‹ Le conclave et le papeChapitre 8 sur 17 · CONSISTOIRE ET JUBILÉ · texte numérisé non relu

CONSISTOIRE ET JUBILÉ

Quelques jours après son couronnement, le pape tient dans le palais qu’il habite un consistoire secret auquel assistent les seuls cardinaux. Il y paraîtavec le manteau rouge et la mitre de drap d'or. Après qu’il a béni, il s’assied sur son trône et prononce une allocution latine dans laquelle il remercie les cardinaux de son élection et les exhorte à l’aider de leurs conseils dans le gouvernement difficile de l’Église. Il propose ensuite pour les siéges vacants les évêques désignés par la congrégation du consistoire,et jure d'observer fidèlement les bulles de S. Pie V Admonet nos, d'Alexandre VIT Znter cœteras et d’Innocent XII Romanum decet pontificem, qui règlent, d’une part, ce qui concerne les biens de l'Eglise Ro- . maine, biens qu'il lui est défendu d’aliéner ou d’in-

CONSISTOIRE ET JUBILÉ. 85 féoder, et, de l’autre, ce que les papes peuvent faire pour leurs neveux ou parents.

Avant ou après ce consistoire, le nouveau pontife, suivant l'exemple de Sixte-Quint qui le premier introduisit cet usage, continué depuis par ses successeurs, publie un jubilé extraordinaire afin d’implorer la clémence divine sur l’administration de l’Église. Ce jubilé, annoncé par une encyclique, s'ouvre par une procession solennelle, présidée par le pape lui-même. Sa Sainteté se rend en train de gala à l’église de Sainte-Marie-des-Anges, desservie par les Chartreux. Elle y célèbre une messe basse. Pendant ce temps s'organise la procession à laquelle prend part le clergé séculier et régulier. La procession traverse la place, longe la villa Negroni et se rend directement à Sainte-Marie-Majeure. On y chante les litanies des saints, comme aux processions de Saint-Marc et des Rogations. Le pape suit à pied le clergé, vêtu sur sa soutane blanche du rochet, de la mozette et de l’étole rouges. Il est suivi par ses gardes-nobles à cheval, la troupe et une foule immense de peuple. À $Sainte-Marie- Majeure, le pape récite les prières et donne la bénédiction ; puis il remonte dans son carrosse et rentre à son palais. …

La basilique de Saint-Jean-de-Latran, fondée par Constantin et donnée à saint Sylvestre, est l’églisemere de Rome et du monde. Aussi porte-t-elle à sa façade cette inscription qui sanctionne ce droit imprescriptible, reconnu en 1373 par Grégoire XI dans la constitution Super universas, et confirmé

1. « Ce mot de prise de possession est moderne. Le terme primitif a une acception purement religieuse : la cérémonie s’appelait la procession (processio et processione), parce que le pape et son cortège se rendaient à Saint-Jean-de-Latran processionnellement. Sixte-Quint, le premier, changea ce vicux nom et introduisit celui de possessio. Du reste, et quoi qu’it en soit du mot, dès le douzième siecle, la chose était en usage : Calixte II prit possession, le 2 juin 1120, aux acclamations du peuple. En 1305, Clément V, couronné à Lyon, dans l’église Saint-Just, se souvenant de ce que ses prédécesseurs avaicnt toujours pratiqué à Rome, voulut aller prendre possession dans une autre église, comme Célestin V l'avait fait à Aquila. Depuis Grégoire XI, qui rendit à Rome la résidence pontificale, en 1377, la prise de

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depuis par Martin V, Paul IIT et saint Pie V, qui promulgua à ce sujet la constitution /njirma :

SACROSANCTA LATERANENSIS ECCLESIA OMNIUM URBIS ET ORBIS ECCLESIARUM MATER ET CAPUT.

La basilique de Latran, qui porte le titre de patriarcale, est donc la cathédrale de Rome. C’est pour cela que les papes y ont leur siége et qu'ils y font l’acte solennel de la prise de possession.

