CHAPITRE XI
l'ordre intérieur du conclave.
I. In Cdpellarn Domini. — La messe conventuelle. — Le yêtement du Conclave. — Salle Royale et chapelle Sixtine. — Le local du vote. — Seuls devant Dieu !
IL — Premiers scrutins et lâtonnemenls. ~ Le temps libre : promenades et visites. — La soirée : In CelUim Domini, — Habitudes matinales. — Le service'des repas : le défilé du Dapifer; la visite au guichet. — Usages nouveaux : la cuisine au Conclave QiV ordinaire.
III. — Les communications avec le dehors. — La censure. — Le courrier. — Les échos des événements extérieurs. — L'entrée d'un cardinal retardataire. — Les malades et les morts en conclave.
IV. — L'atmosphère morale du Conclave. — La formation des partis. — Zelanti et Politiques. — Les t Chefs de factions ». — Les anciens, les nouveaux, les étrangers. — Cardinaux-protecteurs.
— Joseph Albani et la politique autrichienne. — Les indiscrétions et les communications clandestines.
V. — Les Gonclavistes. — Les reporters du Conclave. — « Capitulations » et préoccupations. — Service des renseignements. — La contrebande des nouvelles.
VI. — Stratagèmes et manœuvres. —Los conclavisles chroniqueurs et diaristes. — Valeur médiocre de ces sources pour l'histoire.
— Le cardinal de Bernis et ses deux conclaves.
Dès le premier jour, commence la succession des deux scrutins quotidiens qui conslilucront la préoccupation et roccupalion essentielles des membres du Conclave.
Cette première journée a une physionomie, sinon une importance, spéciale. Vers 8 heures du matin, le triple signal de la clochette du Préfet des cérémonies appelle, de demi-heure en demi-heure, les cardinaux in Capellam Domiiù (1). Ce jour-lîi, en effet, ils doivent assister à la messe du Cardinal-doyen et, selon l'avis qui leur en a été donné la veille au soir par les céréraoniaires, recevoir de ses mains la communion. Les jours suivants, ceux d'entre eus qui sont prôtres ou évoques diront, chacun, leur messe, soit dans leur cellule soit dans la cha|>elle commune, à l'heure qui leur conviendra le mieux. lis assisteront néanmoins, toujours, à la messe conventuelle qui sera dite régulièrement chaque malin par t'évi>-
(1) Il parait que celle formule ne doit pas être traduite pnv .1 '■' rh'ipvllii ii/i Scifineiii; mais simplement par l'appel: .1 /" rli"pelle, niesseiijii<;urs. '
(]ue Sacrisle. Jadis, cl noIammeDt lorsque les Conclave se tenaient au Quirinal, colle messe de commu-
naulé se célébiailà l'autel divssdau fond de la salle nit'oie duscniliu. En 1878, elle se disait dans lâcha-
l'ordre intérieur du conclave 369
pelle Pauline aménagée pour les cérémonies liturgiques.
Déjà pour celle première messe, les vénérables électeurs ont dû endosser le vêlement spécial dont ils n'usent qu'en temps de Conclave. C'est un ample manteau en tissu de laine violette, sorte de chlamyde allongée en forme de chape pluviale, sans manches, s'agraffant au haut de la poitrine et se terminant par uçe traîne qui se ramène d'ordinaire, pour se déployer seulement lorsque les cardinaux s'avancent vers l'autel au moment de recevoir la communion ou déposer leur bulletin de vote. Le collet fraisé qui se dressait jadis autour du cou se rabat actuellement sur les épaules. Vêtement singulièrement majestueux et hiératique qui rappelle l'ancienne draperie romaine et médiévale, la crocea ou crocula se jette par-dessus le rochetetla mozette.Le cérémonial de Grégoire XV en prescrit formellement l'usage pour tous les actes conclavaires : Croceis lUantur in electione et aliis actibus collegialiter faciendis^ si bien que des spécialistes ont pu écrire de véritables traités sur ce « vêtement du Conclave (1) ».
Rien de plus émouvant que ce spectacle des princes de l'Église, s'avançant vers l'autel, pour recevoir comme les simples fidèles, la communion des mains de leur Doyen. Et d'ordinaire môme, à ce moment là
(1) Suarez (Èvèqué de Vaison), De Crocea, Veste S. li. E. Cardinalium in Conclavi. Rom.l&lO. — En 1878, les cardinaux furent dispensés d'endosser lacrocule: le préfet des cérémonies, dans une note du 10 février, prescrivant le costume, avait ajouté l'observation : t Nel conclave, non crocea, 7na sottana di panno pavonazzo^ mozzetta con cappa di lanatt. C'était Thabit cardinalice le plus simple.
jO le cosclave. — ca\p. xi
i soleanel el si sainl, le Doyco adresse à ses coilèues uoe alloculion, pour leur faire sentir toute la ravité du devoir qu'ils ont à accomplir.
Au sortir de celte messe, les cardinaux se retirent. n instant, dans leurs cellules pour y prendre lacolttion du matin. Ils se réunissent ensuite dans la salle u scrutin où. les autres jours, ils se rendront directelenl à l'issue de la messe conrenluelle. Lorsque le ionclave se tient au Valican, c'est la Sixline eUclëme qui est aménagi^e comme local de vole. Les ardinaux s'y acheminent par cette magnifique Saia 'erjia aux sept portes, que Paul 111 ^Famèse) fit bâtir ar Sangallo pour y recevoir les souverains et leurs mbassadeurs. Lesfresquesdeses murs, dues au pineau de Vasari et de délia Porta, rappellent les épiades les plus caractt^risfiques des rapports entre Eglise et les Etals : Pépin et Ctiarleniagne offrant îurs donations au <^hef de l'Eglise ; Pierre d'Aragon lisant hommage de son royaume à Innocent III; lenri IV d'Allemagne recevant, à (^nossa, Tabsoluon de Grégoire Vil ; Frédéric Barbcrousse se recon- [liant avec Alexandre III, sur la place de S. Marc, à cnise; le dernier des Papes d'Avignon, Grégoire XI, entrant dans Homo ; les croisés de S. Pie V romporinl la bataille de Lépante ; pages éloquentes, bien lites pour inspirer les élecleurs de celui qui devra întinucr les annales de la Papauté. C'est la traducon vivante de l'épigraphe par laquelle .\lexandre Vil l'ait voulu marquer l'achèvement de la merveilleuse ^coration de celte salle: Ab auta re^îa in domum ei\
Le sanctuaire de Sixte IV qui s'ouvre sur ce parvis lyal, est une salle de scrutin unique. Dans le fond,
l'ordhe intérieur du conclave 37t
au-dessous du Jugement de Michel-Ange, s'élève l'autel, dont le retable est formé par un tableau en tapisserie représentant la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. Au-dessus, s'étend un dais de velours violet et, sur le devant, se détache un /?fl/^o//o ou parement rouge brodé d'or. Six grands cierges brûlent à côté du crucifix dressé sur l'autel. Le trône papal placé d'ordinaire du côté de l'Evangile a été enlevé, et un parquet mobile, recouvert d'un tapis vert, élève le sol à la hauteur du parvis de Tautel. A gauche et à droite, vers la paroi d'entrée, contre le chancel qui ferme habituellement le presbyterium^ s'allignent, suivant la disposition ordinaire d'un ample for-à-cheval, les bancs ou stalles des cardinaux, lesquels forment ainsi avec l'autel, un quadrilatère régulier. Le premier Cardinal-diacre occupe la première place du côté de TEpître ; en face, au Cardinal-doyen est réservé la première stalle du côté de l'Evangile, en avant d'un siège pontifical sur lequel ira s'asseoir l'élu futur. Chaque stalle est surmontée d'un baldaquin mobile qu'un cordon permettra d'abaisser au moment où le nom de l'élu sera proclamé. En attendant, ces baldaquins sont relevés, en signe de la participation de chacun des électeurs à la souveraineté du siège apostolique vacant. Devant chaque stalle, se trouve placée une petite table servant de bureau au cardinal et dont le tapis vert ou violet, (selon que le dignitaire est de création récente ou ancienne), porte son nom et ses armes. Les sièges des évoques et des prêtres sont disposés, selon l'ordre d'ancienneté, à la suite de celui du Doyen, a coimii Evaurjelii. Ceux des diacres terminent la série, a cornu Epistolœ,
Au milieu du quadrilatère et à Pusage des cardi-
72 I.E co.ycL*vE. — CHAP. m
aux qui rcdouleraionl les regards indiscrets de leurs oisins, sonl dress<!es six tablesavec tout ce qu'il faut our écrire: papier, plumes, cire, pains à cacheter, ougie, etc. ; les défiants pourront ainsi en toute sëurité libeller, plier et sceller leurs bulletins de vote, levant l'autel, une grande table servira au dépouil- >ment du scrutin, opération réservée aux trois cardîaux scrutateurs et aux trois réviseurs, dont les noms nt été tirés au sort par le premier diacre au début e cbaque séance. Tout près de cet autel, et un peu n arrière, se trouve la cheminée où seront brûlés les ulletins à l'issue de chaque scrutin. Enfin adroite l à gauche de la porte d'entrée, sont disposés deux abiuets de toilette dans l'un desquels on dépose, à avance, les vCtemenls blancs dont on revêtira le ouveau pape aussitôt après la proclamation du scrun décisif.
Les cardinaux arrivent à la chapelle du vote acompagnés de leurs conclavistes portant leur porteîuille et leur écriloire; l'évéque-sacriste récite les rières et oraisons du rituel, puis le chef des cérémoiaires fait entendre l'intimation solennelle Extra onies. AussilôUous les conclavistes et prélats se retirent t l'un des cardinaux va pousser le verrou intérieur e la porte. Les Emînentissimcs électeurs se trouvent lors seuls et absolument entre eux. Le plus souvent, ! Doyen leur adresse encorequelques mots, ainsi que t le cardinal di Pietro, dans la matinée du 19 février
Quel plus éloquent langage d'ailleurs que celui es murs eux-mêmes, sur lesquels le pinceau des laîtres de l'Ecole ombrienne a retracé la Thorah losaïque et l'Evangile du Christ. A gauche, le légis-
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lateiir antique brise ses tables sacrées devant les adorateurs du veau d'or ; le feu du ciel sanctifie, sans le consumer, le buisson de la vision divine et dévore les clercs simoniaques, profanateurs du Tabernacle. A droite, c'est le Baptême de Jésus, le Sermon sur la montagne, la remise des Clefs, œuvre du poétique et pénétrant Pérugin. Du haut de la voûte, les prophètes et les sybilles de Buonarotti présagent les destinées de TEglise dont l'épopée se concentre, plus loin, dans cette page immense du Jugement qui semble adresser ici un appel suprême à la conscience humaine, en évoquant devant elle ses inéluctables responsabilités.
