L*ÉLECT10N DES PAPES PAR LES CARDINAUX
anormales qui dominent trop souvent les élections pontiGcales y sont pour beaucoup : Tempora inopia scriptorum obscuray dit avec raison Baronius, et iyrannide sedem apostolicam invadentium tetra ! *
La tentative par laquelle Jean IX avait essayé d'assurer TEmpire à des princes italiens était hardie. Mais, coïncidence curieuse, le droit de confirmation des élections pontificales que le pape faisait revivre en leur faveur ne trouva guère d'application, faute d'empereurs sérieux. Les Allemands de leur côté n'admettaient point la légitimité de l'acte pontifical qui avait retiré la couronne impériale à leur Arnoul, sur l'appel duquel les terribles bandes hongroises inondèrent l'Europe. A sa mort, ils auraient voulu reconnaître son fils Louis IV (899), non seulement comme roi deGcrmanie, mais aussi comme empereur romain. La même prétention subsiste pour les successeurs qu'ils lui donnent dans la personne de Conrad, duc de Franconie (911), de Henri I (919) et d'Othon le Grand (93G) de la dynastie saxonne. Mais la condition essentielle du couronnement par le pape faisait défaut.
D'autre part l'essai d'affermir la couronne impériale sur la tête de princes italiens ne réussit point. A peine Lambert de Spolète l'avait-il reçue des mains de Jean IX qu'il mourait à Marengo (898). Benoît IV la confère au fils de Boson, Louis III, roi de Provence etdeLigurie(901); mais le compétiteur lombard, Bérenger, fait crever les yeux à ce prince infortuné qui meurt dans l'abandon et l'oubli. Jean X, pour assurer le succès d'une croisade contre les Sarrasins, maîtres de l'Italie méridionale, finit par couronner empereur Bérengcr (916), lequel s'est déjà fait proclamer roi
d'Italie, à Pavie. A la mort de celui-ci (924), l'expérience est faite : l'essai d'un empereur italien a définitivement avorté et la couronne impériale demeurera vacante pendant trente-huit ans, c'est-à-dire * jusqu'au jour où Othon se la fera remettre définitivement, au bénéfice des rois de Germanie.
Plus encore que la couronne impériale dont disposait le pape, plus môme que la couronne d'argent d'Aix-la-Chapelle que ceignaient les rois de Germanie, la couronne de fer du trésor de Monza que la pieuse Théodelinde, la Clotilde des Lombards, avait obtenue de S. Grégoire le Grand, était l'objet d'ardentes compétitions et de luttes sanglantes (1). L'idée
(1) On a souvent raisonné à tort et à travers sur le droit que se réservaient les papes de conférer ou d'enlever la couronne impériale. On y a vu, le plus souvent, une intoléi^able prétention à disposer à leur guise des trônes et des royaumes de la terre. Tel n'est nullement le sens ou le caractère de la politique papale sortie de l'idée et de rinstitution carlovingiennes. Lorâque Léon III posa une couronne d'empereur sur le front de Gharlemagne, celui-ci était déjà roi de France par droit d'élection, et roi des Lombards oud'Italiç par droit de conquête. La dignité impériale qui lui était donnée devant le tombeau de S. Pierre n'était pas celle de l'ancien Empire des Césars romains, mais une institution toute nouvelle, ayant un caractère su» generii^ celui d'une concession pontificale et concordataire , faite, non à une dynastie, mais personnellement à un prince que le pape choisissait pour défenseur, protecteur ou avoué de TÉglise . Le pontife renouvelait ce choix chaque fois que la couronne était redevenue vacante, et il se réservait de faire tomber ce choix indistinctement sur un prince chrétien à sa convenance. On était roi de France, d'Italie ou de Germanie de par le droit politique (naissance, élection ou conquête) dans lequel le pape n'entendait pas entrer autrement ; on ne devenait empereur qu'en vertu du couronnement par les mains du pape. Cette couronne ne conférait pas une souveraineté spéciale sur un État déterminé : elle donnait à son titulaire, déjà roi d'une nation, une dignité supplémentaire, plus morale que matérielle, qui, vis-à-vis de TÉglise, impliquait un rôle particulier de protectorat universel, et vis-à-vis des autres souverains, assurait une sorte de préséance morale distinguant le chef honorifique des princes chrétiens.
