TS
Pendant que le Secrétaire commence la lecture des lettres, le cardinal Chef d'ordre invite l'ambassadeur à se couvrir. Les cardinaux font de même ; mais chacun se découvre toutes les fois qu'est prononcé le nom du pape défunt ou celui du souverain représenté par l'ambassadeur, cérémonial qui sera observé tout le long de l'audience, l'ambassadeur se découvrant de même à la mention du Pontife ou du Sacré Collège.
La lecture des lettres terminée, l'ambassadeur se découvrant de nouveau commence son discours (1). Dès les premiers mots, le cardinal premier Chef d'ordre lui fait signe de se couvrir comme à Taudience novemdiale. Le même cardinal appelé ce jour-là au rôle de Chef de Tordre des évoques, devra répondre, au nom du Sacré Collège, à la harangue de l'ambassadeur.
Les discours achevés, l'ambassadeur fait de nouveau, soit une génuflexion, soit une simple révérence selon qu'il est ou n'est pas catholique et la réception officielle est terminée (1). Les cardinaux s'approchent
dent lui-même répond plus particulièrement à Tusage espagnol, tel qu'il fut pratiqué lors de l'exclusion donnée, en 1831, au cardinal Giustiniani. — L'usage français veut plutôt la notiOcation faite par l'ambassadeur au Cardinal doyen, comme il advint en janvier 1831 alors que, par une lettre spéciale, le marquis de Latour-Maubourg demandait « l'entière créance » du Sacré Collège pour le cardinal Isoard, chargé de maintenir et d'exercer près du Conclave « les droits appartenant à la couronne de France, et ayant en ce but une connaissance exacte des sages instructions du Roi ».
(1) Selon les usages diplomatiques, Tambassadeur, au moment où il demande son audience, communique au secrétaire du Conclave la copie figurée des lettres qu'il doit remettre et du discours qu'il
alors, par groupes et sans distinctions ni préséances, du guichet de la porte pour s'entretenir familièrement avec le diplomate; et, lorsque ces conversations particulières, souvent fort intéressantes, ont pris fin l'ambassadeur se retire, reconduit par le prince maréchal du Conclave qui d'ordinaire lui remet, à titre de souvenir, quelques-unes des médailles d'or frappées par lui et le Camerlingue avec la légende Sede vacante,
La réponse du cardinal aux discours des diplomates, à quelque pays qu'ils appartiennent, est toujours faite en italien, comme le sont toutes les communications officielles du St-Siège dans ses rapports avec les gouvernements. L'ambassadeur d'Autriche se pliait d'ordinaire à la tradition de parler latin. L'envoyé de la cour de Madrid parle le plus souvent espagnol ; l'ambassadeur de France use du privilège de s exprimer toujours dans sa propre langue. En 1829, le latin du comte de Lutzow fut trouvé médiocre par les conclavistes gouailleurs (1). Aussi l'année suivante préféra-t-il parler italien. La harangue espagnole du chevalier Labrador fit Teiïet d'une « lecture d'écolier (2) ». Le ministre du roi des Pays-Bas, comte de Celles, fit, le 1 1 mars, un discours fort bien tourné en français. C'était la première fois que l'en-
compte prononcer. Après Taudience, le cardinal qui lui a répondu, lui fait expédier, le soir môme ou le lendemain, le texte de sa réponse. L'usage n'admet pas que cette réponse soit communiquée d'avanco à l'ambassadeur. Les deux discours étaient souvent publiés, autrefois, dans le Dinrio rJi Romn,
(1) DfU'fffnw, Diario p. 87. « In mezza latinità e con caltivissima prononcia, parlo a lungo e senza dire cose moite concludenti. Il cardinale Gastiglioni rispose in meschino italiano ».
(2) Id. p. 43. « Lesse in spagnolo e da scolaro. lUspose imbrogliandosi e da intontito il card. Arezzo ».
- CUAP. XII
; protestant était admis à parler de- ; aussi cette inaovatioD provoqua-ts d'un certain nombre de cardinaux.
