‹ Le conclaveChapitre 24 sur 61 · LE LIED DU C0SCL4VE. — SON ORGANISATION MATÉRIELLE · texte numérisé non relu

LE LIED DU C0SCL4VE. — SON ORGANISATION MATÉRIELLE

I. — La PtitrUtrchinm du Latran. — Grégoire VU et la Papai nomade. — Les premièrca élections hors de Rome. — Alex: dre III, le Septiiornium el lea élections dans les villes d'Italie. Le Conclave d'après Grégoire X. — Un seul plat. — Résidence la Cui-ie. — Peu d'élections k Roma. — Troubles et contrastes la Rome du XIII" siècle.

II. — Papes et Conclaves d'Avignon. — La logique de l'hisloire la Caute des Romains. ~ La succession s'ouvre au lieu du déc

— Le concile de Constance et le dernier pape élu hors de Ror

— L'élection à Romo n'est pas uae règle. — Le.s usages et situation nouvelle de la Papauté. — Les Conclaves fulura.

III. — Le Conclave au Vatican, — La rigueur primitive : ridea et cel laies. — Le Vatican du XV* siècle. — Les agrandisseme du Vatican et les Conclaves des XVI et XVII' siècles. — Le O elave de Pie VI. — Les Conclaves modernes au Quirinal. — 1 lection de Léon XIII et le Vatican . — L'avenir. — Couvent, ] laiB ou hâlel?

IV. — Questions d'argent. — Le budget du Conclave, — Les éi nomies au dernier siècle. — Distributions, dépouilles et iloi

lages répréhensibles. — La Cour de Rome peu c jugée. — Prévoyance louable.

Durait les onze premiers siècles, alors que le pontife romain était choisi par le clergé de Rome avec le concours des fidèles, l'élection avait naturellement lieu dans la ville môme. Le plus souvent elle se faisait dans la Basilique ou le Patriarchium du Latran, du moins à partir du IV** siècle. Constantin, qui non seulement permit aux Églises chrétiennes de recevoir des donations et des legs (1), mais leur, fit rendre les maisons, les champs et les jardins, dont elles pouvaient prouver la légitime possession (2), avait mis, à la disposition du chef de l'Église romaine, les propriétés du sénateur et consul Plautus Lateranus, jadis confisquées par Néron au bénéfice du fisc impérial (3). La Basilique qui s'éleva sur cet emplacement devint, dès lors, la cathédrale de l'Evoque de Rome ; des locaux furent aménagés à l'entour pour l'habitation de Tévèque et pour celle des clercs, ses auxiliaires et ses ministres.

(1) Cod. Theod, XVI, 25.

(2) Euseb. Vit. Const., II, 39.

(3) Tacit., Annal., XV, 60. — CA\ Juvénal, Sat. X, 11 : « Egregias Lateranorura, obsidet aedes tota cohors y>.

Au cours de l'époque byzantine et carlovingienne, le groupe des bâtiments construits dans l'enclos de ce Patriarchium était devenu si considérable qu'il formait presque tout un quartier de la ville ; et pendant tout le moyen-âge ce fut là le siège de l'administration centrale de l'Église. Les édifices actuels, érigés par Sixte V à la tin du XVI' siècle, ne donnent qu'une idée très imparfaite de l'amas de

Mosaïque ilu Ti-icliiiiurn i[e\ù par Léon 111 L'ste couronneineDt de Cbarle magne, dans l'ancien palais palnarcal du Lalran.

constructions que près de dix siècles avaient groupées autour de la basilique Constanlinienne, et dont il ne reste plus aujourd'hui qu'un pan de mur en mosaïque, dernier vestige du Triclinium bâti par Léon III, en souvenir du couronnement de Cbarle-

magne (1). Il était naturel que ce quartier hiératique et essentiellement « clérical » fût le théâtre ordinaire de l'acte de transmission de la dignité pontificale. Lorsque des circonstances spéciales Texigeaient, les évoques suburbicaires convoquaient les électeurs dans quelque autre Eglise titulaire ou diaconale ; mais ce fait se produisit assez rarement (2).

L'influence de Hildebrand ayant nais fin à la triste période des papes créatures de la féodalité lombardoromaine, en attribuant, par le décret de Nicolas II, le droit d'élection aux seuls Cardinaux-Evêques, une remarquable succession des grands et saints pontifes, choisis le plus souvent parmi les moines, ressucita les beaux jours du VI' et du VHP siècle. Gluny et le Mont Cassin, et plus tard Clairvaux sous les auspices de S. Bernard, alimentent brillamment la série des papes pendant la seconde moitié du XI* siècle et la première du XIP. Avec les moines, la réforme inaugurée par Ilildebrand s'accentue ; la papauté revêt un caractère international et quelque peu nomade. Son action s'exerce sur les points les plus divers. Aussi d'après la Bulle de Nicolas 11^ l'élection ne se faitelle plus nécessairement à Rome : le vote du clergé secondaire et du peuple n'étant plus requis comme une condition .smeywa n^;i de lavaliditéderéleclion, les évêques-cardinaux peuvent désormais se réunir hors de Rome. Et si le pape vient à mourir loin de son siège, c'est au lieu même du décès, ou dans quelque ville voisine, que les électeurs, libres de toute en-

(1) V. Supv,^ p. 40-47, note»

(2) An VIIIo siècle, il y a môme des exemples d'une assemblée électorale tenu au Forum ^ alors dénommé ad tria fata, des statues de trois sybilles : telle rélection d'Etienne III (708).

trave, s'assembleront pour procéder au choix du sui cesseur.

