en élotTe très li
^ mentsponliflca
n iiitude des Or
^ sacerdoce Eupn
» Le fanon, soi
-3 Buble grecque,
'»' des vieilles égl
^ la perso riDe di
[^ La couleur di
p" les draperies di
G le lit de parai
^ rouge est la coi
^ l'Église d'Orier
'•" Le paltium,
^- che parsemée d
s. symbole de la
5 lique et de la
^ siège de S. Pii
^ nière signiGcat
^ de la juridictic
% pape le confère
3' aux ari:hevéqu
» cit biblique du
^ du propliêle i
g- disciple Ëllsâe
g la tradition d'à
2 se reySlit du m
S^ en devenant m
^ seur. Les paflii
'^ des agneaux bé
dâ Ste-Agnès,
un coffre de bi
la tombe de S.
rituelle de l'im
gne symboliqu
de CorpnreB.P
rent dans les grandes cérémonies pontificales. Le corps ainsi disposé sur un lit funéraire^ au milieu de torches ardentes, les pénitenciers demeuraient là en prières, protégés par un détachement de la garde suisse. Le lendemain matin (3* jour), après la première congrégation tenue par les cardinaux, le pape défunt devait être transporté à Téglise de S. -Pierre.
A cet effets le chapitre de S.-Pierre se rendait à la Sixtine où les pénitenciers lui consignaient le corps, dont ils avaient eu la garde jusque-là. Une première absoute était faite par le chanoine-doyen ; les chapelains de la basilique, précédés par le clergé de S.-Pierre, portaient le brancard funèbre, à travers la Scala Regia^ jusqu'au milieu de la grande nef. Derrière eux venaient les cardinaux et les prélats récitant les psaumes et les prières des défunts. Une seconde absoute était donnée au milieu de la basilique par le cardinal-archiprêtre de S.-Pierre, et le cortège, reprenant sa marche, se dirigeait vers la chapelle du S.-Sacrement, où les restes du pontife demeuraient exposés, durant trois jours, à la piété et à la curiosité des fidèles.
Lors de la mort de Pie IX, cette partie du programme traditionnel subit un changement : par crainte de l'irruption de la foule et de l'intervention de la police italienne, on omit le transport, la nuit de veille et l'exposition à la chapelle Sixtine (1). Au lieu de cette station funèbre dans la chapelle des cérémonies papales, en face de la fresque du Jugement dernier de Michel-Ange, on effectua, à 7 heures du
(1) On verra, plus loin, Fimportance qu'avait ce détail au point de vue de la date de l'ouverture du conclave.
162 LE COWCLAVE. — CHAP. V
soir (9 février) le transport direct du corps à la basilique de S.-Pierre.
Ce jour-là, t'embaumement ayant été terminé à l'aube, le corps du pontife fut revêtu de ses vêtements usuels et déposé sur son lit dans une des salles de l'appartement papal : vers 10 heures le public fut admis ;l le visiter. Sur les 4 heures de l'après-midi on le revêtit des ornements ponlihcaux de la façon indiquée plus haut, mais dans !a même salle. C'est là que se rendirent [les prélats, le Sacré Collège et le Patri- ;iat, et qu'une partie du clergé de la basilique vint "aire la levée du corps.
Après le chant du Subvenite sancti et l'absoute ré- ;itée par l'un des chanoines, la procession se mit co narche. Un détachement de la garde suisse, suivi des lomestiques et du clergé tenant des torches, précédait a bière portée par les sef/j'ani pontificaux (1) et entou- ■éepar les pénitenciers de S.-Pierre et les gardes-no- )les (2).
(1) Les Sediarii sont les Talels de pied, à livr<!o rouge, apécialencnt chargea de portor la Sedia gestaloria sur laquelle Irdne le mpe dans les corlèt^es i^olennels.
