LE CO^CLA.\£. CH&P. SU
Orient, esl devenu, à ce point de roc, ooe annexe nullement négligeable des Palais apostoliques.
«s rapports diplomatiques oe sont et ne doivent j^lrc rompus par le fait d^ la mort du Pape ; mais changement de règne et suriout ta vacance du ;c imposent une sorte d aflîrmation extérieure et innelle de la continuité de ces rapports (1). De là Laines formalités : visites, audiences, lettres, dans quelles Tétiquette, chère à la Cour romaine, joue s doute un grand râle, mais dont l'importance po- ]ue n*écbappera néanmoins à aucun esprit avisé. <a première visite que les ambassadeurs font au ré Collège, durant la période des Novemdtali, n'est une simple démarche de courtoisie destinéeàmainir le contact. Une seconde la suit habituellement, ne portée plus considérable, quoique sous des lors non moins convenus. Le Sacre Collège, nous oas vu, notifie la mort du Pape aux divers souveis. Ceux-ci ré pondent par des lettres de condoléance
ne peuvent guère arriver à Rome, même aujourui, qu'après l'entrée en Conclave ; or la présenta- 1 de ces lettres fournitaux ambassadeurs l'occasion le naturelle de demander leur seconde audience : Eminentissimcs Electeurs. Il arrive même que
Souverains envoient parfois, pour remplir cet
!s, celles du moins qui ne peuvent élre MiliCOiitinueiil, ainsi quenous l'avons déjà nt entre les djplomales et le Secrclaire du ■e du aecrélaire d'Etal.
office, des ambassadeurs extraordinaires. Le plus souvent, néanmoins, ils en chargent leurs représentants ordinaires, en les accréditant extraordinairement auprès de rassemblée intérimairement souveraine.
Le train dans lequel un ambassadeur devait jadis se rendre au Conclave n'était pas une mince affaire au XVIII® siècle ; on appelait cela « se mettre enpublic » et le mot dit la chose. Il s'agissait en effet d'organiser un cortège dont Péclat devait frapper les imaginations et donner à tous une haute idée de la Puissance ainsi représentée. Un détachement des troupes pontificales ouvrait la marche : les carrosses de gala de Tambassade, renouvelés pour la circonstance, venaient ensuite,au nombre de douze ou quinze, renfermant l'ambassadeur, son personnel et les gens de sa maison ; puis, sur invitation spéciale, suivaient les voitures, naturellement vides, de tous les cardinaux, celles des membres du corps diplomatique collègues de l'ambassadeur, et enfin celles des princes et patriciens romains ; le tout formant une interminable file d'attelages. Un second détachement de troupes pontificales fermait cette marche quasi triomphale dont jouissait avec délices le petit peuple romain. On connaît les tribulations causées par cette mise en scène obligatoire à l'ambassadeur de France au Conclave de Clément XIV (1). Quatre ans avant la mort du pape Clément XIII, mais en vue de cette éventualité que les Romains n'oublient guère, le marquis d'Aube terre s'informait auprès du Ministre des affaires étrangères des intentions de Sa Majesté touchant la visite au Conclave ? A quoi le duc de Praslin répondait, à la
(1) Cfr, Artaud, Histoire de Pie VIII, Gh. VI.
datedu 24 septembre 1765, que le Roi voulait que son ambassadeur fit sor « entrée publique "conformément à l'usage suivi en pareille occurence par ses prédécesseurs : Dotaniment le duc de S. Aignan en 174(1 et Mgr de Rocbeehouart en 1758.
précédents n'avaient pas semblé aussi con~ s au marquis qui estimait qu'à la rigueur on it s'épargner cette dépense. Mais si l'on veut )arade, ajoutait-il, il s'agit d'y pourvoir à temps ivoyer les fonds nécessaires. Et il faisait obserl'eu qualité d'ambassadeur laïque, il devra faire lis bien plus considérables que Mgr de Ilocberi, qui n'avait eu besoin ni d'or ni d'argent dans rées et se passait, grâce à sa soutane d'évÉque, lies babits et manteaux indispensables à un amleur, chevalier des ordres du Hoi. Home n'oflucunc ressource, il faudrait tout faire venir de i : draps, galons et étoffes ; mais, avait-il soin de r, il faut s'y prendre à temps si l'on veut faire oses avec économie et décence, — Ileconnais- 3 du reste, ni le Roi ni le ministre ne font ici la ! oreille : on avait donné soixante millelivres j"i iiedeLaon (1) qui n'en avait guère dépensé que IX tiers, soit exaclement 7642 écus et 3 baïoques DU 42.000 fr.); on alloue au marquis d'Aubem crédit de 75.000 livres.