>n était pas moios posé et le même nouveler sa démarche au Conclave
liscours essentiellement dîplomatirs l'objet d'une vive curiosité. Maloulue de la parole oflîcielle, on les : conçus dans l'esprit même des ins- > ambassadeurs reçoivent de leurs espectifs, instructions donioachernt à pénétrer le sens. Ils reQëtent u moins, les préoccupations qu'insgénérale et, à ce titre encore, ils ont tée spéciale.
de Pie VII, {Ï823) le duc de Montdans le discours assez bref auquel ision plus haut, se contentait de réettrcs du roi son maître et d'émetle vœu que, pour satisfaire la soif iquillité qu'éprouvaient les peuples pètes révolutionnaires, on élût <> un îssc fut aussi large que l'empire de
par sa cbariié vaste comme le mon- ■ ramener les plus rebelles : un pape, •éservc, guérisse et réconcilie ».
iny, ambassadeur d'Autriche, para- ; lettres de l'Empereur, formulai! le lire par le Conclave un pontife qui, u siège apostolique, la tranquillité ien des peuples, joignît aux autres
qualités^ l'horreur de toute partialité, l'amour de la paix, de la concorde et « le désir sincère d'adhérer au principe salutaire de TAUiance européenne ». Cette mention de la Sainte Alliance indiquait en termes suffisamment clairs, que l'Autriche voulait un pape dont le Pontificat fût une réaction contre le programme gouvernemental de Consalvi et contre la politique de Pie VU, le pape du Concordat et de la paix religieuse en France. M. de Metternich, grand adversaire du Concordat, considérant comme révolutionnaires toutes les réformes administratives de Consalvi ne pouvait surtout lui pardonner de maintenir, visà-vis de TEmpire autrichien, la pleine indépendance des États Pontificaux,
A la mort de Léon XII (6 février 1829), un sentiment de malaise, précurseur des graves bouleversements, pesait sur toute TEurope. Le discours que Tambassadeur d'Autriche, comte deLutzow, adressait à rassemblée des cardinaux (9 mars) avait, cette fois, une intonation bien différente. Il parlait des conseils de son souverain et insistait sur le choix d'un pape qui eût les qualités de Léon XII et pût continuer sa politique. Le lendemain c'était le tour de Chateaubriand qui tenait un autre langage, et dont le discours fort connu provoqua les commentaires les plus divers.
L'auteur des Martyrs était admiré par les Romains comme écrivain, poète et orateur bien plus que comme diplomate : illustre poeia e diplomatico poco ascoltato^ disaient de lui les observateurs bienveillants (1) ; natnrapoco intrigante , ajoutaient, en guise
(1) DardanO; Diario, p. 22.
'l'^irt**, î--~ aai!* I ••.^'.nl^'.~ "iaToa^r qo' t en e^tt» ':ir'--,c-'%£V û e'3tii; ; l* tr...i par ^40 adre~- •* ' 2 . Aq f..Ir,t-l-*7i-»;;i:-rrï:!y-.-"G a-î ïuiin»rehaodatt fii Ir-i r. .j-rï -f - Li* ';•■.!{' 1-. ■^t^'tyii'^ue 5teDdîial. '^'i! -^e tr-.-jvii: a] .r~ a R'ime, d- te i intén^l qoe -: jdrî ex-~iuit -i m* 1*= *al ; n^ romains : il <^^l .;-=rj'. 3/ -l'j.t-i'., i; j a uQ pea Ir-jp Jey> el Je » <"-ria [-r-;* î: ^-l cbarmant <it a le plus çraoïj --!. mai: il a d- { !u aux carjinaiix - l . f'.nd. c'tt.il un* ~-jT'.-y d^ chapitre du O^rtî^ du t-'rrti'iii*, T'-'-iit'} «./ vivî C-^nclarii. que Chairiand avdil **:-m aux Emiaentissimes Elecleur?. :>' "lUr UD toD S'.-c et inif-^rieux quoique emphaliil s'adri,-:'ait lour à l.>ur au ■ successeur de XII . à ce ToDlife qui lécoutail, à la fois pré- ?t inconnu «etau - Sénat illuslrcdelachrélienlt' it>ar soutenir le poids de? innombrables souvenirs rarder en face les siècles rassemblé? sur les raines >me -devait • s'appurer à l'aulel du sanctuaire " ne lui, Cliiiteaubriand, s'appuyait " au trône de >iiis ». Aucune réminisceoce ne faisait défaut ce discours où étaient évoqués le Capitule et la 'c de S. Pierre, - les tombeaux de ces Romains de ^publique qui passèrent de t'idolÂlrie des vertus es des vices " et " ces catacombes où reposent les nenls d'autres Romains ». Mais, ne scmblait-tl
L'Anslrta tneodo prolîtto dclia nalura poco inlrigaale de' lallc) franci:!ip, viBcorite de Chaleaubriand » tUpiiltetln, M^pi>litiebe 4iii C'incIaTÎ,.
