‹ Le concile du Vatican: son histoire et ses conséquences politiques etChapitre 6 sur 11 · FT · texte numérisé non relu

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— SS- II n'y a rien dans un tel projet qui soit épouvantable. Les mères de famille «ont libres d'envoyer ou de ne pas envoyer leurs filles à ces cours qui sont du reste entièrement neutres au point de vue religieux. Mais l'Eglise ne l'entend pas ainsi. EUe regarde l'éducation de la femme comme son bien propre et son domaine privé. La lui disputer, c'est à ses yeux un véritable attentat, une odieuse usurpation de pouvoirs. C'est ce qu'a bien senti l'épiscopat français. Aussi ^-t-il multiplié brochures et mandements pour dénoncer le noir projet de faire donner l'instruction laïque à ces jeunes filles qui, selon son expression, doivent être élevées sur les genoux de l'Eglise. Rien de plus pauvre que cette prose épiscopale qui ne sait que gémir et se prélasser en longs habita de deuil, comme la plaintive élégie. Malheureusement cette littérature mélancolique relève en général ses fadeurs par quelques dénonciations, et les hommes de liberté doivent payer les frais de ses larmes. Elle ne veut pas pleurer gratis.

Bientôt la, question particulière s'est élargie; ce n'est plus seulement l'enseignement des jeunes filles qui a été mis en cause, c'est l'enseignement universitaire tout entier. Un vaste mouvement de pétition a été organisé, toujours sur l'initiative de Tévêque d'Orléans, qui a mis le feu aux poudres par

sa brochnre des Âla/rmes de VipUcopat^ où il passe en revue tous les symptômes de matériaUsme qui l'inquiètent dans renseignement de nos facultés. Seulement, J>ar une étrange inadvertance, il inaugure une pétition qui réclame la liberté de Tinstmction en faisant appel à la surveillance et à la répression de TEtat contre les libres associations qui ont le tort de lui déplaire. Noua serions avec lui s'il réclamait franchement la liberté de Tinstructlon à tous les degrés. Nous sommes de plus en plus convaincu que si TEtat doit favoriser le plus possible la dissémination du savoir, ce n'est pas à lui qu'U appartient d'enseigner directement, parce que du moment qu'il enseigne, il doit avoir une doctrine soit pMosophique, soit religieuse, soit politique, et alors nous avons une religion, une philosophie, une histoire d'Etat. Nous sommes autant préoccupé que qui que ce soit de l'uivasion du matérialisme dans l'enseignement, mais c'est à la liberté seule à gué* rir les maux de la liberté. Qu'on fasse disparaître les monopoles, et alors il n'y aura plus de privilège pour aucune école. C'est tout ce que nous voulons. Le parti catholique veut bien autre chose. Il veut fermer la bouche à ses adversaires et se servir de l'Etat comme de son gendarme. Non content de demander la répression civile dans la pétition même où il réclame la liberté de l'instruction , il fait fa-

briquer d'autres pétitions contre les bibliothèques populaires qu'il veut trier à sa guise, car, à l'en croire, ceux-là sont des sophistes qui, comme M. Jules Simon, déclarent que Dieu n'a pas besoin d'être défendu par la loi : voilà le bout de l'oreille de ce libéralisme bâtard , oreille , du reste , fort dure, car il n'entend pas les restrictions qui détruiraient ses accusations dans les cours qu'il voudrait faire fermer d'office.On se souvient du ridicule dont a été couvert l'année dernière un certain docteur Machelard, qui faisait dénoncer au sénat une abomination [qu'il disait avoir entendue. Il s'est trouvé le lendemain que ce témoin fidèle était un sourd qui n'avait entendu que ses propres soupçons.