D'autre part — car il faut aussi compter avec h surprises d'une époque tourmentée — le décret d Nicolas II, nous l'avons vu, prévoit le cas où, de troubles venant à éclater à Rome, le collège électon devra se transporter ailleurs pour assurer la liberl du vote. La décision appartient encore, en ce cas, au électeurs eux-mômcs et, quelles que soient les coe ditions restrictives, c'est là un point capital et d'un portée immense introduit dans le droit ecclésiasl que. La papauté et son électoral y puiseront un force et une élasticité singulières.

Sans doute, le nouveau corps électoral, dans lequ< en somme les cardinaux-évOques ont seuls voix déli bérative, conserve autant que possible l'usage de s'a; sembler au Latran, en présence du peuple et du clergé mais, dès qu'une difficulté sérieuse les en empëcbc les électeurs se réunissent où bon leur semble, Lt persécutions de Henri IV, par exemple, font que su les cinq premiers successeurs de Grégoire VH, troi sont élus hors de Rome. Victor III (1087) à Capoue Urbain II (i088) à Terracine; Cailixte II (1119) Cluny. Ce n'est qu'après la conclusion du Concoi dat de Worms sous ce même Cailixte II, que les élec tiens papales peuvent se faire de nouveau à Rom( et cette fois la trCve dure plus d'un demi-siècle (i

(1) Sou3 l'empire de la nouvelle législalion de Nicolas II, corps électoral devait (lier chaque fois, comme point préliminair le lieu et le moment de ea réunion. Selon l'usage aloL*H général ment suivi, celle-ci se tenait dans l'êRlIse où venait d'être ensev« le pape défunt. Au XI'' et XI1° siècle cette église était habitua lement le Latran, quelquefois S. Pierre. — Cependant, poi des raJBoas spéciales et de sécurité, on se réunissait parfo

Mais, devant les hostilités de Barberousse, Alexandre III (il 81) ayant sanctionné le mode d'élection par les seuls cardinaux des trois ordres, sous la condition d'une majorité des deux tiers des votants, l'acte électoral s'accomplit dans les endroits les plus divers. Entre le pontificat d'Alexandre III et celui de Grégoire X, c'est-à-dire pendant le XIIP siècle presque tout entier, quatre papes seulement sur quatorze, sont élus à Rome ; Célestin III (1198), Innocent m (1216), Grégoire IX (1227), Célestin IV (1241).

Et, détail caractéristique : l'assemblée des cardinaux qui les élit ne se réunit plus comme autrefois au Latran, mais au Septizoniwn^ curieux édifice élevé par Septime-Sévère comme lin fronton gigantesque au palais des Césars et dont les galeries superposées — aujourd'hui l'une-des ruines les plus imposantes de la Rome antique — étaient encore habitables au XIIP siècle. Véritable forteresse qui, du sommet méridional du Palatin, dominait le cirque Maxime et l'entrée de la voie Appienne, se dressait en face du Célius et protégeait le palais des Anicii converti en monastère par un de leurs descendants, S. Grégoire le Grand (1). Le Septizonium dans sa puissante masse,

fois dans une autre église ou dans le monastère y attenant. Grégoire VII (1073), est élu à S. Clément ; Gôlase II (1118), dans le couvent de S. Maria in Palladio^ sorte de forteresse sur les flancs du Palatin, au-dessus de Tare de Titus ; Innocent II (1130), au couvent de iS. Grégoire^ abrité, lui aussi, par les forteresses de Palatin de même que l'église de S. Césaire où se fit Télection d'Eugène III (1145). Celle d'Alexandre III (llô9) eut lieu à«. Pierre, ainsi que, peut-être, celle d'Anastase IV (1153).

(1) Ce monastère, à cette époque, était en communication avec les murailles du Septizonium, et offrait par conséquent sécurité et espace. — Toute la région du Palatin était alors protégée par les forteresses des Frangipani,

offrait, aux électeurs des papes, un refuge, une sécurité dont bénéficièrent entre autres les dix cardinaux qui, sous la menace des armées de Frédéric II campées au pied des Castelli romains, menèrent à terme la laborieuse élection de Célestin IV (1241).

Avant cette sorte de réclusion au Septizoniiim^ les premiers successeurs d'Alexandre III avaient été élus dans différentes villes d'Italie, selon le lieu où était mort leur prédécesseur. Ainsi furent proclamés Lucius III à Velletri (1181), Urbain III à Vérone (1185), Grégoire Vm h Ferrare (1187), Clément III à Pise (1187); et, après deux élections faites à Rome, Honorius 111(1216), le sage Camerai^his Savelli, recueillit a Pérouse la succession du grand Conti Innocent III. Le principe que la succession s'ouvre au lieu du décès se dégageait de la sorte, peu à peu, et s'établissait dans la pratique. Le droit des électeurs d'assurer la liberté de leur vote en transférant leur assemblée d'un lieu dans un autre, s'affirmera à son tour par l'élection d'Innocent IV. On verra alors les cardinaux abandonner le Septizoniuin^ sortir de leurs cachettes et, échappant aux prisons de Frédéric II, se décider, sur les remontrances de S. Louis et les réclamations du monde chrétien, à mettre fin à une vacance — ou confusion — de vingt mois, en réunissant à Anagni leurs suffrages sur le nom de Sinibaldo Fieschi de Gènes (1243).

