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CHAPITRE X

l'entrée en conclave.

I. — La messe du S. Esprit. — Le discours pro eligencîo Pontifice, — Entrée processionnelle. — Le cortège des cardinaux î-ur la place du Quirlnal. — Autrefois et aujourd'hui.

II. — Prestation du serment. — Les dignitaires. — Le serment du Maréchal. -- Camerlingue, Doyen et Conclavistes. — La clôture. — Cardinaux admissibles par faveur. — Extra omnes. — La grande porte ; ses serrures intérieures et extérieures.

III. — La population du Conclave. — Deux cent cinquante reclus. — Discipline intérieure. — Le service des subsistances. — Le Commissaire du Conclave. — L'administration ecclésiastique de la ville. — La procession quotidienne du clergé. — La porte de bronze et les tours, — Baguettes et médailles.

IV. — Le Gouverneur du Conclave. — La police urbaine d'autrefois. — Gouverneur de la cité Léonine et Majordome. — Table frugale. — La police et le Maréi!hal. — Les Savelli au premier Conclave. — Maréchal de justice et Custode du Conclave. — Les Clefs et la Bourse. — Les Savelli et les Cliigi. — Custos pcrpeiuus et officier du roi Humbert.

Au jour fixé, qui peut ôtie le dixième mais qui, le plus souvent, n'est que le douzième ou le treizième après celui de la mort du Pape, a lieu la cérémonie inaugurale du Conclave, Elle s'ouvre par Toffice solennel du matin et s'achève par la procession d'entrée des cardinaux qui se fait, d'ordinaire, le soir.

« Les obsèques du Pape étant terminées, dit le règlement de la Bulle cérémonielle de Grégoire XV, et un local convenable pour la tenue du Conclave ayant été préparé, les cardinaux se réunissent dans la Basilique de S. Pierre oi^a2//ei/?'5, suivant l'opportunité des circonstances. Le Cardinal-doyen ou, dans le cas où celui-ci se trouverait empoché, un autre cardinal des plus anciens chante la messe du S. Esprit, à la fin de laquelle un prélat ou quelque autre savant ecclésiastique prononce un discours sur la situation de l'Eglise exhortant les cardinaux à mettre de côté toutes les préoccupations et préférences particulières, pour n'avoir devant les yeux que Dieu seul ; il les conjure de donner à TEglise, selon les constitutions apostoliques et les décrets des conciles, dans le plus bref

l'eiNtrée en conclale 339

délai possible, un Pasteur capable et qui soit à la hauteur des exigences du temps ».

Ce discours latin est toujours un morceau littéraire fort soigné.

11 est connu sous le nom de discours "pro eli* fjendo Pon//)îce, L'orateur qui le prononce a été désigné par le S. Collège dès la première congrégation novendiale. Les rituels des cérémoniaires portent qu'il s'avance jusqu'au milieu du chœur, s'incline devant la croix, fait une révérence aux cardinaux et monte dans une chaire recouverte d'un drap de brocart rouge, du haut de laquelle il débile son oraison latine. Si cet orateur est un évoque, ce qui est assez fréquent, il revôt, en cette occurence, Tamict, l'aube, la chape et la mitre. Naguère, la messe était célébrée dans le chœur de la Basilique de S. Pierre: la cérémonie était d'un grand effet.

Le 18 février 1878» il n'en pouvait être ainsi: la messe fut chantée dans l'enceinte même du Vatican, à la chapelle Pauline, par le cardinal Schwartzenberg, archevêque de Prague. Pour entendre le discours de MgrMercurelli, secrétaire du Pontife défunt, les cardinaux se rendirent, à travers la Sala Regia^ dans la Sixtine déjà aménagée en salle de scrutin.

Ventrée processionnelle des cardinaux en Conclave se faisait jadis à l'issue de cet office du matin. « Le sermon terminé, — poursuit le règlement, — un maître des cérémonies prend la croix papale et ouvre une procession que suivent immédiatement les cardinaux, évêques, prélats, tous revêtus de leurs chapes violettes. La croix est précédée par les domestiques et familiers des cardinaux, et par la chapelle pontificale

chantant le Vent Creator. La procession étant arrivcie à la cliapelle du Conclave, le Cardinal-doycu récite l'oraison du S. Ksprit; apK-squoi, lecture étantfaitedes CoDstitutionsapostoliques suri'éiectionduPape, les cardinaux prCtcnt tour à tour serment de les observer. Le Cardinal-doyen prend la parole et exhorte ses collègues à remplir exactement les obligations qui leur incombent en cette grave affaire de l'élection pontificale, l'uis, les cardinaux se retirent, chacun dans la cellule qui lui est échue, conformément au

Lamessetlu Saint Esprit [)oiir|-piiïcrlure du Conclave, (XVlH*sii-cle).

décret de Pie IV. Dans l'après-midi, le S. Collège se réunit de nouveau et reçoit le serment des officiers du Conclave et de tout le personnel qui y est attaché. >• Ainsi se passèrent les choses tant que les conclaves se tinrent au Vatican. La procession s'organisait dans la Basilique même de S. Pierre. Le cérémoniaire, portant la croix papale, s'agenouillait sur les derniers degrés de l'autel pendant que les chantres de la Sixtine entonnaient le Veni Creator Spirifux et durant

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la première strophe de celle hymme d'une inspiration si lyrique, tout le monde était à genoux : Mentes tuorum visita^ — impie siiperna gratia — quœ tu creasti pectora !

