CHAPITRE VIII
I. — Prééminence du Camerlingue. — Archidisicre y vice-do mu us ^ , ramerariiis. — Le Camerlingue, de Grégoire X à Pie IV.— Chef du pouvoir exécutif. — La Chambre apostolique et ses attributions. — Les vacables et les ministères de la Chambre apostolique.
IL — Ministre aristocratique et ministre monarchique. — Origine politique du népotisme. — Cardinale Nipote et Cardinale Padrone. — Secrétaires d*£tat et secrétaire d'Etat. — Consalvi et Pacca. ~ Effacement progressif du camérariat. — Les finances du S. Siège.
III. — L'investiture du Camerlingue. — Le bâton aux pommes d'or. — Rôle grandissant pendant la vacance du Siège. — Les projets du gouvernement italien et le cardinal Pecci en 1878. — La succession du Camerlingue.
IV. — Les autres charges persistantes en temps d'interrègne. — Le Pénitencier et le for intérieur. — Le vicaire générai du pape évéque de Rome. — L'auditeur et la justice. — L'aumônier et la charité. — Les congrégations romaines en Conclave.
Si le rôle des trois cardinaux doyens d'ordre, comme Chefs du pouvoir exécutif intérimaire, n'a été déterminé qu'à yne époque assez tardive par la Bulle In eligendis de Pie IV (1862), le rôle spécial du Camerlingue avait été fixée bien antérieurement. Dès 1274, Grégoire X l'indiquait dans sa constitution Vbi pericu/um, qui instituait le Conclave (1) et, quelques années plus tard, Clément V sanctionnait la pérennité de cette charge par sa Bulle Ne Romani electionCy publiée au Concile de Vienne en 1310 (2).
Aussi, l'autorité de ce représentant du Sacré Collège, tout en se coordonnant avec celle des Chefs, d'ordre, en est-elle distincte et s'exerce-t-elle à un titre particulier. Déjà le fait que les (ihefs d'ordre, une fois le Conclave ouvert, changent, à tour de rôle, tous les trois jours, tandis que le Camerlingue est inamovible dans sa charge, donne à cet éminent personnage
(1) « Omnia... sub ejus, cujus fidei et diligenti» caméra estcommissa, custodia maneant. i
^2) « Camerarium aut Majorem vel aliquos alios ex Pœnitentiariis, quoram officium per obitum Pontificio nolumus expiraro. ...»
une importance exceptionnelle. Il est, à vrai dire, le seul dignitaire ecclésiastique qui ne voie pas ses fonctions expirer avec le pontife dont il les tient (1) : C'est au contraire en ce moment môme qu'il les exerce avec plus d'ampleur.
Cette anomalie apparente s'explique par Thistoire : Dans l'organisation traditionnelle du gouvernement pontifical la chambre apostolique, représente l'administration des biens de l'Église romaine, et, par extension, l'administration temporelle, financière, fiscale, édilitaire des Etats pontificaux ou du Patrimonium b. Pétri ; son chef, le Camerlingue est tout à la fois le successeur de Tarchidiacre des onze premiers siècles et celui du vice-domnus dont la charge était plus récente.
Caméra est une expression empruntée au vocabulaire des premiers rois francs : c'était la Chambre du Trésor \ et le Camerarius était le caissier, l'économe, le gardien du trésor.
Lorsqu'aux V'' et VP siècles se développa l'organisation de la Cour pontificale dans l'enceinte du Patriarchium du Latran, il y avait naturellement un administrateur chargé de pourvoir à l'entretien de la maison du pape et de ce qu'on appela plus tard la famille pontificale. C'était le vice-domntis^ une sorte de majordome ou de maire du palais, lequel avait sous ses ordres un employé chargé de la garde des objets précieux. Cet employé porta d'abord, et sous l'influence byzantine, le nom de Vestiarius\ plus tard, il prit, selon l'usage franc, celui de Ca7nerarius^ et
(1) L'on verra plus loin dans quelles conditions le grand-pénitencier et le cardinal-vicaire conservent aussi, en partie du moins, leur juridiction.
devint, non seulement l'auxiliaire principal mais, parfois, le suppléant de son chef.
Administrateur de la maison pontificale, le vicedomnus exerçait des fonctions analogues et parallèles à celles de Tarchidiacre ; peut-être, à l'origine, dépendait-il de lui ; mais durant la période si troublée des derniers papes de la féodalité lombardo-romaine, c'est-à-dire pendant le X* siècle et la première moitié du XI% les deux charges paraissent avoir été réunies dans les mêmes mains. Les papes réformateurs sortis de l'Ordre de Cluny, et subissant la puissante influence de Hildebrand, le futur Grégoire VII, estimèrentdangereuselapuissance toujours grandissante de ce dignitaire et prirent des mesures pour la restreindre. Ils les prirent si bien que le vicedomnus n'apparaît plus dans l'histoire après le triste pontificat de Benoît IX (1); et l'archidiacre luimôme ne survit guère aux sévérités de Grégoire VIL
A partir de ce moment, c'est le Camerarius qui passe au premier plan, héritant de ce qui restait des fonctions archidiaconales, soit comme chef de la maison pontificale, soit comme administrateur temporel de l'Eglise romaine. Bientôt il prendra rang parmi les cardinaux-diacres, et dorénavant, ce sera lui, le plus souvent, qui contresignera les Bulles du pape. Parmi les titres qui lui sont donnés figurent ceux de prœfectus^ qiiœstor œrarii, ciirator peciiniœ publicœ. Cette qualité d'administrateur du trésor public relègue au second plan ses attributions d'intendant de la maison pontificale, lesquelles passeront
(1) L'archidiacre Benoit remplit les fonctions de vice-domnu9 sous Jean XIX et Benoît IX dont, en 1044, il contresigne encore une bulle en cette qualité.
264 LE CONCLAVE. CHAP. VllI
successivement au Maitre de rhospice apostolique créé par les papes d'Avignon, au Préfet du palais apostolique^ institué après le retour à Rome, et au Prélat majordome établi par Urbain VIII. Dès le XIP siècle^ le Camerlingue, qu*il soit cardinal ou seulement simple prélat, exerce les fonctions jadis dévolues à Tarchidiacre.