'•■imeei'lfllu «"(((,1», Histoire diploin. des Conclaves. IS*-
pas donner une leçon aux cardinaux, lorsqu'il louait dans Léon XII « le pontife qui voyait la véritable religion dans le respect des lois » et surtout, lorsqu'avec une insistance singulière, il célébrait les progrès que la religion réalise au sein des peuples? » En vain, s'écriait-il, Timpiété a prétendu que le christianisme favorisait l'oppression et faisait rétrograder les jours l'esclavage a cessé d'être le droit commun des nations La religion chrétienne croît
avec la civilisation et marche avec le temps ». Elle « devient chez les peuples modernes, le perfectionnement de la société ».
C'étaient là de fort belles paroles, mais « l'auguste Sénat », auquel s'adressait l'ambassadeur de France, croyait y découvrir des allusions blessantes et ne se sentait pas désarmé par la péroraison éloquente dans laquelle, après avoir rappelé que « par un caractère universel qui n'a jamais eu de modèle ni d'exemple dans l'histoire, un Conclave n'est pas le conseil d'un Etat particulier, mais celui des nations les plus diverses répandues sur la surface du globe », l'orateur conjurait « les augustes mandataires de la famille chrétienne un moment orpheline » de lui donner « un père spirituel que tous accepteront avec respect et gratitude ». « Il vous'suffira — ajoutait-il — de laisser tomber vos suffrages sur l'un d'entre vous, pour assurer à la communion des fidèles un Chef qui, puissant par la doctrine et l'autorité du passé, n'en connaisse pas moins les nouveaux besoins du présent et de l'avenir, un pontife mêlant la douceur de la crainte à la sincérité de la foi » !
Y avait-il eu réellement, de la part de Chateaubriand, l'intention de faire la leçon aux cardinaux?
LE COSCLA\'E. — CHiP XU.
ivait-il cédé à la préoccupation d'uD simple eiïet oire ? Nouâ ne saurioDS le dire d'une manière cere ; mais beaucoup de membres r]u Sacré Collège %'èreDt la harangue d*un goùl douteux. « Nous ne mes ni des révolu liomiaircs ni des ennemis du ;rès raisonnable, disaient-ils '.pourquoi donc vientous pri>cher, sur ce ton-là, le principe d'aulorilé s esigencesdes temps nouveaux? Est-ce ieS. Siège depuis quarante ans a encouragé les passions rc- .tionnaires en France n ? — » Nous défendons
dogmes, répétait notamment le vieux cardinal co-y-CataIan,avec plus de constance que les partis tiques ne soutiennent leurs doctrines et leurs pronmes. (Juo de républicain? sont devenus lesconers du despotisme impérial '.... Le Roi, dans ses es, nous lient un langage alîeclueux et confiant; 'quoi son ministre nous fait-il entendre des parolessanlcs ? Si on tenait à affirmer les principes de e et d'autorité, no pouvait-on pas le faire en des les plus appropriés » ? Singulier contraste d'ail- 3: les mi^mcs hommes qui témoignaient cessusibilités à l'endroit de l'amplification oratoire de eaubriand, trouvaient tout naturel que l'ambasur d'Autriche leur parlât des u conseils » de son re et le qualifiât, avec une certaine alTcctation, "atromis perpeiuus Ecclesiœ ! On a dit alors
y avait une arrière-pensée ironique dans la ré- <e que fit h l'ambassadeur de France, le cardinal iglioni, celui-là même qui, trois semaines plus , devait être l'élu du Conclave, C'est bien possi-
Aux phrases pompeuses du représentant de les X sur la puissance morale du christianisme, es transformations du monde et le perfectionne-
ment des sociétés humaines, le Cardinal affectait de répliquer que TEglise planait dans une sphère supérieure aux considérations purement humaines et aux révolutions sociales ; mais il exaltait en même temps « le génie, l'éloquence, le vaste savoir et la singulière habileté diplomatique du vicomte de Chateaubriand ».
