SACRE DU PAPE
lui rendre les honneurs dus au souverain pouvoir. Simple clerc, il peut se faire conférer le même jour tous les ordres sacrés. Assis sur son siége, et la mitre en tête, dans la collation du sous-diaconat, il reçoit de l’évêque le calice vide, la patène et les burettes, le livre des épiîtres et le manipule. C’est encore assis que, lorqu’on l’ordonne diacre, il reçoit l'imposition des mains ; le célébrant seul porte la mitre : les autres cardinaux et évêques vont lui imposer les mains, tête nue et dans l’attitude du respect: Accedentes cum reverentiä et detectis capitibus, dit le cérémonial.
Dans l’origine, le diacre élu n’était pas ordonné prêtre ‘ , on le sacrait évêque immédiatement ; mais cet usage ne se maintint pas : en 1073, saint Grégoire VII et en 1118, Gélase II, simples diacres, furent ordonnés prêtres avant d’être sacrés. Portant la mitre et sur son siége, le pape recoit les onctions sacrées, le calice avec le vin et l’eau, la patène avec l’hostie ; il communie à côté du célébrant, qui, ensuite, est admis, ainsi que les autres cardinaux et évêques, ad osculum oris. Ils lui baisent la main et les pieds ; la croix papale est là et lui, simple
1. Il n’est pas sans intérêt de rappeler que l'Eglise compte quinze papes qui ont célébré leur cinquantième anniversaire du sacerdoce. Ce sont : Jean XXII, Grégoire XII, Calixte III, Paul III, Paul IV, Innocent X, Clément X, Innocent XII, Benoît XIII, Clément XII, Benoît XIV, Pie VI, Pie VII, Gré-
oire XVI et Pie IX.
106 EHAPITRE XII.
prêtre, donne, du milieu de l’autel, la bénédiction solennelle. Le célébrant fléchit le genou-pour adresser à l’élu les souhaits ad multos annos. Ce rite, ainsi que celui de la bénédiction, s’observe à la collation des trois ordres. Si le pape les reçoit à plusieurs jours d'intervalle, on omet la formule Postulat à te Ecclesia, usitée pour l’ordination des diacres et des prêtres.
Lorsque le pape est prêtre, la consécration a lieu comme pour le sacre d’un évêque, sauf quelques différences.
Le consécrateur est de droit le cardinal-évêque d’Ostie, ainsi que l’attestait, dès l’an 411, saint Augustin : « Nec Romanæ Ecclesiæ episcopum ordinat aliquis episcopus metropolitanus, sed de proximo Ostiensis episcopus. » (Oper., t. IX, p. 571.)
Après le chant de Tierce, le pape revêt, sur son trône, les ornements pontficaux. Le cardinal consécrateur, portant.le pallium, ce jourà seulement, et ses deux assistants, vont revêtir les ornements sacrés et reviennent. La procession se rend à l'autel. Le cardinal-diacre ôte la mitre au pape, qui, à genoux, fait l’acte solennel de la profession de foi ; puis il monte sur le marche pied de l’aute], s’agenouille sur un prie-Dieu, ayant à sa gauche et derrière lui le cardinal consécrateur et les deux cardinaux-évêques assistants. Après le chant des litanies, les bénédictions prescrites, lim-
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SACRE DU PAPE. 107 position des mains et du livre des évangiles, le cardinal entonne le Veni Creator ; puis il fait sur la tête et les mains du pape les onctions sacrées, et . entonne l’antienne Unguentum in capite. Le chœur chante le psaume Æcce quam bonum, et répète l’antienne.
Le cardinal consécrateur met au doigt du pape l’anneau pontifical, et, avec les cardinaux assistants, lui fait toucher le livre des saints évangiles ; ils s’inclinent profondément devant lui et vont déposer leurs habits sacrés. Le cardinal-doyen revêt le pluvial, orné du formal, pour assister le Souverain Pontife comme évêque, à la messe solennelle. Le cardinal-diacre d'office, s’approchant du pape assis, essuie sa tête qui vient de recevoir les onctions ; et le pontife, descendant au pied de l'autel, assisté ‘du cardinal-diacre d'office et d’un auditeur de Rote, sous-diacre apostolique, qui doit lui mettre le manipule au bras gauche, commence Ja messe. Le même auditeur de Rote présente ensuite au premier cardinal-diacre le pallium, qu’il doit placer sur les épaules du pape, et la messe pontificale se continue, comme pour le couronnement.