C'est dans ces conditions, qui faisaient du Camerlingue le chef permanent de l'administration financière du Saint-Siège, que la Bulle sus-mentionnée do 1274 vint régler l'organisation du Conclave. Grégoire X consacrait, par cet acte, la non-interruption des fonctions de ce ministre du trésor durant la vacance du siège pontifical (1). Sans doute, par respect pour les vieux usages traditionnels, et en s'inspirant des souvenirs de l'ancien triumvirat intérimaire, le Camerlingue, devenu ainsi la seule autorité canoniquemcnt instituée, s'associait les trois Doyens du Sacré Collège et prenait leur conseil ; mais cet usage ne se trouva légalement sanctionné et régularisé que par la Bulle de Pie IV. C'est ce qui explique comment le Camerlingue exerce, encore aujourd'hui, sa charge d'une façon relativement indépendante de ses collègues. Il est, de par la constitution originelle du Conclave, le chef effectif du pouvoir exécutif.
Résumant, dans sa personne, l'administration matérielle du gouvernement pontifical en temps ordi-
(1) Le a notaire et camerarius Grégoire » signe une bulle d'Etienne X en 1057, et en 1062, une bulle d'Alexandre II est contresignée par le Camerlingue Léon, diacre de Sainte-Marie in Cosmedin, qui plus tard se trouvera parmi les adversaires de Grégoire VII. Depuis qu'Adrien IV, en 1155, confia cette charge à son neveu, Boson Brekspeare, la série des cardinaux camerlingues peut être établie d^une façon presque ininterrompue.
naire, et la représentation provisoire de l'autorité souveraine durant la vacance du Siège, ce dignitaire a vu, comme autrefois Tarchidiacre, grandir son autorité et accroître ses attributions. Le mouvement ascensionnel de sa puissance date principalement du retour de la papauté à Rome. « Gérer le patrimoine de l'Eglise, surveiller tous les actes des magistrats de la ville, pourvoira la sécurité de l'État, entretenir les soldats du S. Siège, songer à la guerre et pourvoir à la paix, se préoccuper surtout de l'argent qui est le nerf des affaires publiques », telle était déjh, selon Pie 11, la charge du Camerlingue (1). Impôts, redevances et douanes, droits de régale et dîmes ecclésiastiques ; agriculture, pâturages, chasse, poche, subsistances et approvisionnements ; postes et courriers, poirts, chaussées et canaux ; monnaies, commerce, foires et marchés ; marine et navigation ; travaux publics, intendance des Beaux-Arts et enseignement supérieur ou professionnel, police et service sanitaire, armée et fortifications, comptabilité publique et tutelle des intérêts municipaux : tout devenait successivement l'objet de la juridiction du Camerlingue. Il est aisé de se rendre compte de l'autorité de celui dont relevaient tous ces services, et de qui dépendait le personnel qu'ils nécessitaient. Aussi le rigide Paul IV se préoccupcra-t-il, dès 1560, de restreindre ces attributions presque universelles (2).
Mais ce qui contribua plus particulièrement à diminuer la puissance démesurément accrue du Camerlingue, ce fut, au cours du XVP siècle, l'extension des vacables, A Rome, comme dans presque tous les
(1) Aeneas Silvius. Apolog. ad. Martin. Mayer.
(2) Gonslit. Providentia Romana^ 15 novembre 1560.
pays d'Europe, au milieu des troubles d*une période tourmentée et pour faire face aux besoins momentanés du trésor, Tusage se généralisa de rendre vénales une partie des charges publiques. Ce système qui présentait de réels avantages financiers, surtout à une époque où le crédit "n'existait encore qu'à l'état rudimentaire, eut pour résultat d'affranchir le gouvernement des intrusions et des brigues de la féodalité italienne et d'assurer à l'administration pontificale un personnel sérieux, économique et indépendant (1). Toutefois, les charges, devenues en quelque sorte la propriété de leurs acquéreurs et ne faisant retour au trésor (vacabiii) que dans certaines conditions déterminées, ceux qui les avaient achetées cherchèrent, par voie de privilège et d'exemption, à se soustraire à la dépendance du Cardinal camerlingue. Il y eut plus : les choses marchèrent de telle sorte que cette haute charge elle-môme se vit transformée en vacable. En 1521 le cardinal Cibo Tacheta pour 3o.000 écus. Sous Pie IV\ le cardinal Vitellozzi l'acquit pour la somme de 70.000 écus. La même somme fut payée par le cardinal Cornaro, sous le pontiBcat de S. Pie V, qui l'employa à l'expédition contre les Turcs et à la préparation de la victoire de Lépanle. Conférée par Sixte-Quint au cardinal Gaélani pour 50.000 écus, la dignité caméralc fut alors grevée d'une pension annuelle de 6.000 écus au profit de la caisse de la Chambre {monte Camerlenfjato)^ caisse qui alimentait le service des
(1) Il est clair que ce système de vénalité, ou plutôt, d'escompte des fonctions publiques, n'excluait en aucune façon les conditions de capacité et de parfaite honorabilité, comme le prouve notre corps de notaires, d'avoués, de greffiers, qui est demeuré, en France, un vestige de ces institutions des XV« et XVI* siècles.
intërôis de véritables obligations de dette publique [Luoghi di monte)^ dont la création inaugura le système du crédit moderne.
Vers la fin du XVII* siècle, Tétat des finances pon- 1
tificales étant redevenu florissant, Innocent XII, par une bulle du 23 octobre 1692, abolit les vacables et 1
supprima la vénalité des charges, en restituant à leurs titulaires les sommes déboursées (1). En conséquen- j
<îe, Clément XI, en 1719, conféra la charge de Ca- I
merlingue à son neveu Albani, sans aucune des rede- j
vances qui y étaient attachées antérieurement. j
Les Papes du XVIIP siècle, y compris Benoît XIV, réglèrent, par une série de dispositions, les attributions du Camerlingue. Des douze prélats ou Clercs de la Chambre, trois étaient de véritables ministres sous la responsabilité générale de ce haut dignitaire. Le vice-Cainer lingue y gouverneur de Rome, | remplissait les fonctions d'un ministre de Tinté- j rieur, chef de la police. \S auditeur de la Chambre se trouvait à la tète de la principale Cour de justice administrative, surveillant les services judiciaires et le domaine de l'instruction publique. Le trésorier de la Chambre était le chef du département des finances, des services du trésor et des impôts. — Quatre au- j très prélats, sous le titre de Présidents, dirigeaient des services relativement secondaires : le président ; <ie Vannone et des subsistances pouvait être consi- i déré comme un ministre de TAgriculture ; le prési- |
dent des armes représentait une sorte de ministère de
(1) D*une façon analogue, on a vu, de nos jours, le gouvernement \
aUeroand, dans les provinces annexées du Reichslandy rembourser le prix de leurs études aux notaires d'Âlsace-Lorraine afin de faire de ces of Aciers, jusque-là indépendants, de simples fonctionnaires gouvernementaux. I
la guerre ; le président des monnaies {délie zecche) et celui des archives avaient des attributions plus limitées encore. Enfin le préfet des eaux et chaussées {délie acque et strade) remplissait, au moins partiellement, les fonctions de ministre des travaux publics et du commerce. Les autres Clercs de la Chambre qui n'étaient pas chargés d'un service spécial, formaient la Commission de révision des comptes.