Cette cérémonie a lieu le dimanche ou un jour de fête, afin de lui donner plus d'éclat et de ne pas déranger la population. Le jour étant fixé par le pape, les préparatifs commencent et le préfet des cérémonies apostoliques en donne avis au sacrécollége et à la prélature par une intimation en latin dont les curseurs pontificaux laissent un exemplaire imprimé au domicile de chacun.

Les rues que doit parcourir le cortége sont ornées de tentures, d’arcs de triomphe, de guirlandes. Le chemin suivi est celui qu’on nomme la voie papale, c’est-à-dire la grande rue du Vatican, le pont

possession s’est faite à l’avénement de chaque nouveau pontife, et toujours à Saint-Jean-de-Latran. Elle avait lieu immédiatement après le couronnement Jules IT, en 1503, l’ajourna à un autre jour ; Grégoire XIV. en 1390. suivit cet exemple, auquel leurs successeurs se sont jusqu'à préseut conformes.

« Le cérémonial de la prise de possession n'est plus ce qu’il fut jadis : Léon X, en 1513, est le dernier pape qui l'ait observé dans toute sa magnificence. Il a été successivement divers@ment modifié et amoindri. » ( Ælect. et Courenn.)

88 CHAPITRE Xi.

Saint-Ange, les Banchi, la Chiesa Nuova, Parione, Pasquino, Saint-André della valle, Cesarini, le Gesà, le Capitole, le Campo vaccino, l'arc de Titus, le Colysée et la grande rue de Saint-Jean-de- Latran. Si le pape habite le palais du Quirinal, il se rend au Vatican en train de demi-gala, à moins qu'il ne préfère, comme le fit Benoit XIII, le 23 septembre 1724, à cause de la chaleur, partir directement de sa résidence d'été. Les cardinaux se rendent en carrosse de gala au lieu indiqué et, pour éviter l'encombrement, eux seuls avec la prélature peuvent passer au pont Saint-Ange. Ils se réunissent dans la salle des parements, où le pape les rejoint et prend successivement la falda. et sur le rochet la mozette rouge, puis il se coiffe du chapeau pontifical de velours rouge. |

À l’entrée du palais, au bas de l’escalier royal, se forme le cortége qui se déroule dans l'ordre suivant: \

Deux escadrons de cavalerie , richement habillés pour la circonstance, formant l’avant-garde et débarrassant le chemin de tout encombrement.

Quatre cavaliers vêtus d’une cuirasse en acier poli, damasquiné d’or : deux marchent de front, tandis que les deux autres vont çà et là, veillant au bon ordre.

Le fourrier majeur et l'écuyer de £a Sainteté, à cheval et en habit de cour. :

Les domestiques des cardinaux , portant des cof-

PRISE DE POSSESSION. | 89 fres d’écarlate, brodés d’or et d'argent , aux armes de leurs maîtres.

Les valets de chambre des cardinaux, avec une

masse d’argent armoriée sur l’épaule.

= Les gentilshommes des cardinaux, des ambassadeurs et des princes, vêtus de noir, mantean de soie et épée au côté.

Les officiers du palais apostolique, le tailleur, le boulanger , le barbier et le jardinier en chef, tous en casaque de damas rouge aux armes du pape.

Les garçons d’écurie , menant à la main douze haquenées blanches offertes par le roi de Naples comme tribut , avec des housses de velours rouge, brodées er aux armes du pape.

La litière pontificale , traînée par deux mules blanches, une en avant, l’autre en arrière, avec des housses de velours rouge, frangées et galonnées d’or.

L'intendant des écuries pontificales, en habit noir, escorté par deux officiers à cheval.

Quatre trompettes de la garde-noble à cheval.

Les camériers extra muros,avec la chape de laine rouge sur la soutane violette.

Les aides-de-chambre du pape , vêtus comme les précédents.

La noblesse romaine, en habit de cour.

Deux prélats en habits violets, le fiscal de Rome et le commissaire de la révérende Chambre apostolique.