On a beau être homme et électeur, livré aux terrestres calculs ; dans un tel cadre les cœurs s'élèvent, les horizons s'agrandissent, l'âme éprouve le reflet de l'Infini et subit l'influence des pensées éternelles !
Les opérations électorales prescrites par Grégoire XV sont longues et minutieusement compliquées ; elles le sont, ou du moins le paraissent, encore bien davantage en la première séance. Il y a toujours en effet, parmi les votants, un certain nombre d'étrangers et de novices qui assistent pour la première fois à un Conclave et il est rare qu'ils n'y commettent pas, les uns ou les autres, dans la façon d'écrire ou de cacheter leur bulletin, une de ces erreurs de forme qui annulent le vote et rendent nécessaire un nouveau tour de scrutin. Aussi la séance se termine-t-elle ordinairement sur le tard. Le 19 février 1878, les cardinaux entrés à la Sixtine vers 9 heures et demie, ne purent
resasner leurs cellules et dîner que vers 2 heures du
• Les fours suivants, la séance commençant im-
^diatement après la messe de communauté dite
, le Sacriste, et Texpérience du cérémonial se per-
f ctionnantj le scrutin de la matinée se termine ha-
hitueJiemcnt vers midi.
Vers 3 ou 4 heures du soir, selon la saison, Tappcl
des cérémoniaires convoque les électeurs dans la
chapelle pour le deuxième scrutin. C'est le même cérémonial que le matin, sauf que Tévôque-sacriste ouvre la séance en entonnant le Vent Creator. En 1878, ce premier scrutin du soir, commencé à 3 heures, prit fin seulement vers 7 heures. Les jours où doit avoir lieu Tentrée de quelque cardinal retardataire ou l'audience d'un ambassadeur, l'opération électorale s'ouvre une demi-heure plus tôt. Dans les conditions normales, la séance du matin précédée de la messe conventuelle dure environ 2 heures ; .celle du soir, une heure et demie. Dès que le scrutin est terminé, l'un des cardinaux tire le cordon d'une sonnette et ouvre la porte : les conclavistes qui, pendant ce temps, sont demeurés groupés dans les salles Royale ou Ducale^ se précipitent à la rencontre de leurs maîtres qui leur remettent leurs portefeuilles et sur les traits desquels ils cherchent à lire les impressions emportées de la salle du vote.
Les scrutins de la première journée, celui du matin notamment, n'ont pas, en général, une portée bien sérieuse. C'est plutôt une séance d'essai et de tâtonnement qui sert à poser les préliminaires d'une orientation provisoire, permet de sonder les dispositions générales de l'assemblée électorale, et laisse deviner un peu sur quels noms se portera tout d'abord le
l'ordre intérieur du conclave 375
mouvement instinctif des électeurs ou quelle tactique pourront suivre les divers groupes de votants. Les Conclaves sont rares où, comme le 19 février 1878, le premier scrutin met en relief un nom particulièrement prépondérant.
En cette première séance du dernier Conclave, le nom du cardinal Pecci ralliait, dès le premier scrutin, 23 suffrages. Suivaient ensuite, de loin, ceux des cardinaux Bilio avec 7, de Luca et Franchi avec 5, Panebianco, Monaco Lavaletta, Siméoni avec 4. Le second scrutin, dans la soirée, portait les voix du cardinal de Pérouse au chiffre de 38 : il ne manquait à la majorité requise que trois voix, que donna, et au delà, le troisième scrutin.
En 1846, Pie IX fut élu dès le quatrième scrutin. Le premier tour avait attribué 15 voix au cardinal Lambruschini et 13 au cardinal Mastaï ; au second tour, Lambruschini en obtenait 13 et Mastaï 17. L'évolution s*accentuant, le troisième scrutin faisait descendre Tunà 11 et monter l'autre à 27. Enfin le quatrième tour, concentrait 36 votes — deux de plus qu'il ' ne fallait — sur le cardinal d'Imola qui allait prendre le nom de Pie IX. Mais, outre que les indications des premiers scrutins ne sont pas d'ordinaire aussi significatives, il arrive plus rarement encore qu'elles se vérifient avec cette rapidité. Ce sont généralement des répétitions fastidieuses de la double séance électorale du premier jour, jusqu'à celui où, finalement, la majorité se dessine.
Un moment de temps libre succède à chaque scrutin : après celui du matin, c'est Theure du repas et de la sieste; après celui du soir, promenade dont le parcours se borne naturellement aux longs corridors des
ans la es que leurs pas à I comiscrètcnfio es.
îevoir i conres de tm de désire
leSeluelle aiTaiculièomité ire dti
r, les l'inde la ntles ! des ■ les ralet volves, de la cher
l'okDBE INTÉRIELR DU CO.NCLAVE 377
les scrutins décisifs que les soirées se prolongent souvent fort avant ; c'est alors que les allées et venues à travers le crépuscule ou la nuit, révèlent les préoccupations, les agitations, l'attente générale. Il en fut ainsi dans la nuit du 19 au 20 février 1 878.
D'ailleurs on est matinal au Conclave et le mouvement commence de bonne heure. Les cardinaux récitent leur office et, usant de leur privil^ge de l'autel portatif, célèbrent, pour la plupart, la messe dans leur cellule. Les conclavistessont debout dès 4 ou 5 heures et ceux d'entre eux qui sont prêtres disent leur messe à quelque autel disponible. En 1878 l'on avait dressé 10 autels dans la chapelle Pauline et 3 dans la salle Ducale.
L'uniformité de ces journées de Conclave était quelque peu interrompue, jadis, par le service des repas qui constituait une des pittoresques originalités de la réclusion électorale. D'après les Constitutions pontificales, aucun cardinal ne devait se servir de la cuisine d'un de ses collègues, et l'usage donnait à chacun le droit de se faire venir son dîner de sa propre maison. De là, tout un cérémonial très formaliste et très compliqué. Chaque jour, vers midi, les gentilshommes du cardinal devaient prendre le diner à son palais et letransporter dans sa voiture de gala. Ils étaient accompagnés d'un officier d'honneur portant le titre de sénéchal Dapifer, charge très bien cotée et qui avait son importance, puisqu'il appartenait au Dapifer de préserver du poison son cardinal.
La délilé de ces voitures porte-diner était une des curiosités des rues de Rome. Les mefs renfermés dans des paniers ou des grandes boites de fer-blanc
munies de cadenas et recouvertes d'un voile vert ou violet, étaient dtfpos(?s en grand apparat, hlaroue la plus voisine de la cellule occupée par le cardinal destinataire. Le cortège culinaire, qui s'organisait à
l'oRDBE l>TÉmEL"R DU CONCLAVE 379
ne contenaient pas quelque corresi)ondancc ou communication prohibée. La Bulle de Pie IV enjoint, sons peine de suspense, de faire cette visite avec soin: maxima dUigenlia utantur in inspiciendis acperscrnlaitdis epuiis, aliisque rebut ac personis Conclave intrantibua, ne sub eanim rerum velamine litterae aut notae vel signa aligna transmittantur.
Au Conclave de 1878, celte particularité du service de table se trouva supprimée, puisque des cuisines
Visite des Mois au giiicliet du Conelaïp.
avaient été organisées dans l'intérieur du Conclave même, et fournissaienl à chaque cardinal son dîner comme son souper. Il y faisait prendre et porter l'un et l'autre à sa cellule par ses serviteurs qui se servaient, à cet effet, des grands paniers traditionnels (1 ).
(IJCerlains chroniqueurs 3e sont donné lapeîae de noter le menu da ces repas du Conclave moderne, A midi : soupe, bouilli et deux plats; le soir: soupe et deux plats. Pour montrer jusqu'où peut aller le mauvaîB goiM d'une certaine presse, un écrivain qui a la prétention d'être pris au sérieux, s'avise d'ajouter : <s a abbondanle (leiierl e yLqo bianco e rosso excellente a ! Sintfulière n
3S0 LE COXTLAVE. CHIP- S'
Le cai>linal de llohenlolie fut seul à se faire porter - '■ — '■■ ilohors, ce qui ne laissa pas de provoquer ilaires on sens divers. Les conclavîstes irs repas à des tables communes disposalles de la garde palaline.
nise, au Conclave de Pie VII (1799-1800), inis(î un service de repas préparés à l'ini clôture et dispensant les cardinaux de bons offices du Dapifer, Les rigoureuions de la Bulle de Gr<5goire X relatives i cardinaux, à la diminution et même à la progressive des mets en cas de durée u Conclave, avaient él<; atténuées — nous — par Clément VI, à Avignon (1). Les inls qui permettent d'ajouter des horspotage, des sauces et de la salade au seul , sont demeurés dans la lettre du droit (2). tienne expressément les dispositions de et, h. son tour, Grégoire XV, dans son cénfirmc sommai rement cellesde Pic IV (3).
'fr/viiV(.-(?).CepiLblicisteqiii nrjlrniereiECcllenle qiiaincs et rau(^s des Viislulli H-inii'ni, trouve Inléi-csintrcr les rieux cardinaux se délectant d'un plantupommea, d'oranges et de mjtp'i iiifjlrse ! A vrai Il Conclave une vie où quelques fruits ne seraient irfoîs, pour raCTralcliir le sang et les estomacs des
rc(; ( Praeterpanem, vinum et aquam inprandioct dumtaiat feroulum seu missum carnium uniiis speo, But pisciuni, seu ovorum, cum potagio de carni- I principaliler non confectis ; et decentibits salsaraleant, ultra carne» solitas, et lierbas crudas, ac i, aive olecluarïa ; et quibus tauicn nulUim fercu- , nisi ad condinicnlum (ieret vel saporcm d. >i litiifit'fU : t lam in prandio quant in cœna, une us speciei tantuni, coque moderato et alias jux ta Clemonlis VI qualilicato, conlenti sini o. 7pfV( : Servari debentomnia qure de coUoquiis, lilte- 1 constitutione Pii IV sancita suul.
l'ordre intérieur du conclave 384
L'usage, cependant, a fini par interpréter celte loi dans le sens d'une liberté raisonnable et Ton en est revenu aux ordinaires sobres, modérés, mais convenables.
