LA. PREPARATION OU CONCILE
La bulle d'indiction date du 29 juin 1868, jubilé séculaire da martyre de saint Pierre, Les deux grands partis qui se divisent l'Eglise catholique, et qui sont aussi inégaux par le nombre que par la valeur intellectuelle et morale, espéraient y trouver chacun leur triomphe ou du moins leur avantage. Les libéraux essayaient de se persuader que l'Eglise aurait en quelque sorte ses états généraux, qui mettraient fin au règne absolu de la curie romaine. La papauté aurait pu profiter du grand concours d'évêques qui se pressaient à Borne à l'occasion du jubilé pour enlever d'acclamation la consécration de son infaillibilité. En réunissant un concile, ne semblait-elle pas reconnaître une autorité supérieure à la sienne, et qui seule était capable de légitimer son droit? D'un autre côté, les ultramontains, après avoir trouvé dans ces derniers mois l'épiscopat docile à toutes leurs prétentions, comptaient sur une victoire facile qui mettrait un terme définitif à d'in-
commodes résistances. On ne pouvait rien inférer de la bulle d'indiction, qui posait toutes les questions & la fois. € Le concile œcuménique, disait ce document, devra examiner avec le plus grand soin et détenniner ce qui convient en ces temps calamiteu^ï pour la plus grande gloire de Dieu, pour Tintégrité de la foi, pour la splendeur du culte, pour le salut étemel des hommes, pour la discipline et la solide instruction du clergé, régulier et séculier, pour Tobservation des lois ecclésiastiques, pour la réforme des mœurs , pour l'éducation chrétienne de la jeu? nesse, pour la paix générale et la concorde universeDe. > On peut appliquer à ce programme le mot fameux : tmt est dans tout. La curie romaine a eu soin d'en déterminer le sens. La Civiltà cattolica^ que Ton peut appeler le JôurTial officiel de la papauté depuis que la rédaction de ce recueil a été organisée en une espèce de congrégation par un bref du 12 février 1866, a trouvé que la franchise était cette fois ce qu'il y avait de plus habile. Le 6 février 1869, Torgane de la curie romaine indiquait, comme les points principaux qui devaient être soumis aux délibérations, l'infaillibilité du pape. Tassomption de la Vierge et la promulgation des doctrines du Syllaius. M. Fessier, le secrétaire désigné du concile, y ajoutait la question des rapports de TEglise et de TEtat, et du pouvoir temporel de la pa-
pauté. La Civiltà eattolica s'exprimait sur le Syllabus avec une netteté qui ne laissait rien à désirer. « Les catholiques libéraux craignent que le concile ne proclame la doctrine du Sylldbus. Les catholiques proprement dits, c'est-à-dire la grande majorité des croyants, ont l'espoir tout contraire. ^ Voilà qui est clair et sans ambages. — Le concile devait être, dans la pensée de ceux qui le préparaient, la condamnation sans appel du catholicisme libéral et de la société moderne. La CTt?f/^à ajoutait que l'on avait. lieu d'espérer que l'infaillibilité du saint-père serait non pas discutée, mais acclamée d'enthousiasme, et elle rappelait que les meilleurs conciles ont été les plus courts. Ces mots étaient significatifs et révélaient un plan, celui de supprimer le plus possible les débats et de réduire le concile à une vaine représentation. Nous verrons de quelle manière ce plan a été suivi, tout en étant contrarié à plusieurs égards.
Le premier fait à signaler dans la période de la préparation du concile est l'invitation adressée par le saint-père aux deux grandes fractions de la chrétienté qui sont en dehors du catholicisme. Une lettre apostolique fut envoyée aux patriarches d'Antioche, de Jérusalem et de Constantinople ; mais comme il s'agissait uniquement de venir à Rome faire acte de soumission, elle fut repoussée. L'Eglise grecque in-
7oqua ses traditions plus anciennes, et la Russie aurait pu ajouter qu'en fait d'autorité elle n'avait rien à envier à Eome, et qu'elle pratiquait scrupuleusement les doctrines du Syîlahus sur le devoir de persécuter Terreur. La lettre pontificale adressée aux Eglises protestantes les sommait également de faire pénitence pour leur révolte passée. Il s'agissait de reconnaître la primauté du saint-siége, ^ et non pas de dél^attre librement en concile les questions controversées, comme l'avaient fait à Nicée les ariens. Ces Eglises étaient citées à la barre d'un tribunal pour y être acquittées après amende honorable. Déjà les protestants s'étaient abstenus de paraître à Trente , où on leur offrait pourtant un semblant de discussion. Il est vrai qu'on leur promettait le sauf-conduit de Jean Huss. Au dix-neuvième siècle, ils n'avaient pas à craindre de semblables équivoques, mais, prêts à entrer dans un débat sérieux, ils déclinaient une invitation dérisoire, qui les supposait déjà gagnés d*a,vance. Le saint-père, dans sa lettre d'invitation, leur demandait de c reconnaître quelle influence fâcheuse exerce sur la société la discorde née des principes de l'antagonisme religieux, > et leur rappelait c les révoltes déplorables, les désordres et les troubles dont le fléau a visité les peuples schismatiques. » L'argument parut faible à la libre Angleterre et à la grande république
américaine ; û ne fut pas considéré comme beaucoup plus fort par rAUemagne protestante, surtout au lendemain de la révolution de la dévote Espagne.