Alexandre IV, neveu d'Innocent III, est ensuite élu à iVap/e5(1254); Urbain IV, évoque de Verdun et patriarche de Constantinople, l'est à Viterbe [i2(i{)\ Clément IV, autre Pape français, se voit proclamé à Pérouse (1265), et, quelques années plus tard le couvent des Dominicains de Viterbe devient, — on sait dans

quelles circonslances, — le Conclave forcé dont sort ameot Grégoire X (1272}.

sont en eiïel les grands couvents dos ordres nés ommencemcnt du XIII' siècle qui, de préférence alais municipal ou épiscopal, donnent mainte-

l'hospitalité aux électeurs pontificaux. Ceux-ci, l^és désormais de toute immixtion populaire et e et constituant un corps électoral relativement eint et facile aux déplacements, sont tout na- Icment amenés à se réunir dans quelque tîta- 3mcnt capitulaire ou monastique, où, plus nalement encore, ils se mettent en cellule. Le iclave '), c'est-ù-dire la réclusion des électeurs iufermé est donc devenu unusago défait avant jirégoiro X, dans sa Bulle Ubi pericuhim (127i), t une prescription de droit, lus n'avons pas à revenir sur les incidents qui sfercnt les habitants de Viterbe îi enfermer les naux en mal d'élection pontificale depuis plus de

ans, ni sur le détail des dispositions de l'acte i de Grégoire X. Contentons-nous de mettre en (>re deux de ces dispositions : « Si au bout de trois i l'éleclion n'est pas faite, les cardinaux ne rocet qu'un seul plat à chacun de leurs repas. Après îtième jour, ils seront mis au régime du pain, de

et du vin. a — «Le lieu où se réunira le Conclave,

celui où le pape résidait avant sa mort, in qua :uin sua Curia resîdens. n — Trente-cinq ans

tard, ou concile de Vienne (1310), Clément V rmera cette prescriplion en la précisant davan-

disposant que la réunionélectoraledoit se tenir le diocèse même où meurt le souverain pontife, tle disposition est devenue, en l'espèce, comme

un principe de droit commun, bien que, dans que ques cas spéciaux certains papes y aient express ment dérogé, et qu'ils aient déterminé d'avance siège du Conclave qui devra suivrclcur décès. On pei citer ainsi Clément VII (1423) à la veille de se rend & Bologne et en France pour réconcilier Charles V François I ; Clément VU (1392) allant à Ferrare r prendre possession de ce fief du S. Siège; Benoit XI (1723) se retirantàBenévent; Pie VI entreprenant se voyage àV^ienne, lesquels prescrivirent qu'en cas où i mourraient en route, le Conclave se réunirail 5 Uom Mais le fait est si rare qu'il peut être considéré cornu une de ces exceptions qui rendent la règle plus mj uifeste.Endescas analogues, d'autres papes, tels qi ^irégoire XI (1370) revenu d'Avignon à, Rome ma prévoyant un nouveau voyage en France et Pie 1 nourrissant le projet de se rendre au concile de Trenti préférèrent s'inspirer des décrets de Nicolas II et c •Grégoire VU en laissant aux cardinaux le choix d lieu on se tiendra la réunion électorale. Nous verror plus loin que Pie VI et Pic IX ont confirmé la mêni Tègle en appliquant aux exigences des temps noi veaux les principes traditionnels de la discipline occli siastique.

Aussi, ne peut-on s'empôcher de sourire quar on voit la presse gouvernementale italienne a'effo cer de faire accroire au monde chrétien qu'une é\ei tion pontificale, faite hors de Rome, serait par cel même entachée de nullité, et qu'elle pourrait fourn aux puissances de la triple alliance un motif plaus ble de se refuser à reconnaître l'élu pour vrai pap< dût un nouveau schisme d'Occident résulter de < refus... En vérité !... pourquoi ce qui s'est fait pei

dant quatre cents ans, ne pourrait-il plus se pratiquer aujourd'hui?... Du milieu du Xl'siècle au début du XV", l'élection pontificale ne s'est accomplie à ne que très exceptionnellement et les élections itificalesnepourraientôtre valides hors de Rome?... st un peu trop faire fi de l'histoire et du droit, fais, en cette matière, les détails chronologiques leur importance. La période qui s'écoule de la rtdeGrégoire X (1276) à l'avènement de Clément V 05), ressemble à la précédente. Sur les onze papes la dernière partie du XIIP siècle, trois seulement it élus à Home.

^'ailleurs, la sévère et radicale réforme décrétée • Grégoire X, ne fut observée tout d'abord que jrdeux élections, celle d'Innocent V (S. Pierre de rentaise} à Arezzo (i276) et celle d'Adrien V, à Tie (127(i). On a vu plus haut que ce dernier pape [«pressa de supprimer de nouveau le « Conclave » it les cardinaux ne voulaient point ; mais cette sure réactionnaire ne profila pas à Rome. Les étions du portugais Jean XX (1276), de l'illustre iini qui futXicolas m (i277), du français Martin IV ;81} se firent à Vilerbe, et non sans que les habiits de cette ville essayassent encore du « Conclave ce » qui leur avait réussi naguère pour Grégoire X, se permirent même quelques procédés violents E dans la suite on leur fit durement expier. []onoriuslV,dela famille dnCa»*er£)WujCencio Sali, élu à Pérouse (1285), semble avoir poursuivi l'i- ) de fixer la Curie papale à llome.Sur l'Aventin, is le noble faubourg des familles patriciennes de la me impériale de venu alors un désert, il bâtit un pajassez vaste pour suffire aux exigences des divers

services. Celte résidence pontificale aliénait àla basilique de Ste Sabine près de laquelle, selon la légende, S. Dominique avait planlé cet oranger dont le vieux tronc poussa une branche nouvelle durant Tannée de noviciat du P. Lacordaire. A la mort d'Honorius, les cardinaux, fidèles à sa pensée, se réunirent dans le nouveau palais ; mais pour se disperser bientôl, chassés par les fièvres d'été. Seul, le ministre général des Franciscains, Jérôme d'Ascoli, resta fidèle au poste, essayant de chasser la malaria en allumant de grands feux en pleine canicule. La persévérance de ce moine courageux ramena les autres cardinaux sur TAventin, une fois la saison des fièvres passée, et ce fut lui qu'ils élurent, l'hiver suivant, sous le nom de Nicolas IV (1288).