Les cuisiniers, ne sont donc plus obligés de recourir à des stratagèmes comme celui du maître-queue qui, dit la légende, inventa, en temps de Conclave, Tomelette au jambon pour nourrir suffisamment son cardinal tout en sauvegardant les principes du plat unique. Parfois môme, la table des Ëminentissimes électeurs se trouve accidentellement pourvue de petits suppléments gastronomiques non prévus par Clément VL
En 1830, les habitants des rives du lac de Bracciano qui, chaque année, envoyaient au Pape, la veille de Noël, un lot de leurs célèbres anguilles s'étaient, bien qu'on fût en Sede vacante^ acquittés de ce tribut qu'ils regardent comme un droit honorifique. L'envoi fut réparti « entre les cellules » des divers cardinaux. On fit de môme aux Conclaves de Léon XII, Pie VIII et Grégoire XYI, pour un lot de faisans offerts, suivant un usage analogue, par certains villages de /'ûtgro Romano, Le vieux cardinal napolitain Ruffo s'était fait aussi la réputation d'introduire, parmi ses bagages, des caisses pleines de muslaccioli, sorte de pains d'épices qui sont la spécialité de son pays, et qu'il se plaisait à distribuer aux cardinaux ses collègues, mais surtout à leurs conclavisles. Peut-être les austères publicistes de la presse italienne d'aujourd'hui y auraient-ils trouvé à redire.
Ul
communicationrfescardinaux avec le dehors, res ou messages, n'est pas absolument interne, c'e*l à la condition que lettres et messages 1 aucon caractère confidentiel et ne se rapporn rien aux choses inlérieures du Conclave, espoodances sont remises ouvertes aux lours, ntètre lues par les prélats gardiens qui les cacl les fiMit parvenir à leur destination. Les carïeuvenl néanmoins se servir aussi, pour leurs personnelles, de l*inlermédiaii-e du Secrétaire ■lave, lequel a toujours, à sa disposition, une 1. spéciale pour Texpédilion des papiers offiùs en ce cas. leurs lettres passent sous les yeux cloire des Chefs d'oixlre. et s'il arrivait que restiraasscnl nécessaire, elles pourraient être 'S au Sacré Collège tout entier qui déciderait, ier ressert, si l'écrit doit ou ne doit pas être u libre passage. Ainsi se concilient la néccs-
Ics cardinaux peuvent se trouver de faire r au dehors des instructions louchant leurs privées, et le respect dû aux prescriptions cas dont le but est d'interdire, à chacun des !s du Conclave, toute démarche faite à l'insu oUègues. C'est pour cette mi'me raison que, les cardinaux transmettent, par le moyen des [uelque communication verbale aux valels it le droil de tenir en permanence aux portes res de la clôture, les prélats du service de oivent en être les témoins, chargés de tout le tout entendre.
l'ordre intérieur du conclave 383
Les mêmes règles s*'appliquent aux communications qui viennent, du dehors, à l'adresse d'un cardinal quelconque. Tout pli fermé non destiné aux Chefs d'ordre, par l'entremise du Secrétaire, est ou vert par les prélats gardiens et n'est remis au destinataire qu'après avoir été, selon les cas, lu par les cérémonîaîres, le Secrétaire, les Chefs d'ordre ou le Conclave tout entier.
L'usage s'est introduit de laisser pénétrer dans le Conclave, les imprimés, livres ou journaux. Les prescriptions des Bulles ne l'interdisent point, seulement le comité directeur ou même l'assemblée plénière du Sacré Collège peuvent toujours restreindre ou supprimer cette facilité. Toutefois l'avis prévaut, généralement, qu'il y a utilité, pour les vénérables électeurs, à connaître les nouvelles et les courants de l'opinion du dehors.
Ainsi le Conclave n'est nullement tenu dans l'ignorance des événements extérieurs. On peut s'en convaincre, du reste, en feuilletant les Diarii où l'on trouve souvent des notes comme celles-ci que j'emprunte au jounaal inédit d'un conclaviste de 1830-31 : *
46 Dt^cembre. La poste de ce matin a apporté la nouvelle qu'une révolution a éclaté à Varsovie : Ton espère que cette nouvelle excitera les cardinaux à hâter l'élection d'un pontife.
20 Décembre, ^'ouveHes inquiétantes des Etats pontificaux. A Bologne et à Macerata fermentent des idées révolutionnaires. De même à F'errao... Les cardinaux qui ont reçu ces informations se montrent agités et insistent sur la nécessité d'élire promptera.ent un pape.
21 Décembre. La poste de ce matin a annoncé la découverte d'une conspiration de Carbonari à Forli, en relation avec les révolutionnaires de France et de Belgique.
2 Janvier. Les nouvelles politiques deviennent toujours plus alarmantes. Dans les Etats pontificaux les craintes sontsérieu-
(l LE COXCLA\T. — CHAP, SI
a. De Paris, de Vienne, de Florence sont arrÎTées des lettres etnent rassurâmes.
tes ÎDcideDls plus particuliers et plus rapprochés >ressioniient parfois les cardioaux. Dans la soirée 16 janvier 1831, une bombe éclatait sous la grande te du palais pontifical. L'émotion fut grande, mais opérations électorales n'en marcbèrent pas plus idement. Sept jours plus tard, ce fui une exploa de pétards, sur laquelle un rapport de l'ofScier police rassura d'ailleurs immédiatement les babils du Conclave. La prévision des ineidenls de ce ire ne saurait être eotièrement écartée à propos i Conclaves futurs. La dynamite est à l'ordre du r et de vagues menaces contre le Vaticau ont déjà répandues au cours des dernières années. La surllance des abords extérieurs du palais apostolique igoureuse jadis, eQ temps de t^onclave, ne peut s être exercée par les agents pontificaux. La police aie y suppléera-t-elle d'une façon suffisamment surante?
.ne diversion moins grave et moins imprévue est duite, dans l'ordre inférieur du Conclave, par l'enî d'un cardinal retardataire. Autrefois et avant les scriptions de Pie IV, chacun des Eminentissimes :teurs choississait son jour et son heure pour enrau Conclave. Aujourd'hui, le motif de santé seul une cause de dispense pour les cardinaux présents ome. Quant aux étrangers qui, venant de loin, ne ivent pas se trouver au poste dans le délai des :emdiali, ils ont toujours le droit de demander que ;lôture leur livre passage, .e cardinal retardataire doit avertir le Sacré Collège
l'ordre intérieur du conclave 385
de sa présence et de son désir de prendre part à l'élection. Au jour indiqué et à l'heure convenue, après une visite à Téglise la plus voisine du Conclave, (Saint Pierre, si le Conclave se tient au Vatican), il se présente au pied de l'escalier du palais où le Majordome et ses gardes le reçoivent tout d'abord, pour le conduire ensuite dans l'appartement du Maréchal. Là, des rafraîchissements doivent lui être servis, en attendant l'issue du scrutin commencé. Le Cardinaldoyen, par un coup de sonnette, avertit le Maréchal de la clôture du scrutin et la seule porte demeurée accessible est alors ouverte, du dehors, par le Maréchal et du dedans, par le Camerlingue. Le nouvel arrivant trouve réunis, sur le seuil, tous ses collègues, les Chefs d'ordre en tète. Après les compliments de bienvenue, la porte est bien et dûment refermée. A ce moment les Chefs d'ordre conduisent le Cardinal à la chapelle pour y prêter, serment. De là, le Doyen l'accompagne à sa cellule où il recevra successivement les visites de ses collègues, visites qu'il s'empressera de rendre le plus tôt possible. Il va sans dire qu'avec le cardinal entrent son personnel de service et ses bagages. On profite généralement de cette ouverture de la porte pour introduire, dans la clôture, des provisions ou autres objets indispensables, et pour admettre, s'il y a lieu, de nouveaux conclavistes à la place de ceux qui pour un motif quelconque, ne peuvent continuer leur service.
Les diplomates eux aussi cherchent à utiliser ces entrées postérieures, pour faire parvenir aux cardinaux amis des indications confidentielles. En 1829, le cardinal Albani, prétextant de maladie, n'entra au Conclave que le neuvième jour et ce retard parut cal-
LE CONXLAVE. — 25
n vue d'atiendre tes instructions de la Gourde le dont il patronnait les intérêts. Chateaubriand, on soupçonnait déjà d'avoir confié au cardinal til le mandat d'opposer le Veto du roi de Franlarles X, à l'élection du cardinal Fesch, profita Qtrëe tardive du cardinal de Clermont-ïonnerre le charger encore de dénoncer éventuellement usion contre Albani (I).
Conclave de 1878, il n'y eut qu'une seule enardive, celle du patriarche de Lisbonne ; clic ilieu à un incident, mais celui-là nullement diitique. Le Patriarche était allé, dans la matinée février, prévenir de sa présence le gouverneur nclave. Au retour, sa voiture se trouva traver-
placede St Pierre à l'heure même où la foule lait la sfumata qui devait indiquer l'issue du er scrutin. On crut, en apercevant la voiLure de É)minencc, que déjà les cardinaux sortaient de laustralion ; de là, dans le public, une vive émoicntôt calmée d'ailleurs. Les choses se passèrent lede coutume. Le prélat portugais attendit la i scrutin du soir dans le salon du maréchal, ! Chigi, qui l'introduisit conformément au céré-
Virioii-es il'Oiilre-Tombe, l. V, p. III. — Il y avait là, de la Cbftteaubriand une double et singulière méprise : peraonae I Sacré Col 16 ge ne considéi-ait l'oncle de Napoléon comme s ; il ne recueillit jamais un seul vole. Quant à Albani, ce 18 comme candidat â la tiare que la France avait lieu de le :r, maie comme chef de Faction et grand-électeur : l'issue du re de 182S et la durée prolongée de celui de 1830-31 le prou- Buffisatnment, Cette connaissance incomplète des choses es valut à l'illustre écrivain des appréciations déplaisantes art de ses collègues; < La nature peu intrigante du vicomte eaubriand, écrit l'un d'eux, tournaau profit de l'Autriche et au cardinal Albani de déployer toute sa prodigieuse acti- {Cipoli'tta, Meinorie poUCicbe siii Coiiclaei da Pio VII a \ Mitono, I8(i3, p. 174).
l'ordre intérieur du conclave 387
monial, tandis* que ]e Camerlingue le recevait et le présentait à tout le Conclave. Quant à l'archevêque de New-York, il arriva trop tard ; Télection de Léon XIII étant déjà faite.