Cette signification apparaît clairement sur un monument irrécu-
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d'un royaume d'Italie jetée dans Thistoire par les Golhs, Odoacreet Théodoric, fermentait dans la tête (le tous les maîtres étrangers de la Péninsule. Elle hantait l'esprit des Lombards avec Astolphe et Didier que Charlemagne s'était efforcé d'avoir pour alliés avant d'ôtre leur vainqueur. A son tour, le grand carlovingien en ravive le titre et le donne à son aîné, Pépin, puis au fils de celui-ci, Bernard. Louis le Débonnaire le fait passer à son propre fils, Lothaire, ^820)quf le délègue à Louis II, en l'envoyant à Rome pour marquer son humeur contre l'élection autonome de SergiusII (844). Louis II, le plus italianisé des carlovingiens,meurtàBrescia (873), ne laissant qu'une fille mariée au roi de Provence, Boson, auquel les papes auraient voulu réserver la couronne de îev. Bérenger de Frioul la lui arrache pour se la voir disputer aussitôt par ses compétiteurs Gui et Lambert de Spolète.
Pendant de longues années, l'Italie est ainsi déchirée, sans que sa nationalité parvienne à se constituer. Bérenger, qui s'est défait de Louis III de Provence et des prétentions allemandes d'Arnoul, finit par joindre la couronne impériale à la couronne defer (916), mais
sable dont, chose singulière, on n'a guère tenu compte : la mosaïque que Léon III fit exécuter dans le grand Triclinium du vieux palais patriarcal de Latran, en souvenir de la cérémonie du jour de Noël de l'an 800. L'on y voit, d'une part, le Christ donnant l'étendard de la souveraineté civile à Constantin et les clefs du pontificat à S. Pierre. C'est la distinction des deux puissances, dérivant l'une et l'autre du droit divin, et souveraine chacune dans sa sphère, suivant le mot de Léon XIII {Encycl. Immortale Dei) ; d'autre part, c'est Pierre transmettant son Pallium épiscopal à son successeur Léon III et confiant la bannière du nouvel empire de protectorat religieuxà Charlemagne. L'empire de Constantin vient directement de Dieu ; il est de droit politique et national. Celui de Charlemagne lui est conféré par Pierre ; il est de droit pontifical et concordataire.
pour tomber victimede Rodolphell, roi de Bourgogne et de Savoie (922). Ijugucs de Provence, à son tour, Tenlèvc à Rodolphe au grand déplaisir de Gui etd'Adalbert, duc de Toscane, pendant qu'au sud, les ducs de Bénévent luttent contre les Sarrazins. Hugues règne en tyran; son KIs Lothaire, mari de la belle et douce Adélaïde, promet un règne réparateur (947), mais tombe victime des armes et, peut-être, du poison d'un autre Bércnger, duc d'Ivrée (9S0), appuyé par les troupes allemandes d'Othon.
La brouille éclate bienlôt entre ces alliés d'un jour.
Othon trouve le moment favorable pour descendre en Italie. Sous prétexte de châtier les cruautés de son général Bérenger, il franchit les Alpes et ceint à Pavie la couronne d'Italie (931), mais demande vainement la couronne impériale au pape Agapet II. Toutefois le prince allemand saura attendre : provisoirement même, il rend à Bérenger le royaume d'Italie, à titre de fief vassal ; il aura ainsi toujours un prétexte : des droits de suzeraineté et de haut domaine à faire valoir sur ce beau pays inféodé, pour des siècles, àl'empire germanique. La laborieuse tentativede créer un royaume d'Italie n'a abouti qu'à unvasselagc allemand : la cause de la liberté des élections pontificales s'en ressentira durement.
En attendant, la confusion est partout, au sud comme au nord de l'Italie, et la papauté en est naturellement la première victime. Pendant que les grands chefs de la féodalité lombarde consument leurs forces dans des compétitions désastreuses, qui réduiront fatalementleurs vastes duchés à l'état de simples fiefs allemands, les barons de moindre importance se découpent leurs domaines sur les flancs de l'Apennin.