Rien de mieux fait pour discréditer la religion que la délibération soulevée au sénat par la fameuse pétition des pères de famille. D'abord le sénat est apte à conserver tout ce qu'on veut, excepté la religion. Il a beau avoir le banc des cardinaux, c'est un corps faiblement apostolique. Il a sans doute beaucoup d'expérience, celle que l'on acquiert au service de trois ou quatre régimes successifs, mais elle se concilie mal avec la ferveur de la foi. Toute cause religieuse, protestante ou catholique, portée au sénat, y fera triste figure. Les maréchaux qui confessent la divinité de Jésus-Christ en se tordant la moustache et en mettant la main sur la garde

de leur épée , produiront des effets plus comiques qu'édifiants. Quant aux cardinaux, j'en appelle à leurs discours ; est -il beaucoup d'amis de la religion qui n'eussent donné quelque chose pour qu'ils ne les eussent pas prononcés? Le seul résultat de ces débats contre le matérialisme et pour la vraie foi au sénat a été de fournir l'occasion à M. Sainte-Beuve de déployer fièrement le drapeau de la libre philosophie, et de mettre tous les railleurs de son côté. Succès facile en face de tant de maladresse. Le ministre de l'instruction publique s'est borné à plaider timidement les circonstances atténuantes, sans élever un instant le débat à la hauteur des principes. Il ne le pouvait pas, car il ne voulait pas plus de la vraie liberté que ses adversaires. Il n'a voulu qu'obitenir un ordre du jour qui ne change rien à sa situation.

De tous ces débats il n'est resté qu'irritation et malentendus ; la réaction antireligieuse y a seule trouvé son profit. Voilà ce qu'a amené la belle campagne ouverte par les évêques, dans un moment où l'encyclique suffisait pour discréditer le catholicisme et, par la même occasion, le christianisme, toujours confondu avec sa forme la mieux connue dans ce pays de la libre pensée.

Cette déplorable campagne du pétitionnement au sénat contre l'université ne doit pas nous faire per-

dre de vue Tétat réel des choses, qui est toujours une division protonde au sein du catholicisme français. C'est surtout h Paris que cette division se révèle. D'un côté sont les ordres religieux^ les maisons de jésuites dont la multiplication a été considérable dans le cours de ces dernières années, grâce à leurs incontestables succès dans l'enseignement et surtout dans la préparation aux. grandes écoles militaires du gouvernement. Il y a là autour de Téglise Sainte-Geneviève tout un monde religieux, souple, ardent, espèce de colonie romaine en plein Paris, qui maintient les traditions ultramontaines et absolutistes. A sa tête sont des mùnsignoH comme Mgr de Ségur, ancien oamérier du pape, qui a joué si longtemps le rôle de légat officieux, correspondant directement avec le Vatican , et donnant des renseignements sur la doctrine de ses supérieurs ecclésiastiques. Ce désordre a cessé, l'archevêque de Paris n'a plus toléré cette inquisition d'un subalterne. Il a également forcé l'entrée des maisons des iésùites qui voulaient se soumettre à son contrôle. Le parti de. ulanti trouve de puissants appuis dans le faubourg Saint-Germain, dans les grandes familles de l'aristocratie légitimiste. La tendance contraire est très-puissante à Paris' La faculté de théologie avec son savant doyen, Mgr Maret, évêque de Sura, lui appartient. Nous retrouvons la même

tendanôe à Tatclieyêché. Mgr Darboy eôt un des prêtres les plus savants et les plus éclairés du clergé actuel. Sa figure fine et expressive porte le cachet de la distinction et de Taustérité. Sa piété est pleine d'élan et rien n'est plus touchant que ses allocutions. Il a en horreur toutes les exagérations ultramontâmes. Il aime passionnément la France et sa grandeur, et gémît des absurdités qui compromettent l'avenir de la religion et l'esprit moderne. Malheureusement il cherche beaucoup trop son point d'appui auprès du pouvoir civih II ne se contente pas de lui montrer une grande déférence, c'est un ami du premier degré. Son discours lors de la première communion du prince impérial a dépassé la mesure du respect officiel pour le gouvernement. Voilà un côté de l'ancien gallicanisme qu'il faudrait à tout prix abandonner, car cette attitude dépendante nuit à la religion plus que les belles apologies ne la servent. Nous exprimons ce regret avec une entière franchise , au nom même de la sympathie que nous inspire un évêque si bien fait pour arrêter le courant des folies ultramontaines. Il a eu beaucoup h souflWr des soupçons dont il a été l'objet de la part des zelanti; tout le monde sait qu'à Bome il est très-mal vu. Sa distinction personnelle et son éloquence dissipent les préventions, quand il peut plaider sa propre cause auprès du pape , mais les

voix qui raccusent reprennent le dessus dès qu'il est parti. C'est qu'en réalité il y a incompatibilité foncière et radicale entre les deux tendances.