À l’offertoire, pendant le chant du motet Exrultate Deo, cinq prélats votants de la Signature, précédés d’un maître des cérémonies et des massiers, portent Jes offrandes : deux cierges à l’écusson pontifical, deux pains et deux petits barils de vin, que le
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108 CHAPITRE XIL
cardinal doyen présente successivement au Souverain Pontife. |
Lorsque le pape élu est évêque, il n’y a point: d'autre consécration que le couronnement : ÆEpiscopus qui in papam electus est, non consecratur denuo, sed benedicitur aliquo die Dominico! et coronatur, dit l’Ordo romain du cardinal Stefaneschi ; s1 electus pontifex jam episcopus est, tantüm benedicendus et coronandus, répète le Cérémonial de Patrizzi. C’est cette bénédiction particulière que certains auteurs ont improprement appelée consécration. La papauté n'est pas un ordre nouveau, et l’épiscopat donne la plénitude du sacerdoce ; la papauté est le souverain pouvoir, la royauté de la société spirituelle. On est sacré évêque, on est couronné pape.
La consécration et le couronnementse font d’ordinaire le même jour ; cependant, les deux cérémonies peuvent être séparées, comme cela eut lieu pour
Clément XIV.
1. La consécration se fait ordinairement un dimanche, suivant un ancien usage consigné dans Anastase le Bibliothécaire: « Dominico die, ut mos est, et antiqua traditio dictat, consecratus ordinatusque est pontifex p. (Benedic. III, an. 856.) Il n’en fut pas ainsi au sacre de Clément XI.
ra COSTUME DU PAPE.
Le pape, pour le costume, est obligé de se soumettre à une étiquette, réglée par un livret qui s’imprime chaque année en italien et qui a pour titre : Note des jours où Sa Sainteté lepape Pie IX se servira des vêtements de soie ou de laine pendant l’année 187 .
Le costume varie suivantune foule de circonstances prévues et déterminées. Il est plus ou moins riche et complet, selon que le pape paraît en public, officie pontificalement ou habite simplement le palais apostolique. L
Les vêtements sont confiés à deux prélats, dont l'an prend le titre de garde-robe. et l’autre celui de sous-garde-robe. C'est à eux qu’incombe le soin de renouveler et de conserver la garde-robe pontificale.
Tout vêtement hors d'usage appartient de droit au premier valet de chambre, qui a seul le: privilége d’habiller et de déshabiller le Saint-Père. |
Le pape peut porter huit costumes distincts. Je vais les décrire successivement.
Costume ordinaire.
Le pape porte habituellement dans son palais les mules rouges, les bas, la simarre, le col et la calotte de couleur blanche, ainsi que l’anneau.
“Les mules sont des chaussures, à semelle plate, confectionnées en maroquin rouge ou en drap de même couleur pour l'hiver et en soie pour l'été. Elles s’attachent avec des cordons de soie rouge que terminent des glands d’or. Le bord en est galonné d’or, et sur l’empeigne existe une croix brodée en or, parce que le pape donne son pied à baiser aux fidèles.
Les bas, de soie blanche, sont retenus à la partie supérieure par une jarretière en faveur blanche, ornée de houppes d’or aux extrémités.
‘ La simarre ou robe de chambre affecte la forme ordinaire des soutanes. Elle n’a pas de queue, mais autour du col une pélerine étroite (baveretto) et de fausses manches boutonnéesaux emmanchures. L’étoffe est le drap en hiver et le mérinos en été. Les parements sont garnis de soie blanche, ainsi .
que les boutons, les passe-poils et les boutonnières.
Le col qui entoure le cou est en soie blanche, re-
couverte en partie par un collet étroit de toile qui rappelle le col de la chemise.
La calotte, à côtes triangulaires cousues ensemble,
est parfaitement hémisphérique. Elle se compose d’un revêtement de soie blanche, tendue sur une
peau de même couleur.
L’anneau , qui est le signe de l’allianceet de l'union avec la sainte Église, se met au doigt annulaire de la main droite. Celui dont se sert ordinairement Pie IX représente, au camée qui forme le chaton, une tête de Vierge voilée, du genre de celles que l'on nomme vulgairement à Rome Pieiä ou Notre-Dame de Pitié.
Comme on le voit, le blanc est la couleur habi-. tuelle du Saint-Pére, et par elle sont signifiées l’innocence de la vie, la chasteté des mœurs ot l’éminence des vertus.
Ce costume est celui des audiences privées, soit quand le pape recoit chaque jour le cardinal secrétaire d'Etat ou le substitut de la secrétairie d'Etat, soit lorsqu'il admet les secrétaires des diverses congrégations, les ministres et autres prélats qui remplissent les hautes charges de la cour romaine.
