
ckaté riosaMa du dôâpôttônlé.
Nom avons tout* d^aboïd une figufê tfès-origînâle
dans lé haut clergé : c*egt Mgr Dupanlôup, l'évêqUé d*Oriéanâ. împètUëUt, Il l*eât toujours *, son tempérament est bouillant, &a ver^ facile, animée*, e*eât un èvêque jouaalistê quî â uu ^âud art de diâcussion. Auteur d'écrits estimés sur rêdueatîôn, il doit sa réputation avant tôUt à ses talents de ûôntrover-
sistô toujours sur la brèebe. Il a notoirement pris
parti Contre VlMUè^s^ d*âbord dans une thèse qui
semblait ULîquèfflent littéraire. lîn abbé Oaume,
détenu êvèque dêpuiâ lots, avait imaginé de combattre les études classiques sôus le nom de ^df ^ô%gmr, M. Dupanlôup, esprit cultivé, prélat, destiné à f Académie française, a stigmatisé cet ôbscuran-
tîsôiè barbare, qui n'est pas du reste dans les tradîtîonè romaines. ïl s*est toujours montré partisan
de la liberté politique, pôUrvU qu*on n'eût pas llndiscrètion de là réclamer à Rome. L*abbè Cœur, évêque de Troyes, mort depuis '; Mgr Sibour, arcbe* vêque de Paris, ÎÈrappé par le poignard d'Un assassin au moment même où il taisait faire Un procès à
— elle sophisme, la dialectique y est plus d'une fois fantaisiste, et après tout, le fond même du vieux do^e catholique est défendu par lui. Mais une flamme généreuse circule au travers de tout le discours; elle le traverse parfois, et alors l'auditoire subjugué, entraîné, subit la commotion électrique de la grande éloquence. Ce qui surnage toujours, c'est im ardent amour de la liberté. Au lendemain du coup d'Etat, il s'exprima avec une telle énergie dans un sermon prêché à Saint-Roch, que toutes les chaires de Paris furent désormais fermées à l'illustre dominicain. On ne l'y entendit de nouveau qu'à son discours de réception à l'Académie française. Depuis sa mort, arrivée en 1861, le public a été initié aux secrets de sa vie intérieure. Ce brillant orateur, qui faisait parfois l'effet d'un tribun, était en réalité un vrai moine par l'austérité* Il se livrait en secret à des macérations inouïes, qui ont certes abrégé sa vie. Il avait soif d'humiliation et de souflErauces, et ne reculait pas devant un ascétisme qu'un fakir eût difficilement surpassé. Au fond, Lacordaire a immensément souffert du conflit intérieur entre ses convictions de jeunesse, qui répondaient à ses instincts les plus profonds, et sa soumission sincère, mais forcée, à la papauté. Il sentait bien qu'au-dessus de la lettre il y avait l'esprit, et que celui qui soufflait à Rome n'animait ni
— Mftme ni sa parole. Son autobiographie, que l'on pelée avec raison son testament, et qui a été puî par les soins de M. de Montalembert, nons inilieux que sa correspondance avec Madame S-wet^ e à ce douloureux partage du cœur et de Tesprit, e son attachement à un dogme intraitable et lincère amour de la liberté. Ces admirables pages
revivre avec sa vraie physionomie, tout enble forte et ardente, ce généreux esprit à qui la t a épargné les luttes suprêmes où sa tendance •ouve actuellement engagée (1).
. de Montalembert a été le digne émule et l'ami edu grand prédicateur dominicain. Plus mobile,
emporté par nature, il a eu plus de peine à se ndre des puissantes attaches qui le liaient &Lanais; mais anssl, pendant un temps, la rupture S plus radicale. Il y a même en une pliase où il ,ru préférer l'Eglise à la liberté ; c'est pendant la mte réaction qui suivit la révolution de 184S. Il t pas, h la veille des événements de 1851, l'atle qui convenait h son passé. L'horreur de la agogie l'inclina un instant vers le césarisme; 1 comme il s'est relevé de cette défaillance! avec le magnifique éloquence il a foudroyé l'absolue et ses suppôts, surtout ceux qui étaient le
plus près de Im et déshonoraient le catholicisme par d'indignes alliances! Sincèrement chrétien, toujours passionné et véhément, il est revenu h son vrai drapeau, et nous verrons avec quel courage il a su le déployer en face des préjugés les plus tenaces. La race anglo-saxonne n'a pas d'admirateur plus fervent et plus éclairé que ce gentilhomme catholique.