Nommés, à Torigine, par le Cardinal camerlingue lui-môme, la plupart de ces fonctionnaires furent, dans la suite, désignés directement par le Pape, et leur dépendance du chef de la Chambre finit par devenir plus fictive que réelle. Cette organisation représentait, en somme, un mécanisme de gouvernement assez simple, quelque peu patriarcal ; mais d'une remarquable compétence et d'un fonctionnement relativement économique (I). A vrai dire, il n'y avait là qu'un seul ministère général, réparti en diverses sections, à la tète desquelles se trouvaient autant des chefs de service (2).
La nature de ses attributions, aussi bien que l'inamovibilité d'une chagce ronférée à vie, donnait au pouvoir caméral le caractère d'un ministère basé sur un principe aristocratique. Le Camerlingue, sans
(1) De Toiirnon, Études statiatiqucs sur Itotnet L. IV, ch. 3.
(ii) Ici encore, il y a une curieuse analogie avec l'organisation que le gouvernement allemand a donnée à TAlsace-Lorraine : un seul ministère dirigé par un secrétaire d'État, et divisé en quatre sections confiée chacune à un sous-secrétaire d'État (Intérieur, Justice et Cultes, Finances, Travaux publics).
doute, était nommé par le Pape; mais, dans le cadre <le ses origines historiques, il apparaît moins comme le coopérateur personnel du Pontife régnant, que comme le membre principal et le représentant actif du chapitre pontifical, mandataire-né de Taristocralie cardinalice du Sacré Collège. Le Pape est un souverain électif : mais tant que le pouvoir temporel a duré, ses états ont été considérés comme le patrimoine de la catholicité, parce qu'ils étaient le gage de son indépendance spirituelle. Le pontife régnant ne devait ôtre que le suprOme administrateur, le curateur de ce domaine (1); et les théoriciens du droit constitutionnel de VÉtai pontifical allaient parfois très loin dans les développements de cette conception. Le Principal temporel^ disaient-ils, n'a pas été donné aux Papes en souveraineté personnelle et exclusive, mais à l'Eglise Romaine dans son ensemble, au corps entier de son clergé. L'exercice en revenait donc, selon eux, solidairement et à la fois, au pontife et au clergé. Celui-ci, dans les personnes de ses premiers dignitaires, les Cardinaux, se considérait comme associé de droit au gouvernement du patrimoine de l'Église, et son représentant essentiel dans cette part de souveraineté était précisément le Camerlingue (2). Mais à côté de ce ministre relevant du principe aristocratique, existait un ministre émanant du principe monarchique, et la compétence de celui-ci devait môme s'étendre, dans la suite, au détriment de l'autorité de celui-là. Cette accentuation du rôle d'un ministre personnel, tout d'abord ministre
(1) De Tournon, op. cit., L. IV, ch. 1.
(8) Mgr Peraldi, Sullo stato attuale dei Domini délia Cbiesa Romana, Bastia, 18^.
270 LE CONCLAVE. — CUAP. VllI
de cabinet^ et puis ministre d'État du pape régnant^ se produisit naturellement au moment où les grandes monarchies absolues se constituèrent partout en Eu* rope, alors que des dictatures transformèrent jusqu'au régime des vieilles républiques italiennes^ c'est-à-dire à la fin du XV' siècle. La papauté fut ainsi amenée à prendre les allures du Principat contemporain et à adopter, dans ses rapports avec les puissances, les procédés de la diplomatie de cabinet* Les papes, confiant l'administration de leurs propres États au gouvernement collégial des cardinaux et des prélats, se réservèrent, de plus en plus, la politique générale de TEglise et les relations avec lesgouvernements du dehors. La souplesse et la discrétion, ces qualités tant admirées — ou tant reprochées — de la diplomatie pontificale, devinrent, les conditions indispensables de cette politique. Dans ces conditions, il fallait au pontife un ministre de son entière confiance, absolument dévoué à sa personne et absolumeut pénétré de sa politique, héritier de la charge du Silcntiarhis de Tépoquc Byzantine, du Primicerius ou du Consiliarius de la période Carlovingienne^ du Vicariîis du moyen-âge ; en un mot, le futur « secrétaire d'État » .
L'origine moderne du secrétaire d'Élat se rattache d'ailleurs à une organisation souvent fort mal comprisC) jugée avec une excessive sévérité et dont il: convient de parler ici.
Le népotisme a pu, dans la pratique, présenter de graves inconvénients, et certes personne ne songe à les nier; mais il impliquait aussi une pensée éminemment politique. Dans son action générale de Prince mêlé aux grandes affaires de son temps et de Pontife
VACANCE DU SIÈGE ET LE CARDINAL CAMERLINGUE 27 f
universel de la chrétienté, de cette chrétienté au sein de laquelle les compétitions étaient ardentes, en face de monarques de la trempe de Charles-Quint, de François P% de Philippe II ou d'Henri \II1, le Pape avait besoin du concours d'un homme à lui et formé par lui. Or, à une époque où les rivalités étaient si âpres, les intrigues si savamment menées, les fidélités souvent si précaires, à qui le Pape pouvait-il donner sûrement sa conGance sinon à quelqu'un des siens, à un neveu ou à un frère, auquel le chapeau était en quelque sorte imposé par la force des choses et des usages ? Et alors le Pape, de cet homme qui était sien, faisait son agent, son organe et collaborateur immédiat. Gela semblait si nécessaire que, lorsque le Pape n'avait pas un neveu réel et fourni par la Providence, il adoptait à ce titre, et sous co nom môme, quelque étranger. Le Cardinal-Neveu était en même temps le Cardinal-maître, Cardinale" Padrone, relevant directement du Pape, assistant à tous ses conseils, initié à ses vues les plus personnelles et les plus secrètes. Les quémandeurs romains voyaient en lui le dispensateur des multiples faveurs du souverain ; les politiques du dehors et les ambassadeurs le traitaient comme le conseiller qu'il importait de gagner à leurs vues (1).