Mais, à sa mort, les cardinaux plus que jamais réfractaires à Tidée d'un « Conclave » fermé, s'assemblent successivement dans les chambres de Stc Marie Majeure restaurées par Nicolas, puis au palais del'Aventin et dans le couvent que les dominicains venaient de bâtir sur les décombres d'un temple de Minerve, et finalement à Perow^^. C'est là, qu'après une vacance de deux ans et cinq mois, ils mettent fin à leurs interminables dissensions par l'élection du saint mais inexpérimenté Célestin V (1292).

Ce choix d'un solitaire qui ne savait rien du monde et de la politique parut absurde ; mais il fut cependant utile à la question des élections papales. Avant de retourner à sa cellule et durant les trois mois et demi de son pontificat, l'austère ermite publia successivement trois Bulles pour rétablir la législation grégorienne relative h la clôture du Conclave, législation qui, depuis lors, ne fut plus substan-

'"il

tiellement violée. Boniface VIII est élu, en conclave, à Castelnuovo^ près de Naples (1294). Le Conclave du dominicain Benoit XI (1303) se tient à Rome et — pour la première fois — au Vatican dont on travaille, dès cette époque à faire la demeure pontificale» A cet effet, Ton approprie pour les divers services, les vieilles constructions des Camerae, que S. Léon le Grand avait aménagées pour les « Cubiculaires » préposés à la garde du tombeau de S. Pierre, les cloîtres du monastère bâti par Fulrade, le conseiller de Charlemagne, et les sables de YHospitiiun Apostolicum que les papes de l'époque Carlovingienne avaient annexées à la basilique de S. Pierre, sous le patronage d'un saint français, S. Pellerin, le célèbre martyr d'Autun.

Cette demeure Valicane, moins confortable assurément que le Latran agrandi de règne en règne^ avait sur lui un avantage précieux. Elle était abritée sous les murs dont Léon IV avait entouré sa cité Léonine, défendue dans ses abords par le cours du Tibre et par la forteresse du mausolée d'Adrien. Elle assurait ainsi la sécurité indispensable, tandis que le vieux Patriarchium se trouvait isolé de la ville par le désert que les ravages de Robert Guiscard et de ses Normands avaient créé entre le Forum, le Quirinal et le Latran. La cité Léonine, assiégée naguère pendant trois ans par Henri IV, devenait en réalité le seul refuge un peu sûr pour le pape, dans cette ville où les assauts du dehors alternaient avec les luttes des factions intérieures. Les puissants barons issus de la féodalité lombarde s'étaient installés en effet dans les monuments abandonnés de Tantiquité, les avaient convertis en forteresses avec de

hautes tours h meurtrières et créneaux, v Dans ces repaires, ils bravaient impunément, selon le mot d'un

émineot historien, tantôt les papes, tantôt les empe-

reurs(I) w. Quoi d'étonnant, dès lors, que les papes de

(1) Ch. MooUer. Berne cilhotique -h: Loiifiiin, 1879, I, p. 170. — « Les Colonn'i, chefs de la faction gibeline, tirent peut-i!lre leur

cette époque résidassent à Rome le moins possible, et que, fuyant cette ville et ses factions, ils allassent ei'cher l'indépendance et la paix derrière les muillesde Pdrouse, de Viterbe ou d'Anagni. Préoccupé de cette situation, Booiface VIII conçut projet de rendre i la vieille Rome le calme, la ospérité et la vie. 11 fit de grands efforts pour y éer une université, et il proclama, le 18 janvier l'an 1300, le premier jubilé pontifical, accornt une indulgence plénière à fous ceux qui, dans courant de l'année, viendraient faire leurs dévo- )ns au tombeau des apôtres. " Ce fut, dit Ch. Mœl- [- (1), le signal d'un mouvement qui se communi-