Le troisième chef du parti catholique libéral était, en }852, un jeune professeur de la Sorbonne, M. Frédéric Ozanam, enlevé avant quarante ans, par une maladie de poitrine, i la plus brillante carrièçp. Il avait l'avantage inappréciable d'être en relation constante avec la jeunesse universitaire, par son cours sur les littératures étrangères, riche de savoir et d'éloquence, En même temps, il avait été l'un des fondateurs de la Société de Saint- Vincent de Paul, société laïque destinée h visiter les indigents et à ftoner entre les jeunes catholiques un lien d'activé charité. Ozanam unissait aux plus beaux dons de l'intelligence une piété admirable. Déjà malade et exténué, on le voyait gravir les étages des maisons indigentes pour apporter aux pauvyes le secours matériel et la parole sympathique. Grftce à lui, l'association avait grandi rapidement, et elle était animée à ses débuts de la plus pure charité, Ozanam avait toutes les plus gêné-
i de la jeunesse, à. commencer par rt^. Lui aussi rêvait l'alliance entre i croyances humaines et sa foi reli- Bnsée était l'âme même de son enseitbtenait à la Sorbonne un très-grand jùpeté de l'érudition et l'éclat enfiéence qui l'épuisait. Il avait des mots e hardiesse, tels que celui-ci : « Il y ne croient à leur Dieu que quand on anteau de pourpre sur les épaules, s , disait-il une autre fois, je ne crois ait jamais eu le pouvoir de vaincre fausse et si détestable qu'elle soi*. »
lant comme la résignation de M. Ozaapprit qu'il devait sacrifier, dans sa urité, tout ce qui faisait pour lui le snce, le bonheur domestique le plus la plus belle et la plus utile, Tavelant. Je ne connais rien de plus ad- ^ mort, racontée par le père Lacor-
e, parmi les- adhérents de la même rince de Broglie, représentant émijs familles les plus respectées de ils de Madame de Staël, fils du duc est l'un des types les plus purs, les l'homme d'Etat libéral et chrétien,
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inflexible soutien de la justice. M. A. de Broglie a noblement porté ce redoutable héritage. Historien éminent de TEglise du quatrième siècle, son talent n'est jamais plus remarquable que dans la polémique religieuse ou politique ; il y porte une fière ironie qui donne à son éloquence un tour singulièrement incisif. On reconnaît qu'il n'a pas respiré l'atmosphère orageuse de l'école de Lamennais. La liberté a été pour lui un bien de famille non contesté; il la réclame avec moins de passion et parfois moins de largeur que M. de Montalembert, mais aussi on n'aura aucune inconséquence politique à lui reprocher. Quant au libéralisme de M. de Falloux, il ne le tient ni de la tradition de famifle, ni de l'apostolat lamenaisien. Par nature, par souvenir, il appartient au légitimisme le plus pur. Il a écrit la Vie de Pie F, l'inquisiteur, et il a déclaré dans ce livre que la tolérance est la vertu des siècles sans foi. On ne saurait donc voir en lui un libéral de principe. Toutefois, après le coup d'Etat, il a nettement rompu avec le catholicisme absolutiste, et il a pris rang parmi les défenseurs des libertés publiques. Le Correspondant^ recueil mensuel, est devenu l'organe de ce grand parti catholique libéral, et lui a dû son très-remarquable succès. Gardonsnous d'oublier le groupe si intéressant du nouvel Oratoire français ressuscité par le père Gratry, l'ai-
Je et sympetliique apologiste du citrUtiftnifraie eme, mêlant un peu trop le calcul différeiatfel Ji émonstration morale, maie toujours éloquent, é, larjfe, trèB-épris de liberté, quoique trop inrent pour la société de Séem ; nature espanaive, reuse de conciliep l'inconciliable dans la théorie 1 pratique, mais sachant aussi déployer, oomme i le verrons, le plus admirable courage ftu serde ses convictions. Signalona encore, en dehors i-deesus de ces deux partis tranchés, un homme nent, M. Arnaud de l'Ariége, qui a représenté idées démocratiques à nos assemblées républies avec un généreux talent, en les associant à convictions profondément chrétiennes. Déjà, h î époque, il avait de beaucoup dépassé la fntalihérale du catholicisme, en réclamant ouvertet la pleine séparation de l'Eglise et de l'Etat, me condition première du développement supér de l'individu par une foi vraiment personnelle, a gallicanisme proprement dit s'était reconstilepuis quelques années, il formait une troisième tîon peu importante par le nombre, mais qui ptait des adhérents très -distingués. L'ebhé ttée, historien érudit de l'Eglise de France, t cherché une base solide aux résistances h ramontanisme dans les traditions nationales, livre lourd et mal écrit était un arsenal bien
fourni contre Borne, Au même parti appartenait avec non moins de décision un théologien éminent, !£. Tabbé Maret, professeur de théologie à la faculté de Paris, connu par de solides écrits contre le panthéisme et aussi contre Técole dite traditionaliste, qui pour mieux asseoir l'autorité de l'Eglise ren- Terftait tous les fondenients rationnels de la vérité ims rhomme. L'abbé Maret , bien que catholique orthodoxe, était hostile aux prétentions exagérées de la papauté, et se montrait plus préoccupé des andenfi droits dq rSglise de France que Tabbé Lacordaire avec qui il avait pourtant fondé VFre noumile en 1848. Le saintrsiége ne lui a pas pardonné cet esprit d'indépendance, car il a mis beaucoup de mauvaise grâce h confirmer sa nomination à un évêché m partibus; on prétextait qu'il était atteint de surdité. Il avait en effet l'oreille dure, quand il s'agissait d'accepter les consignes de la cour romaine. C'était aux yeux de celle-ci une infirmité sans remède. Mais la fraction gallicane la plus franchement accusée, la plus décidément libérale, était enfermée dans l'étroite mansarde d'un anachorète de la philosophie, M. Bordas-Demoulin, connu par de beaux travaux philosophiques sur Descartes ; avec son disciple M- Huet, il composait toute l'école, mais celle-ci rachetait cette faiblesse numérique par l'indomptable énergie, la foi vaillante de son chef.
sîons auxquelles la cour de Rome s'est laissé entraîner.