Le refus des Grecs et des protestante les mettait en dehors de la préparation du concile, du moins au point de jvue religieux ; néanmoins leurs gouvernements auraient pu se croire politiquement intéressés à s'en préoccuper. Ils ont pensé avec raison qu'il valait mieux attendre Tévénement. La Bussie, quia mérité Tindignation du monde en persécutant les catholiques de Pologne et en tolérant rincorporation en masse des luthériens de la Livonie h la religion grecque, h la suite dindignes menaces, n'a pas même d'ambassadeur h Rome. L'Angleterre n'y a pas de ministre officiellelnent reconnu, bien qu'elle y fût représentée par un spirituel diplomate, M, Odo Russell, qui connaissait mieux que personne les choses romaines, La Prusse est obligée d'y avoir une ambassade à cause des provinces rhénanes; mais sa seule démarche h l'égard du concile a été d'envoyer un très-beau tapis pour la salle des séances, aimable attention qui ne l'engage nullement à s'y agenouiller pour faire l'obédience. Les Etats-Unis d'Amérique ont une légation à Rome, mais je les soupçonne d'en faire un poste de plaisance et de repos pour leurs hommes d'Etat fatigués. Quelles affaires peut avoir aûprèd de la papauté le pays clasgique de
la séparation de TEglise et de TEtat ? Il n'en est pas de même de TAutricbe, de l'Espagne, de lltalie çt de h France, puisque U majorité de leur population appartient au catholicisme. Cependant aucune de ces grandes puissances n'a voulu être représentée m concile, du moins h son ouverture. Plus taid il s'est opéré, comme nous le verrons, un revirement dans la politique de quelques-unes d'entre elleg, revirement qui, heureusement, n*a pas été suivi d'effet. I^e royaume italien et l'Espagne avaient d'excellentes raisons pour ne pas braver de trop prèe l§s foudres pontificales dirigées contre les détentenrfî des biens de l'Eglise. Quant à l'Autriche, elle av^t as^ez h faire de dénouer les liens du concordat, qui a feilji lui coûter l'existence nationale. La France, après, quelques tergiversations, a jugé opportun de décliner toute responsabilité dans un concile où elle ne pourrait rien empêcher, et où il lui serait désagréable d'assister, dans la personne de son ambassadeur, h la condamnation de son droit public. CoiRme Va très-bien fait remarquer M. Emile Ollivier dftfls son discours du 8 juillet 1868 sur l'assemblée du Vatican, cette abstention des pouvoirs ciiils marque le progrès des temps et l'invincible courant qui porte à la sépaf atiou des deux pouvoirs. Non-seulement les Etats catholiques no se sont
présenter au concile à son ouverture, maw telques mois ils ont évité avec soin de peser acuneftçon. LeprincedeHohenloheabien ns l'été de 1869, d'organiser une entente ouvernements européens pour exercer une ion préventive sur les résolutions ai graves ! les ultramontains poussent le concile en iant de consacrer le Syîlahus et l'infeilliificale, et de réduire ainsi à néant toutes lions avec les gouvernements de l'Europe Le chef du cabinet de Municli remarquait 1 que l'assemblée du Vatican, en entrant voie, sortait de la sphère religieuse, et meaix des états ; il a rédigé, pour les facultés les de la Bavière, une sorte de questionnaire ingements politiques qui pourraient résul- 'oclamation du nouveau dogme. Il n'a obles réponses ambiguës, embarrassées, qui bien que de graves modifications seraient mais sans rien préciser. Sa circulaire aux nents n'a eu aucun résultat. Le général Mest borné à déclarer que le royaume italien tout ce qui serait contraire à sa constituunistère français, interpellé au sénat, au nvier 1870, a répondu qu'il attendrait de les résolutions du concile pour s'tdarmer, 1 tout cas il respecterait la liberté de l'E-
glise sans renier le droit de l'Etat. Nous étions à ce moment bien loin du gallicanisme des anciens temps ; il est regrettable qu'on se soit dès lors écarté de cette voie et qu'on ait oublié qu'il ne servirait plus à rien, car dans une époque de publicité universelle, l'interdiction de la publication des bulles n'aurait aucun sens. Les appels comme d'abus n'empêchent nullement l'épiscopat ultramontain de diriger l'Eglise à son gré. Le gouvernement français, qui ne peut rien chez lui coutre l'ultramontanisme , pouvait l'entraver à Rome, car c'est la France qui montait alors la
garde autour de Saint-Pierre, et qui rendait possible par sa protection armée, tout ce qui serait décidé et fulminé contre la société que nos soldats représentent. Touchante longanimité , qui non - seulement tend la joue gauche après la joue droite au soufflet pontifical , mais encore soutient la main débile qui l'applique. Cette charité plus que sublime n'était pas du goût des minorités religieuses, qui se voyaient obligées bien malgré elles d'acquérir des mérites contre lesquels proteste leur conscience.