L'archevêque de Paris a amené à Paris ou du moins y a laissé grandir auprès de lui tout un jeune clergé instruit, éclairé, libéral, qui réserverait de beaux jours à l'Eglise de France, si le courant contraire n'était pas si fort et favorisé tous les jours par la plus haute autorité ecclésiastique.

La démarche la plus hardie de l'archevêque de Paris a été de faire monter dans la chaire de Notre- Dame le père Hyacinthe , qui a vraiment ramassé le manteau de Làcordaire et ramené sous la voûte de la grande basilique les plus beaux jours de l'éloquence religieuse.

Pour le moment nous parlerons de lui en faisant complètement abstraction de la démarche saintement hardie par laquelle il a quitté son ordre. Nous le prenons tel qu'il était, quand, il fut invité pari'archevêque à prêcher l'avent dans sa cathédrale. Le père Hyacinthe a apporté dans sa prédication un souffle généreux, une flamme ardente qui en a fait de suite une puissance, et une puissance de liberté. Né d'une famille universitaire, formé par de solides études classiques, il entra de bonne heure dans les ordres et se fît carme déchaussé. On reconnut de suite chez lui le don de la parole à un degré d'éminence qui le

plaça au premier rang. Dès qu'il apparut à Notre- Dame, ce fut un triomphe. Les foules pour l'entendre précédaient de deux heures le moment de la prédication ; il faisait passer sur elles ces grands souffles qui les soulèvent comme des flots. Sa physionomie est ouverte et intelligente; son organe est vibrant; il semble constamment soulevé par le mouvement de sa pensée et de son cœur, et, dans ses bons jours, il a une force d'entraînement vraiment incomparable. L'imagination du père Hyacinthe est belle et grandiose; jamais elle n'a paru plus éclatante que quand il a reproduit les scènes sublimes de l'Orient biblique. Il n'a guère abordé dans ses conférences que des sujets assez généraux, le Dieu personnel, la morale ihdépendantie , la société civile, la société religieuse. Ce qu'il y a eu de plus remarquable dans sa prédication, c'est une admirable largeur qui lui fait reconnaître et saluer la vraie piété en dehors de sa propre Eglise.

Un autre trait de cette prédication, c'est qu'elle était aussi peu sacerdotale que possible; le père Hyacinthe poussait hardiment à la pratique du sacerdoce universel dans l'enceinte de la famille. Il déclarait que le père et la mère doivent exercer la prêtrise domestique et que le grand malheur de l'Eglise actuelle, c'est que le peuple de Dieu a abdiqué cette charge auguste.

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estons le firagmènt suivant de la conférence de rhiver 1869 contre le pharisaîsme :

c Le pharisaîsme, sous son aspect profond, est donc l'aveuglement religieux, Taveuglement des prêtres dépositaires de la lettre et croyant la garder d'dih tant mieux qu'Us l'expliquent moins ; aveuglement qui porte sur tous les points du dépôt sacré ; aveuglement dans le dogme, prédominance de la formule sur la vérité; aveuglement dans la morale, prédominance de l'œuvre extérieure sur la justice intérieure; aveuglement dans le culte, prédominance du rite extérieur sur le sentiment religieuiu

€ Aveuglement dans le dogme. — Us ensei" gnaient la vérité, c Sur la chaire de Moïse se sont < assis les scribes et les pharisiens, disait Jésus- € Christ; croyez tout ce qu'ils disent, mais ne faites € pas ce qu'ils font. > Il n'y a pas d'idée révélée éclairée et vivifiant le monde sans un mot qui la contienne, lucerna verhum tuum^ Domine, t Ton « rayon de lumière , Seigneur, est là dans une lampe . > Mais si le mot se resserre, s'il enferme l'idée comme une prison étroite et jalouse, s*il l'obscurcit, s'il rétouffe, c'est le pharisaîsme. C'est ce que l'apôtre saint Paul appelait garder la vérité, mais la garder captive dans l'iniquité. C'est ce qui arrachait aux lèvres si douces du Sauveur Jésus cet anathème terrible : Vœ Doiis ! « Vous avez pris la clef de la

f science et vou» n*mtv^z pa^s, et tous ceux qui s'ef- € forcent d'entrer vous les en empêchez ; malheur € à vous ! »

c Dans la morale, c'est Tœuvre extérieure, c'est la multiplicité des pratiques humaines se posant, comme un poids tyrannique et méprisable, sur la conscience, et lui feisant oublier, dans des rêves malsains, qu'elle est une conscience d'honnête homme et une conscience de chrétien. Les pharisiens disaient à JésuB-Christ : « Pourquoi tes dis-