La première de ces décisions a été la proclamation du dogme de llmmaculée Conception en 1854. Il est parfaitement inutile de faire ressortir la gravité de ce coup d'audace de la papauté; quelque importante que fClt en soi la décision doctrinale qui devait favoriser sans mesure le courant de la mariolâtrie^ le fait d'avoir osé promulguer un dogme sans concile était la plus dangereuse et la plus insolente des innovations de Tultramontanisme. Jamais on n'avait rien vu de semblable. Toujours dans le passé on avait réservé à l'Eglise régulièrement représentée le droit si grave des définitions de doctrine. Or rien ne ressemblait moins à un vrai concile que la consultation par lettre des principaux évêques et que la réunion hâtive d'un certain nombre d'entre eux à Rome. Dans un autre temps moins ignorant que le nôtre des choses religieuses, un pareil attentat de la papauté eût mis le feu aux quatre coins du monde, ou plutôt la crainte de l'opinion publique eût écarté tout projet semblable. Le Gesû de Rome savait fort bien qu'il n'avait point à redouter d'ébranler beaucoup les esprits par une tentative qui
concession ni délai. Quand l'attentat contre la révélation de Dieu est manifeste, se soumettre n'est pas obéissance mais apostasie et renoncement à la foi de Jésus4}hrist (1). > MM. Bordas-Demoulin et Huet disaient tout haut ce que bien d'autres pensaient et murmuraient. La protestation la plus énergique fut celle d'un vieux prêtre^ l'abbé Laborde, homme univei^eUement respecté, qui, à l'annonce de ce qui se préparait & Borne, partit pour le centre de la catholicité^ s'imaginant dans sa naïveté que la voix de la vérité serait entendue par les princes de l'Eglise, alors même qu'elle n'aurait pour organe qu'un humble vicaire de campagne. Il apportait au saintpère un écrit court et énergique ainsi intitulé : La cronamce à Flmmaculée Conception ne peut devenir un dogme de foi. 11 faut hre le récit des persécutions dont il fut l'objet de la part de la police pontificale. Tiaqué comme un malfaiteur, embarqué de force, il revint mourir en France sur un grabat d'hôpital où, de sa main mourante, il achevait une dernière protestation contre les erreurs nouvelles. La plainte du juste a beau n'être pas écoutée sur la terre, elle a été entendue du ciel, et l'arrêt rendu par le moribond contre les usurpations de la papauté est celui de Dieu même, il ne sera pas cassé.
tomber une pierre de la muraille derrière laquelle il défend sa suzeraineté politique. Aussi lui court-il sus comme à Tennemi véritable , quand même le libéralisme catholique se montre plein de ménagements à son égard, et s'arrête devant son pouvoir temporel comme devant un terrain réservé qui doit faire exception aux principes généraux de la société moderne. Le Correspondant en sait quelque chose. Le pape a raison, la logique des choses ne s'arrête pas selon nos caprices, et nous avons beau vouloir être inconséquents , nous n'y parvenons qu'à moitié. Il n'est pas possible de plaider la cause de la liberté à Paris et de la combattre à Rome. On ne peut plus dire : Vérité de ce côté des Alpes ; erreur au delà ! t^e catholicisme libéral, qu'il le veuille ou non, prend part à la grande croisade contre l'absolutisme pontifical et à ce long siège de Rome qui finira bien par renverser les murailles de cette Chine de l'Occident. Ces considérations expliquent les conflits intérieurs du catholicisme et les condamnations obtenues contre ses plus illustres défenseurs. C'est que toutes leurs apologies pour déguiser ou maintenir les abus de la papauté temporelle ne lui faisaient pas autant de bien qu'ils ne lui causaient de maj en revendiquant la liberté d'une manière générale.
Et cependant les catholiques du Correspondant
arguèrent paa à la défense du temporel. Au se contenter des justes reproches que méripolitîque tortueuse et souvent miichiavélifiue gouvernants, ils accablèrent l'Italie de leur Qiiî(iuemeat parce qu'elle avait touché aux © l'oint du Seigueur ; ils dirigèrent contre 13 leurs jouruaus la polémiçiue la plus pasi, sans vouloir jamais comprendre tout le 8 lui avait fait la papauté, qui avait été l'éibstacle à son affranchissement et qui ne ceslui souhaiter tous les échecs. Quand M. de prit pour lui l'un des plus beaux mots du le Montalembert : T Eglise libre dans l'Etat eu s'en fallut que le parti catholique libéral ni un blasphème. Orateurs, publicistes, évê- )us déchirèrent à l'envi la nation itaUenne et ■ent à ses aspirations. Mgr l'évêque d'Orvalisa avec son collègue de Poitiers pour la dans la boue et pour exalter la beauté, la :, le libéralisme du régime pontifical. Le 1 Correspondant fit plus que consacrer sa i la cause du temporel; il lui fournit sa plus épée dans la personne du général Lamoriî vaincu de Castelfidardo. Il n'y eut qu'une oix dans le camp catholique qui ne fit pas avec les défenseurs du prêtre-roi, ce fut celle Irnaiid de l'Ariége, qui publia en 1858 un
riii;:*^.
livre intitulé : l'Italie^ dans lequel il protesta, au nom de la religion, contre ces funestes confusions de la foi et de la politique. Nous ne pouvons résister au désir d'en citer le fragment suivant, qui maintient l'honneur et la tradition du spiritualisme chrétien au milieu de la fièvre théocratique :
« Dès qu'en un point quelconque du monde civilisé une atteinte grave est portée au droit de la conscience, toute conscience se sent solidaire, et & l'instant même s'élève ime protestation universelle.