Si des gouvernements nous passons aux diverses Eglises pour suivre le mouvement des esprits religieux à la veille du concile, nous verrons se produire des tendances bien tranchées et même très-opposées. Laissant de côté pour le moment Rome et la papauté, recueillons les principales manifestations faites par
les deux grands partis qui diviBent le catholicisme au moment où ils se préparaient au solennel et décisif rendez-vous du Vatican. Le parti ultramontain s*est tout de suite montré plein d'un arrogant espoir; il se savait en majorité considérable et de plug en parfaite harmonie avec le saint-siége. L'O' rient tout entier, avec ses vicaires apostoliques sorti» du collège de la Propagande, lui appartenait. Cea hommes simples et dévoués, sans grande instruction et «ans indépendance, ont le onlte de la pa« pitnté, L'Afrique du Sud valait TOrient à cet égard. Bien que le catholicisme aux Btats-Uma ait ^u pe pliei» avec une admirable souplesse aux Ppea ijilïfeittttions, bien que Im quelques évêquea nép lu? k aol di la république soient tous libémui m politi' que, plusieurs d'entye eui^ ont donné des gagea h Tultramontanisme, qui compte également sur les évêques irlandftisi Cependant une portion du clergé américain a réclamé Ift liberté de rSglise vis-fe-vis des pouvoirs civils ; cette manifestation it fait concevoir des espérances exagérées sui* ses dispositions, car il est certain que la mîTOrité geule avait parlé. L'Eglise catholique de la Grande-Bretagne est presque entièrement gagnée au parti papal ; la fraction irlandaise, qui a su maintenir son indépendaape dans une glorieuse pauvreté en repoussant tout salaire de TEtat, est plus fanatique qu'éclairée. Elle a
les ardeurs d'une mmorité longtemps persécutée, et la grande mesure réparatrice qui vient d'illustrer le ministre Gladsto&d ïC^ pas réussi à la calmer. i;Eglise catholique anglaise proprement dite est poussée au:s^ extrêmes par un double motif : elle est séparée du culte national, en outre elle est essentiellement une église de coni^^rtis, sans avoir d'ailleurs aucune chance d'entamef le roo anglo-saxon. Son représentant le plus distingué, Tarchevêque Manning, est un ancien ^WiW d'Oxford. L'un des pre^ miersil a levé le drapeau de rintalUihilité pontificale dans un manifeste qui a fait sensation et donné le ton au parti. Les luttes passionnées dont la Bel^ gique est le théâtre entre les catholiques et les libéraux ont jeté la majorité des premiers dans Tultramoutanisme le plus fongueux. Mgr Deschamps, a lui aussi, publié sur rinfaillibilîté du saiut-pôre un écrit qui Q eu un retentissement considérable ; il a contribué à dessiner les positions avant le concile j Grenève a fourni au même parti Tun de ses orateurs les plus agréables, couvrant de fleurs les doctrines absolues; c'est Mgr Mennillod, éyôque d'Hébron, qui est tout eusemble ultramontaip et radical, toujours aimable et onctueux. Les ultramontains d'Italie sont, des hommQs d'action qui Re savent ni parler ni écrire ; avec leurs coufrères d'Espagne, ils représentent au concile ces moines utiles qui, au dite de Pascal, rem-
placent les raisons pour les autoritaires à bout d'arguments.
Le contingent ultramontain venant de France avait une bien autre importance ; il avait pour lui le nombre, car depuis le commencement du siècle Tancien gallicanisme a de plus en plus perdu de son crédit. La plupart des séminaires appartiennent à la tendance papale. Saint-Sulpice se défend encore quelque peu au nom de ses glorieuses traditions. Mais comment lutter contre ce journalisme furibond qui reprend tous les thèmes de la Civiltà cattolica^ les dépouille de leur lourde enveloppe scolastique et les taille en quelque sorte en flèches acérées, trempées dans ce fiel dévot qui est le fiel le plus amer et le plus pénétrant. L* Univers mdM organisé en faveur du concile une souscription à grand fracas, qui n'était qu'un moyen d'agiter l'opinion. « sainte Vierge, s'écriait un souscripteur, le pape vous a proclamée immaculée, faites qu'il soit infaillible ! » C'était une heureuse application de la loi des échanges, donnant^ donnant. Au moment du départ pour Rome, les mandements ultramontains se sont mis à pleuvoir comme grêle. Plusieurs évêques ont transformé leurs adieux en scènes pathétiques; ils se sont fait remettre en grand apparat des adresses quiles suppliaient de pousser à la proclamation de l'infaillibilité du saint-père. Reconnaissant une voix du ciel dans ce qui n'était que
Técho de leur propre pensée, ils ont promis de se conduire à Eome en courageux confesseurs. Rare courage, en effet, que celui qiii consiste à acclamer l'absolutisme et à le pousser à ses derniers excès !
Le catholicisme libéral a bien des degrés. S'il compte des adhérents dans tous les pays, même en • Angleterre et en Belgique, il n'est nulle part aussi décidé, aussi hardi qu'en x\llemagne. On n'habite pas impunément cette terre classique de la libre science. Le génie de la race se plie difficilement au joug, du moins dans le domaine de la pensée, cai^ l'Allemagne s'est souvent montrée trop docile dans la vie politique. Le contact avec les grandes Eglises de la Réforme a été très-salutaire au catholicisme gennanique, qui, loin de s'enfermer dans ses séminaires comme dans une citadelle d'obscurantisme , s'est mêlé à la vie universitaire, si indépendante en Allemagne. A Munich, à Tubingue, il a eu ses écoles, illustrées par des travaux considérables. Il a pu revendiquer pour Jes hommes comme Hœfele et Mœhler une place distinguée dans la phalange des grands théologiens du dix-neuvième siècle. L'ultramontanisme ne trouvait pas les conditions favorables pour se développer sur cette terre de la science large et profonde et de la piété mystique ; il parvenait sans doute à s'y établir, mais il n'y exerçait aucune prépondérance, si ce n'est dans quelques con-
trées de T Allemagne du Sud. Dès que la bulle d'indîcÔon du concile parut avec le commentmre et le programme de la Gimltà cattaîica^ la résistance aux prétentions' des jésuites commença de s'organiser. Au mois de juillet 1869) la Gazette as Cologne publiait le manifeste dit des catholiques aliemands^ qui faisait entendre des bords du Rhin les vœux des laïques pieux et distingués. Voici en substance ce qu'ils réclamaient avec autant de modération que de fermeté au nom des plus chers intérêts de l'Eglise: < Si dans un concile général les évêqueaont seuls le droit da délibérer, les pensées et les désirs de tousles membres de l'Eglise doivent être pris en considération ; les latfques peuvent aussi bien que les prêtres avoir de l'influence sur les décisions d'un concile. Les laïques ultramontains n/e se font pas faute de cette intervention dans des journaux passionnés qui parlent' certes assez haut. Ce parti n'a-t-il pas à Borne son organe dans la Cifnità cattoliea^ qui tend résolument & la réalisation de ses plans? Et nous n'aurions pas le droit de dire : % Nous ne partageons pas ces vues et ces espérances ; nous les combattons au Contraire de toute notre énergie! > Les catholiques allemands insistent sur ces quatre points. Ils demandent que l'Eglise renonce et toute force politique, que les deux grands pouvoirs se meuvent chacun dans sa sphère , et qu'on en finisse et jamais
avectout ce qui rappelle la théocratie du moyen âge. c Bien, disent-ils, n'éloigne pins de TEglise les esprits que la crainte d'un régime qui mettrait la violence au service de la religion. L'Etat n'est îamais plus chrétien que lorsqu'il reconnut la nécessité de s'arrêter aux limites de Tordre naturel et de ne pas empiéter sur Tordre surnaturel, en laissant pleine liberté à la conscience et à la religion. » Le second point réclamé est que TEglisfe prenne une position normale vis-àrvis de la culture intellectuelle et de la science; il est temps de mettre un terme à de vains et dangereux anathèmes» Le troisième point est la participation des laïques h la vie de l'Eglise, la préoccupation des souffiranc.es du peuple et la nécessité de nouveaux efforts pour ramener les frères séparés. Enfin les catholiques de C!oblentz réclament la suppression de 'l'inde:^ romain, lequel rendrait impossible la discussion éclairée et impartiale avec les adversanres du christianisme.