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112 k CHAPITRE XIII.
Costume de promenade.
Tous les jours , excepté les dimanches et fêtes, le pape sort du palais apostolique et fait une promenade, en partie en voiture et en partie à pied, quelquefois dans l’intérieur de la ville, mais plus souvent en dehors des murs. |
Le costume qu’il porte en pareille circonstance est le même que celui qu'il revêt habituellement ; seulement, il y ajoute la croix pectorale, la ceinture blanche , le manteau , le camauro et le chapeau rouges.
Pie IX , le premier, a commencé à porter la croix pectorale, dont ses prédécesseurs ne firent pas usage, parce qu'elle caractérise plus particulièrement le caractère épiscopal. Elle renferme de la vraie croix et pend fort bas sur la poitrine à une chaîne d'or. |
La ceinture, de, moire blanche , est encore une innovation du pontificat actuel. Elle s’attache au côté gauche , 8e ramène en avant et a pour orncment à ses deux bouts pendants, soit une frange, soit un gland d’or. Le papea reçu en cadeau des ceintures, où ses armoiries étaient brodées en couleur aux extrémités ; mais cette exception ne peut être considérée comme une loi générale.
Pendant l’hiver,le Saint-Père s’enveloppe dans un grand manteau rouge , en flan Ile ou en drap, semb'able à celui des cardinaux. Il est galonné d’or et garni de soie rouge au col et à la doublure. Les épaules sont surchargées d’un rabat,en italien bavero, également galonné d’or.
En hiver encore, le pape, pour se préserver du froid, se couvre la tête du camauro , large et profonde calotte à oreilles, en velours rouge contourné d’hermine. Lorsqu'il en fait usage en été, la bordure est très-étroite et l’étoffe en soie rouge. Pie VI est le premier qui ait quitté le camauro, et Pie IX a été le seul de ses successeurs qui l’ait repris. C’est sur son initiative que la coiffure d’été a reçu une étroite garniture d’hermine.
Le chapeau, à larges bords;est en feutre rouge l’hiver et en paille recouverte de soie rouge, l'été. Sa for-
e,dite alla papale,est particulière au pape. Les ailes latérales sont relevées et soutenues par des cordons d’or. Un galon d’or le borde, et.il est entouré, à la coiffe, d’une passementerie d’or que terminent des houppes ou focchi.
Costume d'audience solennelle.
Ce costume comprend les mules rouges, la soutane et la ceinture blanches, le rochet et la mozette. Le pape
le porte chaque fois qu’il donne audience solennellement aux souverains, aux cardinaux et aux ambassadeurs, quand il préside les congrégations cardinalices qui doivent se tenir en sa présence (corum Sanctissimo) et enfin lorsqu'il va à la chapelle Sixtine pour y assister aux offices.
Les mules de cérémonie sont de trois sortes : en velours rouge pour l'hiver, en satin rouge pour l’été, et en mérinos pour lestemps de pénitence et de deuil.
La soutane varie également suivant le temps quant à la matière, mais non quant à la couleur qui est toujours blanche. Ainsi, en hiver , elle est en moire ; en soie légère, l'été ; et en drap ou en mérinos, selon la saison, dans les temps de pénitence et de deuil, comme l’avent, le carême , les quatre-temps, les vigilesavec jeûne et les offices funèbres. Cette soutane est toujours munie d’une queue, relevée et attachée au bas du dos.
La ceinture, identique à celle du costume de promenade , en diffère cependant par les glands d'or qui sont de rigueur.
Le rochet est garni de dentelles peu développées, à la partie inférieure, aux manches et aux épaules. Les manches sont doublées de soie blanche. Suivant l’usage romain, la batiste en est finement plissée, et ce soin est confié aux Religieuses de l’'Enfant- Jésus, qui ont le privilége de blanchir et de repasser tout lelinge de la chapelle Sixtine.
La mozette est toujours rouge , avec un petit capuchon par derrière. Sa matière varie : velours rouge pour l’hiver , satin pour l'été , et pour les temps de pénitence et de deuil, drap ou mérinos, suivant la saison. Elle se boutonne en avant, et a. tout autour une garniture d’hermine, plus étroite l’été. Autrefois, les papes n’admettaient pas la bordure d’hermine en dehors de l'hiver: cet usage date seulement du pontificat actuel.
Costume d'étiquette.