(S) Les gardes-nobles se recrutent dans les familles patriciennes les anciens Ëtats pontificaux. Ils sont les gardes-du-corps du Sou- 'erain Pontife. Ils sont au nombre d'environ cent hommes, comnandéa par un prince romnin (aujourd'hui lo prince Altierl) avec s titre de capitaine et le rang de général de division, deux lîeutelants ayant rang de généraux de brigade, une diïnine de sous-lieuenanis, sous la dénomination assez curieuse ù'Exempts (Esenti) yant rang de colonels. Leur grand uniforme est: habit rouge ;aIoQDé d'or, bandouillère de même, culollea blanches, bottes à 'écuyére, chapeau franfaia à ptume blanche ou casque de cuirasiers. — GarJes-du -corps du pape, ils veillent son cadavre jusqu'à a tumulalion.
La loi des garanties (art. 8] reconnaît au Souverain Ponlife * la acuité de tenir le nombre habilueC de gardes attachés à sa peronne et commis k ta surveillanca des palais, sans préjudice des ibligalions qui résultent, pour ces gardes, de la législation du to;paume ».
La garde suisse formait la haie. Derrière la bière se trouvaient les prélats attachés à la maison, & la personne du défunt, les dignitaires laïques du service du palais ; puis les gardes- nobles, la prélalureet les évèqiies en mantelette noire, les cardinaux en habits violets, rochet découvert et portant des cierges à leur suite, bon nombre de membres du patricial, le personnel des camériers secrets et divers autres personnages.
Le cortège était fermé par un piquet de la garde palatine (I). Les chantres de la Sixtine exécutaient le
Eipoaition du corps de Pie VU Jans la basilique Valii-ano (1R::3).
<1| La garde palatine lire Eon origine des anciens Capotori, sorte de milice urbaine composée des principaux clicFs d'arts et métiers de Home, à laquelle succéda d'abord la garde civique, puis, en son temps, la i^rde nationale. — Soua Pie IX, la gnrde palatine rerut un grand développement : Nombreux chefs de métiers et d'ouTriers romains s'y étaient fait incorporer. Les évèneuieuls de 1870 y introtluisirent tout d'abord un certain désarroi. D'après uue réoenta réorganisation, le corps forme un bataillon de quatre compagnies detiO hommes chaque, qui reçoivent la modeste gratilieation de iO francs par an. Chaque jour, un piquet de quelques hommes fait un service de garde daus la seconde antichambre, les gendarmes
164 LE CONCLAVE. — CMAP. V
Libéra. La procession traversa les loges de Raphaël, la salle Ducale, et la salle Royale, pour déboucher non dans la basilique où le service d'ordre était fait
se tenanl dans la première. Un officier est en permaDenM dans la salle d'entrée ou des Bu$isolanli. Leur uuirorme est A peu près celui des troupes d'infanterie.
par les agents italiens, mais directement dans la chapelle du S. Sacrement dont la grille était fermée. Là les chanoines de S.-Pierre attendaient le corps qui fut disposé sur un petit catafalque, les pieds contre la grille et dépassant quelque peu les barreaux, conformément à Tusage, de façon à pouvoir être baisés par la foule des fidèles. Autour du catafalque douze cierges de cire jaune furent allumés. Ce fut là naturellement, et non dans la nef de la basilique, que la seconde absoute fut faite par le principal dignitaire du chapitre : deux gardes-nobles se placèrent à la tète, deux autres aux pieds du corps et les chapelains pontificaux firent la veillée de prières. Le lendemain matin, dans Fintérieur de la basilique envahie par une foule immense, Tordre fut maintenu par les gendarmes ou carabiniers royaux. Plus tard, dans la matinée, la foule grossissant toujours, le gouvernement royal, sur la demande du chapitre, organisa un service d'ordre avec un détachement de troupes formant une double haie ; des agents de police assuraient la circulation des fidèles et des curieux, un bataillon d'^infanterie se tenait sous le portique de l'église : il ne se produisit d'ailleurs aucun désordre. \ers dix heures, dans le chœur des chanoines, commença le premier des neuf offices funèbres.
L'innovation apportée, en 1878, au cérémonial traditionnel, par la suppression de l'exposition du corps à la chapelle Sixtine, n'était pas sans importance. La série des services funèbres que la Bulle de Gré-
goireXV prescrit, durant neuf jours [novemdiales), devant commencer le lendemain de la déposition du cadavre à S.-Pierre, toute la suite des cérémonies, et par conséquent aussi l'entrée en conclave, se trouvait avancée d'un jour.