< Qu'à Rome un enfant juif soit enlevé à sa fisir nulle par des prêtres fanatiques, tout homme ami de la justice, qu'il soit rationaliste, qu'il soit protestant, qu'il soit catholique, oublie sa foi religieuse pour ne songer qu'au droit du père outragé. Qu'en Espagne, des chrétiens dissidents soient condamnés pour leurs actes religieux par la justice temporelle, TAlliance Israélite universelle fait entendre, en faveur de ses frères chrétiens , la plus noble , la plus touchante des revendications.
< Rome seule, au milieu dq, ce concert des peui-les civilisés, manquera-t-elle à sa mission ? Lorsque la liberté est le premier besoin de ce siècle, besoin tellement impérieux que ceux-là mêmes qui la maudissent au fond du cœur sont obligés ^*en prendre le masque; lorsqu'elle est l'étoile vers laquelle sont tournés les regards de tous les opprimés de la terre,
la Borne temporelle des papes lestera-t-elle l'obstacle insurmontable ? Cette situation qui tient en échec et lltalie et Tunivers chrétien, est un immense malheur et presque un défi de l'esprit du passé aux aspirations du monde civilisé.
< Aussi, nul événement s'accomplissant en Europe ne doit faire perdre de vue ce grand intérêt qui domine tous les autres. Que les peuples ne l'oublient pas, toute conquête libérale sera précaire, toute solution sera incomplète tant que la question ne sera pas radicalement tranchée à Borne par l'abolition de la papauté temporelle. Voilà pourquoi, depuis des années, nous en avons fait notre JDelenda Carthago.
<L II faut, du reste, que toute institution subisse l'épreuve de la liberté. L'obstination du clergé ca« tholique à s'appuyer sur une base politique ne persuade que trop au monde libéral que l'Eglise n'a pas d'autre fondement, et que ce fondement venant à manquer, l'édifice croulera tout d'une pièce. »
Un tel langage devait déplaire à Borne, mais en revanche,la papauté était tenue dç marquer sa gratitude aux hommes éminents qui s'étaient constitués ses champions ! Pourtant elle ne l'accordait vraiment et sans réserve qu'à ceux qui la servaient tout à fait selon son gré, et qui avaient compris qu'en définitive la cause de l'absolutisme était sa propre
caase. Elle redoutait l'appui des catholiques libéraux, parce qu'elle sentait bien que le souffle qui les aiiiniait n'était pas son esprit et que c'était bien le même souffle qui, après avo^r réveillé l'Italie, la soulevait maintenant contre elle. Elle comprenait qu'il n'est pas longtemps possible de célébrer la liberté civile et surtout la liberté de conscience dans tous les pays et de les proscrire sur un seul point de l'univers. Aussi l'instinct de la conservation la rendait plus perspicace et plus logique que ces pieux chevaliers du libéralisme catholique, qui brûlaient de feux contradictoires en se consacrant à la fois à la papauté temporelle et à la liberté. Ce malentendu devait être promptement dissipé , et rien ne hâta plus la rupture ouverte que la grande manifestation libérale qui eut lieu au congrès catholique de Mahnes, au mois d'août 1863. Ce fut l'ancien disciple de Lamennais, M. de Montalembert , qui en prit l'initiative avec des accents qui rappelaient singulièrement le vieil homme, je veux dire le fougueux rédacteur de l'Avenir. Il faut lire dans son ensemble les deux discours qu'il prononça les 20 et 21 août 1863 , et qui , réunis en brochure , résument avec une splendide éloquence tous les principes du catholicisme libéral, sans oublier ses inconséquences. Dans ces harangue» enflammées, M. de Montalembert reprend son bien dans l'héritage de Cavour, et
développe de nouveau la femeuse devise : TEgîise libre dans TEtat libre. Sans doute, il débute par des réserves; il appelle Tillustre ministre qui a fondé Tunité italienne un grand criminel ; .il essaye non sans peine d'établir comment ses idées sur la pleine indépendance de TEglise se concilient avec la théocratie romaine et comment, selon la phrase consa* crée, les deux pouvoirs doivent être unis à Rome pour être séparés ailleurs. Mais toutes ces concessions, qui sont parfaitement sincères chez lui, ne font que donner plus de relief à ses énergiques revendications libérales. Il déclare hautement qu'il n'y a rien à regretter dans le passé, que l'Eglise doit résolument tourner le dos à l'ancien régime et user loyalement des grandes libertés modernes, du suffrage universel, de l'association, de la presse et des cultes. C'est à cette dernière liberté que le grand orateur consacre son discours tout entier, afin de dissiper tous les malentendus. Laissons-le parler luimême ; on verra plus tard l'importance qu'a cette ci^ tàtion dans l'histoire du catholicisme contemporain ; € De toutes les libertés dont j'ai pris jusqu'à ce moment la défense, la hherté de conscience est à mes yeux la plus précieuse, la plus sacrée, la plus légitime, la plus nécessaire. J'ai aimé, j'ai servi toutes les libertés; mais je m'honore d'avoir été le soldat de celle-là.
