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« Il est rare que l’élection ait lieu, comme au conclave de 1846, au bout de quelques jours. Au moment où ils se réunissent, les cardinaux ne savent presque jamais quel sera le pape : ils le cherchent ; et lorsque Dieu daïgne le leur montrer tout d’abord, ce n’est que par une grâce particulière, et qui n'entre pas, si l’on peut s’exprimer ainsi, dans l’ordre habituel de sa Providence.
« Il ne peut paraître étrange, on doit même trouver tout simple, que quelquefois, comme dans toutes | les réunions d'hommes, le temps, la réflexion, les lentes et mûres délibérations soient nécessaires aux cardinaux pour se mettre d'accord. Les uns, affligés et, pour ainsi dire, blessés de ce qui se mêle d’humain aux choses de la religion, voudraient à Rome une politique inflexible comme le dogme ; ils demandent un pape qui ne craigne pas de lutter, à Ja face du monde, contre les puissants «t les rois;
LES PARTIS ET L'EXCLUSION. #55 tn pape qui rappelle les grands jours de l'Église, qui rétablisse la puissance spirituelle dans tous ses droits et toute son autorité. Les autres, plus préoccupés des dangers de l’Église et des difficultés que les temps ont fait naître, considérant d’ailleurs qu’il est dans son essenee de supporter beaucoup, que sa grande vertu est la patience, que l’on doit au bien d2 la paix de grands sacrifices, ét qu’enfin l’Épouse du Christ est souvent ici-bas condamnée, comme son Maître, à la honte, à l’ignominie, aux douleurs de la Passion, souhaitent surtout une politique patiente, modérée, conciliatrice ; ils demandent un pape sage, prudent, circonspect, incapable de se laisser entraîner à aucune extrémité, et qui, tout en sauvegardant les droits et les intérêts de l’ Église, ne la jette jamais dans aucun péril.
&« Tels sont les deux principaux partis qui se forment d'ordinaire au conclave, pour peu qu’il se prolonge ; le premier est celui des Zelanti, le second celui des Politiques ; du moins les qualifie-t-on ainsi. Mais, pour être juste, on doit singulièrement adoucir le sens outré que la première, le sens quasiinjurieux que la seconde de ces appellations prennent presque toujours dans les bouches françaises.
« Les partis une fois formés, il est naturel, sage et nécessaire qu’ils discutent ensemble, qu’ils délibérent, qu'ils cherchent mutuellement à se con-
vaincre, à faire prévaloir leurs sentiments ; que des
deux côtés les membres les plus modérés se rapprochent et fassent effort pour se gagner les uns les autres et aboutir à une transaction, quand de trop nombreux scrutins ont eu lieu sans résultat, ct qu'aucun des deux partis n’a l'espoir fondé de triompher pleinement. On discute donc au conclave comme dans toute autre assemblée.
&« Le parti de la majorité se nomme l’/nclusive ; le parti de l'opposition, l’Æxclusive. Ce sont toujours les cardinaux italiens qui forment comme le noyau da premier, et d’ordinaire, les cardinaux dévoués aux diverses puissances sont le plus solide appui du second. L’/nclusive comprend les cardinaux parmi lesquels la majorité entend choisir le pape ; elle circonscrit et resserre, pour ainsi parler, les limites dans lesquelles l’élection doit se faire; elle détermine le milieu, où, suivant elle, l’élu doit se trouver. Elle n’exclut nommément personne ; seulement elle propose la personne qui lui semble réunir mieux que toute autre les conditions voulues. L’Æxclusive, au contraire, n'ayant que peu ou point d’espérance d’emporter l'élection, se borne à repousser, à exclure, à faire échouer les candidats ainsi proposés, jusqu’à ce que le parti contraire lai en offre un qu’elle veuille agréer, ou jusqu’à ce que quelquesuns de ses partisans, se lassant peu à peu, l’abandonnent pour donner enfin à l'Znclusive la majorité voulue. Il arrive rarement qu'un retour en sens
contraire ait lieu, et que le pape sorte des rangs de l Erclusive.