Si les membres du Sacré Collège tombent malades dans l'intérieur de la clôture, les mesures sont prises pour que tous les soins leur soient donnés. Nous avons vu qu'une pharmacie est installée dans les communs et que, parmi les fonctionnaires du Conclave, figurent deux médecins et un chirurgien ; au besoin, les malades peuvent obtenir qu'un vote du Sacré Collège les autorise à faire appeler leur médecin particulier. Ils ont à leur service un domestique supplémentaire et leurs collègues viennent les visiter dans leurs cellules. D'ailleurs, s'ils préfèrent sortir de la clôture pour se faire soigner chez eux, toute latitude leur est laissée à cet égard et ils auront le droit, une fois guéris, de reprendre leurposte. Ce cas s'est présenté, dès le premier Conclave, celui qui précéda la Constitution de Grégoire X, et se trouva clôturé de par la volonté des habitants de Viterbe : les cardinaux par une lettre datée de l'intérieur du palais dont on avait enlevé le toit, inPalatio discooperto^ requièrent leurs gardiens, le podestà Albert de Montebono et le capitaine Ratti, de permettre la sortie du Cardinal-évôque d'Ostie, malade.
Le Conclave qui a laissé les plus mauvais souvenirs, au point de vue sanitaire, c'est celui d'Urbain VIII (1623). Ils étaient là cinquante-six cardinaux, enfermés, au plus fort de l'été, dans des locaux étroits, où, dès le douzième jour, douze d'entre eux tombèrent malades. Trois seulement demandèrent à sortir ;
mais pi'esque tous prirent successivement les fièvres paludéennes et quelques-unsen moururent peu après. Le nouveau pape lui-même, très souffrant au moment de l'élection, dut par suite retarder son couronnement pendant près de deux mois.
Il y a, néanmoins peu d'exemples de cardinaux décédés dans rintérieur même de la clôture. On cite, au Conclave de Clément XII (1730), le cardinal Conti, frère dlnnocent XIII ; et, au Conclave de Benoit XIV qui dura six mois (1740), les deux cardinaux Altieri et Cenci. Le cas d'ailleurs est prévu par le Cérémonial qui ordonne que le corps du défunt soit exposé dans la chapelle Pauline, et qu'après le scrutin tous les cardinaux viennent lui donner l'absoute; tous aussi doivent l'accompagner à la porte du Conclave où il est remis entre les mains du curé de St Pierre et du clergé de sa propre paroisse. Une voiture transporte le corps, soit à son église paroissiale soit à son église titulaire, où les obsèques sont célébrées par le clergé local, et naturellement sans aucune intervention des membres du Sacré Collège enfermés au Conclave. La même chose se pratique, lorsqu'un cardinal meurt en son domicile, pendant que ses collègues gardent la clôture.
Lorsque le Conclave se prolonge, une des grandes diversions est celle qu'amène chaque audience accordée par le Sacré Collège aux ambassadeurs et dont Usera question plus loin. Il est même arrivé qu'un Conclave a reçu des visites de Souverains, et alors il a enfreint en leur faveur les lois de la clôture.
l'ordre intérieur du conclave 389
A part ces incidents exceptionnels, la vie des Cardinaux reclus s'écoule dans le cadre uniforme des scrutins quotidiens, et sous le coup delà grande préoccupation qui les tient assemblés. Libres de leur temps d'ailleurs, en dehors des scrutins, ils profitent surtout des heures de la soirée pour se voir, se concerter et sonder réciproquement leurs intentions.
« Il est rare, ainsi qu'on Ta dit avec raison (1), que l'élection ait lieu, comme au dernier Conclave, au bout de quelques jours. Au moment où ils se réunissent, les cardinaux ne savent presque jamais quel sera le pape : ils le cherchent.
« Il ne saurait paraître étrange que, parfois, comme dans toutes les réunions d'hommes, le temps, la réflexion, les lentes délibérationssoientnécessaires aux cardinaux pour se mettre d'accord. Les uns, cependant affligés et, pour ainsi dire, blessés de ce qui se mêle d'humain aux choses de la religion, voudraient à Rome une politique inflexible comme le dogme ; ils demandent un pape qui ne craigne pa^de lutter, à la face du monde, contre les puissants et les rois; un pape qui rappelle les grands jours de l'Église, qui exerce la puissance spirituelle dans tous ses droits et toute son autorité. Les autres, plus occupés des dangers de rÉglise et des difficultés que les temps ont fait naître, considérant d'ailleurs qu'il est dans son essence de supj)orter beaucoup, que sa grande vertu
(1) Election et Courontiement du Souverain Pontife '.Vslt'is,
est la patience, que Ton doit au bien de la paix de grands sacrifices, et qu'enfin l'Eglise du Christ est souvent ici-bas condamnée, comme son Maître, aux douleurs de la Passion, souhaitent surtout une politique patiente, modérée, conciliatrice ; ils demandent un pape sage, prudent, circonspect, incapable de se laisser entraîner à aucune extrémité, et qui, tout eu sauvegardant les droits et les intérêts de TEglise, ne la jette dans aucun péril.
« Tels sont les deux principaux partis qui se forment d'ordinaire au Conclave, ou du moins qui s'y disputent l'élection et l'influence : le premier est celui des Zelanti^ le second celui des Politiques ; du moins les qualifie-t-on ainsi. Mais, pour ôtre juste, on doit singulièrement adoucir le sens outré que la première, le sens quasi-injurieux que la seconde de ces appellations prennent presque toujours dans les bouches françaises (1) ».
Ces partis ont leurs chefs et leurs guides et se laissent diriger par eux. Une fois formés, il est néces-
(1) Ces appellations furent particulièrement en vogue à partir du Conclave agité de 1676 d*où sortit Innocent XI (Odescalchi). Elles prirent surtout leur signification désobligeante au Conclave orageux qui finit par l'élection de Clément XIV (1769). Comme le remarque Theiner {Ilist, de Clément XIV), il est regrettable qu'une dénomination innocente à Torigine ait fini par prendre un sens odieux. — Au début les polit icanti étaient simplement les partisans des Couronnes d'Espagne, d'Autriche, de France ; tandis que le nom de Zelanti finissait par désigner le parti des indépendants qui s'était formé, après la mort d'Innocent X, entre les factions des Couronnes et celles des Cardinaux-neveux et qui, tout d'abord, porta la pittoresque dénomination d'escadron volant. — En notre siècle, ces distinctions sont allées en s*atténuant de plus en plus. Ne voyons-nous pas aujourd'hui certains journalistes, à la suite des maladroites publications de R. de Cesare {Xuora Antologia, octobre ISfti et février 1893), ne prévoir d'autre classification, au Conclave futur, que celle des partisans et des adversaires de la Triple- Alliance !
. l'ordre intérieur du conclave 391
saire qu'ils discutent ensemble, qu'ils délibèrent, qu'ils cherchent mutuellement à se convaincre, à faire prévaloir leurs sentiments; et, lorsque de nombreux scrutins ont eu lieu sans résultat et qu'aucun des deux partis n'a l'espoir fondé de triompher pleinement, il est bon que, des deux côtés, les membres les plus modérés se rapprochent et fassent effort pour ménager une transaction. On discute donc au Conclave comme en toute assemblée.
Les diversités de tempérament, les oppositions de caractère et de points de vues, les relations et les préférences personnelles, les tendances politiques, les cooisidérations nationales, se donnent tout naturellement carrière. Tout cela est inévitable, rationnel, et, danscertaineslimites, parfaitement légitime ; c'est une question de mesure. D'une part, le souci des grands et des suprêmes intérêts de l'Eglise ; et de T'autre, la mise en jeu de tous ces facteurs multiples et complexes, voilà ce qui donna un si puissant intérêt à l'histoire des Conclaves, histoire où s'entrecroisent tous les fils de la politique générale, mais qui, malheureusement, n'a pas encore été écrite sérieusement.
Dans les discrètes et délicates démarches nécessitées par ce travail préliminaire du Conclave, se déploie le savoir-faire des cardinaux influents que le langage d'autrefois appelait les « Chefs de factions ». Au dernier Conclave, c'était là le rôle assumé par les cardinaux Franchi et Bartolini d*un côté, et de l'autre, par les Eminentissimes Randi et Oreglia ; ceux-là pour, ceux-ci contre la candidature du Cardinal Pecci. Mais le rôle de ces grands-électeurs, ou chefs de groupes, deviendra plus difficile à l'avenir, par suite de la présence des nombreux Cardinaux étrangers
qu'il s'agira de gagner aux combioaisoDS élaborées j
iles congrégations romaines. Le temps n'est plus ,
hâteaubriand pouvait émettre l'avis que les étransont, au Conclave, une quantité négligeable (1). iicun étranger ne prit part à l'élection de Pie IX ; 1
> à celle de Léon Xlll, ils élaleot déjà vingt-cinq, comprenant les sept résidantà Home à titre de j
inaux de curie. Ils seront plus nombreux encore i
■rochain conclave où, pour peu que l'opération torale vienne àse prolonger, on pourra voir réuous les membres du Sacré Collège, y compris -être ménie l'archevêqiie deSidney.
)mme l'observe Theiner (2), les Cardinaux plus
ens, ceux qui occupent des charges h la Cour pon- i
lie, ont sur les autres de sérieux avaatages. Ils se
laissent entre eux et savent apprécier récipro-
nent leurs qualités et leurs défauts ; en un mol, ils I
sur leur terrain. Ceux des cardinaux italiens qui lent habituellement dans leurs diocèses, et sur- J
les étrangers, se trouvent à cet égard dans une '!
ition inférieure. Pour s'orienter quelque peu, ils inent parfois des conclavistes italiens, mais ils ne iennent guère, du premier coup, à posséder cette aite connaissance dos hommes et des choses qui
permettrait d'exercer une influence prépondé-
I Oue les Cardinaux étrangera assistent ou D'assistent pas à nctaTe, ècrivait-il le 19 février 18^, cela peut couTanir plus lins à la dignité des Coura, mais cela est du plus mince inlè- <ur le résultai de l'élection >. C'était là, même ea 18^, un de vue très spécial à Chateaubriand et que son collègue d'Au- ', le Comte de Lutzow servi par le cardinal Albani, ne parta-
Hiat. de Clément XIV.