c Encore aujourd'hui, après tant d'années, tant da luttes et tant de défaites, je ne puis en parler qu'a^ vec une émotion inaccoutumée. Oui, il faut aimer et servir toutes les libertés ; mais, entré toutes, c'est la liberté religieuse qui mérite le respect le plus tendre, qui exige le dévouement le plus absolu; car c'est elle qui plane sur les régions les plus hautes et les plus pures, en même temps que les plus vas* tes ; c'est elle dont l'empire s'étend des profondeurs de la conscience individuelle aux plus éclatantes manifestations de la vie nationale. Elle est la seule qui iQumine deux vies et deux mondes, la vie de l'âme comme la vie du corps, le ciel comme la terre ; la seule qui importe également à tous les hommes sans exception, au pauvre comme au riche, au fort comme au faible, aux peuples comifte aux rois, au dernier de nos petits enfants comme au génie de Newton ou de Leibnitz.
cEt cependant, chose étrange et douloureuse!
c'est cette liberté^ la plus délicate, la plus exposée de toutes, celle qu'il faudrait craindre d'effleurer du bout de son doigt; c'est elle qui, proclamée partout en droit, eii théorie, est presque partout, en fait, la moins comprise, la moins respectée, la moins préservée de miUe atteintes grossières ou perfides, trop souvent inaperçues ou impunies.
« Il me faut d'ailleurs l'avouer^ ce dévouement
siaate qui m'anime pour la liberté religieuse as général chez les catholiques. Ils la veulent lur eux, et h cela ils n'ont pas grand mérite, léral, tout homme veut toute espèce de liberté ui-même. Mais la liberté religieuse en soi, rté de la conscience d'autrui, la liberté du [ue l'on renie et que l'on repousse, voilà ce juiète, ce qui effarouche beaucoup d'entre
suis donc pour la liberté de conscience, dans :t du catholicisme, sans -arrière-pensée comme ^sitation. J'en accepte firanchement toutes les uences, toutes celles que la morale publique rouve point et que l'équité commande. Ceci iduit à une question délicate, mais essentielle, orderai Sans détour, parce que, dans toutes sussions de cette nature, j'ai toujours reconnu essité d'aller au-devant de cette inquiétude iturelle et souvent très-sincère chez les adver^ îe la Uberté des catholiques. Peut-on aujour- .emander la liberté pour la vérité, c'est-à-dire oi (car chacun, s'il est de bonne foi, se croit i vrai), et la refuser k l'erreur, c'est-à-dire & ni ne pensent pas comme nous ?
I réponds nettement : Non. Ici, je le sens bien, per ignés. Aussi je me hâte d'ajouter encore «s que je n'ai d'autre prétention que lie
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d'exprimer une opinion individuelle : je m'incline devant tous les textes, tous les canons qu'on voudra me citer. Je n'en contesterai ni n'en discuterai aucun. Mais je ne puis refouler aujourd'hui la conviction qui règne dans ma conscience et dans mon cœur. Je ne puis pas ne pas l'exprimer, après avoir lu, depuis douze ans, ces essais de réhabilitation d'hommes et de choses que personne, dans ma jeunesse, persoime, paami les catholiques, ne songeait à défendre. Je le déclare donc, j'éprouve une invincible horreur pour tous les supplices et toutes les violences faites à rhumanité, sous prétexte de servir ou de défendre la religion. Les bûchers, allumés par une main catholique , me font autant d'horreur que les éehafauds où les protestants ont immolé tant de iûffll^rrs. (Mouvement et applaudissements.) Le bâillon enfoncé dans la bouche de quiconque parle avec tm cœur pur peur prêcher sa foi^ je le sens entre mes propres lèvres, et j'en frémis de douleur. (Nouveau iHOuvement.) L'inquisiteur espagnol disant à l'hérétique : La vérité ou la mort ! m'est aussi odieux que le terroriste français disant à mon grand-père : La Eberté, la^aternité ou la mort! (Acclamations.) La conscience humaine a le droit d'exiger qu'on ne lui pose plus' jamais ces hideuses alternatives. » (Nouveaux applaudissements^) Certes, un pareil langage ne laissait rien à dési-
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— garer en fait de précision. Accueilli aveo enthouiriafime, bien qu'il ait dû paraître excessif à quelques-una, dans le parti catholique libéral^ il souleva de Tives indignations dans le parti contraire^ — surtout dans le milieu ardent du jésuitisme romain^ cal* M« de Montalembert avait porté une main audacieuse sur les principes constitutifs de cette puissante école et sur ce qui fait la base de son enseignement privé» Nous sommes porté à croire que c'est au lendemain du congrès de Malines et à, la suite de toutçs les réclamations et dénonciations auxquelles il a donné lieu que l'encyclique du 8 décembre 1864 a été pré* parée« Qu'on la lise sans prévention ^ en donnant aux mots leur sens naturel^ il n'est pas possible de n'y pas trouver la réfutation la plus claire de tout ce que M. de Montalembert avait réclamé aveo une passion généreuse & la tribune du congrès :