90 CHAPITRE Xi.

Les chapelains communs et secrets, en chape de laine rouge sur la soutane violette.

Les avocats consistoriaux, avec la chape de laine violette sur la soutane noire. | |

Les camériers d’honneur , de cape et d'épée, laïques.

Les camériers d'honneur et secrets, ecclésiastiques, en chape de laine rouge sur la soutane violette.

Les quatre plus anciens camériers secrets, portant les quatre chapeaux pontificaux , élevés sur des bâtons recouverts de velours rouge. |

Si le pape est né à Rome , les officiers du Capitole, quarante députés du peuple romain et les maîtres de la justice. ;

Les ducs et princes Romaïns, ayant chacun deux pages richement habillés, avec leurs maisons en livrée de gala.

Le capitaine de la garde-suisse, avec une cuirasse, escorté de six Suisses, la hallebarde sur l’épaule.

Les abréviateurs du parc majeur, en rochet, mantelet, capuce et chapeau semi-pontifical, montés sur des mules à housses noires. |

Les votants de ls signature, les clercsde la Chambre, le maître du sacré palais apostolique en habit dominicain, les auditeurs de Rote, tous avec de grands manteaux et le chapeau pontifical violet, montés sur des mules couvertes de violet.

Si le pape est Romain, les quatorze chefs des ré-

gions prennent place ici, vêtus d’une robe de velours cramoisi et coïffés d’une toque de velours noir.

Les trois conservateurs du peuple romain, avec le prieur des chefs des régions. Si le pape montait à cheval, ce serait à eux qu’il appartiendrait de tenir la bride.

Le prince assistant au trône, ayant à sa droite Mgr le gouverneur de Romé.

Trois maîtres des cérémonies.

Le dernier des auditeurs de rote, monté sur une mule couverte d’une housse violette, que tient à la main un valet de pied en casaque rouge. Il porte la croix papale, dont le Christ est tourné vers le pape. Son costume se compose du rochet, du mantelet violet et du chapeau pontifical. Il est escorté des deux maîtres huissiers, dits de la verge rouge, parce qu'ils ont à la main des bâtons recouverts de velours rouge.

Pi le pape veut aller à cheval, son écuyer l’aide à monter. Le cheval est blanc, avec une magnifique housse en velours cramoisi, brodée d’or et garnie à la partie inférieure de huit houppes également d’or. Le prince assistant au trône, tenant la bride, conduit ainsi le pape jusqu’à l’obélisque de la place de Saint-Pierre, où Sa Sainteté lui donne,avec sa bénédiction, la permission de se retirer et de prendre place à côté du gouverneur. La bride est alors tenue, jusqu’à la basilique de Latran, par les conservateurs

et le prieur, vêtus d’une robe de drap d’or à revers de soie rouge. |

Le pape porte la fulda de soie blanche qui recouvre la croupe du cheval, le rochet garni de dentelles, la mozette rouge, une riche étole de même couleur brodée d’or, le camauro ou calotte rouge, et par-dessus un chapeau pontifical également rouge. Il a aussi-les gants blancs et une baguette d'argent à la main pour diriger sa monture.

S'il préférait aller en carrosse ouen litière découverte, il pourraitsuivre en cela l’exemple des derniers papes qui, depuis la chute de Clément XIV au Capitole en 1766, ont préféré ce mode de transport. S'ilest en carrosse, il prend avec lui le doyen et le sous-doyen du sacré-collége.

Près des conservateurs de Rome se tiennent les maîtres des routes en longues robes.

Quarante ou cinquante pages, choisis dans la noblesse romaine par le cardinal camerlingue et richement vêtus, avec des manteaux en drap d'argent, garni d’or, des culottes blanches, des bas de même couleur, des escarpins à l’antique et à la main une toque avec plume blanche. L’un d’eux, placé à la droite du pape, porte en main un voile de soie cramoiïsie, dans lequel sont renfermés le chapeau pontifical de velours, quand le pape se sert de celui de satin, les gants et autres choses dont il pourrait avoir besoin. Un autre page se tient à la gauche, et porte deux

baguettes argentées au cas où le pape devrait s’en servir.