L ORDRE (STÉBIEUB DU COSCLAVE 393
Dans le passé, il arrivait fréquemment que des cardinaux remplissaientlesfontions d'ambassadeurs près le S. Siège. Ed entrant au Conclave, ils ne perdaient pas cette qualité, et, comme Ils tenaient par devers eux les instructions confidentielles de leur gouverne- ment, instructions qu'au besoin ils savaient faire connaître et valoir, ils jouissaient, de ce chef, d'une réelle et souvent décisive influence. Ils se trouvaient donc tout naturellement désignés pour être les chefs de la « faction des Cardinaux de Couronne » de leur Souverain [l).
Une autre catégorie de cardinaux jouant un rôle important était celle des « Cardinaux protecteurs » auxquels les grands Etats callioliques confiaient le soin de leurs intérêts. Ces Cardinaux dirigaicnt, dans une certaine mesure, les grandes affaires ecclésiastiques des Etats qui les pensionnaient, prêtant un utile concours aux ambassadeurs de ces puissances. Ils étaient des intermédiaires discrets et utiles entre les gouvernements et le S. Siège, et mettaient leur zèle et leur expérience à faire marcher, avec dignité, régularité et promptitude, les affaires auxquelles on les intéressait, L'Autriche avait généralement deux Protecteurs, dont l'un spécial pour la Hongrie. Au XYIU" siècle, chacun de ces dignitaires touchait de sa <i Couronne » une pension qui s'élevait & mille écus romains. La rente du cardinal protecteur de France était notablement inférieure. L'Autriche s'attacha ainsi, pendant longtemps, les cardinaux de la famille Albani. L'un des plus curieux types de cardinal pro-
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LE CO-XCLAVE. - CHiP- SI
fut le cardinal Joseph, demipr des Albani, ips nont-e à Vienne durant la période révolu- ■e ol revêtu de ia pourpre par Pie Vil en 1801 . e saurait mettre au service d'une politique s rare souplesse, une plus infatigable activité le fil, pour l'Autriche, le cardinal Joseph. t passionné, obstine; et pénétrant, dont les res-
ne s'iîpuisaient jamais, il exerça une grande 10. au Conclave de Léon XII ((823) et à celui nu (1829) ; plu? considérable encore fut son au conclave de Grégoire XVI (1830-1831). lui surtout qu'il faut imputer les manœuvres
ong^rent alors si longtemps la réclusion élec- Sa gallopbobie s'élait accrue de tout son resmt contre le Directoire et contre Napoléon,
mauvais procédés envers sa famille et envers raient exaspéré. En dépit des alarmes et des ;ements de Chateaubriand, Pie VIII Tavait pris crétaire d'Etat (1) ; mais il semble que ce Ponfut pas longtemps à s'apercevoir que son mi- Irahissait ses intentions (2). Le cinquième près la mort de ce Pape, comme les cardiéunis à la sacristie de S. Pierre, tenaient une 1 premières congrégations novendiales (3 dé-
1829), leur Doyen, le cardinal Pacca, comla à l'assemblée un document que Pie VIII lui imis, secrètement, la veille de sa mort avec I d'en saisir le Sacré Collège. C'était la copie
Arl'-iK'. Hist. de Pie VIH, cli. II.
pb Aliiaut n'était pas dans les ordras. bien que Chàteaudiae c sous-diacre â brevet s. En 18^, il avait même sonment. asaursil-on, à renoncer au cardinalat pour se made perpétuer sa famille qui s'éteignait en lui. Il ne préau Conclave qu'en vertu d'un bref d'autorisation spéciale.
l'ordre intérieur du conclave 395
d'une lettre écrite à Tînsu du Pape par son secrétaire d'Etat, lettre adressée au général Frémont commandant le camp de Vérone, et dans laquelle Albani invitait cet officier à faire avancer les troupes autrichiennes sur la frontière des Légations pour intervenir dans les mouvements séditieux qui, disait-il, ne manqueraient pas d'éclater à brève échéance.
Quelle que fût d'ordinaire son imperturbable assurance, la confusion de Joseph Albani fut grande à la lecture d'un tel document que ses collègues apprécièrent en toute sa valeur. Les Chefs d'ordre écrivirent sur le champ au général autrichien pour déjouer les mesures projetées et qui n'allaient à rien moins qu'à compromettre l'indépendance des Etals de l'Eglise. Une seconde lettre, conçue dans le môme sens, fut adressée à l'empereur d'Autriche ; et quelques jours plus tard, le Sacré Collège prenait lui-même, contre les fauteurs de troubles, les mesures qui atteignirent les fils de Louis Bonaparte et que nous avons signalées plus haut. Mais la mauvaise posture dans laquelle le mettait ce grave incident, ne désarçonna pas le cardinal protecteur d'Autriche, qui n'en intrigua pas moins, durant tout le Conclave, pour faire élire un Pape qui lui conservât ses fonctions de secrétaire d'Etat. Pendant de longues semaines, il y déploya une activité, un zèle, un savoir-faire qui furent sur le point de faire réussir l'élection d'un candidat de sa « faction » (1).
(3) Le système d'obstruction déployé par le Cardinal Albani aux Conclaves de Léon XII, de Pie VIII et surtout de Grégoire XVI est signalé par toutes les relations du temps. Déjà le 7 mars 1829, en mentionnant son entrée tardive, Dardano notait : « Fa profond! inchini dal mezzo délia sala ; quindi un sorriso ad ogni Cardinale colle parole servo umilissimo. La sua figura diceva entrato un
.Hwuj «„ .>.m-iave *.-/'"''<"'«■''■ ^"* ^'^ marche est ori^UîMï et ses mouveoients passionnés, la loi da ■r*t IM- [M-ut vmtx^ber absolumenl les échos d'en fveuir au dehors. ^»os parler des grosses indïsi'tioas. de eelle? du moins qui revêtent l'apparence ine trahisiiu. (a clôture a des fissures qui perraeldI, et surtout qui permettaient jadis, aux gens in- ■esst^i do se tenir au courant des incidents et de la in.'he dos opérations électorales. Les trois Cliefs irdre dirigent, par l'entremise du Secrétaire, lacorjpoudanee avec les nonces et les gouvernements; , il est difficile que cette correspondance ne reflète odes préoccupations du Conclave. Les ambaasaurs des diverses puissances ont accès aux « toiii's w; causent avec le Secrétaire, les Chefs d'ordre et cardinaux de leur nation. Les membres du Sacré liège qui ont pu être ambassadeurs ou hommes de nhance de leur gouvernement, correspondent avec
!poiie, Iradilore. uonio di corle net suo contegao. e capace di o » <I)ardano, p. 30).
- A la dale du ^décembre 1830, l'auleur d'un de nos Dinri inét observe: i II Curdo Albani Tadi tutlopcrscoprirei volte (irarli .uo partito. Nei diecorBJ, incomincia a parlare in générale, poi cende nel parlicolare, innalzando le doti di uno o deU'atlro, tenta lOnoscere a chi diasi il voto, sicche molli evitano di parlare con
Se poi Irova qunluheduno che ai tenga alla larga, lanientsEÎ e sura quctli che non si eelernano ■.
- < Si vuole, écrit Dardano (p. 81) che l'Albani si sîa opposto imenle alla elezionc saviBsiina di Giustinianl, eul limore clio Detti coprisae la carica da lui ambita di Seyretario di Htalo ».
- D'autre part un homme politique français, alors à Rome, écri- :dè3 le 6 janvier : • Le Cardinal Albani veul à lout prix revenir >oale île secrétaire d'Ëlat. Il met en <euvre loute la ressource de
L'sprit, son active liardiesse, la protection qu'il lire du cabinet ulricbe-, il promet, il menace et, par son obslinalion persévéraD' il espère lasser le parti contraire, en faisant rejeter tour à tour candidala exagôrés ou modérés pour en venir à celui qu'il tient éserve i. On .'sait que, celle fois, le jeu ne lui réussît point.
l'ordre INTÉKIEin DU CONCLAVE 397
lui. Les cardinaux protecteurs se sont trouvés, le plus souvent, dans les mêmes conditions.
Au siècle dernier, il s'(5tait établi, à ce sujet, une certaine tolérance dont presque tous les cardinaux et diplomates usaient plus ou moins ostensiblement et dont la tradition se retrouve encore dans les premiers conclaves du XIX" siècle. Ainsi, durant le Conclave de Grégoire XVI, c'était un secret devenu public et que constatent toutes les relations des dtaristes, que le cardinal Albani faisait passer des correspondances au dehors. Le 3 janvier 1830, on intercepta un billet par lequel ce Porporato prévenait un « cher ami » que, voyant l'impossibilité de faire passer certaines candidatures, il allait en proposer une à laquelle personne ne s'attendait ». Trois jours plus tard on savait, en Conclave, qu'il avait adressé à l'ambassadeur d'Autriche une lettre pour le prier de sonder son collègue de France et savoir si le gouvernement du roi Louis- Philippe soulèverait des objections contre la candidature du cardinal Macchi (1). Le 12 du m6me mois, on se répétait qu'AIbani avait écrit à son ambassadeur pour lui demander son avis sur la candidature du cardinal camaldule, Capcllari ; et quelques jours plus tard, on n'ignorait pas qu'il s'était entendu avec un secrétaire de l'ambassade d'Autriche pour expédier, dès le 14, un soi-disant « courrier de commerce >j, porteur de lettres pour l'empereur et pour M. de Mettemich, demandant des instructions sur le môme sujet (2). C'est seulement après le retour de ce messager qu'il attendait encore le 26, que le trop zélé
« protecteur « se résigna à laisser s'accomplir l'élection de Grégoire XVI (2 février 1831).
Aux deux derniers conclaves dont l'issue fut exceptionnellement prompte, Ton en était revenu à une observation plus stricte des prescriptions des Bulles pontificales, relativement aux communications des cardinaux avec le dehors. Tout fait présager qu'il en sera de môme à l'avenir.