« Vous ne l'ignorez pas, vénérables frères, il ne manque pas aujourd'hui d'hommes qui, appliquant à la société civile l'impie et absurde principe du naturalisme, comme ils l'appellent, osent ^iseigner que « la perfection des gouvernements et le progrès < civil exigent que la société humaine soit consti-» « tuée et gouvernée , sans plus tenir compte de la e: religion que si elle n'existait pas, ou du moins « sans faire aucune différence entre la vraie religion « et les fausses, i De plus, contrairement à la doc-
trine de TEcntiire , de TEglise et des sainte Pèree ,
ils ne craignent pas d'affirmer que « le meilleur « gouTemement est celui où on ne reconnâtt pas au € potrroir l'obligation de réprimer par des peines € légales les violateurs de la foi catholique, si ce € n'est lorsque la tranquillité publique le demande.» Partant de cette idée absolument tausse du gouvernement social, ils n'hésitent pas à favoriser cette opinion erronée , &tale à l'Eglise catholique et au salut des âmes, et que notre prédécesseur d'heureuse mémoire, Grégoire XVI, qualifiait de délire, que « la liberté de conscience et des cultes est un droit € propre à chaque homme, qui doit être proclamé
< par la loi et assuré dans tout Etat bien constitué ; « et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de « manifester hautement et publiquement leurs opi- « nions, quelles qu'elles soient, par la parole, par
< l'impression ou autrement , sans que l'autorité « ecclésiastique ou civile puisse la limiter. » Or, en soutenant ces affirmations téméraires, ils ne pensent ni ne considèrent qu'ils prêchent la liberté de la perdition, et que s'il est toujours permis aux opinions humaines de tout contester, il ne manquera jamais d'hommes qui oseront résister à la vérité et mettre leur confiance dans le verbiage de la sagesse humaine, vanité très-nuisible que la foi et la sagesse chrétiennes doivent soigneusement éviter, selon l'en-
seignemeût de Notre-Seigneur Jésus -Christ luimême.
« Et parce que là où la religion est bannie de la société civile, la doctrine et Tautorité de la révélation divine rejetées, la vraie notion même de la justice et du droit humain s'obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la vraie justice et du droit légitime, de là vient précisément que certains hommes, ne tenant aucun compte des principes les plus certains de la saine raison, osent proclamer que « la volonté du peuple, manifestée par ce qu'ils ap- « pellent l'opinion publique, ou d'une autre mate nière, constitue la loi suprême, indépendante de € tout droit divin et humain ; et que dans l'ordre po- « litique, les faits accomplis, par cela même qu'ils <r sont accomplis, ont force de droit. »
< Or qui ne voit, qui ne sent très-bien qu'une société soustraite aux lois de la religion et de la vraie justice ne peut plus avoir d'autre but que d'amasser, que d'accumuler des richesses, et ne suivra d'autre loi, dans tous ses actes, que l'indomptable désir de satisfaire ses passions et de servir ses intérêts? Voilà pourqjioi les hommes de ce caractère poursuivent d'une haine cruelle les ordres religieux, sans tenir compte des immenses services rendus par eux à la religion, à la société et aux lettres; ils déblatèrent contre eux en disant qu'ils n'ont aucune raison légi-
time d'exister, et ilâ se font ainsi Técho des calomnies des hérétiques. En effet, comme l'enseignait très-sagement Pie VII, notre prédécesseur, d'heureuse mémoire : < L'abolition des ordres religieux c blesse la liberté de pratiquer publiquement les € conseils évangéliques ; . elle blesse une manière de « vivre recommandée par l'Eglise comme conforme à « la doctrine des apôtres ; elle blesse enfin ces illus- « très fondateurs eux-mêmes que nous vénérons sur < les autels, et qui n'ont établi ces ordres que par « l'inspiration de Dieu. >
€ Es vont plus loin, et dans leur impiété ils déclarent qu'il faut ôter aux fidèles et à l'Eglise la faculté de faire publiquement des aumônes au nom de la charité chrétiennne, et abolir la loi < qui, à cer- « tains jours, défend les œuvres serviles pour vaquer « au culte divin. » Et cela sous le très-faux prétexte que cette faculté et cette loi sont en opposition avec les principes de la bonne économie publique.
< Non contents de bannir la religion de la société, ils veulent l'exclure du sein même de la famille. Enseignant et professant la funeste erreur du communisme et du socialisme, ils affirment que « la so- « ciété domestique ou la famille emprunte toute sa « raison d'être au droit purement civil ; et, en con- « séquence, que de la loi civile découlent et dépen-
it totu les droits âet parsats sur les enfonts, et lit tout le droit d'iastraction et d'éducation. * ces hoQunes de mensonge, le but principal de uucunes impies et de ces machinatioQS est de Faire complètement h la salutaire doctrine et h i^nce de l'Eglise l'iastructionetrédiicaticnide nesae, a&a de «oailler et de dépraver par les rs le3 plus pernicieuses et par tonte sorte de l'ftmâ tendre et âexîble dee jennefi grene. En toof ceux qui ont entreprie de bouleverser e religieux et l'ordre soci^et d'anésutir toute» is divines et humaines, ont toujotirs et avant Tait conspirer leurs, conseils, leur activité et efforts à tromper et à dépraver la jeunesse, que, comme nous l'avons indiqué plus haut, ^ttent toute leur espérance dans la corruption mues générations.