Le manifeste de Cologne fut suivi d'une série de lettres insérées sous le pseudonyme de Janus dans la Gazette d'Augsbowrg. Ces lettres ont été réunies en volume. On en attmbue l'inspiration, sinon la composition, au célèbre chanoine Dœllinger, qui a pris la tête de résistance au parti ultramontain. Savant illustre, théologien et historien de premier ordre, M. Dœllinger a le droit d'élever la voix dans
lise, car il lui a rendu d'immenses services
travaux d'histoire et de controverse. Dans rrage sur le pouvoir temporel des papes,
1858, il déclarait sans détour que ce pouit le talon d'Achille du catholicisme. Dœllînun écrivain nerveux, éloquent, et jouit dans s de la plus juste considération. S'il n'a pas ;wîw, il l'a du moins confirmé par ime bronergique publiée à Ratisbonne, à la veille ile, sous ce titre : Considérations proposées mes du concile sur la question de î'infailli- B fape. C'est un résumé vif et substantiel sa de \a.GauUe d'Augslourg. Timwseatl'acte ition le plus formidable qui ait jamais para El curie romaine, car il retrace son histoire, nte un tableau complet de ses usurpations s fraudes. Qu'on en juge par ce fraê:ment de ;e :
is avons écrit sous l'impression d'un danger C[ui menace tout d'abord l'Eglise catholique lation intérieure; mais, — et il ne peut en ■ement en présence d'une organisation qui s 180 millions d'hommes, — ce danger prend rastes proportions encore, et, se tranafor-
un grand problème social, il menace égaes associations ecclésiastiques et les nations
de l'Eglise catholique.
« Ce danger ne date point d'hier, et n'a point pris naissance avec la convocation du concile. Depuis vingt-quatre ans déjà, le mouvement rétrograde a commencé à se faire sentir dans TEglise catholique, et aujourd'hui, comme une maréemontante, il cherche, àTaide d'un concile, à envahir l'Eglise entière et à en absorber toute la force vitale.
€ Nous, — et il faut entendre ce pluriel, non dans un sens figuré, mais au pied de la lettre, — nous reconnaissons, en ce qui concerne l'Eglise catholique et sa mission, appartenir à cette opinion que nos adversaires nomment libérale. Nous partageons les vues de ceux qui tiennent une réforme générale et décisive de l'église, ou immédiate ou différée, pour aussi nécessaire qu'inévitable.
«Pour nous, l'Eglise catholique ne s'identifie nullement avec le papisme : d'où il suit que, malgré la communauté ecclésiastique extérieure, nous sommes au fond profondément séparés de ceux dont l'idéal ecclésiastique est un empire universel régi par un monarque spirituel et, s'il est possible, temporel, — un empire de contrainte et d'oppression, dans lequel le pouvoir séculier prête son bras aux dépositaires de la puissance ecclésiastique pour réprimer et étouflPer tout mouvement désapprouvé par elle.
« Nous ne nous dissimulons pas que plus d'une voix reprochera aux auteurs de ce livre de nier la
papauté jusque dans ses fondements. Le nombre est grand) en effet, de ceux pou^r qui ce mot biblique n'a plus de sens : mêliùlit êftvU vulnera diîigentis^ ptam fraudulenta omUa odiêntis. Ceux-là se refuseront à comprendre qu'on puisse aimer et honorer une institution en même temps qu'on en dévoile les imperfections, qu'on en dénonce les vices, et qu'où en signale de propos délibéré Faction pernicieuse. Dans leur opinion, on devrait taire avec soin des choses de cette nature, ou tout au moins ne les mentionner qu*en les excusant. Il y a longtemps qu'on a inventé pour ce déni de devoir l'expression de piété..*
« Nous estimons au contraire que notre piété se doit avant tout à Tiùstitution divine de l'Eglise et à la vérité, et c'est précisément eette piété-là qui nous incite à nous élever franchement et sans détours contre toute transformation et altération de l'une ou de l'autre. . . Qu'il nous soit permis d'invoquer, comme preuve . qu'ici nous n'agissons que dans l'esprit de l'Eglise, deux sentences, dont Pune émane d'un pape et l'autre d'un saint vénéré. Innocent III dit en effet : Falsitas sub vtlamine sanctitatk tôlemri non débet. Et saint Bernard déclare : Melius est ut scandalum oriaùar, qmn veritasreliTiquatur. >
Un livre plus hardi emwreque /anus l'a suivi de près, il est intitulé : Réforme de V Eglise romaine
dms sa tête et dane ses meTnbreSy tâche du prochain concile (1). L^auteur s'occupe moins du passé que âe Tavenir; il évite tous les mots irritants. Il se contente de caractériser en quelques traits rapides et précis la situation dans laquelle le romanisme jésuitique a mis TEglise ; puis il indique lesrenièdes que réclament des maux si graves.