m de la colonne Trajane qui était en leur possession. Au. XlII'Biènoiislefl Irouïons retranchésdansle mausolée d'Auguste el dans thermes de Constantin. Leurs éternels rivaux, les Ôrsiiiî, occuient le tbéâtre de Ponipci au Champ de Mars, et sortaient de lit ac leurs bandes armées on poussant leur cri de guerre : Ours, rs.Les Fningiiuini ût\É% .4iii(t'm/r^' se disputaient la possession Colysée. Les i'onti dont sortit Innocent III et à Taide desquels grand Pape se maintint, dominaient la région du Quirinal où ils bâtirent la Tm-re ilei OiiitipX\B.T'i,-re ilelte iniliiif.Les.S'-eeHi, i donnèrent deux Papes au X1II<: siècle, avaient leur château au ■iilre de Marcellus. Les GaH-iii. qui doivent leur fortune à leur rcnt, Boniface VIII, occupaient l'Ile du Tibre. Les monuments l'Antiquité déjà déllgurcs par !e nouv>?l usage qu'on en faisait, [levèrent d'élre ruinés par les attaques et les siégea dont ils deirent l'objet. A l'époque où le pupnlo prit le dessus, on procéda rtout a la destruction systématique des toui-s Tèodales ; en 1^7, ancaleone.sènateurel capitaine du peuple, ût raser cent quarante ces tours : mesure excellente pour la paix publique, mais qui, point de vue de l'art, dut causer des dommages incalculables... irant le règne des Tactions, lout devait être guelFe ou gibelin, et lie division s'étendait aux moindres choses : aux armoiries, à la npâ des Iiabits, à la fa^on de ti'ancher k table et de saluer en rue. en lut ainsi des demeures : aux portes et aux fenêtres, l'ogive signait lest gibelins; au plein-cintre roman on distinguait les elCes. Ces cbAieaux ont disparu avec l'état de guerre qui les fit lire ; la tour fortlQée est devenue, dans un A-^c plus cultivé, le inl belvédère italien d.

[I) Loc. cil.

qua de pays en pays : toutes les routes se couvrirent

de pèlerins de tout âge et de toute condition. C'étaient des princes qui accomplissaient un vœu ; des négociants qui avaient arrêté leurs affaires ; des malades qui redemandaient la santé ; des coupables poursuivis par un remords secret ; des aventuriers qui flairaient un profit nouveau ; des âmes pleines de foi, plus édifiantes qu'elles ne seront peut-être édifiées. Ce fut, dans Rome, une afflucnce incroyable. Toutes les maisons étaient devenues des auberges. Il fallut pratiquer une brèche dans les murailles de la cité Léonine, afin de rendre plus faciles les accès de la Basilique. Les revenus des églises s'accrurent : tous

les romains s'enrichirent

« Le pèlerin qui pataugeait dans les rues de la ville terrestre ne regardait pas à ses pieds. Il levait les yeux plus haut, vers la Rome mystique que lui rappelaient, en ce moment, tant de souvenirs touchants ou sublimes ; après avoir gagné ses indulgences, s'il parvenait à emporter une relique ou quelque objet de piété, il s'en retournait joyeux, songeant, pendant la route qui était longue, aux vicissitudes de cette ville unique, sur les misères de laquelle planait la grande image de l'Église chrétienne ; il pouvait répéter les paroles qu'un poète du moyen âge met dans la bouche de Rome : « Je suis plus grande dans ma pauvreté que dans mon ancienne opulence. Je dois plus à la croix qu'à mes aigles, plus à Pierre qu'à César. Debout, je domptais la terre et commandais aux corps; dans ma ruine, je remue les enfers et gouverne les âmes. Mon empire comptait des villes, il embrasse le monde :

Gorpora stans, animas fracta jacensque rego, Tune urbes, nunc raea régna Polus. »

La tentative de Boniface VIII ne fut qu'un essai de galvanisation. Les Romains de ce temps étaient incorrigibles. A peine avait eu lieu, au Vatican, Télection de son successeur Benoît XI, que celui-ci dut se réfugier à Pérouse où il mourut. Un laborieux conclave se tint alors en celte ville, pendant près d'un an, et donna la tiare à l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Gol, qui pritle nom de Clément V (1304). Mais, trouvant Tétat de Rome et de Tltalie peu encourageant, le nouvel élu estima inutile de franchir les Alpes, et inaugura ainsi la série des Papes d'Avignon.

Il est de mode, parmi les historiens allemands et italiens, d'exagérer la portée de celte nouvelle « Captivité de Babylone » au risque môme de dénaturer les faits. Les Papes qui résidèrent sur les bords du Rhône furent presque tous des hommes de haute valeur, très jaloux de la dignité du ponliticat, très pénétrés de l'idée de sa mission universelle. Pour éloquentes que soient les objurgations de Pétrarque, elles ne changent rien à la vérité des faits : si les Papes prolongèrent leur exil hors de Rome, la faute en fut surtout aux Romains et aux Italiens qui ne surent pas leur assurer, parmi eux, un séjour libre et digne. Et, si aujourd'hui encore, dans la situation qui lui est faite, le Pape avait, quelque part dans le monde, un Avignon quelconque et qu'il s'y réfugiât^ qui donc pourrait lui en faire un reproche ? L'histoire, elle aussi, a son inexorable logique, et les peuples portent le poids de leurs fautes.

La transplanlattoD du siège pontifical à AvJgnoa donnait un intérêt parliculier aux dispositions cano-

niques concernant le lieu du Conclave. Le principe admis et sanctionné par Grégoire X, touchant l'ouverture de ta succession au lieu du d(5cès, demeurait

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ca vigueur, et bientôt, par sa décrélalc de 1310, Clément V en le confirmant, ne fit qu'en préciser l'application. Le conclave de son successeur Jean XXII (1316) s'ouvre d'abord à Carpentras d'où, chassé par un incendie, il se transporte au couvent des dominicains de Lyon, Mais la construction du palais des papes à Avignon ayant été poussée vivement par Jean XXII, c'est là que sont élus Benoît XJl (1334), Cl«5ment YI {I3i2), Innocent VI (1352), Urbain V (1 362), Grégoire XI (1372). Celui-ci mourant à Rome, la ville étemelle redevenait, régulièrement, le siège de l'élection (le son successeur. Ce fut, eu effet, sous les fenêtres de la vieille demeure vaticane et dans l'atrium de S. Pierre, que la plèbe romaine troubla le Conclave par ses cris sédilieux(flonjano/oro/emo;), conclave d'où sortit l'archevêque de Bari, Urbain VI et... le grand Schisme (1378).