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Autour de Rome grandissent ainsi les comtes de Tusculum, de Nomentum, de Prenesle, de Segni. En prenant racine sur le vieux soi du Latium et de la Sabine, ces aventuriers goths ou lombards se sont d ailleurs assouplis peu à peu. S'alliant aux anciennes familles patriciennes de la Rome des empereurs et des exarques, ils finissent par les absorber ou plutôt par se substituer à elles, et, s'afTublant des titres de Patrice^ de Sénateur^ de Consul ou de Tribun, ils s'emparent du gouvernement de la ville abandonnée à elle-même par TEmpirc carlovingien, comme elle l'avait été, naguère, par TEmpire do Byzancc. Se romanisant en quelque sorte sur place, ils ont la prétention de constituer à travers leurs disputes et leurs rivalités, le parti indigène et national, défenseur de la vieille idée romaine contre Tirruptiondes Condottieri étrangersvenusdu Nord, enréalité comme eux et àleur suite. Appuyés de leurs gens d'armes et des partisans qu'ils recrutent dans les factions plébéiennes ou patriciennes de Rome; aidés par l'adresse, Tesprit d'intrigue ou Tambition de leurs femmes, les Théodora et les Marozic ; ne reculant devant aucun moyen, les Albérics de Tusculum ou les Crescentii de Nomentum, finissent par asseoir leur dictature sur la ville impériale et pontificale, et du haut du môle d'Adrien où ils ont installé leur forteresse, parfaire peser leur influence sur les élections des papes.
Pendant longtemps, en effet, le choix des chefs de rÉglise se ressentira de cette prépondérance de la féodalité lombardo-romaine qui avait déjà soulevé les passions autour de la personne et du cadavre de Formose. Ces élections d'ordinaire n'apparaissent pas irrégulières dans la forme, mais il est visible qu'elles
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ont subi la pression, tantôt brutale tantôt habile, des dictatures ou des factions dont elles doivent servir les intérêts et les ambitions.
Après la sympathique figure du romain Benoît IV (900) qui donna TEmpire à Louis II de Provence, la fugitive apparition de Léon V d'Ardée (903) et de sou bourreau l'intrus Chris tophore (903), Sergius 111(904), qui avait été déjà le compétiteur opposé par le parti patricien à Jean IX, est rappelé de l'exil et élevé sur le siège pontifical sous les auspices d'Adalbert, duc de Toscane. Les calomnies deLuitpranden font Tennemi acharné de Formose et le complice de Marozie, la femme intrigante et passionnée du patrice Albéric. Il est probable qu'aux yeux du perfide chroniqueur, son grand tort avait été de se montrer hostile au parti allemand. Membre de la famille des comtes de Tusculum, Sergius III avait en effet subi quelques rigueurs de Formose et s'était toujours montré adversaire résolu de la domination étrangère. De là les odieuses accusations de Luitprand contre lui. En face des compétitions de Louis III de Provence, de Rodolphe de Bourgogne, de Bérenger de Frioul, Anastase III (911) etLandon (913) s'attachent à garder une réserve prudente. Par contre JiBan X (914), pontife énergique et zélé, de la famille tusculane comme Sergius, et qui, lui aussi, dirait volontiers /won «7 ^/raniero^ donne la couronne à l'italien Bérenger. Son patriotisme lui vaut les haineuses insinuations de Luitprand, l'accusant à son tour d'avoir dû le siège pontifical aux intrigues compromettantes d'une Théodora, digne sœur de Marozie. Il n'en est pas moins persécuté, à Rome même, par les factions locales et meurt dans une prison où l'a jeté le ressentiment de
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Marozie sa parente qui, veuve d'Albéric, est devenue la femme de Gui de Toscane. Léon VI et Etienne VII (929-931) passent avec une rapidité qui fait songer au poison. L'exaltation sur le trône papal d'un fils de Marozie et d'Albéric permet de supposer que cette habile, mais étrange femme, ne négligea point d'user de son influence en cette occasion. Ce jeune homme, Jean XI (931), tient avec une honnête médiocrité le gouvernail de l'Eglise pendant que son frère Albéric II, sous le titre de patrice, manie avec vigueur et habileté celui de la ville de Rome et que sa mère prend pour troisième mari Hugues de Provence, le même Hugues que nous avons vu abriter sous son titre de roi d'Italie les cruautés et les brigandages qui finiront par le faire chasser par Bérenger d'Ivrée et les armées d'Olhon (94S).