« Mon livre, dit Tauteur, se produit comme la libre parole d*un Allemand qui porte en son cœur les intérêts du catholicisme. Cette parole réclame la réîforme de l'Eglise catholique dans sa tête et dans ses membres, la guèrison Ses maux dont Tafflige la curie romaine. Celle-ci a blessé à mort TEglise par la centralisation de tous les pouvoirs ecclésiastiques à Eome, par ses appels sans cesse renouvelés à la force matérielle pour soutenir des décrets ecclésiastiques, par son obstination à maintenir des principes sociaux en opposition avec toutes les idées et les besoins du temps; elle a exclu les laïques de toutç participation à la vie de TEglise et maudit toute science qui ne reçoit pas ses consignes. C'est ainsi qu'elle a déshonoré le catholicisme en présentant l'Eglise comme une institution de police dans Tordre social et une puissance de ténèbres dans Tordre intellectuel. »
(1) Reform âer rômiscken Kirche in Haupt und Gliedern.
L'auteur rappelle en finissant ce mot de saint Ambroise : c Rien n'est si dangereux auprès de Dieu, si honteux auprès des hommes pour un prêtre que de ne pas dire librement son sentiment. » C'est le pur amour de la vérité qui le fait parler, et son unique désir est de c ranimer sur la terre ce feu que le Christ y a allumé pour dévorer l'erreur et le mal. :»
Ces manifestations précédèrent la fameuse déclaration deFulda, signée par vingt évêques allemands. Celle-ci était tenue à une grande modération de langage, on peut même dire qu'elle l'a exagérée. Cependant la pensée des évêques signataires n'est pas douteuse; au fond, ils protestent contre tout ce qu'on prépare à Rome, mais ils usent de l'artifice imaginé par les grands de la cour de Perse pour donner des avis à leur souverain. Ces seigneurs n'avaient trouvé rien de mieux que de le louer pompeusement des qualités qu'ils lui souhaitaient et qui lui manquaient. « grand roi, que vous êtes généreux ! :& lui disaient-Us quand ils le trouvaient avare. C'est ainsi que les évêques de Fulda, qui craignent à juste titre que le concile ne fasse de nouveaux dogmes , qu'il ne condamne la société moderne, et qu'il n'ait pas la liberté suffisante, ne se font pas faute de dire dans leur adresse : «Jamais un concile œcuménique ne pourrait formuler un nouveau dogme
qui ne serait pas contenu dans la sainte Ecriture et dans la tradition apostolique. Jamais un concile œcuménique ne pourrait formuler des maximes qui seraient en opposition avec la justice et le droit de l'Etat, avec les vrais intérêts de la science et de la liberté légitime. Rien n'est moins fondé que la crainte que le concile manque de la liberté nécessaire à ses délibérations. > Pour des lecteurs de la Civiltà cattolica^ le tour est ingénieux ; mais quelque habile et révérencieuse que soit l'adresse de Fulda, le sens en est clair : elle prend nettement parti contre Tultramontanisme et son programme,
L'Eglise catholique hongroise a conservéun esprit trèfr-Iibéral. Elle est plus décidée qu'aucune autre à repousser les pretentions.de la curie. Qu'on en juge par le ferme langage que tenait cet été l'un de ses membres les plus distingués à un congrès catholique réuni à Pesth :
« Le monde catholique est à la veille de grands événements. Ne dissimulons rien et disons ouvertement ce que chacun sait. Le monde catholique est divisé en deux grands partis : l'un, libéral, qui veut marcher d'accord avec l'Etat moderne, — l'autre , ultramontain, qui a horreur de la Uberté de penser la plus timide. J'ai l'intime conviction que les représentants catholiques hongrois réunis dans cette assemblée, animés par la foi religieuse et l'amouï
de la patrie, n'oubliant pas que leurs travaux intéressent TEglise et le pays, — que l'histoire les jugera un jour, se prononceront sans hésiter en faveur des idées catholiques libérrJes.
f « L'Evangile n'est nullement ennemi du libéralisme ; bien plus, comme source de l'amour éternel, comme rayon de la lumière divine, il est le libéralisme même. Le congrès, je l'espère, exprimera hardiment et nettement cette idée, et ses membres, par tous leurs actes, prouveront qu'ils entendent servir l'Eglise et la patrie en la popularisant. Aucun d'eux ne voudra soutenir le parti qui, cherchant à s*identifier avec l'Eglise, s'efforce de prouver que celle-ci est l'ennemie jurée de l'état moderne et conduit ainsi le catholicisme à sa perte. »
Dans le tableau tracé, dit-on, pour le saint-père, afin qu'il put d'un coup d*œil se faire une idée de l'esprit des diverses églises, le Portugal était mis à côté de la Hongrie comme appartenant au parti de la résistance libérale. Nous ne savons pas bien quelle place y occupait la France. Si l'on compte les suffrages, elle doit être marquée de blanc; si on les pèse, elle doit être très-mal classée sur ce fameux tableau, car il est certain que l'élite morale et intellectuelle de son haut clergé appartenait à la tendance libérale, à commencer par l'archevêque de Paris, vrai fils de la France moderne qui avait mérité la haine de la curie
romaine. On a lu cette fameuse lettre où le pontife lui reproche sa soumission aux lois de son pays avec non moins d'acrimonie que sa résistance à Tabsolutisme romain. Mgrrarchevêque de Paris s'est exprimé très-modérément sur le concUe, mais sa personne même valait un mandement libéral. La faculté de théologie delà Sorbonne est demeurée fidèle à ses glorieuses traditions. Nous nous bornons h mentionner pour le moment le livre si remarquable de son doyen, M^révêque deSura, sur le conciU général et la paix religieuse. Le mandement d'adieu de Mgr Dupanloup a été pour le clergé français ce qu'a été le manifeste de Fulda pour l'Allemagne . En prenant aussi nettement parti contfe l'opportunité du nouveau dogme, l'évêque d'Orléans a eflfacé aux yeux de Rome tous les servic6s qu'il avait rendus, spécialement dans la campagne relative au pouvoir temporel. Ni l'âge, ni de cruelles souflErances n'avaient pu amor- . tir l'ardeur 4e M. de-Montalembert; il s'est montré à la veille du concile l'un des plus vaillants dans son parti, et très-certainement le plus hardiment libéral. On s'en est bien aperçu en Usant la lettre qu'il a envoyée aux catholiques allemands pour souscrire à leur prograinme. Pour M. Arnaud de l'Ariége, qui combat depuis longtemps la papauté temporelle, le dogme de l'infailUbilitô est une prétention injustifiable \ il montre dans son livre sur
la ritolution la profondeur de l'abîme es docteurs du Cfesii et les encycliques iété moderne et l'Eglise. H établit qu'il possible de réconcilier le christianisme moderne, aussi long^mps que l'Eglise mie à l'Etat et qu'elle sera un établis- .ique. Cette confusion était le trait disiganisme, qui ignorait le respect de la larce qu'il ne connaissait pas le Dieu i nos jours elle vient tout compromettre,
et en enrôlant la religion au service de e, elle détourne d'elle tous les cœurs gé-
grandes pensées sont développées pw !t par l'histoire avec une rare vigueur
L'auteur n'hésite pas à dénoncer la mijque de la cour de Rome, surtout à la icile.