is ans plus tard, le 26 juillet 1768, les rapports
t Mgr de Rochecliounrt mcontô son « Kritrée ! • : 0 Mon collège se composait dt quatorze carrosses à six
néques. Les douze autres carosees étaient pleins de prélats es français- Puis Tenaient les voilures de la noblesse roormanl une flle d'environ six cents carrosses n. (Lettre du
s'étaient fort tendus entre Clément XIII et la France à propos des affaires de Parme et de Toccupation d'Avignon. Le duc de Choiseul premier ministre, révoqua, touchant « la mise en public », les instructions données en 1765 (1). Néanmoins, après la mort du pape (1769), l'ambassadeur reçoit de nouveau, le 19 février et le 14 mars. Tordre de « se mettre en public » et de présenter ses lettres de créance au Conclave. Mais il y fait des difficultés : une gratification de 120 à 130 mille livres, lui est, dit-il, indispensable pour pouvoir supporter la comparaison avec son collègue d'Autriche. « M. de Kaunitz, écrit-il encore à Versailles, le 26 avril 1769, a un train magnifique. Demain il se rendra publiquement au Conclave avec un cortège de seize carrosses : tout le reste est en proportion. Dimanche, il y retournera au nom de l'Impératrice. A Rome, on estime que son ambassade extraordinaire coûtera à la Cour de Vienne au moins 300 mille livres (2) ».
En fin de compte, pour un motif ou pour un autre, l'ambassadeur de France finit par ne pas « se mettre en public », ce dont le nonce s'étant plaint à Paris, le ministre lui répondit que l'ambassadeur n'avait pas
(1) Cfr. Artaud, HisL de Léon XII, ch. IW
(2) « Il me faudrait, disait-il encore, près de quatre-vingts habits pour valets de pied, coureurs, suisses, cochers, postillons de quatorze carrosses et six paries. Avant que j'aie tiré de France tous ces draps et galons d'argent qu'on ne trouve ici que très mauvais et très chers, il y a bien apparence que l'élection du Pape sera faite. Je ne puis me mettre en public sans ce cortège qui a toujours été celui des Ambassadeurs du Boy. . . C'est une dépense absolument inutile pour lo service de Sa Majesté. Il ne saurait y avoir d'autre inconvénient que de choquer un peu l'excessive vanité de cette Cour. J'ajouterai môme que plus on leur marque d'égards, et plus ils s'élèvent, attribuant toujours à faiblesse tout ce qu'on fait d'honnête pour eux » .
obéi (( parce qu'il était malade » et à ce dernier on recommanda « de laisser subsister encore pendant quelque temps Topinion de l'altération dans sa santé ». Quelques semaines plus tard, d'Aubeterre était remplacé par le cardinal de Bernis, lequel fit très bien les choses lors de son entrée au Conclave de Pie VI ; mais comme il en faisait partie, à titre de cardinal et que, partant, il s'enfermait dans la clôture, il n'avait pas à songer à une « mise en public » proprement dite.
En ce siècle-ci, les Conclaves de Léon XII de Pie VIII et de Grégoire XVI sont les seuls qui, par leur durée, aient rendu possible la visite des ambassadeurs et pour lesquels on dut s'inspirer, de loin, des anciens précédents. Le duc de Laval-Montmorency, en se rendant au Conclave, le 14 septembre 1823, trouva le moyen de faire parcourir presque toute la ville à son cortège bien qu'il n'eût à se rendre que du palais Simonetti au Quirinal (1) ; et ce cortège, ouvert par le caresse où le premier secrétaire de l'ambassade portait, sur un coussin de velours, les lettres du roi, eut cependant paru maigre au XVIII® siècle ! Tel quel, il eut encore le don d'exciter l'émulation du comte Appony, ambassadeur d'Autriche, qui ne manqua pas d'organiser, pour le surlendemain, une « entrée » rivale de celle de son collègue de France. Au Conclave de Pie VIII, ce fut au contraire l'Autriche qui mit la première toutes voiles dehors et dont l'ambassadeur, comte de Lutzow, déploya, le 9 mars 1829, un appareil des plus fastueux (2).