Quant au titre formel de secrétaire d'État nous le voyons attribuer à un cardinal-neveu vers le milieu du XVP siècle : S. Charles B^rromée paraît avoir été le premier à le porter sous le pontificat de son oncle, Pie IV (1559-1565). S. Pic V donne cette charge au cardinal Rusticucci qu'il fait assister aux audien-
(1) Gfr. de Huhner : Sixte -Quint, passbn.
272 LE CONCLAVE. ClIAP. Vill
CCS des ambassadeurs. Grégoire XIU (1572-1383) et Sixte V {1585-1390) en investissent leurs neveux, et i-Ai ue.a!rp est suivi par presque tous leurs successeurs a fin du XYI1° siècle.
lieu du XIV' siècle, à Avignon, Innocent VI, litué les secrétaires apostoliques ; el l'on vil, , les papes du XV siècle, comme Eugène IV 17) et Nicolas V (1447-1453) clioisir pour ces i, des savants et des littérateurs de renom, m (1453-1438) en avait fixé le nombre à six, VIII (1484-1492) le porta bientôt à vingtnais en transformant ces fonctions en chariles de vocables. Ce changement ne fut pas ; on s'en aperçut bien vite et l'on tenta diformes el réorganisations, notamment sous lint et Clément IX. Mais vainement ; i'insavait dévié et le coIU-ge des secrétaires aposnc fonctionna plus comme à ses origines. ; XI, en abolissant — en 1678 — la vénalité ges, en vint à supprimer aussi les sccrétaitoliqucs; ou plutùt, il n'en maintient que secrétaire des Brefs et celui des lettres aux qui fonctionnent encore aujourd'hui, lors, sous la dépendance du cardinal-neveu, Itua un secrétariat spécial dont presque tous bres po^t^rent les titres de " secrétaires d'Ecurieuse « lïelation de la Cour de Home » de o, publiée pour la première fois sous Gré- < (1G21) le constate expressément. Le Carveu est le chef direct de ce personnel et c lui que les nonces et les ambassadeurs sont ort (1), Il est, nous l'avons vu, le n secrétaire legrelario del papa è sempre il cardinal Nipote il qiiale
du pape », et ses subordonnés sont des « secrétaires d'Etat ». Mais, comme à son titre de secrétaire il joint aussi celui de « surintendant général de l'État ecclésiastique », il est bientôt appelé lui-même, par abbréviaiion et antonomase, il segretano di stato : on lui applique alors indifféremment soit cette dénomination, soit celle de ministre des affaires publiques — à publicis negotiis adminisier.
En résumé, le Cardinal-neveu remplissait un rôle essentiellement politique qui restreignait, et devait restreindre de plus en plus, l'importance de celui du Camerlingue ; ce dernier ne reprenait la plénitude de son pouvoir qu'au moment de la mortdu pontife. Seulementy et par la force des choses, ministre du clergé romain, en quelque sorte, le Camerlingue dut se trouver souvent en dissentiment plus ou moins avoué avec la polrtique personnelle du pape et de son ministre d'Etat. Il groupait autour de lui, et représentait quelquefois ouvertement, les mécontents et les critiques qui ne manquent sous aucun régime. De là, d'inévitables petites réactions, qui se produisaient avec une facilité d'autant plus grande que le pouvoir prépondérant d'un cardinale- Padrone s'éteignait brusquement avec le pontife. On vit certains Camerlingues user, en ces occasions, de leur autorité jusqu'à intimer l'ordre d'évacuer immédiatement les palais apos-
ha molti segretari solto di se, equesto cardinale scrive e sottoscrive le Icttere d*ordine di Sua Santita a tutti i prencipi, nuntii et altri... e tutti li ambasciadori dei prencipi portandosi da negotiare da Sua
Santita vanuo dar conto alsignor cardinale Nipote gli officiali
maggiori sone i segretarii di Stato, che in ogni modo dipendono dal signor cardinale Nipote, e benchè negotiano col papa, con tutto cio dai detto signor cardinale pigliano gli ordini, e questi segreta< rii banno distribuito fra loro lo nuntiature e provincie, essendovi anche tra questi un segretario délia cifra ».
274 LE concLiVE. — chap. viii
tolique à tous les parents et familiers du pontife défunt. C'étaient là les petites et mesquines revanches d'un corps aristocratique, et par là-mëmc traditionalisle. contre la politique de cabinet d'un souverain absolu mais électif (1).
Cet ensemble de choses constitue un point intéressant de l'histoire de la papaulé des quatre derniers siècles. L'on se trompe, d'ordinaire, en voyant dans le pape un souverain tout-puissant qui n'a pas à tenir compte des oppositions. Assurément, ses conseillers ne sont pas desministresimposéspar les fluctuations pariemcntaiies, et le gouvernement pontifical n'est pas un gouvernement d'opinion, au sens moderne du mot. Il n'en existe pas moins, autour du pape, une véritable opinion publique qui sait s'imposer à l'occasion, c'est celle du Sacré Collège et de son prolongement, la haute prélature : opinion publique non de la foule impressionnable et mobile, mais d'une élite peu nombreuse et qui se fait d'autant mieux écouter.
Quoiqu'il en soit, le népotisme, comme institution politique, fut aboli, à la fin du XVIP siècle, par Innocent XII (1692). A la place du Cardinal-neveu, il y eut un cardinal « secrétaire d'Etat », officiellement choisi dans les Sacré Collège par le pape régnant. Clément XI confirma en 1700 ces dispositions de son pré-
fl) Il était inévitable que l'importance politique du népotisme entraînât tout un ensemble de petits avanlai^t-H pour les protégés, p»ren|s et aniis du cardinal Pniii-oiie; peu ressenti au loin, cetelfet du népotisme occupait sinRuliêrement Rome et les Romains. Ce sont lî les petits eûtes de tous tes rt'-^îmes; mais il est d'une politique nage de ne pas leur laisser prendre un développement déuiesuré. Favorilismes et réactions sont égalcinenl nuisibles à une gr.tndc inslilulion.
décesseur et, depuis lors, la direction des affaires générales n'a plus jamais été confiée aux mains d'un €ardinal-neveu (1).