« Comme dans toute réunion d'hommes sages et qui veut sérieusement le but auquel elle tend, Les partis ont leurs chefs et leurs guides et se laissent diriger par eux. Tous les efforts de l’Erclusive tendent à conserver au moins le tiers des voix ; il ne lui en faut pas davantage pour empêcher l’élection, puisque l’Inclusive ne peut triompher qu’à la condition de réunir les deux tiers des voix, plus une. Les deux tiers suffisent pour que l’élection soit valide; mais l’Inclusive compte dans son sein le cardinal ‘qu’elle propose, et celui-ci ne peut se donner sa
propre voix, sous peine de nullité ; c’est donc une voix perdue.
« Quelquefois, s’apercevant que sa cause se perd, -que des défections ont eu lieu, que d’autres se préparent, qu’enfin une victoire prochaine du parti contraire est probable, l’Exclusive a recours à un moyen extrême, elle dénonce l'exclusion.
€ La France, l'Espagne, le Portugal et l'Autriche se sont attribué, on ne sait ni pourquoi, ni comment, le droit d'exclusion; c’est-à-dire que chacune de ces puissances se réserve, et en mainte occasion a fait valoir ce privilége exorbitant, d’exclure un candidat qui ne lui serait pas agréable, et dont elle aurait lieu de redouter l'élection. Ce droit ne s’exerce que contre un seul candidat pour chacune des quatre
cours, et il ne peut en être question contre un pape. déjà canoniquement élu. Il faut que l’exclusion soit dénoncée par l'ambassadeur avant l'élection consommée, et, une fois appliquée à un candidat par l’une des puissances, cette puissance est obli- -gée . d'accepter tous les autres, à moins que l’un d’eux ne soit exclu à son tour par l’une des trois autres cours privilégiées. L’exclusion ne peut être déclarée ni avant, ni après le conclave, ni hors du
conclave, ni par une personne étrangère au Sacré- Collége.
« Ce droit prétendu n’est qu’une coutume, jamais l'Éclise ne l’a reconnue ; on ne trouve rien qui l’autorise, ni dans les décrets des conciles, ni dans les constitutions des Souverains Pontifes; il n’a aucune valeur canonique, et certes une élection, faite d’ailleurs validement, en dépit de l’exclusion dénoncée, serait bonne et valable, et regardée comme telle par tous les vrais catholiques. Aussi Rome a-t-elle toujours protesté contre la prétention des puis-. sances; seulement, tout en réservant le droit, pour éviter de plus grands maux, et afin de prévenir toutes les conséquences d’une rupture violente avec des souverains trop portés à abuser de leur pouvoir, elle a cru devoir subir le fait. Après tout, le Sacré-Collége est juge dans cette occasion ; son but est de donnér à l’Église un pape qui fasse le bien ; c’est au Sacré-Collége à voir, à apprécier les
LES PARTIS ET L'EXCLUSION. 59 temps et les circonstances, et s’il croit qu’en nommant un pape, en dépit des préventions et des répugnances hautement et nettement articulées d’un
puissant État, il rend à ce pape le bien impossible, personne ne peut le blâämer d’abandonner cette candidature pour en adopter une qui n’offre pas les mêmes dangers. Seulement, on ne doit pas oublier que cette sagesse, cette condescendance du Sacré- Collége ne constitue pas un droit en faveur des souverains, aux désirs desquels il n’a égard que par la considération des maux qu’ils pourraient faire à l’Église. L'avenir n’est nullement engagé; et si jamais les circonstances étaient telles que les princes de l'Eglise Romaine, après les avoir pesées devant Dieu, crussent, devant une exclusion dénoncée, devoir passer outre, les rois ñe trouveraient rien dans la tradition qui excusât leurstentatives de schisme:; ils n'auraient pas même la ressource d’allécuer, comme un précédent favorable à leurs prétentions, les exclusions données en d’autres temps, car la question n’a jamais été posée officiellement.