Ces pages, en raison de leurs fonctions en cette circonstance, sont, par un bref spécial adressé personnellement à chacun d'eux, nommés comtes du palais apostolique et chevaliers de l'Éperon-d’or, ordre qui a été remplacé sous Grégoire XVI par celui de Saint-Sylvestre et de l’Éperon-d’or.

Autour du pape se groupe également toute sa maison, qui se compose comme il suit :

Les gardes-nobles, en costume de gala !.

Les massiers du palais, à pied, et la masse d’argent appuyée sur l'épaule.

Les curseurs pontificaux, avec la soprana violette. .

Le doyen et le sous-doyen des valets de pied du pape, portant chacun un ombrellino de soie rouge ouvert.

1. Si le pape est en carrosse, il y a ici une variante au cérémonial : après la garde noble, un second carrosse, également à six Chevaux, dans lequel prennent place Mgr le majordome, Mgr le maître de chambre, le grand échanron et le secrétaire d’ambassade du Saint-Père ; puis un troisième carrosse aussi à six chevaux, dans lequel sont Mgr le grand aymônier, Mgr le sacriste, le camérier de la garde-robe et le caudataire du pape. Suivent quelques compagnies de carabiniers et de dragons à cheval, Ensuite défilent les quatre carrosses appartenant aux deux cardinaux qui accompagnent le pape, et dans lequel sont tous ceux qui composent l’antichambre noble du pape, puisla voiture de Mgr le majordome ; enfin celles du commandant et du capitaine de la garde noble. Un garde du palais conduisent le ronfident secret, et un familier de la chambre du Saint-Père, suivis de quelques compagnies de dragons, ferment la marche.

94 a CHAPITRE XI.

Les palefreniers sur deux rangs, l’épée au côté. Six soldats de la garde-suisse, avec la cuirasse d’acier sur la poitrine et une grande épée de parade, dont la garde s’appuie sur l’épaule.

Monseigneur le maître de chambre, vêtu du rochet et du mantelet violet, coiffé de son chapeau noir ordinaire, monté sur une mule à housse violette,

accompagné à droite et à gauche des deux camé-.

riers secrets participants, l'échanson et le secrétaire d’ambassade, avec la chape de laine écarlate sur la soutane violette.

Le médecin de Sa Sainteté, accompagné à droite du caudataire du pape, en soutane et mantellone violets, et,à gauche, de deux aides-de-chambre, portant dans une caisse de maroquin rouge tout, ce qui serait nécessaire au pape en cas d'accident, de défaillance ou de maladie, comme lancette, réconfortants, toniques, remèdes, compresses, etc.

Si le pape est à cheval, on porte à cette place la sedia ou siége pontifical des grandes cérémonies, couverte et traînée par deux mules, l’une en avant, l’autre en arrière. Si le pape allait en carrosse, il y aurait ici son cheval, conduit à la main par un valet d'écurie. É

Les palefreniers en costume rouge, faisant les fonctions de sediari et portant, à l’aide de brancards, une chaïse à porteurs nommée portantina.

Les cardinaux succèdent deux à deux au cortége du pape, selon l'ordre d'ancienneté. Leurs mules

sont couvertes de housses rouges, et ils sont vêtus de la cappa rouge et coiïffés du chapeau de même couleur sur le capuchon. Chaque cardinal est accompagné de sa maison, c’est-à-dire de deux estafiers qui tiennentla mule parla bride et ont à la main des bâtons dorés aux armes de leur maître, du doyen des

domestiques et de nombreux valets en livrée. Comme

le pape, les cardinaux préfèrent actuellement aller dans leur carrosse de gala.

Les patriarches, archevêques et évêques assistants

au trône.

Les trois prélats de fochetti : l'auditeur de la révérende Chambre apostolique, entre le trésorier général à droite et le majordome à gauche.