ient ce prétendu divorce? Pourquoi ble-t-elle avoir perdu « ce discernement 13 de son époque et cette puissance de ment qui lui ont valu pendant dises sa longévité sans exemple ! » Queln radicale se serait-elle opérée dans la 'humanité î Le grand mouvement de la lurait-il subitement changé son cours!
■on pas le supposer quand cette Eglise, 'initiatrice de tous les progrès, s'est
arrêtée tout à coup, n'ayant plus que des anathèmes à lancer contre le monde moderne ?
« Que ceux qui poussent TEglise dans cette voie de réaction le sachent bien, il ne s'agit plus de tendances confuses et d'impatiences désordonnées, où rincrédulité religieuse se mêlait si bien, au besoin de réformer l'ordre politique que le clergé pouvait s'y méprendre ; il s'agit de principes politiques qui se définissent nettement, d'un droit social nouveau qui prend possession du monde entier, après avoir eu sa première manifestation en France ; ce n'est plus le rêve de quelques utopistes, c'est un fait et un fait indestructible.
« Depuis trois siècles que s'est accusée cette scission entre l'Eglise se faisant la complaisante servile des gouvernements absolutistes pour assurer sa propre domination, et la société laïque prenant conscience de son droit, les peuples que vous anathématisiez parce qu'ils voulaient se faire libres, n'ont cessé de ' marcher et de grandir. Ceux que votre influence retenait dans le vieil ordre politique sont restés comme frappés d'impuissance.
« Qu'avez-vous fait de l'Autriche? N'avez-vous pas votre part de responsabihté dans l'écroulement soudain de cet empire que l'on supposait indestructible par l'effet de cette imposante unité qui faisait
de ses institutions et de se^i croyances un système
indivisible? La veille encore de son grand désastre, n'aviez-vous pas cru consolider les fortes assises en renouvelant par un concordat le pacte autilibéral entre Tautel et le trône ?
€ Qu'avez-vQus fait de Tltalie, de cette Italie où il semble que la nature ait voulu accumuler tous les dons et toutes les aptitudes de la race humaine, et les peuples de toute la terre apporter le tribut de leurs puissances intellectuelles et morales ? La morcelant en mille pièces, pour vous y ménager un trône, vous avez rendu stériles ses grands siècles, les plus splendides de Tbistoire ; vous Tavez livrée en proie à l'étranger; vous avez laissé s'enraciner dans son sein la plaie hideuse du brigandage ; ce berceau de la civilisation est devenu entre vos mains la terre des morts ; et lorsque enfin lltalie sort de son sépulcre, au lieu de lui dire, comme le Christ à Lazare : Lève-toi et marche, vous condamnez sa renaissance.
« Qu'avez-vous fait de TEspagne ?
« Ainsi, non-seulement VEglise ne dirige plus les destinées des peuples, mais elle se pose devant eux comme une digue. Partout où la révolution s'affirme, surgit la même question r Pour marcher, faut-il rompre avec l'Eglise ? Il en résulte, dans le réveil de tous les peuples, un malaise, des troubles intimes, des çris^ violentes, des découragements
momentanés, crises, découragements, malentendus, rappelant avec des nuances diverses les phases qui ont caractérisé la révolution française,
€ Cette vue distincte nous soutient. Plusieurs déjà, qui étaient nos compagnons de route parmi les plus chers, se sont lassés de l'attente, indignés des résistances opiniâtres et injustes \ à leur tour, croyant que le divorce était irrévocable et qu'il fallait opter entre les deux puissances, ils se sont séparés de Tunité catholique; et la plupart, entraînés par la logique de leur première rupture, après avoir quitté l'Eglise, ont bientôt quitté le Christ au nom de la libre pensée et de la raison affranchie. >
Le fait le plus important de cette période de préparation a été Véclatante rupture du père Hyar cinthe avec le romanîsme. Depuis longtemps déjà l'incompatibilité entre sa tendance et celle qui prévaut à Borne s'était manifestée. Ses premières conférences avaient été trop admirées de tous les esprits généreux pour ne pas exciter un grand scandale au foyer de l'ultramontanisme. Les inquiétudes sur son compte, un moment calmées par sa présence à SoHie, s^étaient ravivées pendant l'automne de 1869, à la suite de ses conférences sut l'Eglise dans lesquelles il avait si énergîquement attaqué tout ce qui est aimé et prôné autour du Vatican. 11 avait bien trouvé un retour de bienv^lance dans son entrevue
* cœur, maïs dans les menées d'un parti tout-puîssant à Eome, vous accusez ce que vous encouragiez, vous blâmez ce que vous approuviez, et vous exigez que je parle un langage ou que je garde un silence qui ne seraient plus l'entière et loyale expression de ma conscience.