'le négligez pas non pltls d'enseigner que la auce royale est couférée non-seulement pour le emement de ce monde , mais surtout pour la ction dé l'Eglise, et que rien ne peut être plus lageux et plus glorieux pour les aheSa des Ëtata rois que de se conformer aux paroles que notre lage et trôs-courageux prédécesseur saint Félix lit h l'empereur Zenon, de laisser l'Eglise ca- [ue se gouverner par ses propres lois, et de ne ettre à personne de mettre obstacle h sa liherté. . .
Il est certain^ en effét^ (|all eât dd leur intérèti toutes les fois qu'il s'agit deâ affaires de Dieu^ de suivre avec soin Tondre qu'il a prescrit, et de subordonner, et non de préférer^ la volonté îoyale à celle des prêtres du Chriât. »
Parmi les propositions condamnées parle BylldbuB qui suit on voit le& suivantes :
c II est libre & chaque homme d'ômbrosser et de professer la religion qu'il aui^a regardée comme vraie d'après les lumières de sa raison^
c lY, 24. L'Eglise n'a pas le pouvoir d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir direct ou indirect.
c 64. L'Eglise doit être séparée de l'Etat et l'E* tat de l'Eglise.
«74. Les causes matrimoniales appartlenn^iit à la société civile.
( 77. Â notre époque, il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'Etat, à l'exclusion de tous les autres cultes.
« 78. Aussi, c'est avec raison que^ dans quelques pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les étrangersqui viennent s'y établir y jouissent de l'exercice public dé leurs cultes particuliers.
« 79. Il est faux que la liberté civile de tous les cultes propage la peste de l'indifférentisme.
< 80. Le pontife romain peut et doit se réconci-
se mettre d'accord avec le prc^rès, avec le
sme, avec la civilisation moderne. >
i, qu'on De l'oublie pas, ce qui est non pas
vé mais condamné.
idérons maintenant l'effet de ce document
trois fractions du catholicisme en FraJice, aontanisme absolutiste , l'ultramontanisme et le g^licanisme dans ses diverses nuances [ moins colorées. Pas n'est besoin d'interro-
première tendance. Sa réponse est connue te. Ses acclamations eurent toute l'insolence notoire et d'une revanche. Les deux jourr Univers et le Mojide, abusèrent s^is rée l'avantage qu'ils venaient de remporter. Us it lapapauté couvrir leurs doctrines favorites, tionner tout ce système de tyrannie religieuse e qu'ils ne se lassaient pas de préconiser. Le l'Eglise déclarait en fait qu'eux seuls avaient mpris sa pensée, et que les apologistes de ition et des dragonnades étaient les vrais j de l'étemelle vérité.
econde fraction, le catholicisme libéral du }ondanty commença par courber la tête sous , en rongeant intérieurement son frein. La :nation pontificale l'atteignait en pleine poi- In n'a qu'à mettre en regard l'encyclique et ifeste de M. de Montalembert à Moines.
Ou le langage liumain n'est plus même l'équivalent des pensées qu'il doit exprimer, ou la contradiction entre les deux documents est aussi tranchée qu'il est possible. Le parti du Oorrespondant aurait dû conserver cette attitude du silence. Après tout une encyclique n'est pas un dogme, elle tolère des réseryes. Malheureusement l'évêque d'Orléans ne crut pas devoir user d'une prudence qui était en même temps de la dignité. Irrité de voir le parti que les ennemis de l'Eglise tiraient de l'encyclique, il écrivit une brochure pour établir que le saint-père avait parlé d'or, et qu'il n'avait condamné que la licence et non la liberté (1). Par une diversion qui ne manquait pas d'habileté, le fougueux prélat commençait par se lancer tête baissée dans la controverse poHtique, en discutant avec emportement la convention du 15 septembre 1864 entre la France et l'Italie, d'après laquelle l'occupation française à Rome devait prendre fin dans un prompt délai. Après avoir jeté feu et flamme contre im traité qui lui paraissait une trahison, il abordait l'encyclique et se livrait à mille subtilités d'interprétation pour montrer qu'il y avait un sens caché mais raisonnable aux anathèmes du saint-père. C'était coudre le drap
(1) La convention du 15 septembre et Vencycîique du 8 dé cembrey par Mgr l'évêque d'Orléans, Paris, Douniol. 1868.