Les protonotaires apostoliques, avec de grands manteaux et le chapeau pontifical, montés sur des mules à housses violettes et harnachement doré.

Les archevêques et évêques non assistants au trône.

Les référendaires de la Signature, avec la soutane violette, le rochet, le mantelet violet et le chapeau semi-pontifical, sur des mules recouvertes de drap noir. |

Au cas où le pape est à cheval, son carrosse de gala, traîné par six chevaux blancs, est conduit par un cocher et un écuyer, tous les deux à cheval et vêtus de casaques en brocard d’or.

Deux trompettes de la garde-noble, en grand costume, avec des chapeaux à plume.

Les capitaines de la garde-noble, en costume rouge et casque à aigrette blanche.

Au milieu d’eux marche le vexillifère de la sainte Église, tenant à la main l’étendard de soie rouge, aux armes du Saint-Siége, le pavillon sur les clefs en sautoir,

Deux autres cavaliers, à la tête d’un escadron de la garde palatine.

Les trompettes et les tambours de la milice, avec une compagnie ayant en tête son capitaine.

L’infanterie pontificale qui, disposée sur deux rangs le long des rues, se replie au fur et à mesure à la suite du cortége.

Quand le pape est arrivé au château Saint-Ange, il reçoit les hommages du vice-gouverneur à la tête de l’escadron de service, et aussitôt commence une salve de quatre-vingts coups de canon et de cinq cent mortiers.

Il continue sa route vers le Capitole, décoré avec magnificence. Sur la place s'élève unarc de triomphe, si le pape est né à Rome. On y voit les armoiries des quatorze régions de la villa et on y entend un harmonieux concert de musique instrumentale. Au : bas de l’escalier qui mène à la grande salle se tient le sénateur de Rome, en robe de drap d’or, avec le collier d’or sur la poitrine et le sceptre d'ivoire en main. Îl est entouré de toute sa cour en habit de gala ct des employés du Capitole. À l’arrivée du pontife, il s’agenouille devant lui et, dans un bref

discours latin, lui promet la fidélité et l’obéissance du sénat et du peuple de Rome. Le pape lui répond en latin, reçoit de sa main les clefs du Capitole sur un bassin d'argent, puis lui donne sa bénédiction.

La partie de laroute qui va du Capitole au Campo vaccino, est ornée de tapisseries et de tentures , aux frais des soixante-dix corporations de métiers de Rome.

L'université des Hébreux se charge de la décoration de la route depuis l’arc de Titus jusqu'au Colysée. On y remarque, outre de magnifiques tapisseries, des médaillons renfermant des emblèmes et des textes de la sainte Ecriture, qui fontallusion à leur dévouement et sujétion au souverain pontife, ainsi qu’à sa prise de possession solennelle.

Le pape traverse la place de la basilique de Latran, dont la décoration est des plus riches ‘. Dès que:le pontife est en vue, le chapitre de la basilique va

1. Si le pape n'avait pas traversé le Capitole, mais s'était rendu directement du Quirinal à Saint-Jean-de-Latran, il y aurait une modification dans le cérémonial. Au palais de Latran, sur la place de la basilique, est dressé un somptueux pavillon ; là, entouré des fidèles ' du Capitole, à l’ancien costume jaune et rouge; des doyens, camériers, chapelains, gentilshommes, pages ; des juges du Capitole, du prieur des chefs de quartier et des trois Conservateurs, le Sénateur de Rome, en grand costume,

1. On appelle ainsi les valets de pied de la municipalité. Les neuf places de fidèles sont réservées aux habitants de Vitorchiano, village de l’ancienne Etrurie qui, en 1267, soutint un siége et repoussa les Viterbois, alors révoltés contre Rome. C’est par reconnaissante de ce service que Roms leur a donné et conservé le privilége d'occuper seuls les emplois relevés par le titre de Fideli del Campidoglio.