« Ce n’est pas le premier jour que d'ordinaire l'exclusion est signifiée ; en procédant avec tant de hâte, les gouvernements qui la donneraient s’exposeraient à épuiser en pure perte ce qu’ils appellent leur droit. Pour le faire valoir, les puissances ont besoin de trouver et d’avoir, dans le conclave même, des ambassadeurs intérieurs, c’est-à-dire des cardinaux de la Couronne, accrédités auprès du Sacré-
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60 CHAPITRE Vi. -
Collége, munis de leurs instructions, chargés de veiller à leurs intérêts, et, en particulier, de déclarer l'exclusion au moment-opportun. C’est le rôle qu’en 1823 le cardinal. Albani jouait au conclave, en faveur de l'Autriche. L’Inclusive, les Zelanti portaient le cardinal Severoli. Après dix-huit jours de scrutin, il avait obtenu, le 21 septembre au matin, vingt-six voix, et il devenait probable que , lé soir, les trente-quatre voix formant les deux tiers des cardinaux présents lui seraient acquises. Le soir, à: l'ouverture de la séance, le cardinal Albani remplit sa triste mission : il déclara , par une note officielle, que l’impériale et royale cour de Vienne ne pouvait accepter pour Souverain Pontife Son Ém. M. le Cardinal Severoli, et lui donnait une exclusion formelle.
&« Dieu tire le bien du mal : c’est à cette exclusion que l’Église a dû le pontificat de Léon XII, comme plus tard, le 2 février 1831, après la mort de Pie VIII, elle dut le pontificat de Grégoire XVI à l'exclusion prononcée par l'Espagne contre le cardinal Gustiniani. Les Zelanti indignés déférèrent | au cardinal exclus le droit de nommer celui qui le remplacerait ; il désigna della Genga. Mais l’Inclusive comprit que, pour réussir et prévenir une nouvelle exclusion, un peu d’habileté était nécessaire; dissimulant ses forces, elle ne donnait encore à son candidat, le 27 septembre, que onze voix le matin et treize le soir. L’ Exclusive dormait en paix ; le-len-
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demain, trente-quatre voix nommèrent Annibal della Grenga.
« L’exclusion n’est que la forme extrémeetodieuse de l'intervention des puissances, comme les discours des ambassadeurs au Sacré-Collége n’en sont que la forme respectueuse et légitime. Elles donnent leurs “instructions aux cardinaux des Couronnes, qui trop souvent semblent ainsi ne paraître au conclave que pour y faire les affaires de telle ou telle Cour. Mais le nombre des cardinaux des Couronnes est heureusement fort restreint, et tous ne sont pas toujours disposés à croire que la politique de leur gouvernement soit nécessairement conforme aux irtérêts, aux droits et à la gloire de l'Église ! »
Le pape , depuis plusieurs siècles, est toujours choisi parmi les cardinaux italiens. Cela tient à deux raisons : d’abord la majorité des cardinaux étant italienne, a nécessairement une prépondérance
1. Election et couronnement du souverain Pontife (Paris, 1816), p. 99-106. IL y a sur cet important sujet, dit le Rosier de Marie, une savante dissertation que le professeur Caprara a lue à Rome à l’académie Tibérine, en 1876. Ce jeune savant recherché l’origine, la nature et le but de ce qu’on appelle l'eæclusive. Il a commencé par réfuter l'erreur qui prétend
que les pouvoirs civils ont un droit divin et direct de prendre part à l'élection du Souverain-Pontife, et celle qui dit que c'est un droit d’origine ecclésiastique. En effet, dans tout le Droit ecclésiastique on ne trouve aucun mot qui fasse allusion à cette prétention. « Au contraire, a-t-il dit, on en trouve beaucoup qui le nient carrément », ce qu’il a prouvé en rapportant des documents et des faits, et en citant les dé. ” crets des concessions faites à Charlemagne et à Othon Ier. Ia montré que certaines habitudes des empereurs grecs ou latins
de voix: de plus, un pape italien parle la langue du pays et est mieux au courant qu’un étranger des exigences et des besoins de l’État pontifical qu’il doit souverner.