Ce costume est identique à celui des audiences solennelles; seulement le pape y ajoute l’étole. L’étole est en velours rouge , l'hiver ; en satin rouge, l’été. Ses deux larges bandes sont brodées d’or aux armeset terminées par une frange à la partie inférieure qui s’élargit graduellement. L’écusson pontifical se place ordinairement à hauteur de la poitrine ; quelquefois aussi , comme on le faisait anciennement, il est au-dessus ou au-dessous de la croix. Un cordon à glands d’or retient les deux côtés. La partie supérieure, que recouvre le capuchon, prend la forme du cou et se termine en pointe. L’étole est mise ou retirée au pape, suivant l’occurrence, par le cardinal-doyen, le cardinal titulaire, le cardinal premier diacre, ou, à leur défaut, par le
majordome. Le pape, avant de la recevoir, baise la croix brodée au milieu.
Ce costume est de rigueur, chaque fois que le Saint-Père se fait précéder de la croix, descend à Saint-Pierre pour les cérémonies et stations, visite les églises : ou les souverains , et encore quand il se rend aux chapelles qu’il tient en dehors du palais apostolique.
Costume du consistoire secret.
Ce costume est identique au costume d’étiquette, : à la différence près de la falda. Le pape ne le revêt que pour le consistoire secret, dans lequel il crée les cardinaux,préconise les évêques et traite des affaires de l’Église devant les cardinaux assemblés.
Quand le pape est sorti de son appartement, en soutane blanche, rochet et mozette, il trouve dans l’antichambre, préparée sur une table, la falda de soie blanche, à longue queue, qu’un maître des cé- ‘rémonies lui passe par-dessus la tête et serre autour de ses reins avec un double cordon terminé par des affiquets d’argent, qu’il attache à la boutonnière de sa soutane. Le cardinal premier-diacre lui met au cou l’étole consistoriale, que présente le majordome. |
La falda et l'étole consistoriale, qui ne diffère
| COSTUME DU PAPF. | 117 pas de l’étole habituelle du pape, sont renfermées dans un sac de damas rouge, dont la garde est confiée au prélat sous-garde-robe du palais.
La falda est en soie blanche et affecte‘ la forme d’ane jupe traîuante, à tel point que le pape, pour marcher librement, doit la faire relever et tenir par les prélats de sa maison. On croit que son usage remonte au pontificat de Jules II et qu'elle fut employée à une époque où les soutanes n’avaient pas encore de quoue. Le pape est le seul qui la porte.
Costume de v’octave de Pâques.
Ce costume, entièrement blanc, rappelle la coutume où était la primitive Église de revêtir les néophytes et le pontife qui les avait baptisés, de vêtements blancs, signifiant la pureté de l'âme acquise par le baptême. Le pape s’en revêt depuis le samedi saint, après la messe, jusqu'au samedi in albis, à ‘ l'heure de vêpres inclusivement. Pendant ces huit jours, les mules, la mozette et le camauro sont en damas blanc, ces deux derniers insignes bordés d’hermine. L’étole est aussi en soie blanche, avec broderies d’or et armoiries.
Costume des chapelles papales.
Le pape se rend aux chapelles dans son costume d’étiquette : mules rouges, soutane blanche, ceinture, croix pectorale, rochet, mozette et camauro rouges. Il y ajoute l’étole rouge, si la chapelle se tient en dehors du palais apostolique.
Près de la salle des parements est préparé un cabinet tendu de damas rouge, avec une table couverte également de damas, sur laquelle est disposée la falda. Le majordome ôte le camauro, et le cardinal premier-diacre l’étole. Un maître des cérémonies met à Sa Sainteté la falda, et aussitôt deux maîtres des cérémonies la soulèvent en avant, pendant que deux camériers secrets en tiennent la queue.
Ainsi vêtu, le pape se rend au lit des parements, grande table garnie de damas rouge, sur laquelle sont préparés tous les ornements, dans l’ordre où ils ‘doivent être pris et recouverts d’un grand voile brodé d’or et de la couleur du jour. |
Les deux éardinaux-diacres assistants enlèvent la mozette au Saint-Père , qui prend successivement l’amict, l'aube, le cordon, l’étole, le manteau, l'agrafe, et la mitre ou la tiare. Tous ces ornements sont présentés à genoux par les prélats votants de la signature, en qualité d’acolytes apostoliques , selon
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le privilége que leur a conféré une bulle d’Alexandre VII.
L’amict est en batiste fine, avec une croix au milieu, que le pape baise avant d'en couvrir sa tête, puis le col de sa soutane. Le pourtourest garni d’une fiñe dentelle, et deux rubans de soie blanche, terminés par des houppes d’or, permettent de l’attacher sur la poitrine.