« Je n'hésite pas un instant. Avec une parole faussée par un mot d'ordre, ou mutilée pat des réticences, je ne saurais remonter dans la chaire de Notre-Dame. J'en exprime mes regrets à l'intelligent et courageux évêque qui me Ta ouverte et m'y a maintenu contre le mauvais vouloir de^ hommes dont je parlais tout à l'heure. J'en exprime mes regrets à l'imposant auditoire qui m'y enviromiait de son attention, de ses sympathies, j'allais presque dire de son amitié. Je ne serais digne ni de l'auditoire, ni de Tévêque, ni de ma conscience, ni de Dieu, si je pouvais consentir U jouer devant eux un pareil rôle !
€ Je m'éloigne en même temps du couvent que j'habite, et qui, dans les circonstances nouvelles qui me sont faites, se change pour moi en une prison de l'âme. En agissant ainsi, je ne suis point infidèle à mes vœux : j'ai promis l'obéissance monastique, mais dans les limites de l'honnêteté de ma conscience, de la dignité de ma personne et de mon ministère. Je l'ai promise sous le bénéfice
de cette loi supérieure de justice et de royale liberté^ qui est, selon Tapôtre saint Jacques, la loi propre du chrétien.
« C'est la pratique plus parfaite de cette liberté sainte que je suis venu demander au cloître, voici plus de dix années, dans l'élan d'un enthousiasme pur de tout calcul humain, je n'ose pas ajouter dégagé de toute illusion de jeunesse. Si, en échange de mes sacrifices, on m'offre aujourd'hui des chaînes, je n'ai pas seulement le droit, j*ai le devoir de les rejeter.
« L'heure présente est solennelle. L'Eglise traverse l'une des crises les plus violentes, les plus obscures et les plus décisives de son existence icibas. Pour la première fois depuis trois cents ans, un concile œcuménique est non-seulement convoqué, mais nécessaire : ce sont les expressions du saint-père. Ce n'est pas dans un pareil moment qu'un prédicateur de l'Evangile, fût-il le dernier de tous, peut consentir à se taire, comme ces chiens muets d'Israël, gardiens fidèles à qui le prophète reproche de ne pouvoir point aboyer : Ganes muti^ non valentes latrare,
€ Les saints ne se sont jamais tus. Je ne suis pas l'un d'eux, mais toutefois je me sais de leur race — ^lii sanctorum sumus^ — . et j'ai toujours ambitionné de mettre mes pas, mes larmes, et s'il le
Mait, mon sang dans les traces où ils ont laissé les leurs.
< J'élève donc, devant le saint-père et devant le concile, ma protestation de chrétien et de prêtre contre ces doctrines et ces pratiques, qui se nomment romaines, mais ne sont pas chrétiennes, et qui, dans leurs envahissements toujours plus audacieux et plus funestes, tendent à changer la constitution de l'Eglise, le fond comme la forme de renseignement, et jusqu'à l'esprit de sa piété. Je • proteste contre le divorce impie autant qu'insensé qu'on s'efforce d'accomplir entre l'Eglise, qui est notre mère selon l'éternité, et la société du dixneuvième siècle, dont nous sommes les fils selon le temps, et envers qui nous avons aussi des devoirs et des tendresses.
€ Je proteste contre cette opposition plus radicale et plus effrayante encore avec la nature humaine, atteinte et révoltée par ces faux docteurs dans ses aspirations les plus indestructibles et les plus saintes. Je proteste par-dessus tout contre la perversion sacrilège de l'Evangile du Fils de Dieu lui-même, dont l'esprit et la lettre sont également foulés aux pieds par le pharisaïsme de la loi nouvelle.
« Ma conviction la plus profonde est que si la France en particulier, et les races latines en général, sont livrées à l'anarchie sociale, morale et religieusq,
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beaucoup réfléchi, beaucoup souffert, beaucoup attendu, c'est à vos pieds que je les signe. J'en ai la confiance, si les hommes les condamnent sur la terre, vous les approïttverez dans le ciel. Cela me suffit pour vivre et pour mourir.
€ Fb. Hyacinthe,
« Supérieur des Carmes déchaussés de Paris, deuxiômd défîniteur de TOrdre dans la province d*Âvignon.
« Paris-Passy, le 20 septembre 1869. »
Devant un acte si grand toute parole est froide et insuflisante. Notre bien-aimée France n'est pas abandonnée de Dieu, puisqu'il y suscite un pareil apostolat. La seule chance qu'ait le christianisme de n'être plus confondu avec le romanisme, c'est une protestation semblable. Les éloquentes revendications de la liberté des âmes, les attaques habiles contre le despotisme ultramontain, les nxots amers prononcés à mi-voix contre le jésuitisme triomphant, tout cela n'est rien et n'empêche pas le romanisme de se produire en pleine lumière comme le seul représentant de l'Evangile, et d'inspirer un si mortel dégoût à toutes les âmes généreuses qu'elles se précipitent dans l'athéisme. Les prudents de l'Eglise sacrifient les destinées du christianisme dans l'Europe catholique à ime timidité maladroite et qui décent coupable en se prolongeant. La situation ne
avec mol! > Aux injures, aux objurgations pieuses et aux excommunications ont répondu des milliers de prières.