(1) Artaud, Histoire de Léon XII, ch. IV.
(2) « Il suo giro per Homa e slato il pia brillanle per il lusso spie-
Mais le vicomte de Châleaubriand n'élait pas homme à renoncer à la pompe d'une semblable mise en scène et moins encore à s'effacer devant son collègue. Aussi, dès le lendemain 10 mars, l'ambassadeur de France se piquait-il de faire les choses avec non moins d'éclat, comme le relève Stendhal (1). Et Artaud observe à son tour que « Rome habituée aux magnificences, vit avec plaisir, le luxe de ces cortèges, tout en notant les différences qu'ils présentaient avec ceux qu'en de semblables occurences, elle avait vu défiler autrefois » (2). Au Conclave de 1830, le 24 décembre, le marquis de Latour-Maubourg, arrivé de Naples depuis quelques jours seulement, avait, nous le verrons plus loin, un intérêt spécial à se conformer aux traditions : « Son train, écrivait le Ministre de Naples, Carafa (3), était des plus élégants et des plus riches ; mais les voitures étaient celles du comte de la Ferronnays (4), et il avait emprunté les chevaux de son collègue, l'ambassadeur d'Autriche ». — « Mon cortège, raconte-t-il lui-même, était fort considérable et a paru satisfaire la curiosité d'un public fort avide de ce genre de spectacle qui rappelle plus d'une coutume des peuples de l'Orient (3) ».
gato in livrée, numéro di servi e cavalli ; hanno fatto parte del seguito tutteie persone che hanno un qualche rapporto colla legazione. E stato fatto Tinvito anche aile Anticamere di tutti i Gardinali che vi aderirono » (DardanOj L c, p. 36).
(1) Promenades dans Rome.
(2) Hist. de Pie VIll, ch. V.
(3) Cipolletta, Memorie politiche.
(4) Successeur de M. de Chateaubriand. Il avait donné sa démission à la suite des événements de juillet, mais il se trouvait encore à Rome en ce moment-là.
(5) c Dans une première voiture, dit une relation manuscrite de répoque, se trouvait placé M. de Bellocq, premier secrétaire, portant le portefeuille qui contenait les lettres du roi. Puis venait la voiture de l'ambassadeur, entourée de toute sa maison sous une ri-
L'usage de grossir le cortège d'un ambassadeur par les voitures des cardinaux ne s*est pas introduit sans contestation. Les membres du Sacré Collège étant princes souverains, durant la vacance du Siège, ne se considèrent pas comme tenus de faire des avances auprès des ambassadeurs. Au reste, Ton ne s'est jamais mis d'accord sur la question de savoir qui doit avoir le pas, des cardinaux qui réclament le rang de princes du sang ou des ambassadeurs représentant la personne môme de leur souverain. Aussi les gens avisés évitent-ils avec soin de se mettre dans le casde devoir prendre là-dessus un parti trop précis. Quant aux carosses, les cardinaux protecteurs d'un pays, ou ceuxrevêtus eux-mêmesd'un caractèrediplomatique, furent seuls d'abord à envoyer les leurs ; mais peu à peu l'habitude s'introduisit, pour tous les membres du Sacré Collège, de donner ce témoignage de déférence spéciale aux ambassadeurs extraordinaires près du Conclave, et finalement, pour ne pas provoquer des susceptibilités et des discussions oiseuses, ils prirent le parti d'envoyer leur voiture indistinctement à tous les ambassadeurs, mômes ordinaires, qui leur en faisaient l'invitation. Les choses se passèrent ainsi en 1829 et en 1830 ; en 1823 au contraire, les carrosses
che et brillante livrée. Il avait avec lui M. Horace Vcrnet, directeur de l'Académie de France et le baron Beugnot, second secrétaire de l'ambassade. TTne deuxième voiture conduisait M. E. Perler attaché à l'ambassade. Un troisième caresse était occupé par le maître de Chambre et le ^gentilhomme de l'ambassade. Venaient ensuite les voitures des Cardinaux, de plusieurs membres du corps diplomatique et de la noblesse romaine. Le surlendemain, l'ambassadeur mandait son gentilhomme remercier les membres du S. Collège, du corps diplomatique et de la noblesse romaine, de la courtoisie qu'ils avaient eue d'envoyer leurs voitures à la suite de son cortège ».
des Cardinaux n'avaient pas figuré dans les cortèges diplomatiques du Conclave de Léon XII.