Les deux cardinaux-diacres assistants mettent l’aube, élégamment pliséée, avec dentellesà la partie inférieure, aux épaules et aux manches. Elle est arrangée par les deux maîtres des cérémonies qui sont en avant et, par derrière, par deux auditeurs de rote, en rochet et cappa. a
Le cordon de soie blanche a pour ornement, aux extrémités des fiocchi or et blanc.
L’étole, droite et pendante, est retenue sur les côtés par le cordon. Elle ne peut être que de trois couleurs : blanche ou rouge suivant la fête, violette aux offices funèbres et pour les temps de pénitence.
Le manteau est une longue chape brodée d’or, blanche ou rouge, terminée en arrière par une lon- . gue queue que doit tenir, quand le pape marche, le prince assistant au trône, ou, à son défaut, le iplus noble parmi les laïques présents. Les armes sont brodées au bas des orfrois. La couleur rouge n’est pas seulement affectée aux fêtes de l’Esprit-Saint et des martyrs, et lalors le pape porte une étoffe en
lamé d’or, mais aussi aux temps de pénitence et de deuil, qui ne comportent que le satin. Le rouge était, au moyen âge, la couleur du deuil, comme il l'est encore dans l'Eglise grecque. On rapporte que Benoît XIII se servait d’un manteau violet, en avent et en carême, ainsi qu'aux offices des morts.
Ce manteau a l’avantage de grandir le Saint- Père, lorsqu'il se tient debout au trône et d’augmenter ainsi sa majesté.
Le manteau est fixé sûr la poitrine par une agrafe de vermeil, rehaussée de pierres précieuses, ce qui luia fait donner le nom de formale pretiosum. Le plus beau date de l’an 1739 et du pontificat de Bonoît XIII, dont les armes y sont gravées. Au centre, la colombe divine se détache sur un fond de lapis-lazuli , entouré d’aigues-marines, topazes et émeraudes, ainsi que des effigies de la sainte Vierge, de saint Dominique et de saint Pie V, par allusion à l’ordre des Frères-Prêcheurs auquel ce pape appartenait avant sa promotion au cardinalat. L'agrafe qui sert pour les temps de pénitence et de deuil, parce qu'elle est moins riche, est rehaussée de trois pommes de pin en perles fines et disposées en triangle. |
Le pape, comme tous les évêques, a trois miîtres à sa disposition. La mitre précieuse, ainsi nommée à cause des gemmes mêlées à ses broderies , n'est. plus en usage depuis le pontificat de Pie VL Ce-
pendanton la porte encore devant le pape aux cérémonies, et, pendant tout le temps de l'office, elle demeure exposée sur l’autel, au coin de l’évangile. Par exception, Pie IX l’a portée à la procession d'ouverture du concile. La mitre usuelle est en drap d’or, avec fanons pendant sur les épaules et doublure de soie jaune. La mitre de drap d'argent, galonnée et frangée d'or, est réservée pour les cérémonies d’avent, de carême et des morts. La mitre, quelle qu’elle soit, est toujours présentée, reçue et gardée, tout le temps de la cérémonie, par le doyen des auditeurs de rote. Il appartient au cardinal premier-diacre âssistant de la mettre sur la tête du pape et au cardinal second-diacre de la lui enlever. Si, comme à certaines solennités , le pape doit porter la tiare, il la prend au lieu de la mitre, mais ne s’en sert que pour le défilé du cortége, aller et retour, et nullement pour la fonction elle-même. Aux processions, les tiares et les mitres sont portées par des prélats sur des formes de bois garni de velours rouge. Aux offices pontificaux, on les pose sur l’autel même, en avant des chandeliers. Le pape se servait autrefois de la cappa magna quand il assistait aux matines. Cet usage a cessé avec le pontificat de Pie VI, qui fut le dernier à la porter. Comme celle des cardinaux, elle était rouge et 8: composait d’un manteau, ample et à longue queue, d’un chaperon en hermine (parce qu’elle ne servait que dans la saison d’hiver) et d’un capuchon, qui
s'attachait par derrière à l'épaule gauche, quand le pape ne l'avait pas sur la tête.
Cette cappa, dont l’origine remonte à Boniface IX et à l'an 1389, était en velours pour la nuit de N oël, en escot (saia) pour les ténèbres de la Semaine Sainte, et en écarlate pour les matines des Morts. La matière variait donc elle-même selon les cérémonies : en temps de deuil et de pénitence, le pape : quittait la soie pour la laine.
Costume pontifical.