"Sous n'avons pas à insister ici sur cette triste période de riiistoire de l'Église. Il était naturel que les papes de l'obédience romaine, Itoniface IX (1389), Innocent VII (1404), Grégoire XII (1406) fussent élus à Rome, tandis que Clément Vil fut proclamé par les cardinaux dissidents à Fondt, et son successeur de l'obédience franco-espagnole, Benoit XIII (Pierre de Lune), à Avignon (i39i). Mais bientôt le Conct/fi de Pise, désireux de faire cesser le conflit, créait une troisième obédience soi-disanldeconcilialion, en nommant Alexandre V (1409), remplacé peu après, à Bolof/ne, par l'astucieux et obstiné Jean XXIII (1410). Quant au concile de Constance qui mit fin au schisme, il dut adopter une procédure exceptionnelle pour l'élection de Martin V (1417) (1).

(1) V.supr<\p.m.

Ce fut du reste, et jusqu'à Pie VlIJe dernier pape élu hors de Rome ; car on peut passer sous silence la tentative du concile de Bâle et son antipape Amédée de Savoie-Ripaille. Les Conclaves d'où sortirent Eugène IV (1431) et Nicolas IV (1447) se tinrent au couvent des dominicains à la Minerve. Mais ces deux grands papes ayant commencé et vivement poussé la reconstruction du Vatican, l'ancien pairiarchmm du Latran, qui tombait en ruine, se vit abandonner, et le nouveau palais devint la demeure habituelle des souverains pontifes. A partir de l'élection de Callixte III (145S), il devint aussi le lieu où s'installèrent, pendant plus de trois siècles, tous les Conclaves, jusqu'à PieVI (1775). La révolution qui fit mourir ce pontife à Valence ne permettait pas de tenir le Conclave au lieu du décès du pape ; Rome n'offrait aucune sécurité. Ce fut donc à Venise^ au monastère de San Giorgio, que les cardinaux se réunirent, conformément à leur droit, pour procéder à l'élection de Pie VII (1800).

On comprend aisément pourquoi nous insistons sur ces conditions en quelque sorte topographiques de l'histoire des Conclaves, et quel en est l'intérêt actuel, puisque, d'un moment à l'autre, cette question peut reprendre un véritable caractère d'actualité. Les idées erronées abondent ici, de toute part ; on trouve sous la plume d'auteurs même ecclésiastiques des assertions comme celle-ci : « Régulièrement^ l'élection doit se faire à Rome » . Or rien n'est plus inexact. En fait, — et l'esquisse historique que nous venons d'ébaucher le démontre suffisamment — le plus grand nombre des Conclaves, de Grégoire VII à Martin V, s'est tenu très régulièrement et très légitimement hors de Rome.

En droit, les dispositions de Grégoire X et d'Alexandre III, aussi bien que celles de Nicolas II et de Grégoire VII, sont toujours en vigueur ; ellesrestentla loi ; les unes intimant la célébration du Conclave dans le diocèse où la mort du pape a eu lieu ; les autres remettant aux cardinaux le choix du lieu du Conclave en cas de contcslation, de péril ou de difficultés :

5/ pravoruin hominum ita perversitas invaluerit, ut pura^ sincera atque gratiiita fieri in Urbe non possit electio

Lors même, donc, que lespapesdenotre siècle — de Pie VI à Pie IX — n'auraient pas confirmé et développé cette vieille législation, elle est si bien établie qu'on ne saurait la discuter sérieusement. Le journalisme italien IVt-il compris, alors qu'il cherche, surtoutdepuis quelque temps,nonpasàfairelalumière sur une telle question, mais à troubler et égarer l'opinion publique. « Les usages anciens, tels qu ils se sont formés à travers rhistoire — répètent volontiers certains journaux — doivent être respectés avec la prépondérance de l'élément italien. » Eh ! Oui, respectons les usages anciens ; mais d'abord, sachons bience qu'ils sont. En tous cas, cette sollicitude pour « les usages anciens, les habitudes historiques, les traditions séculaires » est touchante de la part de gens qui ont détruit l'état de choses qui seul expliquait, justifiait, maintenait ces usages historiques et ces traditions !

Sans doute, on affirme aujourd'hui que la sécurité matérielle de la Papauté et du Conclave sont assurées dans Rome et n'ont rien à redouter de l'état de choses actuel ; on ajoute qu'il y a d'ailleurs une solution tout indiquée : la conciliation ^de la Papauté avec l'Italie moderne. Mais la conciliation, dans

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les termes où Ton s'obstine à vouloir qu'elle s'accomplisse, n'est ni faite, ni prête à se faire ; nos raisonnements risqueraient de se perdre dans le vide si nous leur donnions pour point de départ une éventualité si difficile à réaliser (1). Une chose domine toutes les situations, toutes les dispositions et toutes les vo-