< ciples ne se lavent-ik pas les mains avant de c manger, selon la tradition des vieillards ? » £t le Sauveur leur répondait : « Pourquoi foulez-vous f aux pieds les commandements de Dieu pour gari der les commandements des hommes ? »

< Mais il n'y a plus le sentiment religieux, quand le cœur plie comme la conscience sous le poids des pratique» extérieures. « Ah ! vraiment, disait encore « Jésus-Christ , — car l'Evangile est plein de^ ces « choses, l'Evangile est la réprobation étemelle du « pharisaïsme,r— ahl vraiment, comme Isaïe le pro-

< phète a bien parlé de vous quand il a dit : Ce « peuple m'honore des lèvres et des mains, mais « son cœur est loin de moi. » G or auUm eorum longe e$tame.

< Arrière, hommes de la lettre; arrière, ennemis de tous les humains ! Adversantur omnibus homi-

B dit saint Paul. Et tous, Jésus, levezmon Sauveur et mon Dieu, tous qui n'avez i deux colères dans votre vie ! Jésus n'avait 1 colère contre les pauvres pécheurs; il s'ask leur table, et quand la femme adultère tomses pieds, rougissant de la honte et pleurant 38 remords, il la relevait, ne voulant pas i'ab- : € Va en paix et ne pèche plus ! » Il n'avait n plus de colère contre les hérétiques et les atiques ; il s'asseyait sur le puits de Jacoh, à 3 la Samaritaine, et lui annonçait avec le savient des Juifs, quia sains ex Judais est, l'ain en esprit et en vérité. Mais Jésus eut deux . : la colère, le fouet à la main, contre ceux ndaient les choses de Dieu dans le temple, olère, l'anathëme à la bonche, contre ceuz rvertissaient les choses de Dieu dans la loi. svez-voua donc, doux Agneau, dans vos pacicolères contre les ennemis de tous les homcontre les vrais ennemis du royaume de Dieu, eus et chassez-les du temple !

est ainsi que la synagogue a péri et que e chrétienne a surgi,

3US allons nous séparer. Messieurs, pour une encore; permettez-moi de vous prier, en ce tt, de vous unir à moi dans une consécration jyaume de. Dieu, à cette Eglise dont noua

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avons parcouru les parvis. Le christianisme n'est pas d'aujourd'hui ni d'hier; il n'est pas seulement de l'époque historique de Jésus-Christ et des apôtres; il est de David, il est de Moïse, il est d'Abraham, il est d'Adam, notre père, notre roi, notre pontife à tous. Eh bien, dans cette religion unique, dans cette Eglise dont la forme change, mais dont le fond est immuable, ah! Messieurs et, — permetmoi ce mot qui est dans mon cœur, — mes amis, mes frères, consacrons-nous, à l'exemple des prophètes, à l'amour et au service du royaume de Dieu ! Le royaume de Dieu est constitué définitivement dans le christianisme, dans l'Eglise catholique, apostolique et romaine ; mais cette Eglise , comme je l'ai dit tout à l'heure, doit aller toujours de forme en forme, de clarté en clarté, transformamur clantate in clariiatem^ jusqu'à ce qu'elle ait atteint, aved'humanité, l'âge de l'homme parfait en Jésus- Christ.

€ Oui, Messieurs, aimons l'Eglise dans tout homme et aimons tout homme dans l'Eglise ! Que m'importe sa condition? Riche ou pauvre, ignorant ou savant, omnibus deUtor sum, je suis leur débiteur à tous, dit saint Paul. Que m'importe sa patrie? Qu'il soit Français ou étranger. Grec ou barbare, omnibus dehitor sum^ je réponds avec saint Eaul : Je suis le débiteur de la barbarie comme de la civihsation.

Que m'importe, en un ecns, puur uuiittr i uumuit;, sa religion elle-même !