Léon VII (936) et Etienne VIII (937) louvoient prudemment en face de la dictature d'Albéric toujours maître de Rome, et avec lequel ils semblent avoir entretenu d'assez bons rapports. La nationalité allemande d'Etienne qui lui aurait valu les mauvais traitements des Romains, parait être une légende, mais cette légende même prouve jusqu'à quel point les passions nationales et politiques pesaient sur tous les esprits. Albéric tolère l'élection de deux autres pontifes pieux et pacifiques, les romains Marin II (942) et Agapet II (946). Celui-ci voit les troubles de la Haute-Italie se faire toujours plus sanglants. Vainqueur, et peut-(Hro assassin de Lothaire, le farouche Bérenger II d'Ivrée rivalise de cruautés avec les bandes hongroises, qu'Hugues, avant de la quitter, a déchaînées sur l'Italie. La veuve de Lothaire, la pauvre Adélaïde, pour échapper à ses persécutions, s'est vue réduite à implo-
rer Tappui d'Othon le Grand qui ne cherchait qu'un prétexte pour descendre en Italie.
Venu pour châtier son lieutenant et vassal Bérenger, épouser Adélaïde et se faire couronner roi d'Italie à Pavie (951), le vaillant et ambitieux prince allemand, on Ta vu plus haut, envoie à Agapet une ambassade chargée de promettre au pape sa protection et de lui demander, en retour, la couronne inapériale. Le pontife, ne voulant ni blesser les ducs italiens, ni froisser les susceptibilités des seigneurs francs encore fidèles aux derniers Carlovingiens, — Louis d'Outre-Mer et Lothaire, — a le courage dese refuser à inféoder à une dynastie saxonne le suprême héritage de Charlemagne. Le pontife romain avait-il le pressentiment de ce que devait être, pour la liberté du Siège apostolique, la protection de l'Empire germanique? Romains et Italiens font, malheureusement, tout pour que les destins s'accomplissent. Dans la ville pontificale la dictature des comtes de Tusculum» s'affiche chaque jour plus impérieuse. Bientôt ils réalisent leur rêve le plus téméraire : disposer à la fois du principat civil et de l'autorité papale. A Al-béric II succède dans la dignité de patrice, son fils Octavien, bien qu'il ait reçu la tonsure des clercs (954). Et, à la mort d'Agapet, les électeurs pontificaux ne trouvent rien de mieux que de placer encore la tiare sur la tête de ce petit-fils de Marozie. Ce jeune homme de dix-neuf ans exerce, ainsi, la double autorité civile et pontificale : dans ses actes de pape, il prend le nom de Jean XII, et continue de signer de celui d'Octavien ses décrets de patrice (955). C'est le premier exemple d'un changement de nom chez un pape, en même temps qu'une manifestation caracté-
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rislique du sentiment qui animait les Romains, en matière de politique nationale.
Singulière ironie de l'histoire ! ce représentant du parti romain hostile aux influences étrangères, sera amené à faire ce qu'Agapet lui-môme avait refusé d'accomplir : placer la couronne impériale sur la t^te d'Othon et accueillir, dans Rome, selon le mot de Voltaire, les Allemands qu'il ne pouvait souffrir.
Bérenger d'Ivrée avait recommencé ses brigandages et ses tyranniques cruautés : barons et évoques italiens demandaient à Othon de venir les délivrer de cette oppression ; le pape finit, paraît-il, par joindre ses sollicitations à celles de toute Tltalie. Le monarque allemand vient se faire proclamer une seconde fois roi d'Italie à Milan (961), et poursuit enfin sa marche vers Rome, protestant de tout son dévouement pour TEglisc romaine, proclamant, par sa B?///^ fTOr, sa volonté de défendre et de protéger le pape et les terres de S. Pierre. Le jeune Octavien-JeanXII consent à ce qu'il y insère une nouvelle confirmation du décret d'Eugène II sur l'élection pontificale : « Le '< clergé et les nobles de Rome, à cause de la néces- « site des circonstances et pour punir les injustices *< envers le peuple et les prétentions déraisonnables *< des prélats, feront serment de suivre exactement '< les canons dans l'élection du pape, et de ne pan '< souffrir que l'élu soit consacré sans la présence des « envoyés de r empereur ».