On a contesté ^opportunité de ce grand acte comme st Tlieure de la conscience n'était pas l'heure de Dieu même, comme si toutes les raisons secondaires ne s'effaçaient pas devant le devoir sacré d*être fidèle à ses convictions. En tout cas le père Hyacinthe a dit tout haut ce que tout catholique libéral dît à mots plus ou moins couverts. Seulement sa parole a été une action, c'est-à-dire un verbe. Son appel à Jésus-Christ a beau être maudit à Rome, raillé ailleurs, il a prononcé une parole décisive et on en verra plus tard la fécondité (1)
Rome, on le comprend, n'est pas restée inactive dans cette période de préparation, d'autant plus (Qu'elle entendait bien faire du concile l'instrument de ses desseins qu'elle assimile d'emblée aux décrets étemels. Cest surtout la conviction du saint-père qui est engagée directement par sa foi religieuse dans le parti des zelariti les plus extrêmes. Il ne se tient pas dans les hauteurs sereines où le pontife d'une grande Eglise comme le souverain d'un grand Etat pourrait se croire obligé de demeurer afin d'exercer
(1) Voir rardcle de M. Bigelow âur le père Hyacinthe (Revue chrétienne., février 1870).
lodérateur. Non, il agit comme le vrà unontanisme. Sansdoute il en est de lui lUB les chefs des partis politiques on suit l'impulsion aussi souvent qu'il la jésuites ont trouvé en lui un soutien ! précieux qu'il est sincère. Nulle âme oite, plus pure. Une auréole de bonté nt, son accueil est paternel, mélangé de familiarité. Sa piété est profonde et is aussi aveugle que celle de la plus janne de la campagne romaine. Il & par une sorte d'inspiration ; même aux libéralisme et de sa popularité, il ne Dur l'acte le plus simple qu'après avoir îrucifix, méthode de gouvernement fort uand il s'agit de mesures où la raison int peuvent seuls décider, c II mêle im homme d'esprit qui le connaît bien, is du ciel aux bas-fonds de la polii nature mobile et ardente explique le 3 ses opinions i. la suite des événements issi des injustices dont il a été victime ; son' Sinid', c'est à la lueur des éclairs tion qu'il a cru recevoir comme un se les tables de la loi ; les jésuites y doctrines du 8yllabus et Pie IX croit u même en les promulguant, car il y
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met toute sa conscience. Voilà le malheur et le péril. H purifie en quelque sorte au feu de sa piété les calculs des jésuites qui sont d'un ordre bien différent. Bon jusqu'à la tendresse quand sa foi n'est pas en jeu, il est susceptible de devenir implacable pour des motifs religieux. L'Eglise catholique ne pouvait dans les temps que nous traversons posséder un pape plus respectable et plus dangereux. Plutôt moine exact et austère que théologien, il connaît très-médiocrement l'histoire de l'Eglise, aussi va-t-il droit à son but sans être retenu par aucune considération. C'est ce qui explique son intervention constante et passionnée dans la préparation et dans la conduite du concile. Longtemps avant son ouverture il a pris parti pour la droite extrême par un brei explicite adressé à Mgr Deschamps à l'occasion de sa brochure sur l'infaillibilité du successeur de saint Pierre. D'ailleurs la C imita cattolica qui, comme nous l'avons dit, est devenue Une véritable institution romaine organisée par l'autorité supérieure, donnait tous les jours sa pensée et c'est avec son assentiment, si ce n'est sur son ordre, qu'elle a publié le fameux programme qui a soulevé tant d'opposition. Le pape aussitôt la bulle d'induction lancée a envoyé un questionnaire aux évêques qui révèle ses préoccupations. Il porte sur les moyens d'abolir le mariage civil et les
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écoles laïques, sur le danger de Tintroduction de domestiques hérétiques dans les maisons pieuses et sur la profanation des cimetières qui ne seraient plus uniquements ouverts aux catholiques. Rien de plus mesquin que cette consultation demandée par la papauté à Tépiscopat du monde entier j on la voit uniquement soucieuse de resserrer les liens de resdavage spirituel, sans qu'aucune des grandes questions du temps soit seulement abordée.
Le soin principal du saint-père avant le concile a été Torganisation des congrégations appelées à élaborer les décrets qui devaient être soumis à la haute assemblée. Ces congrégations se sont distribué la tâche de manière h avoir des formules toutes prêtes sur tous les points de la foi, de la morale sociale et de la discipline. Formées de prélats romains et de théologiens de divers pays, elles étaient présidées par des cardinaux et entièrement inspirées par les grands docteurs de la Civilta cattolicà. On espérait qu'elles abrégeraient si bien la tâche du concile qu'il se bornerait h sanctionner leur travail. Les scribes du Gesû dans leurs publications sur rhistoire des conciles insistaient beaucoup sur ce que r excellence d'un concile pouvait se mesurer à sa brièveté. Au reste, la Civilià cattolica parlait sans détour d'enlever les décisions principales par des acclamations. Nous trouvons une assez piquante
révélation de ces projets dans une brochure assez naïve intitulée : A la veille du concile^ et qui a été beaucoup louée dans le camp ultramontain. « On prétend, disait le trop naïf auteur, qu'il y a eu des évêques offusqués de ce que de simples prêtres aient été admis au secret des travaux préparatoires du saint-siége, lorsque eux les ignoraient. N'auraient-ils donc pas compris qu'il y a ici l'affaire du chacun son tour, et que le cuisinier n'est pas mieux nourri que son maître parce qu'il voit le dîner qu'il prép9,re avant le maître, qui ne le voit que lorsqu'il a l'avantage de manger I Au concile ce seront len évêques qui auront la voix et les simples prêtres n'y auront plus de place. > Ce français de cuisine a eu un sens fort clair; les congrégations romaines comptaient bien épargner au concile le soin de préparer lui-même ses délibérations, c'était l'affaire du clergé inférieur, il n'aurait plus qu'à s'asseoir les yeux fermés à la table du festin dogmatique qu'on lui aurait dressée. Cette fois la curie romaine a compté sans ses hôtes.