Aucune loi canonique n'exclut ni les Français, ni les étrangers quoiquel’on croie généralementle contraire.
La France a donné à la papauté : 19 en 999, Sylvestre IL, natif d’Aurillac, chef-lieu du département du Cantal ; — 29 en 1049, saint Léon IX, de
Dabo ou Dagsboure, commune dans la Meurthe;
— 30 en 1057, Etienne X, dont la patrie en Lorraine est encore un mystère ; — 4° en 1059, Nicolas II, né au château de Chevron, situé actuellement en Savoie et faisant autrefois partie du royaume de Bourgogne; — 5° en 1088, Urbain II, né à Chàätillon-sur-Marne , chef-lieu de canton dans la Marne; — 6° en 1119, Calixte II, né à Quingey, ‘ chef-lieu de canton dans le Doubs; — 7° en 1261,
contraires à la loi de l'Église, étaient repoussées par elle, ou tout au plus tolérées par le silence, pour éviter de plus grands malheurs. Mais lorsqu'on a abusé de cette tolérance, les papes sy sont opposés de toutes leurs forces, comme le faisait déjà observer saint Anselme, de Lucques, en écrivant contre l’antipape Guibert. =.
« M. Caprara a conclu que si on voulait reconnaître cette to- . lérance comme une concession bicnveillante de l'Eglise, elle pourrait toujours la révoquer, principalement lorsqu'elle devenait contraire au bien de l’Église. « En conséquence, a-t-il ajouté, si des raisons graves et justes ont pu autrefois la faire tolérer, d’autres raisous, de même gravité, la repoussent vivement de nos jours. » Ce discours, écouté avec le plus vif intérêt, a obtenu de grands applaudissements et l’assentiment gé= néral. »
LES PARTIS ET L'EXCLUSION. 63 Urbain IV, né à Troyes, chef-lieu du département de l'Aube; — 8° en 1265, Clément IV, né à Saint- Gilles, appelé autrefois Saint-Gilles-les-Boucheries, chef-lieu de canton dans le Gard; — 9° en 1281, Martin IV, né au château de Montpensier, situé dans la commune de Saint-Georges-sur- Moulon, : dansle Cher; — enfin 10° en 1276, Innocent V, né à Centron, dans la Tarentaise. Cette série peut être appelée les papes français de Rome.
Il y a une autre série de papes français qu’on appelle vulgairement les papes d'Avignon. Ce sont: 1° en 1305, Clément V, né à Villandraut, chef-lieu de canton, dans la Gironde; — 2° en 1316, Jean XXIL né à Cahors, chef-lieu du département du Lot; — 3° en 1335, Benoît XIT, né à Saverdun, chef-lieu de canton dans l’Ariége ; — 4cen 1342, Clément VI, né au château de Maumont, de la commune de Rosiers d’Egletons, dans la Corrèze; — 5° en 1352, Innocent VI, né aux Monts, paroisse de Beyssac, dans la Corrèze ; — 6° en 13C2, | Urbain V, né à Grisac, de la commune de Pont-de- Montvert, dans la Lozère; — 7° en 1370, Gré- | goire XI, né dans le même château de Maumont que sun oncle Clément VI, ce qui porte à trois le nombre des papes de la Corrèze.
Enfin, quelques auteurs soutiennent que les papes Grégoire XIII et Sixte V sont d’origine française.