nouveau au vieux drap du Vatican et rendre la déchirure plus grande, selon la parole de TEvangile. Nul artifice d'interprétation ne pouvait affaiblir la désolante clarté du texte ; tous les distinguo n'empêchaient pas que le coup ne fût positivement dirigé contre Mgr d'Orléans et ses amis. Tout le monde savait que son parti avait remué ciel et terre pour empêcher l'apparition de l'encyclique. Vouloir maintenant prouver qu'elle avait été faite pour leur satisfaction était un de ces tours de force qui deviennent ipaladroits par l'excès même d'habileté qu'ils réclamât. M. de Montalembert se garda bien d^entrer dans cette voie ; il se tut quelque temps^ puis il dé* veloppa exactement les mêmes pensées et les mêmes sentiments que par le passé, comme si l'encyclique n'avait pas paru. On peut se convaincre à quel point il était incorrigible, en lisant les belles pages qu'il consacra à la guerre de l'Amérique du Nord, et qui lui fournirent l'occasion d'adresser un nouvel hommage à la grande race anglo-saxonne et à la liberté politique et religieuse* néant des autorités officielles dans l'ordre intellectuel et moral ! ceux-là mêmes qui les respectent le plus, les traitent comme si elles n'existaient pas !
L'encyclique n'en troubla pas moins bien des consciences droites. Nous en avons une preuve trèsremarquable dans un livre que le Correipondant
lui-même n'a pas osé annoncOT, bien qu'il ait été écrit par im de ses collaborateurs, M. de Metz-Noblat, catholique séijeux, esprit large et élevé, qui exerce une grande influence dans le groupe bien connu des libéraux de Nancy. Ce livre est intitulé : V Eglise et VEtat, C'est un recueil d'articles sur la grande question des relations du temporel et du spirituel. L'auteur incline visiblement vers la séparation, sans se prononcer avec une parfaite netteté. Il termine l'ouvrage par une déclaration fort grave , qui est plus qu'une simple exposition d'idées, c'est le trouble même de sa conscience qu'il nous révèle en face des imprudences de la cour de Rome. H sait qu'il ne parle pas seulement pour lui seul et que ses scrupules et ses souffrances sont partagés par tous ceux qui dans le catholicisme ne font pas bon marché de leurs plus intimes convictions. De là l'importance de cette noble et loyale protestation :
€ Quelles seront les ressources du bataillon de zélateurs qui travaillera à réaliser plus ou moins prochainement la subordination du temporel au spirituel et le règne indirect de l'Eglise sur les peuples î S'il essaye de triompher de haute lutte, il se heurtera dès les premiers pas à des obstacles infranchissables. Les peut-il surmonter aujourd'hui î Non. Il ne réussit pas à se soutenir sur le terrain qu'il occupe. Eh bien, le lendemain d'une décision dog-
matîque, les obstacles seront plus grands encore, et il aura moins d alliés, moins d'auxiliaires, peut-être moins de soldats ; et il sera plus surveillé, plus enchaîné, plus attaqué. Dès lors sa meilleure arme sera la ruse. Il se verra réduit (il Test dès aujourd*liui) à demander la liberté pour TEglise, au nom de la justice, au nom du droit commun, en cachant ses arrière-pensées et ses visées définitives. Il lui faudra voiler le but afin de Tatteindre. Vaine habileté ! il y perdra Thonneur sans arriver au succès. La manœuvre est connue. Par les cent bouches de la presse, elle sera signalée et déjouée. Il en est déjà de la sorte à présent. Que sera-ce quand personne ne pourra plus dire : <«: Je suis catholique, et cepen- « dant je n'aspire point à établir la domination de € l'Eglise sur l'Etat? >
€ Affaiblir la cause de la liberté de l'Eglisôy fortifier le camp de ses adversaires, telles seraient donc infailliblement les conséquences de la transformation en dogme des opinions auxquelles l'encyclique Quanta cura rend, on ne saurait se le dissimuler, une partie de l'autorité qu'elles avaient perdue. Espérons que les choses en resteront là, et qu'une définition obligatoire ne rendra pas plus fâcheuse en-
core une situation déjà bien difficile. >
L'effet de l'encyclique fut très-considérable dans la fraction gallicane de l'Eglise. Tous les hommes
éminents qui lui appartenaient furent blessés au cœur ; leur doctrine particulière sur la non-infaillibilité du saint-père, tant qu'il parle en son propre nom, leur permettait de considérer Tencyclique comme une simple manifestation romaine, déplorable sans doute, mais ne liant pas les consciences. Toutefois, il eût été bien désirable que cette distinction fût faite avec quelque éclat, afin de neutraliser les fâcheux effets des déclarations pontificales dont Teffet était immense. Le gouvernement français avait trouvé un excellent moyen de. leur donner plus de retentissement, c'était d'en interdire la publication officielle, sous prétexte qu'elles heurtaient le droit public du pays. Cette interdiction, venant après que la presse par ses mille voix avait partout répandu l'encyclique, ne servait qu'à intéresser le sentiment Ubéral en faveur d'un document qui en était la condamnation insensée. L'Etat, en mettant sa main pesante dans cette affaire, trouvait le sur moyen de la compliquer et d'y introduire l'équivoque.
L'encyclique fut la goutte d'eau qui fait déborder la coupe pour l'un des représentants les plus éminents du gallicanisme libéral. M. Huet , demeuré seul sur la brèche depuis la mort de M. Bordas- Demoulin, avait bien de la peine à maintenir un accord quelconque entre son hardi libéralisme et l'Ë-
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