La physionomie intérieure du Conclave ne serait pas esquissée complètement, si mention n^étaît pas faite des Conclavistes et de leur rôle spécial. — L'on a vu de quelles précautions les Constitutions apostoliques, de Pie IV à Clément XII, entourent le choix et l'acceptation de ces auxiliaires des cardinaux : les uns, laïques, admis à titre de simples domestiques ou valels de chambre, mais généralement très au fait des allures des gens d'Eglise et des choses romaines ; les autres, ecclésiastiques, secrétaires ou censés tels de leur cardinal, recrulés d'ordinaire parmi ces canonistes de la Cour de Rome fort versés dans la science des Décrétales, mais en môme temps très au courant des racontars des antichambres et des sacristies. Entretenant des relations un peu partout, ils s'agitent en tous sens, désireux di fare carriera sous les auspices du cardinal dont ils ont réussi à s'assurer la bienveillante protection. Ce personnel, est-il besoin de le dire ? ne se résigne pas aisément au silence et à Tinaction. Il sait mettre à profit les loisirs d'un Conclave dont la durée se prolonge. Les cérémoniaires. il est vrai, le convoquent régulièrement à des exercices religieux dans la chapelle Pauline : on récite là l'office, le rosaire, les litanies ; on assiste à.
ortes de la chapelle Sixline se referment sur l'assem- \ée électoiale, les conclavistes réunis, comme dans ne immense antichambre, sous les voûtes de la Sala legia, forment eux-mêmes des groupes el des espèces e comités dont quelques-uns se répandent dans la 'ala Ducale qui est contigui; (1). Les conversations ont alors leur train et ne sont interrompues, à ccrlins jours, que par le défilé des cardinaux dits m- Inniers qui vont quérir, dans les cellules respectives, es bulletins de vote des électeurs malades. Tous les onelavistes fléchissent le genou au moment où passe î cortège composé réglementairement de trois memres du Sacré Collège. Mais ces intermèdes sont raes, l'attente de l'issue du scrutin paraît longue, dans ette vaste salle des Pas-perdus ; elle est en tout cas iropice à l'élaboration collective et anonyme de la hronique intime du Conclave. Quel terrain de culture
1 y aurait là pour les reporters du journalisme moerne, si les gardes du Maréc^ial ne défendaient pas !s accès de la grande porte !
Toutefois, le principal objet de ces délibérations e groupes, c'est tout d'abord hi rédaction des pétions ou Mémoriaux que les conclavistes adressent au acre Collège pour obtenir de chaque cardinal la pro-
(11 La sflUe Diicnle est la plus vaste pi^ce de la partie habiléedu atican. Paul IV enavait fait une salie de l'èceplîon et d'audiences )ur les Princes. Au XVIIt siècle, soua Alexandre VII (Chigi), arnini l'agrandit en faisant di^iparaitre une paroi inlernièdiaire el i donna une décoration de style pompéien que Pie VII restaura
compléta. Jadis, les Papes y tenaient volontiers les consistoires ilennels et y faisaient, le Jeudi SainI, la céW'monie de la Loranda •.a piedH. Dans les derniers temps, elle a servi k certaines grands audiences. En Conclave, jadis, on y avait aménagé de nomreuses cellules, mais depuis le XVIII* siècle, on se contente d'y ■esser un certain nombre d'autels, comme une sorte d'annexé à
Chapelle Pauline.
l'okdre intérieur du conclave 401
messe que, s'il devient pape, il leur accordera les privilèges traditionnels. Privilèges multiples, y compris la concession de quelque bénéfice ou pension, et surtout le fameux Donativo consacré par Sixte-Quint. Avec une bonhomie toute romaine, la plupart des Porporati consentent à mettre leur nom au bas de ces Capitoli avec les mots spondeo^ jtiro, voveo. Quelques-uns, pour ne pas s'engager trop, y ajoutent la formule juxta soiitum. Ces CapitulationsAk ne sont pas considérées comme tombant sous le coup des Bulles qui interdisent d'imposer, d'avance, au futur pape des conditions de gouvernement (1).
Les Conclavistes étrangers se trouvent bien un peu perdus et désorientés dans cette atmosphère de bavardages et de racontars qui passionnent leurs confrères romains. Pour ceux-ci, en effet, les prévisions et les combinaisons électorales ont un intérêt beaucoup
(I) L'usage de ces sortes de capitulations ou conventions arrêtées par les cardinaux, dans la pensée d'imposer au futur élu un programme de mandat impératif, se généralisa vers le début du XIV» siècle, à la suite de l'abdication de Célestin V et de l'élection deBoniface VIII, alors que le Collège cardinalice s'habitua à accentuer son importance vis-à-vis de la personne môme du pontife. — Déjà Innocent VI, en 1352, à Avignon, cassa et proscrivit ces conventions, comme faites en dehors de la compétence intérimaire des cardinaux et contraires au droit de juridiction personnelle du pape. — Paul II, (1464) annula celles faites à son Conclave, et s'aliéna par là les cardinaux. — Au XV» siècle l'usage en devint habituel. Innocent VIII (1484) ratifia expressément celles do ses électeurs. On les voit se produire encore de même au Conclave de Paul IV (1559) . — Mais son successeur, Pie IV, dans sa Bulle In eligendisy les réprouve: omisso omnino capitulorum confectioiie primis diebffs fieri solitoruhi. On en retrouve cependant encore des traces au Conclave de Léon XI (1005). — LaBulle cérémonielle de Grégoire XV semble les tolérer, notamment en faveur des conclavistes, mais à condition que leur rédaction n'entraîne aucun retard dans l'élection : mpitulti qtiœ mite elcclioiioi fierisolrut à sîn' gulis carilinalibus subseribenfht^ etiarn ad favorem conclacista' ru ni flert poteriDitj cel ante inf/rcssion roticlfrciSy l'âl (mte eleo-* tionenif dummodo per eo non refardetur ûif/ressus nnt electio.
plus complexe, plus ardent, plus personnel. La chronique de l'élection de Pie VIII a conservé le souvenir d'un des conclavistes ecclésiastiques du cardinal de Latil, archevêque de Reims, qui, dans sa candeur française, pria ses confrères . de lui indiquer la porte de la Bibliothèque. Un rire narquois fut toute la réponse : on avait là autre chose à faire que de consulter des livres !... Et le lendemain, le pauvre chanoine de Reims, pris de spleen^ demanda l'autorisation de quitter l'enceinte du Conclave pour ne plus y rentrer (1).
Outre leur intérêt personnel, la plupart des conclavistes cherchent surtout, dans ce reportage col- Jectif, un aliment à leur curiosité. Mais les plus .perspicaces y trouvent un moyen de se renseigner utilement, pour le compte de leur maître, sur les courants qui divisent les Electeurs, sur les préoccupations et les tendances des divers groupes de cardinaux, sur les préférences de telle ou telle Éminënce, sur les coalitions qui se forment, les candidatures qui se préparent, les changements de front ou les surprises qui s'élaborent. « Digne serviteur de son maître — lisons-nous dans un diario manuscrit du Conclave de Grégoire XVI — le rusé secrétaire du cardinal Albani, s'appliquait à arracher aux autres conclavistes les secrets de leurs cardinaux ». Deux ans plus tôt, au Conclave de Pie VIII, on reprochait au même conclaviste d'épier tous les mots et tous les gestes de ses confrères (2). Plus loin, notre chroniqueur accuse,
(1) Diario de Dardano, p. 39.
(2) Ihiû.^ p. 44 : « Si contengono malissimo i conclavisti di Albani e Rivarola che stanno sempre spiando i passi altrui ». — Par une exception assez singulière, le cardinal Albani qui luimême, n*élail pas prôtre, n'avait que des conclavistes laïques, dont
l'ordre intérieur dd conclave
en masse, les conclavisles du parti Âlbani, auxquels il donne le surnom de Briganlini^ d'espionner jusque durant la nuit les corridors et les escaliers, de tirer des conjectures électorales de tous les mouvements et des moindres visites des cardinaux (1). — Et l'on cite un vieux cardinal piémontais disant à son conclaviste dès le premier jour: « Soyez sur vos gardes et ne vous confiez à personne ; nous sommes enveloppés d'espions (2) ». Et même, les habiles mettent souvent en circulation des bruits nettement faux, soit pour surprendre et faire parler les adversaires, soit pour entraîner les hésitants, soit pour endormir la vigilance des opposants, soit enfin pour les égarer sur quelque fausse piste (3). Çà et là, lorsque tout ce monde devient par trop indiscret, le Doyen ou les Chefs d'ordre font des observations et engagent les cardinaux à empêcher de telles allures, à surveiller leurs gens, à modérer leur zèle (4) ; mais ces avertissements n'ont, d*ordinaire, qu'une efficacité relative.
Serait-il téméraire d'affirmer que, parmi ce personnel subalterne, il s'est trouvé quelquefois des agents de correspondance clandestine ? Le service des repas portés du dehors était une voie propre à tenter le génie industrieux de ces nouveaux contrebandiers ; la rigueur même des prescriptions qui intiment aux
le principal était un certain cavalière Nicolai^ qui accompagna son maifre à la légation de Pesaro, où il fut tué dans le mouvement révolutionnaire de 1848.
(1) Ibid., p. 75.
(2) Ibid., p. 29.
(8) Ihid,^ p. 75, et passirn. — « Maggiore dondeggio nellascorsa notte » (28 déc). — Hanno sparso che si tendera ad eleggere Ginstiniani. I conclavisti di Pacca e de Gregorio sono slati autori di taie notizia ». (Diario inédit).
(4) Dardano, p. 35.