Le comte de Celles, ministre desPays-Bas, quiparla le lendemain, s'aventurait moins. Faisantallusionau concopdat que la Hollande venait de conclure avec le S. Siège, il déclarait que son Roi était Tami de toutes les libertés, y compris la liberté religieuse de ses sujets catholiques, à quoi le cardinal Bertazzoli, doyen de ce jour-là, répliquait en disant que le pontife défunt était animé de l'esprit évangélique qui constitue la véritable liberté de l'homme.
Le 24 mars suivant, le chevalier de Labrador, ambassadeur d'Espagne, parut encore jeter une*pierre dans le jardin de Chateaubriand. Il avouait que le Roi son maître avait reçu plus d'une fois, de Léon XII, « les conseils dont les souverains de notre temps ont si grand besoin », exaltait les mérites de la nation espagnole, demandait un pape dont l'administration temporelle pût servir de modèle aux autres souverains, faisait le procès des doctrines qui « sous le faux nom d'idées généreuses ébranlent les trônes », et terminait en mentionnant la révolte des colonies espagnoles d'Amérique et en affirmant que « la religion et la fidélité étaient les produits naturels du sol espagnol (i) » !
(1) V. l'opuscule, Allocuzione degli Ecc, Signori Ambassca: 'lori straordinari al Conclave. — Borna, Cracas^ 1829.
Au Conclave mouvementé dont devait sortir Grégoire XVI, vingt mois plus tard, la situation politique de l'Europe était singulièrement modifiée : partout on se trouvait sous l'impression de la révolution de Juillet et de ses conséquences possibles. Dans la ville pontificale, le personnel diplomatique était demeuré le même, sauf naturellementà l'ambassade de France, où un simple chargé d'affaires, M. de Bellocq, correspondait avec le comte Sébastiani. Il lui signalait les agitations qui rendaient frémissante toute Tltalie centrale et l'importance qu'il y avait à ce que le Roi des Français fût représenté, à Rome, par un ambassadeur dont la parole pût contrebalancer le crédit du comte de Lutzow (t). L'Autriche se préparait à une occupation militaire du territoire pontifical dont l'interrègne lui fournirait le prétexte. De là, la mission extraordinaire du marquis de Latour-Maubourg, détaché momentanément de son poste de Naples.
Le comte de Lutzow fit cette fois, 20 décembre 1 830, un discours remarquablement bref, se contentant de rappeler qu'il avait déjà, naguère, exposé les désirs et les conseils de l'empereur, et accréditant de nouveau le cardinal Albani comme chargé de représenter, au sein de l'assemblée conclavaire, les vues « du fils préféré de l'Eglise ». — Cette réserve était-elle inspirée par l'embarras qu'avait causé la découverte des projets concertés, à l'insu du Pape défunt, entre le car-
(1) En sa qualité de chargé d'affaires, M. de Bellocq ne pouvait pas être admis à Taudiencc du Conclave. Pendant la période même des yovf'ifi(ii(fU, il n'avait pu être reçu officiellement par la Congrégation générale des cardinaux. D'après l'étiquette les chargés d'affaires se contentent de visiter, durant la période novemdiale, le cardinal Doyen et le secrétaire du Sacré-Collège.
Ll CO.NCLAVE ET LES GOLVEIIKEMENTS 413
dinàl Albani et le général Frémont? On pouvait le croire.