Le pape officie pontificalement trois fois par an, à Noël, Pâques et saint Pierre. En toute autre occasion, s’il devait chanter la messe et faire une consécration d’évêque ou une ordination, il devrait revêtir les ornements pontificaux, qui sont : la falda, le rochet, les bas, les sandales, l’amict, le cordon, la croix pectorale, l'étole, le fanon, les tunicelles, les gants, la chasuble, le pallium, la miître, l'anneau pontifical, et le manipule. Tous ces ornements sont de la couleur prescrite par les rubriques ordinaires de l'Église : blanc, rouge, vert et violet. Cette dernière couleur devrait, le cas échéant, remplacer le noir qui n’existe pas pour le pape.
La soutane est en soie blanche, ainsi que la falda eb le rochet plissé et garni de dentelles.
Les bas, de la couleur du jour, sont en étoffe ” épaisse, lamée et brodée d’or. Ils sont très-larges et affectent la forme de bottes. Ils s’attächent avec des rubans au-dessus du genou.
Les sandales, brodées d’or de toute — sont marquées d’une croix à la partie antérieure, parce qu’à certains moments le pape donne son pied à baiser.
L'amict et l'aube sont les mêmes qu'aux chapelles papales.
Au cordon d’or qui ceint les reins, pend du côté gauche une aumônière, qui, depuis le pontificat de Benoît XIII, a pris la forme sans signification d’un manipule, marqué de trois croix et fait avec la même étoffe que tout l’ornement.
La croix pectorale, contenant des reliques, est étincelante de pierres précieuses et attachée sur la poitrine avec un cordon d’or, dont.le gland penc dans le dos. Les deux plus belles que possède le tré- 07 poatifical sont, l’une en émeraudes avec entourage de diamants, et l’autre en cristal de roche.
L’étole, brodée d’or, se replie autour du cou, de manière à ne pas gêner les mouvements de la tête.
Le fanon ressemble à une pélerine double, s’ou- vrant sur le côté, marquée d’une croix d’or à la partie inférieure et formée d’une étoffe spéciale en soic blanche, que traversent verticalement des raies or et amarante *.
1, « Romanus autem Pontifex post albam et cingulum assu:-
Les deux tunicelles, de taffetas mince et de longueur inégale, sont simplement galonnées d’or, sans aucune broderie.
Les gants, tissés en soie, se prolongent en manchettes brodées et sont ornés à la partie supérieure du monogramme du nom de Jésus, inscrit dans une auréole rayonnante. |
La chasuble est entièrement brodée, avec un orfroi dans le dos et une croix en avant.
On rabat sur elle la seconde pèlerine du fanon. Ainsi disposé, le fanon exprime par sa partie cachée l'Ancien Testament qui a été abrogé, et la loi nouvelle donnés à l’Église par celle qui reste à découvert.
Le pallium est une bande étroite de laine blanche, qui contourne les épaules et dont les deux bouts pendent en avant et en arrière. Il est marqué de croix en sôie noire et fixé par trois épingles d’or à têtes gemmées.
La mitre, suivant le temps, est en drap d’or ou
d'argent.
L’anneau pontifical est plus lurge et plus orné que l'anneau ordinaire.
mitorale, quod circa caput involvit et replicat super humeros, legalis Pontificis ordinem sequens, qui post lineam strictam et zonam induebatur Ephot, id est superhumerale. » (INNOCENT. III, De myster, missæ, lib. 1, cap. 53. — GUILLELM. DURANT. lational. divin. offic. lib. 3, cap. 2.)
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Enfin, le manipule, brodé d’or, est attaché au bras gauche par un ruban.
Ainsi vêtu, le pape représente l’ensemble de la hiérarchie ecclésiastique avec le vêtement propre à chaque ordre. Sous-diacre, il porte la tunique ; diacre, la dalmatique ; prêtre, la chasublo ; évêque, la mitre, les sandales, les gants, la croix pectorale et l'anneau ; archevêque, primat et patriarche, le pallium ; pape, la falda et le fanon.
Les insignes qui caractérisent la haute dignité du pape sont la falda, l'aumônière, le fanon, la croix processionnelle, la férule, la tiare, la sedia, les éventails, l'ombrellino, le duis, le trône, les armoiries, les chapeaux pontificaux, l'anneau du pêcheur, les couleurs et les bannières pontificales.