Depuis lors aussi, l'antagonisme entre les deux charges du Camerlingue et du secrétaire d'Etat s'atténua peu à peu, et ce, jusqu'à la première période de <^e siècle, où il se réveilla par le fait des événements. L'administration française avait fait disparaître, à Rome, un bon nombre d'anciennes institutions gouvernementales, les départements de Rome et du Trasymène ayant été organisés et administrés comme les autres parties de l'empire napoléonien; le célèbre secrétaire d'Etat de Pie VII, Consalvi, tout en rétablissant, en 1815, les anciennes institutions dans leurs lignes générales, crut devoir conserver divers rouages de l'administration impériale, notamment, ^ine partie de l'organisation militaire, le système des impôts, la procédure judiciaire, le gouvernement des provinces et des communes.
Cette tentative qui visait à moderniser l'administration pontificale rencontra d'opiniâtres oppositions. On lui reprochait de sacrifier aux tendances centraiisatrices du régime français les antiques et multi- -ples organismes autonomes. L'interprète naturel de ces critiques était le Camerlingue, Témincnt cardi-
(1) Lorsquun pape élu a quelque parent en^^gé dans le8 ordres -ecclésiastiques, Tun des premiers soins des cardinaux est de demander qu'il leur soit adjoint comme collègue. Ils préfèrent le voir prendre rang parmi les conseillers officiels du souverain pontife, et rempêcher ainsi d'exercer un rôle de conseiller intime, o^ d'éminence grise. Ce cardinal-parent jouit alors, sur le secrétaire d'Etat, de quelques prérogatives honorifiques sans grande conséquence. — En 1878, le Sacré Collège se conformant à cet usage, demanda à Léon XIII de conférer la pourpre à son frère, le modeste et savant professeur Joseph Pecci.
nal Pacca, qui, en vertu même de sa charge, représentait les traditions de la Chambre apostolique. On opposait ces traditions aux innovations de Consalvi, considérées alors comme révolutionnaires quoiqu'elles nous paraissent, aujourd'hui, bien peu aventureuses.
Uninslant, sous Léon XII, le programme traditionnaliste sembla triompher. Mais Grégoire XVI reprit l'œuvre inaugurée par Pie VU sous l'inspiration de Consalvi. Les édits du 5 juillet et du 5 octobre 1831 firent revivre et développèrent la pensée qui avait présidé, le 6 juillet 1816, à la rédaction du motu-pro^ pria de Pie VII. Par une innovation plus hardie encore, Grégoire XVI en créant un second secrétaire d'État pour les affaires intérieures (1833), restreignit à nouveau la compétence de la Chambre apostolique et de son chef, compétence que Pie IX annula presque complètement en instituant, à son tour, divers ministères de forme moderne (1).
Le principal reproche qu'on a pu faire à cet ensemble de réformes, c'est qu'en créant des organismes nouveaux, il laissait subsister les formes extérieures des anciens. Vieux rouages devenus sans objet comme sans utilité sérieuse, ombres vides auxquelles des noms historiques donnaient encore l'apparence de la réalité, véritables sinécures dont les titulaires néanmoins ne cessaient de récriminer. Des voix s'élevaient en toute circonstance pour se plaindre de la juxtaposition défectueuse de ces éléments administratif^ de provenances diverses et pour demander le retour au système du passé, la restauration du rôle
(1) Mofff proprio du 12 et du *-i9 décembre 18 i7.
traditionnel de la Chambre, du Camerlingue et de ses prélats administrateurs (1).
L*organisation constituée par Grégoire XVI et Pie IX a disparu avec la souveraineté temporelle du Pape. Les cadres de la Chambre apostolique sont demeurés debout ; mais, plus que jamais, ils ne représentent, en temps ordinaire, que des charges purement honorifiques, ^administration camérale est réduite à néant par défaut de matière, et la question qui se pose est celle-ci : comment arrivera-t-on à la réorganiser de manière à utiliser ses cadres pour le gouvernement général de l'Église (2)?
(1) Mgr Peraldi, Sullo stato attuale dei Dominii délia Chiesa Homana, 1855, pp. 108-130.
(2) Les revenus de la Chambre n'existent plus guère depuis la disparition du gouvernement temporel. Ces revenus étaient notés soigneusement, depuis des siècles, dans le Liber censuum coordonné pour la première fois, à la fin du XII« siècle, par le célèbre Camerlingue, Cencio Savelli, plus tard Honorius HI. — Parmi ces revenus iîguraient les tributs que certains princes ou États payaient au S. Siège, tels que le Denier de S, Pierre des rois d'Angleterre, la célèbre Chinen des Rois de Naples, le tribut de Parme et Plaisance, qui étaient acquittés solennellement la veille de la fête de S. Pierre. (V. Hurter^ Tahlefui des Institutions de V Église et la belle édition critique qu'un membre de l'École française de Rome, M. PaulFabre, vient de donner du vieux texte de Cencius Came" i'nrius (Paris, Thorin).
Actuellement, le S. Siège n'a d'autres revenus, en dehors du produit assez modeste des taxes de la Chancellerie, de la Daterie, et des Brefs, que les offrandes volontaires du Denier de S. Pierre. Le Budget de toute l'administration du S. Siège ne dépasse guère le chifîre de six ou sept millions par an. Pour en surveiller la gestion, Léon XIII avait, dès le commencement de son pontificat, institué une Commission cardinalice, sous le litre de Conr/réf/ntion de l'obole de S. Pierre. En hommage aux traditions de la Chambre apostolique, l'administration effective en fut confiée, avec des attributions très étendues, au Prélat vice-Camerlingue qui tîumulait ainsi les fonctions de son collègue d'autrefois, le trésorier général. Or, cette organisation n'a pas donné de bons résultats. Dans le courant de l'année 1891, on constata que les économies du trésor pontifical, placées en valeurs diverses et destinées à parer aux éventualités de l'avenir, subissaient, par suite de placements incon-
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En fait, et pendant la vie du Pape, le Camerlinguene conserve plus guère que la prérogative de recevoir le serment d'un certain nombre de fonctionnaires. Devant lui, en présence de ses clercs et de son tribunal, in plena Caméra^ le vice-Camerlingue, l'auditeur de la Chambre (1), les auditeurs de Rote, tous les dignitaires de la Chambre elle-même, prêtent le serment. Jadis il avait encore à recevoir les serments du Sénateur (maire) de Rome, des Délégats (préfets), des gouverneurs, des provinces, des patriciens auxquels était conféré un titre nobiliaire de prince, marquis ou comte. C'est en vertu de cette tradition, qui marquait si bien le rôle du Camerlingue comme chef du gouvernement des domaines de TEglise romaine, qu'aujourd'hui encore il reçoit le serment des officier et employés du Conclave.