Un second jour fut obtenu par la suppression d'un des services. Les cérémonies funèbres, d'après le rituel traditionnel, consistent surtout en une grand'-messe chantée chaque jour. Les six' premiers jours, cet
Funérailles novcuidiales dans la chapelle du chœur des chanoines {xvlll' Biècle).
office était célébré jadis, dans la chapelle du chœur des chanoines, par un cardinal, en présence de ses collègues (1). Durant les trois derniers jours, dits
(1) Le cérémonial observé jadis pour l'offlce de ces six premiers jours éUiit le suivaut :
A l'entrée de la chapelle des ciianoinea, se dressait un catafalque, avec vingl chandeliers de fer portant des torches de cire jaune, el enloui'é de la uarde-nôblo en cosfumo rouge, l'iipéB renversée et un crdpe sur le baudrier. Les massiers en casaque violette, leur masse d'argent renversée, gardaient l'entrée de la chapelle ; sur les autels brûlaient dix cierges de cire jaune et deux autres devant la
des grandes funérailles^ l'office était chanté plus solennellement : au milieu de la grande nef de la basilique se dressait un catafalque monumental entouré de mille cierges ; les absoutes étaient données successivement par cinq cardinaux en habits pontificaux (1).
statue de S. Pierre. Les cardinaux revêtus de leur cape violette, (de simple laine pour les créatures du défunt), venaient de la sacristie, occuper les stalles des chanoines et devant eux leurs candataires tenaient des torches. Les patriarches, évéques et prélatg se plaçaient à leur suite, occupant pour la plupart les stalles inférieures des bénéGciers : toas étaient en noir, avec le rochet sans dentelles ; seuls les auditeurs de Bote et les avocats consistoriaux portaient le manteau violet. Les généraux des Ordres religieux venaient ensuite. En entrant, tous fléchissaient le genoux devant l'autel et devant le Sacré Collège réuni en corps.
Lecardinal officiant revêtait, à Tau tel même, les vêtements pontificaux: le premier jour c'était le cardinal-doyen ; les jours suivants, les cardinanx-évéques et prêtres, selon leur rang d'ancienneté. La messe était censée être ohantée en plain-chant par les chantres de la Sixtine.
l'andis que le Diei irai s'exécutait en musique, on distribuait à tous les assistants des torches et des cierges allumés et cela pendant l'évangile, la préface, la communion et durant l'absoute, une seule absoute. Au moment où était entonné le Libéra, le cardinal officiant revêtait, à l'autel même, le pluvial, et là récitait les prières.
(1) Pendant les trois derniers jours des grandes funérailles, le cérémonial de la messe chantée dans la même chapelle des chanoines demeurait le même, car au maître-autel de la confession, le pape seul officie. Mais le catafalque monumental se dressait au milieu de la Basilique entouré des trois gardes, noble, suisse et palatine. Â la grille de la Chapelle du S. -Sacrement, les employés du palais pontifical distribuaient au peuple des cierges de cire blanche, allumés suivant la nibrique. Le cardinal officiant descendait de l'autel, revêtu de la chape noire et de la mitre blanche, accompagné de quatre autres cardinaux vêtus de même, et, précédé du clergé, croix en tête, se rendait processionnellement devant le catafalque. Les quatre cardinaux assistants se plaçaient aux quatre coins, sur des escabeaux.
Après la prière Non intres in judicium récitée par l'officiant, et le chant du répons Subvenite Sancli Dei, le plus jeune des cardinaux bénissait l'encens et annonçait le Pater, faisant le tour du catafalque avec aspersion et encensement, et terminant par l'oraison Deu$ cui omnia vivunl. Les trois autres cardinaux donnaient leur ahsoute de la même manière, la seconde étant précédée du libéra ; la troisième de Tantienne Qui Lazarum ressuscitasii. Pour la dernière, réservée à l'officiant, on reprenait le Libéra, — Tous
168 LE CONCXAVE. — CHAP. V
Le neuvième jour, à l'issue de la messe et avant les absoutes onprononçaitroraisonfunèbredudéfunt(i). Or, en 1878, la célébration des offices cardinalices des trois derniers jours eut lieu, non dans la basilique, mais à la cbapelle Sixtine. Ceux de la première série furent célébrés par les chanoines seuls dans leur chœur, sans Tintcrvention des cardinaux et au lieu de
six jours, il n'en durèrent que cinq (2). Il n'y eut ainsi
ces détails ne sont donnés que pour mémoire : Tempi pa$scU% ! disent les Romains.