La croix papale est une croix processionnelle, élevée sur une hampe et en argent doré. Elle reste habituellement dans l’antichambre d’honneur, appuyée contre le mur. Dans les processions, elle est accompagnée et, à l’autel, gardée par deux maitres-portiers de la verge rouge. Cette croix précèdo toujours le pape, quand il porte le costume d’étiquette. Elle est tenue par le second chapelain secret, qui a le titre de porte-croix, lorsque le pape
INSIGNES DU PAPE. 127 est uniau sacré-collége ; par le dernier des auditeurs de rote, en cappa, aux chapelles; en mantelet, les vendredisde mars et pour la visite des reliques d’un bienheureux ; en tunique, aux pontificaux et processions, lorsqueles cardinaux sont parés des ornements sacrés. Elle-est également tenue par le porte-croix en mantellone à cheval, lorsque le pare se rend en train de gala aux églises de la Minerve et de Saint-Philippe Néri ; en mantellone et en cotta, parce qu’il est accompagné d’acolytes, lorsque le pape va donner la bénédiction aux Saints-Apôtres, ou se rend à une consécration, sans assistance ni participation du
sacré-collége. °
À la différence des croix processionnelles, dont le Christ semble marcher en tête du clergé, le crucifix de la croix papale est toujours tourné vers le Saint-Père.
Le crucifix le regarde, « afin, disent les auteurs ecclésiastiques, de signifier que Jésus-Christ, dont il est le vicaire etle représentant, l’assiste d’une manière particulière, surtout en écartant les obstacles qui se trouvent sur son chemin et les ennemis qui pourraient entraver sa marche, suivant cette belle parole de saint Augustin : Hoc signum præsidium est amicis, obstaculum inimicis (Sermo xIx de Sanct.). :
C'est cette même croix que le pape remet en consistoire, comme gage de sa mission, au cardinal
qu’il a désigné pour le remplacer dans de graves négociations à titre de légat a latere.
La férule est une croix pattée, de forme grecque, élevée sur une hampe, le tout en métal doré. Le pape n’en fait usage qu’aux consécrations d'église, d’autel ou d’évêque ; Pie IX l’a prise aux sessions publiques pour bénir les pères du Concile, pendant le chant des litanies des saints. Elle remplace la crosse, et indique la juridiction universelle du Souverain Pontife, son double pouvoir de régir et de corriger, signum regiminis et correctionis. » Romanus pontifex, dit saint Thomas d'Aquin, non utitur baculo in signum quod non*habet coarctatam potestatem, quod curvatio baculi significat. » (In 1v Sentent., dist. 24, quæst. 8, art. 3.) : |
La tiare est une coiffure ovale, ornée d'une triple couronne gemmée, par laquelle est symbolisé le triple caractère du pape, à la fois père, roi, et vicaire de Jésus-Christ. C’est ce qui résulte des paroles mêmes que prononce le cardinal premier diacre lorsqu’il la lui impose à son couronnement: « Recevez la tiare, ornée de trois couronnes, et sachez que vous êtes père des princes et des rois, recteur de l'univers, et sur terre vicaire de Jésus-Christ, notre Sauveur, à qui est dû honneur et gloire dans les . siècles des siècles. Ainsi soit-il. » Le pape ne prend la tiare qu'aux grandes solennités, telles que l’Épiphanie, la Pentecôte, la Toussaint, l’anniversaire de son couronnement et lorsqu'il officie pontificalement,
à Noël, Pâques et saint Pierre et aux trois bénédictions papales de Pâques, de l’Ascension et de l’Assom] tion. Ces jours-là, il ne la met que pour la procc:sion, qui s'établit de la salle des parements au presbytèreet du presbytère à la salle des parements. Aux offices pontificaux, les tiares sont portées devant Fa Sainteté, puis déposées sur l’autel en avant des chandeliers, où elles font pendant aux mitres précieuse:.