Il est inutile d'observer que, dans les conditions actuelles, ni les cardinaux ni les ambassadeurs n'auront à se préoccuper de sitôt de la « mise en public ». Le cérémonial se bornera évidemment de plus en plus aux détails d'une réception à Tintérieur du Palais Apostolique. Les élections si rapides de Pie IX et de Léon XIII n'eussent fourni en aucun temps Toccasion de ces pompeuses cérémonies ; mais il ne faudrait pas se figurer pour autant que tous les Conclaves se termineront aussi promptement. Môme des « Conclaves modernes » pourront se prolonger pendant dix et quinze jours sans que Ton puisse s'en étonner ; or ce temps serait très suffisant pour légitimer la demande d' « entrée au Conclave ft des ambassadeurs. Si cela arrive, l'appareil déployé sera sans doute conforme à la simplicité dont le Vatican a pris l'habitude, depuis 4 870, et lorsqu'il s'agira de régler le cérémonial de ces visites, on considérera comme un précédent ce qui s'est pratiqué, en 1878, lors des audiences diplomatiques accordées par le Sacré Collège, durant la période des novemdiali.
Comme pour celles-ci, c'est en s'adressant au prélat Secrétaire que l'ambassadeur informe le Sacré Collège de sa mission et de son désir d'être reçu en audience par l'assemblée conclavaire. Au jour indiqué et à l'heure convenue qui est toujours celle qui suit un scrutin du matin ou du soir, l'ambassadeur se rend à la Basilique de S. Pierre (I), et de là au
<1) L'ambassadeur de France fait ici sa visite spéciale à la Cha-
Vatican, par le grand escalier de Constantin, au haut duquel il est reçu par le Maréchal du Conclave. Celuici le conduit dans son propre appartement où des rafraîchissements doivent lui être offerts, en attendant le coup de sonnette qui marque la fin du scrutin. A ce signal donné par le Cardinal-doyen, le Maréchal mène son hôte de passage à la porte d'entrée du Conclave dont on ouvre le guichet grillé derrière lequel se trouvent les cardinaux rangés en demi-cercle. En présence de rassemblée momentanément souveraine, Tambassadeur fléchit le genou, sUl est catholique, ou dans le cas contraire, s'incline profondément.
L'ambassadeur ainsi introduit remet ses lettres au cardinal qui remplit, ce jour-là, les fonctions de Chef de Tordre des Évêques. Celui-ci les passe au Secrétaire du Conclave qui en donne immédiatement lecture. — D'après les usages traditionnels, ces lettres sont au nombre de deux : l'une, conçue en termes généraux, répond à la notification officielle de la mort du Pape, en louant le défunt et en exprimant toute confiance dans la sagesse des cardinaux appelés à lui choisir un successeur ; l'autre, qui se rapporte particulièrement à la personne de l'ambassadeur, atout à fait la forme d'une lettre de créance et l'accrédite auprès du Conclave (1).
pelle de Ste Pétronille, sanctuaire patronal de la France dans la Basilique vaticane depuis les temps de Pépin-le-Bref . (1) On s'est demandé, parfois, si un ambassadeur avait besoin de
Les lettres de Louis XVIII, présentées le 14 septembre 1823 par le duc de Laval-Montmorency (1), traitaient les cardinaux de « très chers et très amés cousins ». « Vous élirez certainement, — disait la *^ première, après un hommage rendu aux qualités de Pie VII, — un successeur aussi capable de bien gouverner, qui conduira les affaires de l'Eglise universelle, avec cet esprit de conciliation, de justice et de sécurité qui doit être le principal apanage du Père commun des fidèles. Celui qui estdestiné à remplir ce ministère, le plus grand de tous les ministères, se trouve parmi vous. Nous faisons des vœux pour que l'esprit de Dieu vous dirige dans cette élection ».