En revanche, l'ambassadeur d^Espagne rëcila une longue et curieuse harangue qui lésonnait, devant le guicliel de la porte du Maréchal, comme un pastiche de Chateaubriand à rebours. Il s'appesantissait sur la désolation et la ruine d'empires récemment écroulés, sur l'affliction et les larmes de l'Italie, à la suite de la mort presque simultanée de Léon XII et du Roi de Naples François I etc. . » La vie des peuples comme celles des individus est tissue de brefs crépuscules de félicité et de longues nuits de douleurs et de gémissements 11, disait-il, au milieu de tirades sur les horribles tempêtes et lenaufrage des sociétés humaines etc., etc. l'uis il se consolait un peu en pensant que l'élection du l'ape échappe aux multitudes violentes cl perfides qui donnent le pouvoir à l'audace et non au mérite. Plus loin il apercevait les trônes réduits en poussière, les Césars et leurs fortunes, Rome et les Barbares, le siège d'un pauvre pécheur qui résiste à tout, « parce qu'il n'est pas fondé sur la sagesse humaine dont il n'a pas besoin », et triomphe non seulement des conquérants antiques mais aussi de (1 la perfide atrocité de l'Attila des temps modernes » ! Arrivé là, le chevalier de Labrador demande un pape qui, par son exemple et sa doctrine, soit un antidote contre le délire de l'esprit humain enorgueilli par les progrès de la chimie cl de la mécanique et rêvant le perfectionnement des idées do religion, de morale et de politique... La stabilité des gouvernements exige la supériorité et l'indépendance du pouvoir, la fidélité et le respect soumis des sujets. Ainsi l'entendent le grand monarque et Ja nation héroïque des Ëspa-
: CONCLAVE. CUAP. su
es qui ne laisseront pas se p«rdre, en Europe, la iditioD. la foi. l'honneur, le courage, la loyauté I... Le nouvel ambassadeur du Koi des Français tînt un igage plus sobre et moins pompeux. Nous avons natale plus haut le sentiment de curiosité qui l'aceillait. Ce sentiment triait rendu plus vif encore par soin que le gouvernement du Hoi Louis-Philippe ait mis à affirmer la politique de non-intenention. Cette politique allait-elle jusqu'à laisser libre jeu X projets d'occupation autrichienne et jusqu'à réidier les droits traditionnels de la couronne de ance touchant les opérations du Conclave ? Le Maris de Latour-Maubourg. ne voulant pas se prononp trop ouvertement sur ces points, tourna la diffi- Ité en plaçant sous la sauvegarde du principe de aon-intervention » l'indépendance des Etats Poncaux. Comme son discours est beaucoup moins nnu que celui de Chateaubriand, nous croyons utile •n reproduire ici ic texte, tel que nous le trouvons ns un Diario inédit:
Eminentissimes Seigneurs, « Le Hoi des Français, jaloux de conserver les prégatives de la couronne que le vœu public a placée F sa tête, s'empresse de marquer son affection et son ;érôt pour le S. Siège en m'envoyant, comme son ibossadeur extraordinaire, auprèsdevosÉminences jnies en Conclave. La lettre de créance que je suis argé de vous remettre exprime les vœux etlessenlenfs qui animent Sa Majeslé, dans la conjoncture solennelle et si importante qui vous tient rassem-
1 Le Roi m'ordonne de vous témoigner la vive douir qu'il a ressentie en apprenant la mort d'un pon-
LE CONCLAVE ET LES GOUVER.NESIESTS 443
tire qui, dans un règne de trop courte durée, a fait briller sur la Chaire de St-Pierre les dons de sagesse, de conciliation, de tolérance chrétienne si appropriés aux néi^essités des temps dans lesquels il a vécu. C'est à la France suilout qu'il appartient de payer un juste tribut de regrets et de reconnaissance à ta mémoire d'un pasteur dont la sollicitude, la vigilance, les conseils ont été constamment employés au maintien de la paix des peuples, par la pratique efficace des maximes de l'Evangile.
« Sa Majesté, dont la politique s'appuie sur le principe de non-intervenlion, fondement solide de l'indépendance des Etats, ne saurait avoir la prétention d'influer sur les sublimes travaux auxquels vos Éminences se consacrent en ce moment. Mais ces travaux intéressent, à un trop haut degré, le bien de la religion et de la grande majorité des Français pour que Sa Majesté puisse négliger de s'y associer par des vœux ardents et sincères. Votre sagesse, votre zèle, Eminentissimes Seigneurs, les auront déjà prévenus dansl'intérieur de votre pensée. Comme Chel'spiriluel de la Chrétienté, que le successeur du dernier Pontife soit, ainsi que lui, doté d'une bonté céleste, d'une piété douce et charitable et de cette fermeté qui sait s'allier à la modération. Comme Prince temporel, qu'il se distingue par son amour pour la justice et pour l'indépendance des provinces qu'il est destiné à gouverner. Enfin, qu'il réunisse les qualités que, par une inspiration prophétique, ce même Pie VIII, parlantàun ambassadeur français, préconisaitici-méme: la prudence du serpent et la simplicité de la colombe. Voilà, Eminentissimes Seigneurs, les souhaits que forme Sa Majesté et l'espoir qu'elle fonde sur le con-
LE CONCLA\'E. -
! VOS suffrages. Puisse votre noble lâche s"aciDcessamment, aHa que l'Église, affligée de la l'elle vient de faire, reçoive bientôt des sujets )lalioR et de joie. Heureux de remplir, en ces ne mission aussi honorable, ]<! dois me féliciter de l'occasion que la bonté du roi me donne oir vous offrir, Eminentissîmcs Seigneurs, Eige de ma profonde vt^nération pour cette Assemblée et l'expression de mes sentiments leux pour chacune de Vos Eminences en par-
isuistes du protocole diplomatique ont souié la question de savoir si un ambassadeur, é prés d'un pontife, demeure accrédité de fes du Conclave qui procède à l'élection de son ;ur et pr6s du nouveau pontife lui-même, ou aut, nécessairement, de nouvelles lettres de
ion d'étiquette, en apparence, mais qui im- Bu fond, une question de doctrine et de prinle n'avait pas été soulevée en 1823 et le duc l-Monlmorency avait présenté ses nouvelles le créance tant au Conclave qu'au pape Léon is la situation de Chateaubriand fut autre (1): et ft Itome on discutait des théories oppo- ?aris, l'on estimait, en général, qu'un rcprédiplomatique, une fois reconnu à Rome duponlificat, n'a pas besoin de nouvelles lettres
Irt/iHii. Histoire de Pie VIII, cli. VI.