sidérés et surtout de la crise financière générale et des crises particulières à l'Italie et à Home, une dépréciation de laquelle résultait une diminution d'inventaire de plusieurs millions. Cette mésaventure a été sans doute fort exagérée ; néanmoins, elle eut pour effet que la susdite Commission cardinalice assuma Tadministration directe du trésor pontifical. De celle Commission relève maintenant toute l'administration Palatine dirigée par le Majordome. Pendant une dizaine d'années, ce prélat a exercé aussi la charge de Préfet des Palais apostoliques qui était réunie, jadis, à celle du secrétaire d'État ; mais à la suite de l'élévation au cardinalat de Mgr Uufio-Scilla, on en est revenu à la tradition plus logique qui rattachait la Préfecture du Palais à la secrétairie d'État. Dans la situation exceptionnelle du S. Siège il est de toute convenance que la direction suprême de toutes les administrations vaticanes relève du ministre effectif du Souverain Pontife.
(1) Des trois grands officiers de la Chambre, le vice -Camerlingue (ancien gouverneur de Home) et l'auditeur de la Chambre sont les seuls qui subsistent encore de nom. Le trésorier général a disparu.
Le caractère exceptionnel de la charge du Camerlingue se reflète dans la façon même dont elle est conférée au titulaire. Le Camerlingue est, avec le cardinal-chancelier, le seul dignitaire du Sacré Collège qui soit choisi par le Pape et désigné solennellement par lui dans la réunion plénière du Consistoire. Là, après avoir annoncé aux membres du Sacré Collège sa résolution de créer Camerlingue l'un d'entre eux, et employé, pour prendre leura vis, la formule consistoriale Quid vobis videiur'i le Pape prononce une allocution qu'il termine par ces mots : « De par l'autorité du Dieu tout puissant et celle des apôtres Pierre et Paul, nous confions la charge de Camerlingue de la S. Eglise romaine au cardinal N. N.,et nous le créons et députons tel, pour sa vie durant, avec toutes les charges, privilèges et facultés, selon la teneur des bulles apostoliques... Innomine Palris et Filii et Spiritus 5. Amen ! » Le lendemain, ou au plus tard le surlendemain, le nouveau dignitaire, devenu en quelque sorte le co-régenldu Pape, se rend dans les appartements du Pontife qui, assis sur son trône, entouré de sa cour et en présence du tribunal de la Chambre apostolique, lui remet, en signe d'investiture, le bâton du commandement terminé par deux pommes d'or, disant : « Reçois le bâton de ta juridiction et de ton autorité et sois le Camerlingue de la S. Eglise romaine ! » Le cardinal saisit ce bâton, sorte de sceptre de régence, le passe au prélat qui sera son premier suppléant, en répétant à son tour : « Prends ce bâton, et sois vice-Camerlingue ».
Cette charge, naguère principale, si amoindrie aujourd'hui en temps normal, retrouve, nous Pavons vu, toute son importance au moment de la vacance du Siège apostolique. Dès que le Pontife a exhalé son dernier soupir, le chef traditionnel de Tadministration temporelle de TÉglise romaine devient le régent • de l'Église universeHe, et le lecteur n'a pas oublié le cérémonial symbolique par lequel il exerce ses premiers actes.
Les conditions exceptionnelles et délicates, dans lesquelles se tiendront dorénavant les Conclaves, donnent à la tâche du Camerlingue une portée qu'il est impossible de méconnaître. Il y a là, en face du monde catholique et de l'Italie gouvernementale, des devoirs nouveaux et singulièrement graves. On le sait assez, les assises électorales d'où sortira le Chef de la chrétienté, ne se tiennent plus dans le cadre tranquille d'une souveraineté incontestée. En face de Tenclos solitaire et étroit du Vatican, se dresse un gouvernement à la fois hostile et intéressé, supportant malaisément la papauté, mais entendant néanmoins la conserver comme un locataire d'importance, soumis à sa tutelle et à sa suzeraineté (1).
Les choses étant ainsi, la charge du régent de l'Eglise — servans locum sedis apostolicâBy — revêt un caractère essentiellement politique et réclame toutes les qualités de Thomme d'Etat. Lorsque le 7 juil-
(1) Il Verrhio delUi Locanda del Vnticano^ aurait dit, en une circonstance caractéristique, le roi d'Italie, en parlant du pape ! — / Paln^zi apnstoUci nnzionalt\ est la désignation donnée volontiera par la presse italienne, même modérée^ à la demeure du pontife. Récemment encore, les officieux de Isi Cou su Un le rappelèrent, en termes fort nets, à Tlmpèratrice d'Allemagne qui s'avisa de se rendre, dans sa propre voiture, aux musées du Vatican {\ ,Popoho Roniano du 26 avril 1H93).
Ietl877, mourut le Cardinal camerlin^e de Ange lis, ce vieil ami de Pie IX, In presse officieuse et le: cercles politiques qui passaient pour rellétci' la pen' sée du gouvernement italien, agitèrent la quesliot de savoir quelle altitude le gouvernement royal aurait à tenir. « La Chambre apostolique et son chef le cardinal Camerlingue — disait-on ouvertement — représentaient l'administration temporelle de: Etals romains. Cette administration ayant passé au; mains du gouvernement italien, le Camerlingue si trouvait déchu de ses anciennes prérogatives, et li gouvernement italien en était l'héritier ; donc, c'étai à lui, c'était au ministre de l'intérieur du roi d'Italii (alors M. Crispi), de se substituer au Camerlingue dan: Tadministration matérielle du Conclave, cette admi nistration étant devenue un droit régalien de la cou' ronne d'Italie par suite de Yincamération de la Cham bre apostolique dans le domaine de l'Etat (t) ».