En recevant enfin des mains du pontife la couronne "tant désirée (962), le nouvel empereur comptait bien
utiliser ce privilège avec moins de discrétion que n'en avaient montré Gharlemagne et ses premiers successeurs. Et aussi, malgré son incontestable hauteur d'esprit, Othon ne tardera pas, en effet, à commettre la grande faute d'ouvrir la série des antipapes^ créatures du bon plaisir impérial.
Pendant qu'il s'en retourne vers le Nord, distribuant à ses courtisans et à ses lieutenants les évêchés et les biens d'église, allantjusqu'à donner au repoussant Luitprand l'évêché de Crémone, la réaction romaine se dessine contre les maîtres tudesques. Adal.bert, le fils môme de Bérenger, est accueilli par les barons de Rome comme le chef éventuel du parti national.
Le pape se compromit-il dans cette démonstration anti-allemande de la noblesse romaine?... Il est difficile de dégager ici le vrai. Othon se hâte de revenir à Rome avec la pensée de se venger de ce qu'il appelle la déloyauté du pape, et le t)*op de zèle des évêques allemands et lombards qui l'entourent l'égaré. Un formidable acte d'accusation charge Jean XII d'une invraisemblable série de crimes et de vices. Le conci- I iabule, assemblé dans St-Pierre, en présence d'Othon, le dépose, comme indigne de la tiare, et lui substitue un antipape dévoué à l'empereur dans la personne d'un secrétaire de la curie romaine, qui prend le nom de Léon VIII (963).
La vie privée de Jean XII fournissait-elle quelques prétextes aux exagérations calomnieuses de ses accusateurs allemands et lombards, ou bien leur crédulité maligne faisait-elle simplement écho à leur passion politique ? On ne saurait le dire avec une entière certitude, mais le mot de Voltaire n'en reste pas moins
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vrai : « Le jeune ponlife qui avait alors vingt-sept ans parut avoir été déposé pour ses scandales : en réalité il Tétait pour avoir voulu, comme tous les romains, détruire la puissance allemande à Rome ».
Peu de jours après le départ d'Othon, les factions romaines expulsent son antipape et rétablissent Jean XII, au milieu de luttes et de réactions sanglantes, au sujet desquelles les chroniqueurs allemands ont naturellement brodé quantité de légendes. A sa mort, sans tenir compte de l'antipape impérial, on élit un prêtre pieux et éclairé, Benoit V (964). Alors Olhon furieux revient assiéger Rome et lui fait sentir les plus cruelles rigueurs. L'antipape Léon YIIl rentre dans la ville, pendant que Benoit Y est emmené prisonnier à Hambourg. Léon n^avait évidemment rien à refuser à son maitre impérial. Aussi trouve-t-on sous son nom, un décret par lequel il accorde à Othon et à ses successeurs « la faculté de se choisir un suc- '< cesseur pour le royaume d'Italie, d'établir le pape '< et de donner Tinvestiture aux évoques, en sorte « qu'on ne pourra élire ni pape^ ni évoque, ni pa- « trice, sans son consentement, le tout sous peine " d'excommunication, d'exil et de mort ! ». Bien que celte pièce figure dans les collections du Droit (1), son énormité est telle que Baronius et Pagi comme Noël Alexandre, veulent douter de son authenticité. Toujours est-il qu'elle montre jusqu'où allait la pensée d'Othon : établir le pape et instituer les évéques, Tel était en effet et tel sera le programme qui se développera un siècle plus tard, dans la grande lutte entre le Sacerdoce et l'Empire.
(1) Gratien, dist. 68, cap. 23. — Gfr. Friedberg {ad h. l.) qui la considère comme apocryphe.