40i LE COSCLA\X. ^ CHAP. XI
cusloiJes des " lours » l'ordre de visUerallenlivement les mels, ne laisse aucun doute à cet égard. Recoulit-oQ au classique billet roulé dans un pâté, dans D gâteau, dans une meringue? l tilisait-on les ciseires, ou les double^ fonds de la vaisselle d'ai^nl ui était de rigueur? Isail-oo, comme le veut la léende. des encres sympathiques ou des corai>inai- >ns cryptographiques de cliiff're''1 Ou bien encore :hangeait-Ott des mots de convcntioa au lournaut es roues, comme ce conclavisie de IS23 qui décolait, en manière de plaisanterie, à son partenaire de extérieur, la citation classique Hannibal ante ports, pour lui faire entendre l'électiou imminente 'Annibat délia Gcnga? Il est probable qu'onaeure- >urs à tous ces moyens ; mais l'histoirenenousrcn- •ignanl guère sur ces menus détails, contentons-nous e noter au passage ces observations d'un diariste : 23 déci-mbre 1830. On sait avec certitude qu'un >nclaviste a envoyé au dehors, le relevé du scrutin B ces derniers jours. Les cardinaux surveillants ont oulu agir contre lui, mais son cardinal s'étant entrelis, on a préféré Imposer le silence » . — Deux jours iiparavant, le Doyen avait dd examiner une plainte mire quatre conclavisles qui, dans la salle conduiint k la chapelle du scrutin, avaient révélé certains lits concernant un Cardinal. Mais" on tint la chose jcrète ». Le 4 janvier suivant, après le scrutin du >ir, le Doyen annonce aux Cardinaux qu'on a trouvé ans les escaliers un billet dont la calligraphie révèle n domestique et qui contient les chiffres du scrutin e lu veille. Il recommande à ses Eminents Collègues user de prudence pour qu'aucune indiscrclion de ; genre ne se produise à Favenir. Six jours plus tard,
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on constate avec terreur que, durant la nuit, un des « tours » a été démonté. Ou avait même cru apercevoir un domestique qui s'enfuyait dans l'ombre. Le 24 janvier, ie Cardinal Galeffi, Camerlingue, communique à la congrégation particulière des Chefs d'ordre une lettre l'avisant u qu'à la fenêtre de la cellule du Cardinal Albani on voyait apparaître de temps à autre un personnage qui, par des gestes etdes signaux, donnait les nouvelles de l'intérieur du Conclave à un compère du dehors ». Le Directoire. des Doyens donna l'ordre « de mettre des volets à la fenêtre incriminée » (1).
On cite des stratagèmes plus ou moins spirituels employés par certains conclavistes dans le but d'influencerleConclave. Toute cette jeunesse pleined'imagination et d'ardeur, qui n'a rien à faire qu'à intriguer et qui voit, dans le succès de l'homme ou du parti qu'elle sert, le succès même de sa destinée, met à réussir une vraie passion, tout en charmant ainsi les ennuis de la clôture. Au Conclave de Pie IV (1359), le secrétaire d'un cardinal espagnol s'en allait repétant à l'oreille de chacun 3es trente-deux cardinaux électeurs, que son vieux maître serait tellement heureux si un seul bulletin portait son nom, qu'il venait conjurer Son Eminence de faire à ce vieillard respectable l'aumône de sa voix. Chacun se croyant seul à avoir reçu cette prière, se sentit entraîné à faire celte charité, et dix-sept bulletins au nom du vieil espagnol
(1) Diario inédit du Conclave de Grégoire XVI.
étaient déjà déposés dans l*ume, lorsque la ruse fut découverte par suite d'une confidence échangée entre deux cardinaux voisins. An conclave suivant qui fui celui de Pie V (1366;, le cardinal vénitien Pisani eut recours au même procédé, en faveur de son vieil oncle, le Cardinal-doyen, et une indiscrétion commise au dernier moment fit seule encore échouer la tenta* tive. Rappelons ici pour mémoire, l'ingénieuse <« Prophétie de Maiachie » composée dit-on, en lo90, par le conclaviste du cardinal Simonceili d'Orvieto auquel la devise de Antiquitate Urbis aurait mieux convenu qu'à Grégoire XI Y, un Sfondrati de Milan, qui fut Télu. Le jeune abbé de Tencin, plus tard cardinal luimême et chargé d'affaires de France à Rome était le conclaviste du cardinal Le Camus, évëque de Grenoble, lors de Télection de Clément XI (1700). L'élu refusant tout d'abord d'accepter le vote de ses collègues, le jeune conclaviste français s'avisa de porter au nouveau pape le Pastoral de S. Grégoire-le-Grand, et de lui lire le passage où il est dit que le refus d'un honneur ou d'une dignité peut être en certains cas la marque d'une fausse humilité et partant d'un véritable orgueil. La leçon réussit (1). En 1888, le conclaviste d'un Porporato romain, mort depuis peu, tint, parait-il, un langage semblable au Cardinal Pecci (2).
A chaque élection, des conclavisles prennent des notes et consignent dans une sorte' de journal, les
(1^ C'était, on le sait, le frère de Mme de Tencin Fauteur du « Comte de Comminges » et autres romans célèbres. Il fut lui-môme plus célèbre que ces romans à des titres divers qui ne rappellent que de loin ce début pieusement homilétique.
(2) R. de Cesare^ Diario di Leone XIII, p. 250.
propos et observations qu'ils recueillent au cours de leur journée. Ces Diarii sont le plus souvent les documents dont se servent les historiens ultérieurs des conclaves. De semblables relations n'ont cependant qu'une valeur historique et critique très relative. Assurément les conclavistes tiennent certaines informations de la bouche de leur cardinal ; ils en devinent ou conjecturent d'autres. Mais, si leurs notes sont fort utiles pour préciser des dates, révéler des noms, fournir certains détails épisodiques ou anecdotiques, il est certain que le côté le plus sérieux des choses, le fond, l'intime en quelque sorte, leur échappe trop souvent. Très attentifs aux incidents et, qu'on nous pardonne le mot, aux racontars qui ont cours dans les offices et les couloirs, ces bons abbés brillent habituellement par un manque total d'esprit politique ; ils n'ont pas de vues d'ensemble et croient trop facilement que les grands effets sortent des petites causes. C'est ainsi qu'un des plus intelligents reporters du Conclave de 1829 nous affirme gravement que, si le Cardinal de Gregorio ne devint pas pape, ce fut uniquement 4)our avoir refusé de souscrire au mémorial par lequel les conclavistes s'assuraient, d'avance, les avantages et les privilèges professionnels! (1).
Ajoutons à ce manque d'envergure qui est leur défaut primordial, que ces récils incomplets sont nécessairement entachés de partialité et de passion. Nonseulement chacun de leurs auteurs a vu et raconte les choses à sa manière ; mais les cardinaux de la faction adverse sont toujours l'objet de réflexions satiriques et d'anecdotes malveillantes. Et, le jour où quelque mé-
(1) Dardano^ p. 35.
chant écrivain s'avise de collectionner ces récits anonymes et de les publier, en les assaisonnant encore d'interpolations piquantes ou cancanières, le public a sous les yeux la caricature des conclaves, mais non leur histoire (1). Les choses romaipes ont assurément, comme les autres, sinon plus que les autres, leur petitcôté anecdotique et satyrique qui défraieles pasquinades et les pamphlets, et qui fait les délices de certains esprits ; mais elles ont surtout leur grand côté politique et social, leur haute portée morale et religieuse. De là l'intérêt, poignant parfois, toujours vivant et inépuisable qu'elles inspirent aux penseurs et aux hommes d'État.
Cette double manière d'envisager les affaires de Rome, notamment en temps de Conclave, se montre d'une façon saisissante dans un homme qui, durant la seconde moitié du dernier siècle, joua dans la ville des papes un rôle remarquable. Theiner nous montre le cardinal de Bernis, arrivant au Conclave de Clément XIV (1769) un mois et demi après son ouverture, fort ignorant des allures des politiques italiens, des caractères et des personnalités de la Coui* pontiBcale, des courants qui déjà déterminaient la situation respective des divers partis. Par contre, il avait lu avec
(1) Telle est par exemple, la collection de ï Histoire des Conelaves, publiée en italien à Cologne, sans nom d'auteur ni d'éditeur, en 1667 en français, à Paris en 16K9 et à Cologne en 1703, et réimprimée plusieurs fois depuis. La mince valeur de la plupart de ces relations a été mise en relief par Theiner (Histoire du Pontificat de Clément XIV, T. /.)• D'ailleurs tous les écrivains sérieux sont d'accord sur ce point. M. Bonghi lui-même {Op, cil. p. 8) reconnaît que ces mémoires de la plupart des conclavistes anonymes ne constituent qu'une « source fangeuse )» d'où Ton peut tirer des historiettes plus ou moins fantaisistes mais non la véritable histoire.
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avidité toutes les vieilles relations satyriques des Conclaves antérieurs et sa pétulance de prélat mondain et lettré s'était plu aux pasquinades. Croyant que c'était là l'histoire, il nourrissait la naïve illusion que, pour jouer un rôle sur ce terrain si différent de celui de Versailles, il lui suffirait d'y mettre beaucoup d'esprit français. Le « Cardinal-protecteur » de France, le vieil Orsini, qui devait l'éclairer et le diriger, se vit dans la nécessité de se défier de ses imprudences et de SCS légf-retés. Or, le seul résultat de cette activité superficielle et agitée, fut une correspondance régulièrement entretenue avec le marquis d'Aubeterre, ambassadeur de France à Rome. Là, Bemis, donnant libre carrière à ses habitudes de spirituel et futile badinage, s'amusait à dépeindre ses collègues du Conclave comme de vieilles perruques ou de vulgaires ambitieux. Mais sous prétexte de pénétrer les secrets motifs et de démCler les fils, il se rendait dupe des racontai's dont il se faisait l'écho, comme dans !a fameuse aventure du prétendu marché simoniaque. Celte correspondance nous parait aujourd'hui d'antant plus puérile que nous pouvons la comparer à celle qu'Orsini lui-même entretenait, parallèlement, avec le marquis d'Aubeterre. La supériorité du vieux Romain s'accuse à chaque ligne et l'on est, cette fois, en présence de renseignements sérieux puisés aux; bonnes sources ; c'est la correspondance d'un véritable esprit politique (4).
Hais, quelques années plus tard, Bernis assistait à
(l)On demeure stupéfait de voir Crétineau-Joly, dans son étrange histoire <]e Clément XIV, attacher une importance extraordinaire à celle puérile correspondance de Bernis, tandis qu'il aflecto d'ignorer complètement Mlle d'Orsini.
Le Sacré Collège représentant momentanément l'autorité souveraine de l'Eglise, il est naturel qu'il maintienne avec les différents gouvernements les mfmes rapports qu'entretenait avec eux le pontife défunt.
Ces rapports n'ont pas changé de nature depuis la chute du pouvoir temporel. La souveraineté est inhérente h la dignité et à la personne mi^me du Chef do l'Eglise universelle ; et cette souveraineté est un fait dont les gouvernements auront toujours à tenir compte, quelles que soient leui-s doctrines ou leurs tendances religieuses.