Le raisonnement élait original et, pour quiconnai la logique des légistes italiens, il y avait lieu de s'ei préoccuper. Si Victor Emmanuel était mort un moi: plus tard, et Pie IX un mois plus tùt, il est diflicil de dire ce qui serait arrivé. Le projel, parait-il, élai formé d'occuper immédiatement le Vatican, de met tre sous scellés les appartements du pape défunt, e de prendre ainsi, selon le mot de M. Crispi, toutes le mesures propres à n assurer la liberté du Conclave »
Il n'y avait pas à se ledissimuler : la situationétai grave ; la Providence y pourvut dans le consistoire di
(1) Iiiciirnfriilioii élail le terme par lequel on a désigné, lou( <i'o bord, la coDQscnlIon des biens ecclésiastiques par l'Ëtat. C'était ii enlr de la Ciimfr» itp/Miolicii. Depuis quelques années, c'es m équivalent à.'ii>iieii"iiiimiiPiilii qui prévaut pour désigne opération.
21 septembre 1877, lorsque le pape proclama Camer-
Vinmiii de l'Kglise romaine, le cardioal Pecci, arche-
de Pérouse. Certes, le bâton aux pommes d'or
uvait être remis à des mains plus sûres et plus
en eut immédialemont la preuve : sur ia ndc du nouvel élu, une commission de Car- X fu! chargée d'étudier et de préciser les dedu Camerlingue dans les temps nouveaux.
2 10 octobre, une Bulle pontificale sortit des ■rations de cette commission, et un règledétail lée fut sanctionné le lendemain de la mort i Victor Emmanuel, (10 janvier 1878). Nous LS à analyser plus loin ces graves documents, js verrons quelle importance nouvelle ilsajouau rôle traditionnel du Camerlingue. Au reste, ["prétation pratique en fut donnée, quatre semailus tard, par la conduite du cardinal Pecci, Estloin de rappeler ici l'énergie, la dexiérîté, la plilude et le tact dont il fit preuve alors etqut Itirèrent d'universels hommages? Les calculs linistres italiens se trouvèrent par lui déjoués, le fois de plus, l'indépendance de l'Eglise et du apostolique fut providentiellement sauvegar-
mporte exirftmemeat, on le voit, qu'une telle ;e ne soit jamais vacante, pas mCme un sent
puisque à tout instant le pape peut mourir. lis, lorsquele Camerlingue disparaissait, le pape nait sur l'heure un pro-Camerlinf/ue provisoire,
endant le prochain consisloire ofi son succesléfinitifétail créé; mais, depuis le commencement : siècle, le principe de la dévolution d'office de
cette suppléance au secrétaire d'État en fonctions, a prévalu. A quelque moment, donc que survienne maintenant le décès du pontife, il ne saurait y avoir dMnccrtitude sur la personne du régent intérimaire. Toutefois le Camerlingue lui-même peut mourir dans Texercice de ses fonctions, durant la vacance du Siège. La Bulle de Clément V, Ne Romani electionij promulguée au concile de Vienne (1340), y pourvoit en prescrivant à l'assemblée des cardinaux d'élire, aussitôt, un Camerlingue provisoire dont la charge expirera à la nomination du nouveau pontife. Ces dispositions ont été confirmées en 1732, par la Bulle de Clément Hll, Aposto/otus offxcium^ laquelle fixe un délai de trois jours pour procéder à Télection, qui se fera d'ailleurs à la majorité des voix.
Les mêmes Consti tutions pontificales ont sanctionné la permanence de l'office du grand Pénitencier (1), mais en bornant sa juridiction au for intérieur et aux questions de conscience, selon les règles observées durant la vie du pontife lui-même. Ainsi, par exemple, des chrétiens frappés de censures réservées au Pape ne pourraient en être relevés par le grand Pénitencier qu'à l'article de la mort ou à titre provisoire, en prévision de cette heure, et à la condition que les pénitents demanderont, en cas de vie, le renouvelle-
(1) Grégoire X au concile de Lyon (1274) n'avait mentionné que le Camerlinjçue. Clément V, à Vienne, lui associe le Pénitencier. Pie IV dans sa constitution la eligendis (1462) délimite la juridiction provisoire de l'un et de l'autre. Clément XII (1732) la confirme et la précise en déterminant à nouveau le mode de leur remplacement.
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'""' de leur absolution au Pape fulur. « C'est de la dit la Bulle de Clément XII, que se concilie Ifi t de la discipline ecclésiastique et l'intérêt du les âmes ». Et c'est par là encore qu'on évite ingérence abusive dans le domaïue de la juri- (1 personnelle du chef de l'Église. Le grand Héier vient-il à mourir durant le Conclave? le Collège procède à l'élection d'un successeur ;oire dans les mêmes conditioDS que pour le 'lingue.
>s deux charges qui correspoudonl à la double :tion spirituelle et malériclle du Chef de TEs'ajoute celle du cardinal vicaire générât du pour l'administration épiscopale du diocèse de , charge dont la permanence s'impose malgré ition quelle implique aux principes généraux lit. A la mort d'un évt>que, — c'est la règle caje, — ses vicaires généraux perdent immédial toute juridiction et le chapitre cathedra! élit place des vicaires capitulaires. Mais l'applide celte règle au diocèse de Home serait d'une ion extrèmcmentdifficile, et pourrait occasion- !s perturbations qui doivent être évitées en un moment. Aussi l'usage s'esl-il établi de- bonne que le vicaire épiscopal du pontife romain irât à la tOte de l'administration du diocèse de jusqu'à l'élection du nouveau pape (1), usage ependani, ne fut formellement sanctionné que Kulle de Clément Xll. Or cette Constitution
viciirc épiscupat n'élait pns toujours, ù l'origiae, un carn 155H, Pie IV unit «elle charge au Sacré Collège, ce qui lui atiirellement une importance plus grande.
ne pourvoit pas à la suppléance du Cardinal-vicaire de la même façon qu'à celle du Camerlingue et du Pénitencier. Le Sacré Collège n'élit pas, en cas de mort , un nouveau Vicaire , mais la juridiction du défunt passe d'office aux mains du coadjuteuf qui Tassistait déjà sous le nom de vice-gérant ^ dans l'exercice des fondions épiscopales (1).
En vertu de la môme Bulle de Clément XII, deux autres charges plus secondaires, celles de Vauditçnr et de rawmdw2>rdu pape, demeurent encore pourvues, mais dans des conditions spéciales et sous la dépendance du Sacré Collège. L'auditeur remplit des fonctions judiciaires, il est — ou du moins il était (2) — le chef du tribunal personnel du pape.Encettequalité, il évoquait à son for certaines causes de caractère spécial, alors môme qu'elles avaient déjà été examinées ou décidées par quelque autre tribunal. « Et comme
(1) Au moment de la mort du pape, le Cardinal-vicaire change quelque peu son tilre. Au lieu de se dire SS. JDni, Nri papœ vicarius genernlis, il s'intitule « vicaire général et juge ordinaire de Rome 1. C'est sous co titre que, dans la soirée du 7 février 1878, le cardinal Monaco La Yalelta publia une c notilication au clergé et au peuple de Rome », en faisant remarquer qu'il venait d'en recevoir ravis du cardinal Camerlingue c auquel il appartient de faire foi publique de la mort des pontifes romains ». Celte observation avait son importance en face des prétentions du gouvernement italien.