Le dernier jour, TofAce était allongé par l'oraison funèbre, qui se prononçait avant que le cortège ne quittât le chœur pour se rendre au catafalque. Le prélat désigné avait pour costume la soutane noire, le rochet uni et la mantelette noire ; s'il était évèque, il portait la chape pluviale noire et la mitre blanche. La chaire dans laquelle montait Torateur était placée en avant de Tautel, du. côté de révangile, sans aucun ornement ni tenture, à cause de la présence du Sacré Collège.
(1) L'usage de célébrer des funérailles pendant n^u/ jours se rfttache à un antique usage romain. Justinien l'avait consacré en l'appliquant môme aux questions de succession : hœredet, disait une de ses constitutionsi non teneantur creditoribus defuncti respof^ dere ante r^ovem diebus ab obitu. Dans les cérémonies funéraires de l'ancienne Rome il y avait les ludi novemdialei et les sacrifieia novemdialia. Les chrétiens adoptèrent peu à peu cet usage que S. Augustin semble désapprouver {supra Gènes, 1). Néanmoins l'habitude se généralisa de célébrer des offices pour les défunts le troisième, septième, neuvième, trentième et quarantième jour. Les funérailles de neuf jours se pratiquèrent longtemps aussi pour les évoques et les cardinaux (Gavantus, In Caerem. Episc,). Les Orientaux les célèbrent encore aujourd'hui à la mort de leurs patriarches. Ce fut notamment le cas, il y a deux ans, lors de la mort du patriarche maronite, Mgr Massad. Pour les pontifes romains, Tosage ne s'établit qu'assez tard, à la suite de la bulle de Grégoire X ordonnant et réglant le conclave. Jusque-là les funérailles des papes ne duraient que trois jours, usage sanctionné indirectement par Boniface III (607) défendant de traiter de l'élection papale avant Texpiration de trois jours : Tribus diebus nobis in oratione etjejunio manentibus disaient d'ordinaire les clercs de l'Église romaine dans la lettre par laquelle ils notifiaient l'élection à l'empereur ou à rexarque.
(2) Pour parler plus exactement, les chanoines célébrèrent bien le sixième de leurs offices, mais au jour et à l'heure même où les cardinaux célébraient le premier des leurs à la Sixtine.
en réalité que huit jours consacrés aux services funèbres.
L'étonnement fut grand, et les politiques s'en émurent, se demandant si la régularité de Télection n'allait pas en être atteinte.
Il est possible qu'en abrégeant ainsi le cours de ces cérémonies, les cardinaux aient entendu user des facultés^spéciales que leur conféraient les dispositions de Pie VI et celles, — encore ignorées du public, — de Pie IX lui-même : mais ils pouvaient aussi considérer la cérémonie du transport du cadavre dans S. -Pierre comme constituant le premier des neuf actes prévus par la constitution citée ci-dessus. Grégoire XV, en efFet, prescrit bien des obsèques, mais non pas nécessairement des grand'messes> pendant neuf jours. Grâce à cette interprétation, le dépôt solennel du corps dans la chapelle du S. -Sacrement pouvait passer pour le premier des offices novemdiales, la lettre delà loi demeurait respectée. Et de la sorte aussi, l'entrée en conclave était avancée de deux jours.
Dans le cas, en effet, oîi l'on aurait observé rigoureusement les usages traditionnels^ le corps du pontife décédé le jeudi 7 février, aurait été transporté à la chapelle Sixtine le 9 au soir, et dans la basilique de S. -Pierre, dans la matinée du dimanche 10. Leswovemdiales auraient commencé le lundi 11 pour terminer le mardi 19 : le conclave ne pouvait alors s'ouvrir que le mercredi 20, soit le 13* jour après celui de la mort. Au lieu de cela, le transport à S.-Pierre s'efifectuantdèslasoiréedu9, les chanoines commencèrent leurs cinq offices dès le dimanche 10. Les cardinaux célébrant les leurs le IS, 16, 17 février, l'ouverture du conclave put se faire dès le lundi 18 février, soit
le onzième jour. On conciliait ainsi l'observance du rituel avec les préoccupations politiques qui hantaient alors tous les esprits.