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processionnellement à sa rencontre , le cardinal archiprêtre à sa tête, avec les deux croix stationnales et les deux pavillons. Après s'être agenouillés, ils retournent en arrière et s'arrêtent sous le portique. Le pape descend de cheval ou de carrosse au bas de la grande porte, s’agenouille sur un tapis et un coussin de velours rouge, puis baise la croix d’or que lui présente le cardinal archiprêtre.

Il entre alors sous le portique et se dirige vers le trône qui lui est préparé près de la grande porte !.

attend le pape qui s'arrête ; l'écuyer majeur ouvre la porte du carrosse, et le sénateur, à genoux sur le marchepied, félicite le pontife, lui présente les clefs de la ville, et en son nom, au nom du sénat et du peuple romain, prête le serment d’obéissance et de fidélité. Le pape le reçoit, remercie et bénit, |

1. Le pape, anciennement, s’asseyait successivement sur trois chaises, dites de porphyre, placées en permanence, l’une en avant du portique, et les deux autres sous le portique. Sur l’une de ces dernières, il recevait la férule et les clefs de l’église et du palais de Latran, puis jetait au peuple des pièces de monnaie de bronze, en disant : « Aurum et argentum non est mihi ; quod autem habeo, hoc tibi do. » Sur la seconde, il prenait une ceinture à laquelle pendait une aumônière pleine de douze pierres précieuses, symbole des douze apôtres, et de musc, par allusion à ce texte de S. Paul : Christi bonus odor suwmus ; puis il jetait au peuple une poignée de monnaies de toute espèce, en disant : « Dispersit, dedit pauperibus, justitia ejus manetin sæculum sæculi. » Le pape s’asseyait sur la troisième chaise dite stercoraire,et fixée en avant du portique, pendant que lechœur chantait ce verset de psaume : « Suscitat de pulvere egenum et de stercore erigit pauperem, ut sedeat cum principibus et solium gloriæ teneat. » Léon X fut le dernier qui pratiqua ce triple rite. '

Les trois chaises, qui ne sont pas enporphyre, mais en marbre rouge, dit rouge antique, existent encore. Deux se voient au musée du Vatican, la troisième au musée du Louvre, à Paris. Elles sont basses, à dossier circulaire et siége percé au milieu. Tous les archéologues sont d'accord sur ce point que primitiye-

| PRISE DE POSSESSION. 99 Là il s’assied et quitte successivement l’étole, la mozetteet le camauro ; puis,aidé des deux plus anciens cardinaux-diacres, revêt l’amict, l’aube, le cordon, l’étole, le manteau de couleur blanche , et est coiffé de la mitre précieuse.

Assis et ayant autour de lui le prince assistant debout à sa droite et les cardinaux assis sur des bancs recouverts de tapis, il reçoit l'hommage du clergé de. Ja basilique. Le cardinal archiprêtre , debout au pied du trône, lui fait , au nom du chapitre, une courte allocution latine, et lui présente, dans un bassin d’argent doré et plein de fleurs, les deux clefs de la basilique, l’une d’or et l’autre d’argent. Il baise ensuite le pied et la main de Sa Sainteté qui, à son tour, lui donne une double accolade. À la demande de l’archiprêtre, le pape autorise le clergé de la basilique à baiser son pied, et l’on voit successivement, dans leurs costumes respectifs , les chanoines, les clercs bénéficiers, le séminaire, les mansionnaires et les pénitenciers s’agenouiller devant Sa Sainteté. Pendant ce temps, les cardinaux, aidés de leurs valets de chambre qui entrent dans l’enceinte avec les caisses qu’ils portaient en tête du cortége, revêtent les ornements sacrés propres à leur ordre

ment elles servirent, non de chaises percées, mais de siéges poux les baïigneurs, au sortir du baïn ; le trou central donnait, en effet, facilité à l’eau de s’écouler. Il n’est pas d’absurdités qu’on n'ait écrites à leur sujet, toujours en justification de la prétenduc papesse Jeanne.

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respectif, pluvial pour les évêques, chasuble pour les prêtres et dalmatique pour les diacres.