D'ailleurs, môme comme prince temporel, le pape n'a pas perdu son caractère de souverain. Il a vu depuis vingt-cinq ans sa principauté réduite graduellement à quelques hectares de terrain, mais dans ces bornes étroites et bien qu'elle ait de la peine îi s'y mouvoir, elle est intrinsèquement demeurée intacte. Aucun des moyens reconnuspar le droitinternationai, — ni occupation militaire, ni capitulation, ni traité, ni renonciation, — n'en a opéré le transfert. Ce n'est
l'on veut, que la principauté valicane, mais qu'elle soit, elle reste une enclave indépensouveraine dans l'Etat italien, absolument î. Marin ou Monaco, Andorre ou Moresnet.La une des Garanties sanctionne elle-même cette 1, en attribuant au pape tes honneui-s et la diin Souverain assimilé au Roi, en défendant :tionnaires italiens de franchii- l'enceinte du s Vatican, et en reconnaissant le droit des ;es h entiel^nir, près du ponlife, des représenilomatiques.
tes les puissances, sauf, le Mexique et la Holnt usé de ce droit. La Prusse et la Russie qui interrompu leurs relations avec le S. Siège, reprises depuis longtemps, et la protestante rre elle-même qui jadis n'avait jamais voulu irdcs rapports avec la cour de Rome, a envoyé es reprises des agents ou des négociateurs le Léon XIII. Les événements de 1870 n'ont lené aucune modificalion substantielle dans lion internationale du Chef de l'Eglise, et il i probable que l'avenir en amène de sitôt. La , tient par trop de fibres à la vie intime et pôles peuples, pour que des politiques tant soit es soient jamais sérieusement tentés de romcUe. 11 est vrai que certains politiciens italiens parfois, dans un intérêt fmancier ou autre, 'dineàleur gallophobie, afiîrmentàleursamis ce que, pour regagner les bonnes grâces de il suffirait de la rupture avec le pape. C'est ■ plus que de raisou sur la naïveté française, donc jamais demandé chose semblable à TAIi ou à l'Autriche avant de conclure avec
Tr
elles la Triple-Alliance?... La vérité est qu'ils voient dans cette rupture « leur bien premièrement et puis le mal d' autrui ». Mais ils savent bien que les gouvernements soucieux de leurs intérêts, continueront d'avoir leurs représentants diplomatiques auprès du Pape en même temps qu'auprès du roi d'Italie. Quoi qu'il en soit, s'il est un moment où les Puissances aient intérêt à n'être pas absentes, c'est celui de l'élection pontificale. Il suffit en effet de jeter un coup d'œil sur l'histoire moderne, pour se convaincre qu'autour des Conclaves s'agitent et se posent toujours les plus graves questions de la politique générale. *
Pour ne parler que de notre siècle, dans ce dramatique Conclave tenu à Venise, en 1800, au lendemain de Tolentino et de Campo-Formio, l'Autriche qui devinait Napoléon sous Bonaparte, voulait un pape qui consentît à demeurer indéfiniment sur le territoire de l'empire, qui reçût les subsides du clergé de Bohême, de Hongrie et d'Espagne, qui entretînt, par son hostilité, les troubles intérieurs de la France et favorisât les projets que les traités de Vienne devaient réaliser, en partie, quinze ans plus tard : formation d'un vaste royaume autrichien au pied des Alpes avec Venise, Milan, Turin et Briançon, arrondi de la presque totalité du territoire pontifical par l'annexion des Légations, des Marches et du littoral de l'Adriatique, d'Ancône aux frontières napolitaines (1). Le roi de Piémont aurait été dédommagé par
(1), Les Légations et les Marches avaient déjà du être cédées par Pie VI, à Bonaparte, au profit de la République Cisalpine, par le traité de Tolentino. C'est de cette cession qu'entendait se prévaloir et profiter le gouvernement de Vienne.
me de l'Italie centrale, formé de la Ligurie et cane, et le grand-duc de Florence placé, par de compensation, à la tète du royaume des i [l]. Plan grandiose mais qui aurait eu des nces terribles pour la France et pour l'EumOme livrée sans contrepoids à la prépondé- :richienne. Et, comment affirmer qu'il n'eût i, si Pic VII eut refusé de signer le (Joncorle Premier Consul?...
ort du môme Pie VII (1823), rAulriche rt'- ^omplëter l'œuvre du Congrès de Vienne.
,i aurait fallu, pour cela, un Pape qui, favon plan de confédëratioa italienne placée hégémonie, comme l'était déjàlaconfédéraaanique, lut permît d'étendre, par Ferrarc, ît Ancône jusqu'au royaume de Naples, f'ocdes provinces orientales des États pontifice pape, qui aurait consenti à faire de l'Aun lac autrichien, aurait dû encore se projet de donner le Piémont, non à la bran- Lte de Savoie-Carignan, mais à la lignée féu duc de Modône, et se rallier nettement h la lliance et à sa politique d'isolement de la 3r, Léon XII, dont la politique intérieure ature à plaire à Mctfernich, déjoua ses vîmationales en accentuant au dehors le caus religieux que politique de son pontifical, iche, au sein du Conclave de Pic VIII (1829).
pèches du ministre napolitain Glnnsnnle, à Vienne, des 21 septembre 179fl ; inslructîona de Lord Acton au CariUin RuITo, des 31 octobre 1T09 et janvier ItiOO ; leltrci Caroline au même des i février et M juillet ISOO. (Ci- 'morie storivhe mi Cuni-liKii).
poursuivait toujours le même but : fortifier la Sainte- Alliance ; frustrer la France des avantages moraux qui pouvaient résulter, pour elle, de la guerre d'Espagne ; provoquer une nouvelle délimitation des États au nord de Tltalie, le tout pivotant toujours sur les visées d'agrandissement du duc de Modène. On assure d'ailleurs que celui-ci, pour faire réussir un tel plan, caressait en même temps la Cour de Vienne et le « Comité cosmopolite » révolutionnaire de Paris, sur les listes duquel il s'inscrivait. Mais, en dépit de son secrétaire d'Etat austrophile, Pie VIII ne s'écarta pas de la politique d'impartialité qui convient au pontificat suprême; ni l'influence d'Albani, ni les récriminations de bon nombre de cardinaux, ne l'empêchèrent de recommander au clergé et aux catholiques de France la déférence envers le nouveau pouvoir sorti de la révolution de Juillet.
Durant le long Conclave qui s'ouvrit en décembre 1830, la politique autrichienne tendait à obtenir un pape qui, contredisant sur ce point, les derniers actes de Pie VIII, refusât de reconnaître la monarchie de Juillet.Ce pape de la Sainte-Alliance ,aurait dû se prêter à l'exécution du programme clandestin, concerté — nous l'avons vu — entre Albanietle général Frémont : l'armée autrichienne passant le Pô pour occuper militairement les principales villes de l'État pontifical et peut-être Rome elle-même. La Russie représentée à Rome par le prince Gagarine suivait de très près ces menées et le nouveau gouvernement français répondait à ces projets agressifs en proclamant le principe de non-intervention pour la défense duquel, (singulière ironie), il devait bientôt être amené à occuper Ancône, à la suite de la réoccupation autrichienne
Légations. Mais que serait-il advenu si Grée XVI avait été le pape rêvé par Albani ? D 1 846, il ne s'agissait pas de projets de remanieits territoriaux immédiats; mais, aux portes du clave se répercutaient tous les frémissements it-coureurs du grand mouvement de i848ets'enroisaient toutes les préoccupations des hommes tiques, v Nous étions h la veille de problèmes et )érils graves, dit à ce propos M. Gnizot ; c'était londe catholique tout entier. État et Eglise, qui it tomber en question. Je pressentais l'immensité s ténèbres de cet avenir (4) ». C'était bien cela, leut-ôtre n'est-il pas téméraire, aujourd'hui, de îer que l'histoire de la seconde moitié du XIX" sièse serait déroulée toute dtlTérente, si l'archevêde Milan, qui portait le veto de l'Autriche contre irdinal Jean Mastaï, n'était pas arrivé trop tard à le?
es hommes de la génération actuelle se rappellent otion inquiète qui s'était emparée de tous les ils en février 1878. La guerre Russo-Turque 'rait dans les Balkans l'éternelle question d'Ot; le prince de Bismark encore l'arbitre de l'Eu- , mais fatigué déjà de son KuUurkampf, désirait •ape qui lui facilitât la liquidation du conflit reli- X, principal obstacle à sa politique deTriple-AIie. Il s'agissait d'enserrer dans cette politique triche qui hésitait à poursuivre son propre Kulampf, et l'Italie qui ne demandait qu'à sortir — façon — de cehii dans lequel elle se débattait. Le ifice de ce programme devait paraître d'autant
plus considérable que le nouveau pape, en présence de la lutte religieuse qui commençait en France, pouvait être amené à compléter le cercle d'isolement dans lequel on voulait étouffer l'opiniâtre vaincue de 1870, en accédant lui-même à la politique qu'on affectait de présenter comme conservatrice et antirévolutionnaire.
Au Conclave de demain, quelle sera au juste la partie engagée et où tendra le jeu des puissances aux
abords du Vatican? On ne peut se dissimuler que
les considérations politiques tiendront là une place considérable comme toujours, à côté des préoccupations religieuses. Déjà on évoque, à ce sujet, Tombre de la « Triplice »(1) ; et certaines indiscrétions, ont révélé qu'au mois de juin de Tan dernier (1892), lors du voyage inopiné du roiHumbertet de la reine Marguerite à Berlin, Ton causait Conclave dans les salons du Marmorpalast de Postdam comme dans les cabinets Unter den Linde?i2,.,
Quoiqu'il en soit, ce n'est pas sous Léon XIII que le Vatican a cessé d'être ce qu'un homme politique nonsuspect (2) appelait, un jour, à la tribune du Palais- Bourbon « le lieu où aboutissent les fils les plus nombreux de la politique générale ». Peut-être môme pourrait-on ajouter, que le Palais de la Propagande, bàli par Urbain VIII sur Ir Piazza di Spagna, palais où se rencontrent l'Amérique, le Levant et l'Extrême
(1) R. do Gesare, Xuora Aiitologia, 1" février 1893. — L'auteur en analysant la composition du Sacré Collrj^p, prévoit avec une joie non déguisée, que les partisans de la Triple-Alliance y auront la prépondérance.
(2) Jules Ferry. Séance du 18 décembre 1884.