D'après les usages traditionnels, la sépulture provisoire du cadavre du pape doit se faire le troisième jour des services d'obsèques. Pour PielXce ne fut que le quatrième (mercredi, 13 février).
A cette cérémonie doivent assister, outre les prélats de la chambre apostolique,les chanoines de S.-Pierre, les familiers du défunt, les cardinaux créés par le pape décédé et le cardinal camerlingue. Tous les cardinaux avaient été invités à la mise en bière de Pie IX, comme à celle de Pie VIII et de Grégoire XVI. La cérémonie a lieu vers le soir : les portes de la basilique sont fermées : les immenses voûtes ne sont éclairées que par la fantastique lueur des torches ; dans ces saisissantes ténèbres se meuvent comme des ombres sépulcrales les cinquante ou cent personnes convoquées. La scène est d'un effet indicible.
Les chanoines sortent processionnellement de la sacristie en psalmodiant le Miserere^ et se rendent d'abord à la chapelle du S. -Sacrement, où sont assemblés les cardinaux qui, tous, tiennent en main des cierges allumés. Ils soulèvent le lit de parade s'u rie-quel est étendu le cadavre du pape et, chargés de leur funèbre fardeau, se remettent en marche, toujours au chant du Miset^ere, La procession nocturne se déroulant comme une fantasiique « théorie » à travers les nefs latérales de Timmense basilique plongée dans l'obscurité, passe devant la vieille statue d'airain de S. Pierre, devant la Confession du tombeau de l'apôtre, et parvient enfin à la chapelle du chœur des chanoines où trois cercueils sont préparés.
Aussitôt les chantres entonnent les notes si lyriques de Tantienne Inparadisum, Le principal difçnitaire du chapitre, en habits pontificaux, bénit les cercueils, donne Teau bénite et l'encens au cadavre. Puis c'est le chant de Tantienne Ingrediar et du psaume Quemadmodum desiderat. L'officiant prononce les prières de Tabsoute ; après quoi les chapelains de la basilique, aidés des gardes-nobles, saisissent les bords du grand linceul de laine rouge frangé d'or et, soulevant le cadavre, le déposent dansle premier cercueil de bois de cyprès, avec tous ses ornements pontificaux. Le majordome y met trois bourses contenant des médailles d'or, d'argent et de bronze à l'effigie du défunt en nombre égal à celle des années du pontificat qui vient de finir. Le premier des cardinaux de sa création dépose, aux pieds du corps, un tube en métal contenant un parchemin où sont relatés les principaux faits de la vie et du règne du pape enseveli.
Les chapelains, camériers et prélats de la maison du pape se tiennent autour, tous vôtus de violet, parce qu'ils continuent jusqu'au dernier moment leur service auprès de leur pape. Ils ne quitteront cette couleur qu'après l'enterrement, pour prendre le deuil. Le cardinal-parent, ou, à son défaut, le majordome, recouvre le visage et les mains d'un voile de soie blanche. Deux maîtres de cérémonies étendent sur le corps un voile de pourpre et enveloppent le tout du grand linceul en brocart qui recouvrait le lit funéraire. Avant que le couvercle soit vissé, une suprême prière d'absolution et une dernière bénédiction ; puis, le notaire du chapitre de S. -Pierre, assisté de celui de la Chambre apostolique et de celui du Palais pontifical, donne lecture, à genoux, de l'acte constatant la
mise en bière du cadavre et la remise qui en est faite parle Sacré Collège au chapitre de S. -Pierre dont celui-ci assume dès lors la garde.
Ce premier cercueil portant les quatre cachets en. cire rouge du majordome, de l'archiprêtre et du chapitre de la basilique, est renfermé dans un second
CauJU (UcCouidl
AVOf
ANXxxj M wAxn ml ûflwM: Jm.
rMiAAAj n laujun mi ï'" ".^ — , .t^-
Cercueil de Pie IX.
cercueil de plomb, dont le couvercle est scellé par les sceaux en plomb du camerlingue, du majordome, de Tarchiprêtre et du chapitre de S. -Pierre, ainsi qu'une inscription marquant la date du pontiGcat et du décès du pontife. Ces deux cercueils sont enfin dé-
posés dans un troisième en bois de cbône ou de châtaignier (1).