Le pape selève, descend de son trône et s’avance vers la grande porte de bronze où le cardinal archiprêtre lui présente le goupillon, plein d’eau bénite, avec lequel il se signe au front et asperge l’assistance, puis l’encense de trois coups avec un encensoir d’or. |

Il monte alors sur la sedia. Huit chanoines de la basilique élèvent au-dessus de sa tête un dais en drap d’argent, brodé d’or àses armes, et deux camériers tiennent à ses côtés les grands éventails en plumes d’autruche. Il fait ainsi son entrée dans la basilique, pendant que la chapelle chante le Te Deum, en musique àla Palestrina. Le cortége s'arrête à la chapelle du Crucifix, où le S. Sacrement est exposé au milieu d’un riche luminaire. Le pape quitte la mitre, descend de la sedia , s'agenouille sur un prie-Dieu et adore quelque temps en silence. Le Te Deum achevé, le cardinal archiprêtre récite l’oraison ; après quoi le pape remonte sur la . sedia et, au haut de la nef, en avant de la confession, s'arrête pour vénérer les têtes des saints apôtres Pierre et Paul exposées dans le ciborium du maître autel, pendant que la chapelle exécute en musique l’'antienne Petrus apostolus. Le pape, ayant quitté le prie-Dieu sur lequel il était agenouillé, remonte sur la sedia et est porté à son trône, dressé au fond de l’abside. Après une courte prière au milieu du

PBISE DE POSSESSION. 101

sanctuaire, devant le maître-autel, il monte au trône où il s’assied couvert dela mitre. Les cardinaux viennent successivement à l’obédience, selon leur ordre d’ancienneté, et, après avoir baisé sa main cachée sous l’orfroi du manteau, ils reçoivent chacun, dans leur mitre, qu’ils tiennent par lesfanons, le presbyterium qui consiste en deux médailles, l’une d’or et l’autre d'argent, frappées à l'effigie du pape, en souvenir de sa prise de possession. En les recevant, le cardinal baise la main dupape, mais à découvert. Ces médailles sont remises au Saint-Père par le cardinal premier diacre, qui les reçoit de Mgr le trésorier, lequel est agenouillé sur les marches du trône et les prend dans une bourse de velours rouge, à galons et houppes d’or. |

Après l’obédience, le cardinal premier prêtre, escorté des auditeurs de Rote et des avocats consistoriaux, se rend à l’autel papal et, debout, chante, en alternant avec la chapelle, les laudes ou litanies, Exaudi Christe, comme au jour du couronnement.

Le pape monte ensuite à l’autel, le baiseau milieu et donne la bénédiction solennelle dans la forme accoutumée, le visage et la main tournés vers les fidèles. Il laisse ensuite sur l’autel le presbyterium d'usage, somme d’argent considérable, qu’il destine aux besoins de la basilique et qui est renfermée dans

une bourse de damas brodée d’or que lui présente à l'instant même Mor le trésorier !. |

Le pape, après avoir prié un instant devant 1 autel, s’assied sur la sedia, recoit des mains du cardinal premier diacre Ja tiare, et est porté, précédé de tout son cortége, jusqu’à la loggia qui surmonte le portique, où il donne, comme à son couronnement, la bénédiction solennelle et fait’ publier l’indulgence plénière au son des cloches, de la musique militaire et des salves d'artillerie.

Le pape se retire ensuite dans la salle des parements, où il quitte les ornements pontificaux et reprend, sur le rochet, la mozette et l’étole. Monté dans son carrosse, il fait asseoir devant lui deux cardinaux qu’il a choisis, et rentre à son palais, précédé de toute sa cour à cheval et entouré des pages de la noblesse, donnant partout sa bénédiction, à laquelle le peuple répond par de joyeuses acclamations et des .Evviva répétés.

À la suite de la prise de possession, le pape notifie à l’Église universelle son avénement au souverain pontificat par une encyclique adressée aux patriarches, archevêques, évêques et autres ordinaires en communion avec le Saint-Siége apostolique.

1, Le presbyterium de Pie VII montait à 2,626 francs.

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