La sedia gestatoria est un siége en bois doré, exhaussé de deux marches, garni de velours rouge et galonné d’or, brodé au dossier en avant à l'effigie du Saint-Esprit planant dans une auréole de lumière et par derrière aux armes du pontife régnant. Le Saint-Père fait son entrée solennelle dans les basiliques ou aux consistoires publics, et donne la béncdiction papale à certains jours, assis sur la sedia etporté par douze palefreniers du palais, qui l’élèvent au moyen de brancards passés dans des anneaux fixés aux montants du fauteuil. L'Église a attaché à cet usage une raison symbolique qui n’est pas dcpourvue de poésie : le pape peut mieux voir à cette hauteur le troupeau qui lui est confié et, à son tour, être aperçu plus facilement par les pieux fidèles, qui s’inclinent sous sa main bénissante !,
1. & Ut populum ovesque Christi sibi creditas circumspicere eisque fausta precatione benedicere et populi rursum illum in sublimi loco præsidentem commode spectare et ex vultu pastorem possent agnoscere, ut inde protestationem fidei conciperent maximam, quoties aspicerent Christi vicarium et Petri, in eo
| Chaque fois que le pape est porté sur la sdia, pourvu toutefois que ce ne soit pas en temps do pénitence, deux camériers secrets tiennent de chaque | côté de lui deux grands éventails, élevés sur des bhampes garnies de velours rouge !. La partie supérieure s’arrondit en demi-cercle, et sur le velours rouge se détachent des broderies d’or représentant les clefs pontificales. De là part un double rang de plumes d’autruche, adossées et recourbées à la partie supérieure, qui est ocellée avec des plumes de paon. Suivant saint Jérôme, l'éventail est le symbole de la continence, que les yeux du public, toujours attentif, préservent de toute altération. L'ombrellino, insigne princier, est en damas rouge galonné d'or. Sa forine est celle d’un parasol . plat, avec pentes découpées. Fermé et le manche replié, il est tenu dans son fourreau rouge et suspendu dans l’antichambre du pape, puis, quand il sort, déposé par un domestique sur le carrosse. Sa Sainteté s’en serttrès-rarement ouvert, surtout pour se garantir du soleil. | Le dais est de deux couleurs : blanc ou rouge, suivant les cérémonies. Il se compose d’un ciel flottant, avec pentes découpées en lambrequins
quasi throno gloriæ, successorem ». (Stevano, de levatione seu portatione Rom. Pontif.)
1. Ont droit à de semblables éventails le grand prieur de Malte, l'archevêque de Messine et l'évêque de Troia dans la Pouille,
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brodés et armoriés. Cette tenture est fixée à huit hampes de bois doré. Le pape est couvert par le dais, chaque fois qu'il officie pontificalement et est, en conséquence, porté sur la sedia, ou qu'il fait une procession, comme celles du Saint-Sacrement, de la Purification et des Rameaux. Habituellement, le dais est tenu par huit prélats référendaires de la signature qui, en cette circonstance et par privilége, sont revêtus du rochet et du mantelet violet. Si le pape avait entre les mains le Saint-Sacrement, comme au premier dimanche d’avent et le Jeudi et le Vendredi saints, les hampes seraient portées par des évêques assistants au trône, en cappa retroussée et le Jeudi saint en pluvial. Si le pape, au contraire, à la procession du Saint-Sacrement, suit l’officiant, le dais est porté par les camériers secrets et d’honneur et, lorsqu'il n’y assiste pas, simplement par les bussolanti, en soutane et soprana violettes.
Le trônese compose de plusieurs degrés, d’un fauteuil, d’un dossier et d’un balduquin. Le pape a quatre espèces de trônes : le trône pontifical, le trône de tierce, le trône du consistoire public et celui des palais apostoliques.
Le trône pontifical est toujours dressé du côté de l’évangile, quand le pape tient chapelle, ou au fond du presbytère, quandil officie pontificalement. Les degrés, qui le mettent de niveau avec l'autel, sont recouverts de tapis rouges. Sur la marche la plus
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élevée un escabeau de velours rouge, galonné et frangé d’or, sert au pape à appuyer ses pieds. Le dossier appliqué sur fond de velours rouge, et la housse du fauteuil varient suivant les fêtes : blanc pourN.-$., la Vierge et les confesseurs ; rouge pour l'Esprit Saint etles martyrs ; violet, pour les temps de pénitence et de deuil. L’étoffe est en drap d’argent ou lamée d’or. Le siége a conservé la forme antique de la cathedra, avec son dossier élevé et
arrondi à la partie supérieure. Le dais, en velours rouge et de forme carrée, est galonné et frangé d’or et brodé, aux extrémités de chacune des pentes, aux armoiries du pape régnant.
Le trône de tierce ne diffère du trône pontifical que par le nombre de ses degrés qui sont moins élevés, et par l'absence complète de baldaquin. Seulement, au haut des bandes de velours qui côtoient la tenture mobile du dossier, sont brodées les armoiries du pape.
Le trône du consistoire public, qui sert aussi pour le lavement des pieds, a sa cathedra recouverte d’une housse de soie violette lamée d’or, pour dossier la célèbre tapisserie des lions, pour baldaquin des pentes de tapisserie jaune à rinceaux de couleur, entourunt un ciel de tapisserie qui représente le Père éternel bénissant. La tapisserie du dossier, bordée d’arabesques aux armes de Léon X, a été dessinée par Raphaël. L’original se conserve au Vatican, et l’on n’emploie qu'une copie exécutée sous le pontifi-
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