Les gens de la maison de chaque cardinal s'alignaient : à la suite du porte-croix venaient les dignitaires du Conclave et, linalement, un à un, les cardinaux déployant les longues traînes dé leur cappa magna violette chaperonnée d'hermine. Ce cortège des princes-électeurs s'avançait, sous le parvis de la Basilique, vers la statue de Constantin faisant face à celle de Charlemagne. Là se tenait le Majordome, gouverneur du Conclave qui saluait chacun des membres du Sacré Collège. Arrivés à la chapelle Pauline, dont le Conclave devait faire comme son église paroissiale, le Doyen récitait l'oraison du S. Esprit — eodem Spiritu recta sapere — et adressait un discours à ses confrères. Le secrétaire et les maîtres de cérémonies lisaient ensuite lesBulles pontificales relatives àl'élection, les cardinaux prêtaient le serment solennel d'en observer fidèlement les prescriptions ; et enfin, introduits à leur tour, le prélat gouverneur du Conclave et le Maréchal prononçaient le même serment.

Tout cela constituait une cérémonie singulièrement imposante, mais trop longue, trop fatigante pour des vieillards. A vrai dire, et d'après les termes de la Bulle cérémonielle de Grégoire XV, ce devait être là l'entrée définitive des cardinaux en Conclave; mais l'usage prévalut bientôt de donner à ces prescriptions une simple valeur exhortative. On profila du transfert du Conclave au Quirinal pour alléger la cérémonie du matin et reporter au soir, non seulement la séance de prestation de serment de tous les concla-

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vistes prévue par le cérémoDÎal grégoneo, mais la procession d'entrée elle-môme.

A l'issue de la messe du S.Espritchaniée, le matin, dans la Basilique vattcanc et suivie du discours pro eligetido pontifice, les cardinaux rentraient chez eux pour l'heure du dîner. Da»s l'après-midi, ils se réunissaient tous dans la petite église des Lazaristes dédiée à S. Silvestrc et sise sur les Qancs de la colline du Quirinal. Là, s'organisait la procession précédée

Enlrùc des Caniinaux au Condave, apr.^s la inorl de Pie VII (1823),

de la croix papale, d'après le cérémonial indiqué. Seulement, au lieu de défiler sous un parvis couvert, le magnifique cortège gravissait la rue, traversait la place et, passant au pied de l'obélisque posé par Pie VI, défilait devant la fontaine des thermes do Constantin qui se dresse, superbe, entre deux groupes de la slatuaire antique portant à leur base Tinscription, Opus l'hidiac, Opti\- Praxilelis'. La foule romaine se pressait, curieuse, inquiète et respectueuse à ce spectacle unique, et l'œil des éiccleurs du pape

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pouvait apercevoir au-dessus de toutes les tètes et par delà les haies de soldats, la ligne des coUiDes vaticanes dominées par la coupole que le génie de Michel-Ange suspendit sur la tombe du pêcheur de Tibériade auquel le Maître avait dit un jour: Tues Peirus... Tibi dabo ciaves cœloruml Tous ces vieillards, blanchis dans le maniement des intérêts de la chrétienté et songeant à donner à Pierre un successeur, s'avançaient, comme une théorie de sénateurs de la Rome d'autrefois, sous le portail du palais de Paul V dominé par la statue de la Vierge au Rédempteur et les icônes des apôtres Pierre et Paul. Singulière manifestation de cette âme romaine si complexe et si persistante : jusqu'à ce jour, ces images ont été respectées par la royauté de Savoie et par la révolution italienne installées dans cette demeure des papes.

Celte procession s'est déroulée pour la dernière fois le 14 juin 1840, et ce jour, elle fut troublée par un orage violent. Etait-ce un présage?

Le 18 février 1878, l'entrée en conclave se fit au Vatican. Mais dans quelles conditions!... Aucune cérémonie n'eut lieu sous les voûtes de la Basilique valicane. Après l'office du matin célébré dans la chapelle Pauline et le discours /)ro eligendo pontifice prononcé à la Sixline, les cardinaux retournèrent chez eux, ne laissant auVatican que le Camerlingue et les trois ou quatre cardinaux qui y avaient déjà leur demeure. Dans l'après-midi, vers 4 heures, tous les autres membres du Sacré Collège auxquels le sort avait, l'avant-veille, assigné leurs cellules, s'y installèrent définitivement, au milieu d'une assez grande confusion produite par la foule des domestiques, parents, amis, curieux, qui remplissaient les corridors. A quatre heures

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et demie, tous se retronvtrent à la chapelle Paupour le ctiaot du Vent Creator. La processioD t à traverser que la Sala Regia pour se rendre Sixtioe où, après les prières prescrites et la lecdes Constitutions papales, se lit la dernière cémie qui a toujours été considérée comme une e intégrante de l'ouverture du Conclave.

i prestation de sertitenl de tous les conclavisles est ne par la Bulle du cérémonial de Grégoire XV : prandium omnes rursus simul coni/ret/entur étoffes conclacis et alii praeatanl Sacro Collegio jura- 'a consuela. En premier lien venaient les persons chargés de la garde et de la surveillance extée; le prélat Majordome, gouverneur du Conclave prince Maréchal entouré des ofliciers de sa mail'uis, successivement, les patriarches et évOprésents a Itome, les prélats préposés au serextéricur de la clôture et quelques représenlanls autorité municipale de Home, tous s'agenouili l'autel devant le Cardinal-doyen. Ensuite, c'é- ,t les dignitaires attachés au service intérieur du lave: l'évéque-sacriste, le secrétaire, le préfet érémonies et ses cérémoniaircs. Et comme tous idaicntaveclam&me lenteur solennelle, onabréordinairement cette séance en renvoyant â ua : moment de la soirée, ou même de la matinée 3ndemain, le serment des conclavistes particude chaque cardinal, celui des divers fonctionnai'

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