(2) L'auditeur de Sa Sainteté [Vditore Sanrtisshni, et non Sfnttissimo comme on en est venu à le dire par corruption de prononciation), est le Consulteur canoniste du pape, de môme que lo maître du Sacré Palais est son théologien. A ce titre, son rôle est plutôt celui d'un conseiller confidentiel. Sa juridiction contentieuse se référait surtout à des cas de recours au pape : elle fut complètement supprimée par Grégoire XVI en 1831. A ses attributions se rattache spécialement l'examen des dossiers et informations concernant les nominations épiscopales pour les pays où il n'y a pas de nonce. C'est là aujourd'hui sa principale fonction, à laquelle parfois il joint celles de chef ou directeur du cabinet du pape.
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le cours de la justice ne doit pas être interrompu — dit la Bulle de Clément XII — l'auditeur du tribunal de la Signature de justice (1), devra se saisir^ selon les formes du droit, de tous les recours introduits auprès de Tauditeur du Pontife défunt^ dont la juriiliction est complètement éteinte ». Le tribunal de la Signature cessant lui-même de fonctionner, son auditeur revêt ainsi la qualité ^'auditeur du conclave : il est le seul juge commissionné du régime intérimaire.
Mais si le cours de la justice ne doit pas rester suspendu par la mort du pape, il importe non moins que l'exercice du ministère de la charité pontificale demeure assuré. A cette fin, ClémentXIIconlirmela coutume établie que « Taumônier du pontife défunt con-
(l) Le tribunal de la Signature de justice était la Cour de cassation de la justice pontificale comme celui de la Rote en était la Cour d'appel.
Le titre d*nuditeur dans le langage de la curie romaine, désigne un fonctionnaire de l'ordre judiciaire chargé d'examiner et d'instruire les litiges, et parfois de les décider. En ce dernier cas, il recevait le plus souvent commission de juridiction déléguée. Jadis lorsque le pape commettait une affaire à un juge spécialement délégua, le resci'it pontifical portail la formule : Audiat N. et justitiam farint. — Les Auditeurs de la Rote sont les juges ordinaires de ce tribunal; ceux de la Segnaturrr de justice, portent le titre Revotants : son auditeur avait surtout à désigner le juge compétent en telle ou telle affaire. On pouvait en appeler de ses décisions au tribunal plénier de la Signature. Comme suppléant de l'auditeur du pape, en vacance du siège, il prend le titre d'auditeur du conclave. Voir, plus haut, les explications données sur Vauditeur de la Chambre apostolique et son tribunal. Il y avait aussi naguère d'autres auditorats que j'indique en passant : Vauditeur du ratnerlingue avec iuridiciion en matière de contentieux administratif et fiscal; Vauditeur des causes confidentielles, chargé par Sixte V des matières béncficiales entachées de simonie; Vauditeur des causas contredites, chargé de l'examen des réclamations portées à la (^chancellerie au sujet des leltres apostoliques. Dans les grandes nonciatures, le premier attaché porte le titre d'auditeur, en souvenir de l'époque où un tribunal fonctionnait auprès des nonciatures-
linuede remplir sa charge et distribue aux pauvres, durant la vacance du Siège, les mêmes sommes que Je pontife destinait à cet usage, sommes qui seront mandatées par les trois cardinaux Chefs d'ordre ».
Nous avons vu plus haut que, pendant la vacance du S. Siège, il est pourvu aux besoins généraux de TEglise par la délibération commune de tout le Sacré Collège représenté, pour l'exécutif, par le Directoire des Chefs d'ordre et du Camerlingue. Cependant, il est telles affaires qui veulent en quelque sorte être examinées par des spécialistes, ce qui suppose des commissions choisies et restreintes. En vue de cette éventualité, les Congrégations cardinalices qui forment les ministères ecclésiastiques du S. Siège, conservent une certaine liberté de fonctionnement. « Il -arrive fréquemment, — dit la Bulle de Clément XII, — qu'il y ait lieu de pourvoir à des affaires qui concernent les églises inférieures et les diocèses. Si la question n'admet pas ^ajournement jusqu'après l'élection du pontife futur, le Sacré Collège en commettra l'examen au préfet et à quelques-uns des carjdinaux de la congrégation à laquelle le pape l'aurait vraisemblablement confié lui-même. Ceux-ci prendront, mais en voie provisoire et jusqu'à l'élection du pontife, les décisions que leur prudence jugera utiles aux intérêts de l'Eglise ». De celte façon, les Congrégations conservent leurs cadres, et, suspendues comme organes du pape, elles subsistent comme délégations du Sacré Collège. Les grands services, <5omme ceux du S. Office, de la Propagande, des Affaires ecclésiastiquesextraordinaires, peuvent pourvoir à tous les cas urgents; les secrétaires ou cm-
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ployés principaux, continuant leurs fonctions, constituent les dossiers et les font parvenir au Sacré ! ou au Camerlingue, par l'intermédiaire du ire du Conclave.
en revanche, le chômage est complet dans les X où s'expédient les grâces, les concessions et res pontificales: Dalcric, Chancellerie, secréles Brefs, elc. — On sent que cette organisation î et compliquée est l'œuvre du temps, elle lien l'empreinte de cet esprit de suite et de prunéthodique qui est la caractéristique de l'adration pontilicale, et personne n'en saurait naître la sage ordonnance. La régence intéridu gouvernement de l'Église est constituée de srEe que, même dans le cas où la vacance du levrait se prolonger pendant des semaines et lis, elle répondrait à toutes les nécessités. Le le fondamental de la cessation immédiate de liction du pape et des services constitués en 11 ; celui de la prise de possession non moins iate, quoique provisoire et limitée, par le Sacré \5ont rigoureusement sauvegardés. Et d'autre ette ai-'ministration, avec ses organismes vaîpond admirablement ît toutes les exigences les du gouvernement de l'Eglise, aussi bien fin suprême du Conclave qui est l'éleclion, irompte que possible, d'un nouveau Pontife.