LE COKCLAVIi. — CHAP. II
n attendant, il ne sera plus ^ëre question de lîé dans les élections pontificales : les papes seront imés alternativement sous la pression des cmpe- 's allemands, ou bien sous celle des dictateurs et chefs des factions romaines. Beaucoup de ces poni seront des personnages dignes d'estime ; empe- *s et patrices auront parfois la main heureuse, bien
toujours lourde et maladroite. L'antagonisme tique et national se retrouve au fond de toutes élections: il s'y joint un antagonisme de race; smpérament, de caractère, qu'aucun trait d'union, ine médiation ne vient atténuer. Entre hommes lord et gens du midi l'on ne se comprend et l'on i'entend pas. Pour les uns, les Allemands ne sont
des barbares grossiers et violents ; pour les au- , les Romains sont des êtres perfides, vicieux et i scrupules. Il faut tenir compte de ce point aux pes les plus diverses et, pour ainsi dire, les plus loliques de l'histoire des rapports entre l'Allemaet Rome: c'est une sorte d'antinomie permanente, nanque de compénétration mutuelle entre le gélatin et l'esprit germanique, Cela éclate d'uoe n pittoresque dans cette scène expressive où le eux Luitprand, envoyé par Othon à la cour de stantinople, vient demander la main d'une prine grecque pour l'hérilier du Irône germanique : ais vous n'ôles pas des Romains, lui dit l'empe- ? Nicéphore, vous n'èles que des Lombards ! » — ous autres, réplique l'évêque de Crémone, Lom- Is, Saxons, Germains et Francs, nous n'avons pas lus grande injure à dire à un homme que de l'ap- T Romain. Ce nom, parmi nous, signifie tout ce m peut imaginer de bassesse, de lâcheté, d'avarice.
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d'impureté et de fourberie ». Devant de pareils sentiments que nous verrons se manifester à Tépoque de la Réforme et lui survivre, il n'y a pas lieu de s'étonner des histoires du X® et du XI* siècle.
L'antipape Léon VIII elle pape Benoît V meurent presque en même temps, le premier à Rome, le second h Hambourg. On élit, sous le coup des suggestions d'Othon et en présence de son triste confident Luitprand, Tévêque de Narni, l'un des fidèles du parti impérial, qui devient Jean XIII (963). Momentanément chassé par les Romains et bientôt rétabli par les armes d'Othon, le nouvel élu ne fut pas mauvais pape. Il couronna Othon II du vivant même de son père, le vieil empereur qui mourut peu après chargé d'ans et de gloire (973), mais « dont la grandeur, selon le mot de César Balbo, fut une des plus grandes calamités de l'Italie ». Exemple mémorable de l'insuffisance des bonnes intentions, et du danger des prétentions arbitraires lorsqu'il s'agit du bien public.
Benoît VI (972), élu comme son prédécesseur sous les auspices de l'Empire, est étranglé par les partisans de Crescentius de Nomentum, dont la diclature populaire remplace momentanément à Rome la dictature patricienne des Albérics de ïusculum. Cresccntius substitue à sa victime Francon ou Boniface VIII, aussitôt chassé par la faction des comtes de Tusculura, qui mettent à sa place, avec l'agrément de l'empereur, le digne Benoît VII, de la famille des Albérics (97;)). Sept ans plus tard, Othon II, à son retour d'une campagne malheureuse contre les Grecs et les Sarrasins de l'Italie méridionale, campagne à laquelle il ne doit guère survivre, impose l'élection de son chancelier lombard Jean XIV (983). Ecclésiastique irréprocha-
ble, Jean n'en est pas moins mal vu du parti populaire romain qui le jette en prison et rappelle de Constantinople, où il s'était réfugié, Boniface VIL Antipape ou pontife légitime, on ne sait trop lequel des deux, Boniface (1) meurt lui-môme victime du ressentiment, soit du parti impérial, soit du parti patricien des comtes de Tusculum. Après un éphémère antipape Jean, intrus Ton ne sait comment, l'histoire mentionne sommairement Jean XV (98S) qui s'accommode avec prudence et longanimité de la dictature du consul Crescenlius, dictature trop réelle néanmoins, puisqu'elle empoche le pape de recevoir les ambassadeurs de Hugues Capet (991). Othon III, atteignant l'âge de sa majorité, se trouve en route vers Rome, lorsqu'il apprend la mort de Jean XV.