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Lorsque l'élection canonique du nouveau pontife a été officiellement constatée, le dernier cardinal-diacre sonne une clochette qui avertit le secrétaire du Sacré-Collége, le sacriste et les maîtres des cérémonies d’entrer dans la chapelle. Ils se joignent aux chefs d’ordre et se rendent ensemble auprès de l'élu à qui le doyen pose cette question: Acceptas-ne electionem de te canonice factam in Summum Pontificem? Son consentement étant obtenu, tous les dais des trônes des cardinaux s’abaissent, et celui du nouveau pape reste seul. Les deux cardinaux qui l’avoisinaient s’éloignent par respect. Alors le car-
1. S. Pie V, en 1566, montra sa vive répugnance à accepter par ces paroles : Se în monasterio viventem sibi et Deco optime de æterna salute gperasse ; creatum episcopum et cardinadem cæpisse timcere; electum pontificem pene disperare. » Clément X, en 1670, opposa inutilement ses quatre-vingts ans. Innocent XI refusa avec larmes. Clément XI, en 1700, ne céda
* que sur les instances de quatre théologiens, et Benoît XIII, en 1724, eut besoin pour se décider d'un ordre exprès du génvra] des Dominicains, .
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dinal-doyen lui demande quel nom ilveut prendre!; et quand il l’a fait connaître, le premier maître des cérémonies, en qualité de notaire apostolique, Île proclame à haute voix et en dresse à l'instant un acte authentique en présence des témoins-susdits.
Dès que le consentement a été donné et l’acte dressé, les deux premiers cardinaux-diacres se placent de chaque côté de l’élu et le conduisent à ‘ l'autel], où il s’agenouille un instant ; il passe ensuite derrière l’autel pour y revêtir les vêtements pontificaux. Son valet de chambre lui met les bas blancs et les mules de velours rouge, sur lesquelles une croix d’or est brodée. $es conclavistes le dépouillent de ses vêtements de cardinal, et les maîtres des
1. Le premier qui prit un nom différent du sien, comme pape, fut Jean XII, en 956, par respect pour la mémoire de son oncle Jean XI. Serge IV, qui s'appelait Pierre, en 1009, changea ce nom ob reverentiam Apostolici culminis, dit Baronius. Depuis lors, Adrien VI, en 1522, et Marcel II, en 1565, ont été les seuls à garder leur nom de baptème.
Actuellement, les papes prennent tantôt le nom du pape qui les a créés, tantôt celui des saints pour qui ils avaient de la vénération, comme fit Pie VI à cause de $S. Pie V; ou encore le nom du pape qui les protégea (Pie [X en mémoire de Pie VII), soit même un nom qui rappelle le lieu de leur extraction (Grégoire XVI avait été moine au couvent de S. Grégoire sur le Cælius).
Urbain IV, en 1261,fut le premier à ajouter à la suite de son nom un numéro d'ordre qui le classait à la suite des papes ayant déjà porté le même vocable : Urbanus papa quartus.
Les actes pontificaux sont toujours signés du nom officiel Pius papa nonus ; maisles rescrits portent simplement l’initiale du nom de baptême, I (Zoannes) au-dessous des mots : Fiat ut pctitur : Jean est, en effet, le prénom de Pie IX,
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cérémonies lui mettent successivement une soutane de soie blanche, une ceinture de soie blanche à glands d’or, un rochet garni de dentelles, une mosette de velours ou de soie rouge suivant la saison, une calotte de soie blanche et une étole de soie rouge brodée d'or. Trois vêtements de gran deur différente sont préparés par les soins du préfet des cérémonies, afin que l’élu en trouve toujours un à sa taille.
Ainsi habillé, le nouveau pape est conduit devant l'autel, où il s’assied sur un fauteuil en velours rouge et bois doré, placé sur le degré le plus élevé. Les cardinaux, en commençant par le doyen, vont gaccessivement à la cérémonie que l’on nomme l'adoration. Agenouillés devant lui, ils lui baisent le pied, puis la maiïn ; et le pape, quand ils se sont levés, leur donne le baiser de paix. Le cardinal camerlingué lui metau doistannulaire de la main droite l’anneau du pêcheur, qu’il Conne de suite au maître des cérémonies pour qu’il y fasse graver le nom qu’il : vient de prendre.
Pendant ce temps, les maçons démolissent la clôture de la grande fenêtre qui donne sur la place du Quirinal. Un des maîtres des cérémonies prend la croix papale et précède le premier cardinal-diacre, qui se rend au balcon où il annonce au peuple réuni l'élection nouvelle par cette formule :*&« Annuntio vobis gaudium magnum : habemus Pontificem Emi-
nenhissimum cardinalem NN., qui sibi nomen imposuit N. »1.