« La seconde lettre de Sa Majesté — c'est ici l'ambassadeur qui parle — se rapporte à la confiance dont elle daigne m'honorer en me chargeant de remplir, auprès de vosEminences, les devoirs de ma mission, en représentant les vues du Roi dans ces circonstances qui répandent une sorte d'épouvante par les conséquences qu'elles ont pour la société tout entière. »
Les lettres de Charles X remises par Chateaubriand, le 10 mars 1829, étaient rédigées dans le même style, « pleines de dignité et de grâce française », selon le mot d'un chroniqueur (2). Sansnous arrêter à la première qui faisait l'éloge de Léon XII, nous croyons intéressant de reproduire celle quia trait àlamission de l'auteur du Génie du christianisme :
Très chers et très amés cousins ; le désir que nous avons de vous donner des témoignages de la sincère aiïection que
nouvelles lettres de créance près du Conclave, lorsqu'il s'est déjà trouvé accrédité près du Pape défunt. Voir à ce sujet ce qui est dit plus loin.
(1) V. Artaud. Histoire de Léon XII, ch. IV.
Ci) Dardano, Diario, p. 87.
nous vons portons, nous fait saisir avec empressement les occasions qui se présentent de pouvoir vous exprimer nos sentiments à cet égard. C'est dans cette vue que nous avons chargé le sieur Vicomte de Chateaubriand, Pair de France, Chevalier de nos Ordres et de celui de la Toison d'or, Ministre d'Etat et notre Ambassadeur près le S. Siège Apostolique, de vous renouveler, en notre nom, les assurances de notre véritable attachement pour vous, ainsi que les vœux que nous formons pour que, dans Téiection que vous allez faire d'un nouveau Chef de TEglise, vous réunissiez vos suffrages sur celui d'entre vous qui, par ses lumières, sa sagesse et ses vertus, sera jugé le plus capable d'assurer efficacement le bien général de notre Sainte Religion et l'avantage de tous les FidMes catholiques.
Nous avons informé notre Ambassadeur de nos intentions sur les importants travaux qui vont vous occuper pendant le temps du Conclave. En conséquence, nous ne doutons point que vous n'accordiez une entière créance à tout ce qu'il vous dira ou communiquera de notre part, et nous lui recommandons spécialement de vous réitérer l'expression de la sincère estime et de la parfaite affection que nous conservons pour vous. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, très chers et très amés cousins, en sa sainte et digne garde.
Ecrit à Paris, le 22 février 1829.
Signé Charles
Contresigné : le Comte Portalis.
Au mois de décembre 1830, le Conclave altendaif avec curiosité la lecture des lettres du Roi Louis-Philippe qui devaient lui ôtrc présentées, nous Tavons vu, par un ambassadeur extraordinaire le marquis de Latour-Maubourg, représentant de la nouvelle cour de France à Naples. Le régime issu de la révolution de Juillet inspirait à Rome bien des défiances. Un certain nombre de cardinaux, — ceux du parti autrichien surtout — s'étaient efforcés de peser sur l'esprit de Pie VIII pour l'empêcher de reconnaître le nouveau Roi des Français, ou du moins, pour qu'il
ne lui donnât pas, selon l'ancien protocole, le titre traditionnel du Roi ti'ès-chrétien. On ne voulait pas, dans ce groupe, que le pape parût consacrer ainsi le dépouillement de la branche aînée, et Ton y gardait Tarrière-pensée de laisser flottante à ce fil la question de légitimité. Pie \I1I, maintint, contre ces prétentions, les traditions de la politique pontificale en cette matière, et la réponse qu'il fit à la lettre par laquelle Louis-Philippe lui annonçait son avènement au trône, fut adressée « au Roi très-chrétien Louis-Philippe ». C'était indiquer nettement que, sans vouloir entrer dans l'examen des controverses constitutionnelles d'un pays, le St-Siège reconnaissait au nouveau chef de TEtat toutes les prérogatives de lacouronne de France. Et, pour mettre un terme aux récriminations et aux murmures que cet acte provoquait dans certaines fractions du Sacré Collège, le pape ordonna, cinq semaines avant sa mort, d'expédier aux cardinaux une circulaire (25 octobre 1830), par laquelle ils étaient « invités à préparer selon l'usage, pour les fêtes de Noël, leurs lettres de félicitation qu'ils adresseraient au Roi très-chrétien Lotiis-Pkiiippe »,