(1) Il y a là d'ailleurs bien des équivoques : pour certains esprits éclairés, patriotes et catholiques, c*est une aspiration généreuse, c*est la séduisante idée de Gioberti et de Rosmini ; pour les autres, politiques avisés ou retors, ce serait un utile instrument de règne ; pour l'observateur impartial et critique, il n'y a là qu'un étrange malentendu. Car enfin, que se donnerait-on de part et d*autre, comme le veut logiquement toute conciliation transactionnelle? Beconnaitra-t-on au pape un territoire quelconque où il serait souverain, où du moins ses propres ministres, fonctionnaires et em« ployés ne seraient pas les sujets d'un autre ? Quel esprit candide croira que, d'ici à longtemps, la politique du Quirinal voudra ou pourra se résoudre à un pareil acte de sagesse ? La t conciliation » pour les hommes au pouvoir, n'est que l'acceptation, la reconnaissance pure, simple et gratuite, de la part de la papauté, d'un état de choses qui ferait de son titulaire le premier dignitaire ecclésiastique du roi d'Italie,comme Napoléon l'avait r4vé après léna et Wagram ? Or, qui peut imaginer une papauté assez peu soucieuse de son passé et de sa mission ; des gouvernements assez désintéressés et enfin, dans le monde entier, des catholiques assez naïfs pour accepter cela? Sans doute, la solution du problème n'est pas impossible, mais qui oserait dire qu'elle sera prochaine ? Ce ne sont en tous cas, ni les agités, ni les étourdis, ni les intrigants qui la feront avancer d'un pas.

Le successeur du cardinal Manning, sur le siège de Westminster, disait naguère avec une netteté toute britannique : c Si le Pontife se réconciliait avec le royaume d'Italie, en acceptant ses subsides monétaires, il annulerait pratiquement sa grande influence internationale et se placerait dans une situation incompatible avec la liberté d'action nécessaire à son autorité universelle. Si le pape devenait un pape italien, c'est-à-dire sujet du souverain d'Italie, les autres nations, non seulement le mépriseraient, mais chasseraient ses légats. La conclusion est inéluctable : tant que le pape ne se verra pas assigner un territoire suffisant pour garantir sa souveraineté, il devra nécessairement vivre en permanente hostilité avec l'Italie, ne serait-ce que pour repousser le soupçon de subir son influonce ». (Discours du cnvfUnal Vaughan dans hi cathédrale de Kensington^2 octobre 1892). Ce prince de l'Église, exprimait des pensées analogues à Toccasion de sa récente promotion au Cardinalat.

lontés humaines, c'est l'implacable logique des faits, des intérêts et des idées ; la force des choses a toujours raison de toutes les combinaisons. Il se peut que la situation actuelle de la Papauté à Rome se prolonge un certain temps à l'aide de savants arlifices. Un, deux, trois Conclaves peuventse tenir à Rome, comme le dernier, avec une sécurité matérielle relative ; mais bien que personne ne souhaite réellement que l'élection du pape se fasse hors d'Italie, un moment viendra où ce qu'il y a de faux et d'intenable, dans la situation, éclatera avec une telle évidence que les cardinaux estimeront devoir user des facultés que leur confèrent les Bulles de Nicolas II à Pie IX, et s'en iront ouvrir leurs comices loin de Rome. Que ce soit dans le vieux couvent de San Antonio à Malte, dans le sombre palais-couvent de TEscurial, au château de Pau, au monastère de Fulda, dans le castel de Vaduz, dans une villa des alentours de Trente ou de Trieste, ou même en quelque « Grand-Hôtel » delà Rivlera^ peu importe le lieu : l'élu qui en sortira, sera, comme on disait du temps de Hildebrand et d'Alexandre III, « tenu pour vrai pape ».

En pareille matière, lorsque le droit est substantiellement fixé, les « usages antiques » n'ont qu'une valeur secondaire. Ils n'en sont pas moins utiles à connaître. Aussi croyons-nous devoir étudier de plus près l'organisation matérielle des anciens conclaves du Vatican.

Les prescriptions primitives de Grégoire X prévoyaient une installation des plus sommaires et dé-

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pourvue de tout confort. Les Cardinaux devaient être installés dans une sorte de dortoir commun, presque comme des collégiens. « Que dans le palais où demeurait le Pape défunt, ils occupent en commun, sous le même chef, le môme appartement (unum Conclave), qui ne soit divisé par aucune paroi, sans même aucune séparation de tapisseries ou de tentures, n'ayant accès qu'à une salle réservée ».

Il est possiblequecette rigueur matérielleaitmotivé, en partie, les répugnances qui entravèrent la mise en vigueurdelaloide Grégoire X. A Avignon, ClémentVI y porta un premier adoucissement en 1351, « par raison de décence, — dit-il dans sa Constitution Licet y — il leur sera permis (aux Cardinaux) d'avoir leurs lits séparés par des rideaux ou par de simples tentures ». Mais la concession ne devait pas tarder à s'élargir encore. Le fait, que, pendant près de deux siècles, la plupart des conclaves s'étaient tenus dans de grands couvents, amena tout naturellement l'adoption du système, d'ailleurs fort commode, des cellules monastiques. Ce système inauguré lors du retour de la Papauté à Rome, fut précédé à Avignon par un système mixte, une sorte d'installation tenant à la fois du dortoir et de la cellule, due au continuateur de Tœuvre de Jean XXIL Urbain V, en mettant la dernière main au palais apostolique, fit construire en effet, à l'usage exclusif des électeurs pontificaux, cinq chambres assez spacieuses pour loger, chacune, de huit à dix personnes et ouvrant toutes sur un corridor gothique dont il suffisait de murer les extrémités pour assurer la clôture conclavaire (1).

(1) Ce corridor gothique, d'aspect claustral, porte encore aujourd'hui le nom caractéristique de « corridor du Conclave ».