Cette caisse est introduite, au chant d'une dernière absoute, dans une niche pratiquée iimi-bauteur d'an pilier à gauche de la chapelle du chœur des chanoines,
Sarcophage provisoire des papes dans la basilique de S.-Pierre.
(1) L'inscription biographique de Pie IX gravée sur le couvercle de plomb portail : Corpus Pii IX. P. M. Qui vixil. An. LXXXV.m. Vin. XXV. Exlet. vniveit. pratfuil an. XXXI, m. VU, d.XXII. mut die Vil Febr. An. UDCCCLXXVIII. Elle était surmontée de la croix et de i'écusson aus arroea du défunt. L'indicatioa de ['auteur de ( Il conclave di Leone XIII', (R. deCesare), disant que ces indications biographiques Turent gravées sur une plaque de bronïe cloaée sur le cercueil extérieur, est inexacte.
-- dessus d'une porle qui donne accès à la tribune s chantres.
[1 y a là comme une sorte de sarcophage en perineoce, encadré dans les décorations architectura- ;. C'est le loculus où est renfermée la bière qiii connt la dépouille mortelle du chef de l'Église. Les vrîers maçonnent aussitôt la partie antérieure, -mée par une table de marbre sur laquelle se lira nom du défunt : au dessus du couvercle du sarcoage, on moule une tiare placée sur un coussin. La dépouille du pontife demeure en cette sépull'e provisoire, jusqu'au moment où elle sera transrtée au lieu de sa sépulture définitive, dans le ^nument que les cardinaux-créatures élèveront à mémoire. Ce Iransport cependant ne peut s'effecer avant l'année révolue. Si au moment du décès I pape, le cercueil de son prédécesseur se trouvait corc dans le sarcophage provisoire, il serait desnctu dans la crypte de la basilique.
Ce cérémonial si fîmouvant fut observé fort exacment le 13 féviierl878. Quelques personnes étranres, munies de billets, purent y assister, en enint par la porle de S. Maria. Des tribunes spéciales aient été préparées pour le corps diplomatique et ur les princes romains. Tous les cardinaux, et non s seulement ceux de la création du défunt, réunis ibord dans la salle du consistoire, s'étaient rendus pectemeat,vers7 heures, par les escaliers intérieurs, ns la chapelle du S. Sacrement. Lorsque la derïre bière fut fermée et déposée au pied du pilier dépié, presque en face du mélancolique tombeau s derniers Stuarls, un appareil de treuils et de ulies, fixé à l'un des échafaudages mobiles de la ba-
LES nJ^ÉRAlLLE8 DU PAPE 175
sîlique, ta hissa jusqu'à la hauteur de la niche ouverte. Dès qu'elle y fut introduite, un maçon la referma eocimeotant sur sa face antérieure, une table de marbre portant ces simples mots: Piits I\, Pont. Max. Pendant ce travail, le chœur chantait les répons
Tuniulalion de Pie IX de la basilique Valitale (13 février ISIU).
d'une absoute finale, et les versets si pénétrants du Benedicttis. Après le dernier, llhimhiare his qtâ in umbra morlis sedent, ce furent les notes saisissantes , de l'antienne Ego sum resiirrcclio et vilu. Tous les as-
sistants se retirèrent silencieux, et profondément impressionnés.
Le pontife avait désigné pour sa sépulture définitive un modeste monument au fond de Pabside de la basilique de S. -Laurent hors les murs. Le transport du corps se fit dans la nuit historique du 13 juillet 1881. Les scènes sauvages provoquées par une populace ignoble sont dans la mémoire de tous. Les cris : al Te^ vercj al fiume la carogna ! retentirent dans Tunivers entier, détruisant la légende du respect que la loi des garanties assure au chef de TÉglise. La tolérance étrange dont le gouvernement du roi Humbert avait cru devoir couvrir les dimostranti, se retourna contre lui, et les torches qui éclairèrent les rues de Rome durant cette nuit sinistre, ont projeté leurs lueurs sur tout le pontificat de Léon XIII.