« Ah ! s'il n'est pas un fils de l'Eglise catholique selon le corps, selon l'unité extérieure, il l'est peutêtre, il l'est, je l'espère, selon l'âme, selon l'unité invisible. S'il n'est un fils de l'Eglise catholique ni selon l'âme, ni selon le corps, ni selon l'esprit, ni selon la lettre, il l'est du moins dans la préparation des desseins de Dieu ; s'il n'a pas l'eau du baptême h son front, j'en gémis, — mais j'y vois le sang de Jésus-Christ, car Jésus-Christ-est mort pour tous, ouvrant au monde entier ses grands bras sur la croix! Le monde est h Jésus-Christ, par conséquent le monde est à l'Eglise, sinon en acte, du moins en puissance. Laissez-moi donc aimer tous les hommes; et vous-mêmes, aimez tous les hommes avec moi, non-seulement en eus, non-seulement dans leur étroite et terrestre individualité, mais dans la grande communauté chrétienne, dans la grande communauté qui les appelle tous ! »

Une âme de grand orateur est comme une harpe éohenne, non pas inerte, mais frémissante et intelligente, qui vibre sous le vent qui souffle autour d'elle. Les conférences du père Hyacinthe ont été plus qu'une manifestation isolée ; elles révélaient un état d'esprit général dans le milieu oîi elles retentissaient. D'ailleurs, les colères qu'elles excitaient,

rinjurieia dédain que leur montrait V Univers ajoutaient encore à ce qu'on pourrait appeler leur valeur iaffmétriqm. L'abbé Loyson, frère du canférencier de Notre-Dame, porte dans la chaire de morale à la faculté de théologie de Paris un libéralisme très-net et très-apprécié.

Il est vrai que le père Hyacinthe était remplacé dans la chaire de Notre-Dame par le père Félix, qui y a prêché régulièrement jusqu'ici le carême. Le père Félix est la voix du jésuitisme, voix grêle, perçante, mais qui ne manque pas de flexibilité. Il met au service de la doctrine romaine un talent clair, précis, rompu au sophisme, capable de prendre bien des détours agréables pour revenir toujours aux mêmes génuflexions devant Tautorité papale. En 1868, il a fait deux conférences contre le protestantisme qui étaient pleines de fiel et d'injustice, résumant toutes les vieilles calomnies. Certes le contraste est grand entre une telle prédication et les généreux accents du père Hyacinthe ; mais ce contraste, c'est tout le catholicisme contemporain.

Nous aurions aimé aborder maintenant le chapitre de la -piété catholique. Il eût été d*un trèsgrand intérêt de retrouver sur ce terrain de la vie pratique les deux courants q<ii se sont heurtés sous nos yeux dans le domaine delà pensée et de TEglise. Nous aurions eu d'admirables figures à mettre en lu-

mîère, comme celles qui se détachent de l'un des livres les plus émouvants de ce temps, Les récits d'une sœur^ de Madame Craven, la figure si doucement poétique d'Eugénie de Guérin et ce jeune théologien catholique, l'abbé Péreyve, qu'évoquait dernièrement devant nous l'abbé Gratry, et qui est certainement l'un des plus nobles types d'un christianisme profond et fervent. D'un autre côté, nous verrions ces eaux si pures dans les hauteurs, s'altérer, se vicier et se mêler dans la plaine aux plus abjectes superstitions, telles que les prétendus miracles de la vierge de la Sallette et de la vierge de Lourdes, prodiges ridicules mais fructueux, dignes des prêtres charlatans du paganisme expirant. Nous aurions à insister sur le développement d'un nouveau culte qui a grande vogue aujourd'hui, je veux dire l'adoration de saint Joseph, qui grandit tous les jours, comme on peut s'en convaincre par toute une littérature de niaise dévotion. Voilà ce qu'il ne faut jamais oublier quand on cherche à connaître le catholicisme contemporain. Nous aurions pour guide dans cette étude si intéressante un excellent écrit : Sur V esprit et la lettre de h "craie piété^ de l'un des jeunes prêtres les plus distingués du clergé de Paris, M. l'abbé Michaud, qui proteste énergiquement contre tous les abus du pharisaïsme renaissant, contre tout ce qui énerve

et matérialise la vraie religion. Mais ce sujet est trop important pour que nous nous contentions de reffleurer. Nous avons voulu seulement montrer que les divisions catholiques sont vraiment générales et universelles et qu'elles portent sur la pratique comme sur la théorie.

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