Après le retour de la papauté à Rome et la fin du grand schisme d'Occident, lorsque le Conclave fut organisé au Vatican, le système monastique prévalut définitivement. Toutefois, Fespace que Ton avait à souhait dans la forteresse d'Avignon, était ici plus restreint. Au couvent de la Minerve les deux Conclaves d'Eugène IV (1 i31) etdeNicolasV (1447) furent installés, d'une façon peu confortable, dans le dortoir commun divisé au moyen de tentures (1). Au Vatican, on en arriva à un système de cellules en planches, faciles h construire et à démonter, remplaçant, par des cloisons mobiles, les tentures autorisées par Clément VI. Maisccs cellules, d'ailleurs fort petites, étaient comme entassées dans quelques galeries ou grandes salles. On fut ainsi à l'étroit durant le XV* et le XVP siècle, le palais pontifical ne comprenant alors que la partieprimitive se terminant en façade sur la ligne actuelle des Loggie de Raphaël. Les électeurs de Callixte III (1 44o) étaient logés dans la chapelle du S. Sacrement que remplaça plus tard la Chapelle Pauline actuelle (2). Lors du Conclave de Pie II (1453), selon le^ récit du cérémoniaire Burchard, on isola deux salles-

(1) « Il Conclave fu erelta nella chiesa délia Minerva, nel publicodormitorio, . . .o ritirossi ciascuno alla sua cella, toccatagli a sorte, quale era non di legno, ma di panno o verde o violato ; solamenteil cardinal Bolognese [le futur tHu) ordinô che la sua cella fosse accommodata di color h\?ii\zo{Conclaci dei Ponte/ici: yicoUis V). »

(y) A propos de ce premier Conclave tenu au Vatican, un agent du duc (leMilanlui écrit àladate du 4 avril : a En ce moment nous sommes enfermes à la garde du Conclave dans lequel aujourd'hui se sont serrés les quinze cardinaux... L'on fera une procession dans tout le palais de S. Pierre, excepté dans Vendroit où nous sommes t'en fermés, c'est-à-dire en la grande salle ; les chapelles majeure et mineure sont occupées par les cardinaux, quoique leurs logements soient tous dans la chapelle majeure. Nous restons dans les chambres voisines, c'est-à-dire six évoques et six laïques. »

et chapelle ; dans la plus grande dix chambres furent disposées pour loger les cardtnauxet la petite chapelle de Nicolas V, à côté de laquelle se trouvent actuellement les chambres ou stances de RaphaCU, servit aux opérations du scrutin.

En 1471, Sixte IV ayant bâti la chapelle qui porte son nom, la Sixtinc devint le centre autour duquel se groupèrent les cellules des électeurs. « Le Conclave — écrit Rignon au commencement du XVIP siècle (1) — se tient en un lieu joignant l'Église de S. Pierre, en la chapelle de Sixte IV où est pour- Iraict le dernier jugement, cet excellent ouvrage de Michel-Ange. Toutefois d'autant que ce lieu n'estoit suffisant pour loger tous les Cardinaux, le Conclave a esté estendu aux lieux attenans qui sont les salles et chambres du palais^ qu'on dresse en forme d'un dortoir de couvent : hormis qu'il y a plusieurs grandes allées et autres petites et, par ordre, des cellules ou chambrettes où les Cardinaux logent selon qu'elles leur sont eschues par sort. Duquel Conclave font partie la chapelle Pauline et la salle Roïalle où on ne dresse pas de cellules. Et les portes, fenestres basses et advenues sont closes et murées de telle sorte qu'on ne puisse communiquer avec ceux qui y sont ».

Les cellules demeurèrent ainsi confinées au premier étage jusque vers la fin du XVP siècle. Elles étaient aménagées sous les voûtes de ce qui s'est appelé la Salle Ducale^ dans les pièces donnant sur la Loggia qui forment aujourd'hui la salle A^sparamenti et ses annexes, salle qui servait alors aux réunions

(1) Bignon, Traité de l'élection du Pape, 4605.

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'Consistoire, et CDQn dans les salles de Tapparleit Korgia, y compris leur prolongement tant du du jardin el de l'extrémité de la bibliothèque elle, que du côté de la galerie qui communique ; la chapelle Sixiine. Pour avoir une idée de Tenîmenl de ces cellules il suftit d'observer que dans leux compartiments de la salle Ducale, c~esl-àsur un espace d'environ 35 mètres de long sur le large, on avait trouvé moyen de disposer en t rangées, et séparées par un couloir, dix-sept celî !,.. L'aile parallèle des appartements Uorgla en ptait dix-huit, et dans les trois salles intennédiaiics paramenli, il y en avait onze.

3pcndant,^ mcsurequele palais s'agrandissait, les lies s'espaçaient sur une plus grande étendue. Au slave tenu après la mort de ClémentVlll{!603)et 'ut un des plus nombreux, puisque iOt^raM/e-rteM/" inauxfurentappclésk y prendre part, l'aile interiaire construite par Grégoire XIII — celle que doe aujourd'hui riiorloge — Fournissait déjà la place 7 onze cellules (i). La troisième aile qui acheva posant foràcheval dans lequel oslenserréc la Cour . Damase, celle qui, construite par Sixte V et :temps qualifiée de Paiazzo niiovo, est devenue, lis le commencement du XVIT siècle, la demeure tuelle des Pontifes, offrit à son tour quelques ources. Lors de l'élection d'Alexandre VII (1 655), reraier étage de ce « Palais neuf » était occupé kingt-et-une cellules, tandis qu'il n'y en avait plus huit dans l'aile intermédiaire de Grégoire XIII, lans la première section de la salle Ducale, six ! les trois dernières salles de l'appartement Borgia

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