Le- lendemain de la cérémonie de tumulation, les chanoines célébraient leur cinquième service. Des offices funèbres furent chantés simultanément dans presque tous les églises de Rome. En l'église nationale de S. -Louis des Français, la cérémonie fut très solennelle, digne et grave. La maison royale organisa un service dans la chapelle nationale savoisienne del Sudario] là, un détail fut vivement commenté : sur le catafalque était placée, non la tiare, mais la mitre (1). Y avait-il Tintention de prier non pour le pape mais pour Vcvêque de Rome ? On se k demandait.
Les trois jours suivants, les cardinaux célébrèrent
(1) On sait qu'en 1888, lors du jubilé sacerdotal de Léon XIII, Tempereur d'Allemagne, auquel avait été suggérée Tidée d'offrir une tiare, se décida à envoyer dans une pensée analogue et pour sauvegarder sa conscience protestante, une mitre fort précieuse. Les catholiques de diocèse du Paris offrirent la tiare.
l'ofBce des grands novemdtali, non dans la nef de la basilique de S. -Pierre, autour du fastueux catafalque dont les usages des XVI1° et XVIIl' siècles avaient introduit l'apparat, mais à la chapelle Sixtïne, dans
atoTalque des grandes funérailles de Léon XII (1829).
l'enceinte encore inviolable du palais apostolique. Les cardioaux'y assistaient, en nombre chaque jour plus considérable par suite de l'arrivée de ceux du
•vr
dehors. Ils portaient tous la cape violette des joui's de deuil. Laprélature, en mantelette noire, etenrochet sans dentelle, les généraux d'Ordres et leurs procureurs étaient à leur banc habituel. Le patriciat et le corps diplomatique en grand uniforme occupaient leurs tribunes respectives autour du catafalque assez prétentieux, œuvre de l'architecte Martinucci qui devait bientôt soulever un procès retentissant. Les cinq absoutes prescrites par le rituel furent chantées à la fin de chacune des grand'messes et le troisième jour, le secrétaire des Lettres latines, Mgr Nocella prononça en latin, conformément aux usages, Toraison funèbre du pontife.
Durant ces trois jours, à l'issue de l'office funèbre, les cardinaux se réunissent dans la salle du consistoire, pour y recevoir en audience solennelle les ambassadeurs et autres représentants diplomatiques qui venaient exprimer au Sacré Collège les condoléances de leurs gouvernements. Jadis, alors que les cardinaux assistaient à tous les services novemdtaii, ils échelonnaient chaque jour ces audiences diplomatiques, dans la sacristie de S. -Pierre. Cette fois, toute la partie représentative du rôle du Sacré Collège se concentra dans l'espace des trois derniers jours. Une heureuse conséquence de cette modification fut que les cardinaux n'assistant pas à l'office célébré par les chanoines, purent, à cette heure-là même, pendant la première série des novemdiali^ tenir chaque matin leurs congrégations générales, et gagner ainsi du temps pour les graves délibérations qui, plus que jamais, s'imposaient à leur sollicitude.
La noble et austère simplicité qui caractérisèrent les funérailles de Pie IX firent partout la meilleure im-
pression. L'on ne saurait en effet assez se féliciter de voir abandonnées les traditions théâtrales et dispendieuses que le mauvais goût des XVIP et XVIII* siècles avait introduites aux dépens du véritable sentiment religieux et du trésor pontifical. L'abus était flagrant, notamment en ce qui concerne le catafalque, ou la macchina, comme l'appelle le langage romain. Sous l'influence du rococo dans Tart, ce catafalque avait fini par devenir un échafaudage, aussi prétentieux que coûteux, de planches simulanl'le marbre, ornementé de colonnes torses ou cannelées, d'urnes postiches, de médaillons et bas-reliefs peints en trompe-I'œil, de statues en étoupes plâtrées représentant des Vertus d'un allégorisme souvent païen^ toujours banal et insignifiant.