C'est dans ces conditions que l'ambassadeur de France se présentait, le 29 décembre 1830, au guichet de la grande porte du Conclave. La lecture que fit aussitôt de la lettre royale Mgr Polidori, secrétaire du Sacré Collège, montra à tous que rien n'était changé aux formules, aux usages et aux droits traditionnels (1). Nous croyons devoir en donner le texte, d'après un Diario inédit:
(1) Une seule innovation semblait se trouver dans le fait que le marquis de Latour-Maubourg ne présentait qu'une seule lettre au lieu des deux épUres voulues par l'usage. Mais la raison en était
Très chers et très aimés. Cousins, la sincère affection que nous avons pour vous nous porte à saisir avec empressement l'occasion de vous en donner des témoignages. C'est dans cette vue que nous avons fait choix de M. Je Marquis Florimond de Latour-Maubourg, Commandeur de notre ordre Royal de la Légion d'honneur et notre Ambassadeur près la cour de Naples, et nous l'avons nommé pour se rendre immédiatement près de vous avec le caractère de notre Ambassadeur. Nous lui recommandons particulièrement de vous exprimer, en notre nom, nos sentiments d'attachement et les vœux que nous formons pour que, dans l'élection que vous allez faire d'un nouveau chef de l'Église, vous réunissiez vos suffrages sur celui d'entre vous qui, par ses lumières, sa sagesse et ses vertus, sera' jugé le plus digne d'assurer le bien général de notre Sainte Aeligion et l'avantage de tous ses fidèles catholiques. Nous ne doutons point que notre Ambassadeur ne remplisse ponctuellement nos intentions relativement aux importants travaux qui vont vous occuper pendant le temps du conclave. C'est dans cette conviction que nous vous prions de lui accorder une entière créance dans tout ce qu'il vous communiquera de notre part, et suri dt lorsqu'il vous assurera de la sincère et parfaite affection que nous conservons pour vous. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, très chers et très aimés Cousins, en sa sainte et digne garde.
Écrit au Palais Royal, à Paris, le sept décembre 4830,
Signé : Louls-Philippe.
Contre-signe : Horace Sébastian!.
Les lettres du Chef du gouvernement français sont toujours écrites dans notre langue nationale ; TEmpereur d'Autriche rédige les siennes en latin ; et le Roi d*Espagne s'exprime tour à tour en latin dans Tune, en espagnol dans l'autre. Ces deux souverains d'Autriche et d'Espagne, traitent les cardinaux
fort simple. Celle par laquelle le Roi répondait à la notification de la mort du pape n'était pas encore arrivée à Rome. L'ambassadeur la fit parvenir au Sacré Collège, par Tentremise du Secrétaire du Conclave, le 16 janvier suivant.
de Revereîidissimi in Christo Patres, Amici Carissimi. Dans sa lettre présentée le 20 décembre 1830, Tempereur François I déclarait « qu'il était de son devoir ne négliger ni exhortations, ni conseils, ni concours pour que Tœuvre du Conclave s'accomplisse légitimement et avec la liberté canonique des suffrages ». Le roi Ferdinand exprimait à son tour l'espoir de voir choisir un Pape « qui en pourvoyant aux intérêts de l'Eglise, s'attacherait aussi à gagner le respect et Testime des peuples ». Il motivait le choix de son ambassadeur, Don Pedro Gomez Labi*ador, par son désir « d'avoir dans la capitale du monde catholique une personne dûment autorisée qui pût exposer, en son nom, ce qui convenait au bien spirituel et temporel de ses sujets ».
Il arrive que le nom du cardinal chargé de représenter les vues de son gouvernement à l'intérieur du Conclave, et dépositaire du secret de sa Couronne, soit indiqué dans les lettres du souverain (1) ; d'autres fois celles-ci avisent seulement le Sacré Collège que l'ambassadeur a mission de désigner officiellement le dit cardinal, désignation dont il peut s'acquitter, immédiatement, dans le discours même qu'il prononce après la remise et la lecture des lettres. Cependant cette mission particulière du cardinal confident peut aussi être attestée par une lettre spéciale, exhibée au moment opportun par le détenteur du secret luimôme, ou adressée directement et au jour voulu par l'ambassadeur, au Cardinal doyen (2).
(1) C'est là d'ordinaire rhabilude suivie par rAutriche. Le cardinal Albani fut accrédité de cette façon aux conclaves de 1823, 1829 et 1830. Secreto nostroprovisus, disait à son sujet la lettre impériale.
(2) L'exhibition personnelle d'une lettre confiée au cardinal confl-