Ce jeune prince, élevé par son aïeule, Sle Adélaïde, et sa mère Théophano, princesse de Byzance, s'inspirera de vues plus élevées que celles de ses deux célèbres prédécesseurs. Présent, à Rome, à deux élections pontificales, il les laisse s'accomplir dans les formes canoniques, sans exercer d'autre pression que celle de sa persuasion. Il a d'ailleurs la main heureuse, et fait successivement asseoir sur le trône pontifical le premier Allemand, son chapelain et cousin Bruno, qui prend le nom de Grégoire V (996) et des mains duquel il reçoit la couronne impériale, — et le premier Français, son précepteur Gerbert, le grand
(1) Les sources historiques sont trop obscures pour qu'on puisse décider, avec certitude, la question de légitimité entre Boniface VII, d'une part, et Benoit VIT et Jean XIV, de Tautre. La passion politique les a trop chargés de griefs contradictoires pour qu'on puisse faire la part exacte de la légende et de Thistoire. Mais il est visible que la liberté de leurs élections n'avait guère été respectée.
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moine d'Auvergne, qui fut Silvestre II. Contre Grégoire V, Crescentius avait suscité comme antipape, un moine Grec, Philogathe (Jean XVI). Othon n'est pas homme à subir Tinjure. Il retourne vivement à Rome, ut Romaiiorum sentinam pnrgaret^ selon l'expression de son annaliste, etfait trancher la tète au rapace et tyranniqqe Crescentius (998). Son amitié soutient non moins résolument les généreuses initiatives de Tauslère pape français ; les terreurs de l'approche (le Tan Mille se dissipent sous le pontificat trop court du plus savant homme de son temps ; mais les derniers jours de Silvestre II sont attristés par la prévision des nouveaux troubles que va provoquer la mort précoce de son impérial amî (1002).
Les difficultés de la situation politique retenant loin de Rome le successeur d'Othon, Henri II le Sainte la réaction contre les Allemands — qui décidément ne possédaient point l'art de se conserver longtemps les sympathies de ce peuple, — favorisait la recrudescence de la domination des comtes de Tusculum. Un Crescentius II, fils de celui qu'avait châtié Othon, installe de nouveau au château S. -Ange sa dictature à laquelle se résignent trois excellents papes dont ni l'élection ni l'administration ne donnent lieu à aucun Irouble :'Jean XVII (1003) d'Ancône, qui ne règne que quelques mois ; Jean XVIII (1003), qui s'occupe do la propagation de la foi en Russie, en Angleterre et en Scandinavie; Sergius IV (1009), pontife charitable, pieux et zélé, qui envoie un légat en France.
Un troisième Crescentius, Grégoire, profita de son ascendant, et peut-être de son argent, pour faire élire une série de trois papes de la famille tusculane. Les deux premiers, — .ses deux fils, — furent des pontifes
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municipales finissait parla honte et la simonie ; Timmixtion impériale en arrivait à cet empiétement inouï : la nomination du pape par l'empereur d'Allemagne. Au spectacle des passions et des pressions qui, pendant deux siècles, s'abattent sur Rome, l'on demeure étonné de voir que, malgré tout, le Siège pontifical est presque toujours occupé dignement, et que deux ou trois seulement de ses titulaires méritent vraiment les sévérités de l'histoire. Mais on frémit à la pensée de ce que seraient devenus le Pontificat Romain et le gouvernement de l'Eglise du Christ, avec un prince tel que Henri IV qui, durant un règne de cinquante ans, allait personnifier toutes les aspirations du despotisme césarien, sans les atténuer, comme les Othons de Saxe, par un réel sentiment religieux. Heureusement, la Providence allait susciter sur son chemin un adversaire digne de lui.
Avant de mourir, Henri III, dans une diète tenue à Worms, avait répondu aux délégués du clergé romain qui venaient lui demander de désigner un successeur à Damase II, en leur proposant son cousin, Tévêque de Toul, Brunon, l'illustre descendant des ducs d'Alsace (1049). Brunon qui fut accepté et qui devait prendre le nom de Léon IX, était un Saint et une âme d'apôtre: il allait trouver, pour guide, un homme de génie.
En passant par le monastère de Cluny, alors dans tout l'épanouissement de la vie religieuse, Brunon distingua un jeune moine italien, Hildebrand. Il se