Grégoire XV, on Ta vu plus haut, voulant mettre un frein aux dépenses, qtiœ jam in immensum excreverant, renouvela la défense déjà portée par Pie IV d'affecter aux cérémonies funéraires de ces neuf jours, une somme supérieure à dix mille ducats (1), soit plus de 90.000 francs de notre monnaie. Alexandre VIII, en 1690, fixa ces frais à la somme de dix mille écus (53.700 fr.) et défendit de dépenser plus de deux mille écus (10.800 fr.) pour le catafalque ; il fut même ici jusqu'à prescrire un appareil permanent plus écononiique(2). Gomme tant d'autres prescriptions somp-
(1) Le cUicat d'or, dans l'origine, était égal au florin de Florence. Evalué en style moderne, il avait titre, 0,966; poids brut, 3,49 gram. mes ; poids fin, 3,441 grammes, et valait, à la proportion douze de rétalon d'argent, 9 fr> 11. — Pour les XVI« et XVII» siècles on peut l'évaluer à environ 9 fr. Gfr. Hanauer^ Études économiques^ Paris, Durand, T. 1. pp. 469-70, 256-62, 273, 603.
Ja^écu romain qui, après le ducat, devint le type monétaire en Ck>ur de Bome, s'évalue à 5 fr. 87.
(2) Modulus ûxus et uniformis pro... ealafalcho, non excédons ia
180 LE CONCLAVE. — CHAJ». V
tuaires, celle-ci fut violée plus d'une fois. A la mort de Pie VIII, les cardinaux dans leur première congrégation plénière durent, à rencontre des velléités d'un architecte fantaisiste, imposer ce maximum de deux mille écus. Pour les funérailles de Pie IX, l'architecte Martinucci dut se résigner, nous l'avons vu, à échafauder une « machine » plus simple. Encore trouvat-il moyen de lui donner une hauteur de cinq mètres cinquante et d'y appliquer des inscriptions et des médaillons avec imitation de bas-reliefs en toile peinte, ornements allusifs aux proclamations dogmatiques du pontife défunt, à sa sollicitude pour la ville de Rome, à sa charité pour les pauvres, à son long pontificat, etc. (1).
Il est probable qu'à l'avenir on renoncera, de plus en plus, à ces décors et spectacles qui, s'ils peuvent égayer les yeux de la foule curieuse, ne disent rien à l'âme du croyant ; l'on ne peut que souhaiter que les ordonnateurs de ces sortes de cérémonies comprennent enfin que rien ne surpasse les inspirations de la liturgie de TÉglise (2). Celle-ci n'admet d'autre luxe, autour du cercueil des chrétiens, que celui des cierges ardents. La mode d'aujourd'hui cheromnibus et pro omnia, valorem scutorum duorum millium (Chirographe du 29 nov. 1690).
(1) Les frais des funérailles de Pie IX ne dépassèrent guère une vingtaine de mille francs, dont une partie fut supportée par le chapitre de S.-Pierre, l'autre par l'administration des palais apostoliques.
(2) La môme observation s'applique au chant ecclésiastique. Que de choses de mauvais goût sous prétexte de restaui'ation de musique religieuse t Pourquoi dans les offices funèbres, ne pas nous donner tout simplement les merveilleuses mélopées grégoriennes du Dies irm et du Libéra ? Lorsqu'elles sont convenablement exécutées et artistiquement interprétées, elles surpassent de beaucoup les fugues de Palestrina lui-même et surtout celles de ses p&les imitateurs.
che à y substituer celui des fleurs, tout aussi contraire à ridée religieuse que celui des statues, des colonnes, des pyramides. La flamme des cierges symbolise la prière ardente et la foi en la paix divine que le chrétien est appelé à goûter dans la vérité et la lumière étemelle : Requiem œtemam ! Lux perpétua I A\i' tour du catafalque d'un cardinal, le rituel ecclésiastique allume cent torches de cire. Qu'on en dresse, comme autrefois, mille autour de celui d'un pape, mais qu'on se contente de placer la triple couronne de la tiare sur le drap mortuaire admis par la liturgie. Ce sera, dans sa simplicité, la plus éloquente des affirmations ^de la foi et du sentiment catholiques que le défunt proclamera du fond de son cercueil : Defunctus adhuc loquitur !