Au signal donné, le canon du château Saint- Ange retentit, les tambours battent aux champs, le peuple acclame le nouveau pontife, et l’on sonne toutes les cloches dé la ville. Aussitôt le chef de la région où se trouve le palais qu’habitait le cardinal élu, se dirige avec sa troupe vers ce palais, afin de le garder et pour empêcher qu'il ne soit pillé par le peuple, suivant une ancienne coutume.
Dès que le cardinal premier-diacre est rentré au conclave, on ouvre les portes et les tours. Alors sont introduits pour le baisement du pied le majordome, le maréchal, les conclavistes, les employés du conclave, les prélats préposés à la garde des tours, les parents et amis, les seigneurs romains, les membres du corps diplomatique et enfin les fidèles.
Le cardinal camerlingue présente les clefs des appartements du palais au pape, qui peut en prendre possession immédiatement, mais qui, le plus souvent, achève, dans la cellule qu’il occupait au conclave, cette première journée de son pontificat.
1. Le premier qui prit le nom de pape fut S. Sirice, en 385. S. Léon le Grand, en 440, intitulait une de ses lettres Leo papa. Quelques évêques ayant aussi adopté ce titre, S. Grégoire VII, dans le Concile romain de l'an 1076, le réserva expressément aux sculs évêques de Rome : « wé papæ nomen unicum esset in universo christiano orbe, nec liccret alicui seipsum vel alium co nomine apprllare, »
ADORATION DU PAPHE.
Le lendemain de l'élection, le pape part en train noble ou semi-public pour le palais apostolique du Vatican, où doit avoir lieu la seconde adoration. Les cardinaux, sauf deux que le pape désigne et prend dans son carrosse, le précèdent dans leur équipage de gala. Leur costume en cette occasion est, même en carême ou avent, la soutane de soie rouge, le rochet et la cappa de soie rouge. Arrivé dans la salle des parements, le pape quitte l’étole et la mosetie, puis revêt l’amict, l’aube, le cordon, le manteau blanc et la mitre de drap d’or. Il est conduit processionnellement à l’autel de la chapelle Sixtine, devant lequel il fait une courte prière, puis i] s’assied sur l’autel et admet successivement les cardinaux au baisement du pied et de la main cachée sous l'orfroi du manteau. Il leur donne ensuite un double baiser.
Le gouverneur de Rome présente alors son bâton
de commandement à Sa Sainteté, qui d'ordinaire le lui remet. Sont reçus ensuite au baisement du pied le gouverneur du conclave, le maréchal, les fonctionnaires et la noblesse. .
Aussitôt la procession se met eh marche. Elle est ouverte par un auditeur de Rote, qui porte la croix papale ; elle traverse la salle royale et descend l’escalier royal, pendant que les chantres de la chapelle exécutent le motet ÆEcce sacerdos magnus. Le pape monte sur la «dia, que soulèvent douze palefreniers du palais. À la grande porte de la basilique vaticane il est reçu par le chapitre, en costume de chœur. Alors les chantres de la basilique entonnent le motet Tues Petrus, et le pape fait son entrée solennelle dans la grande nef. Il descend de la sedia devant la chapelle du Saint- Sacrement pour y adorer à genoux le Saint-Sacrement exposé. Remonté sur la sedia, il est porté dans le sanctuaire, où il s'arrête et fait une prière à son prie-Dieu, puis monte sur l’autel où il s’assied et reçoit la troisième adoration des cardinaux qui, comme précédemment, la cappa relevée en avant et la queue trainante, vont baiser le pied et la main du pontife, qui les embrasse ensuite au visage. Dès que le cardinal-doyen a fait son obédience, il entonne le Te Deum que la chapelle continue. Cette hymne terminée, le doyen étant au coin de l’épître, dit le Pater, les versets ot les oraisons prescrites, Alors