LE CONCLAVE ET LES GOl YERNEMENTS 447
pour s'accréditer soit auprès des cardinaux en Conclave, soit auprès du nouveau pape. La papauté est un pouvoir qui se transmet par l'élection, mais qui, dans son essence, ne subit pas d'interruption. Le pontife peut mourir a-t-on répété souvent, mais le S. Siège ne meurt point. Or, c'est auprès du S. Siège, dans la personne du pontife, que les ambassadeurs sont accrédités. Gardien viager de la chaire de S. Pierre, le pape ne disparaît-il pas devant le principe môme qui constitue la puissance pontificale ? N'en est-il pas de lui comme des premiers magistrats des Républiques, dont le changement n'emporte pas le renouvellement des pouvoirs diplomatiques? C'est ainsi qu'un nouveau pape ne renouvelle pas les lettres de créance de ses légats pontificaux et de ses nonces. Il ne le fait qu'à l'occasion des changements de règne dans les Etats monarchiques.
Le principe sur lequel repose cette théorie est vrai sans doute (1). Chateaubriand, cependant, pou-
(1) Il a été sanctionné récemment par les tribunaux français. Ayant à examiner si le pape pouvait accepter un legs et posséder en France, le tribunal de Montdidier, le 4 février 1892, a répondu affirmativement, parce que la papauté comme telle est une puissance souveraine qui ne subit pas d'interruption par suite de la mort de son représentant élu et l'intervalle plus ou moins long qui précède rélection de son successeur. Le S. Siège est un (Hre juridique subsistant indépendamment de son titulaire. « Attendu que le pape Léon XIII a été institué légataire comme chef et représentant de la puissance souveraine désignée, en droit public international, sous le nom de S. Siège ou de papauté ; — que cette puissance n'est pas intermittente et limitée à la vie de chaque pape, mais qu'elle se perpétue en vertu de ses propres institutions électives ; — qu'elle est reconnue depuis longtemps en France en qualité d'État étranger, reconnaissance manifestée par l'échange de représentants diplomatiques, par la signature de traités en vigueur, par des négociations fréquentes dirigées par les ministres français des Affaires étrangères, et n'a pas été modifiée à la suite des événements de 1870 ». -^ Cette doctrine n'a pas été infirmée par la décision de
TÛl r.l'^^:tit qa'tn pratip-* i<î< diplomates ne sont fas a-r-.f'rli'.'rï f-r^ i^ ia ;if-i'i'^<:oD5i<l^rée dans son *sé*ii-:e abs'traî:<^. mii~ ajjr^ Je la personne de son dét^Ll-^ur ni->ni^tUcé. el jiie. si le s>>averain pontifical ^-t uae d:ja^:>f •rie'rtive. i! o->ii5litDe néanmoins onv^r/aLi^j-invoirmoDarohi-^ae bien différent d'une pnm ieû-;e de Rêfci!i]ue. Cesl ain~i d'ailleurs qu'il a touj iir* été o:>nii-Iéré par les autres gooTememeDi-. Aulri'.lie. Espainie et Portugal, qai ont coutume de renouveler les lettres de créance de leurs ageoU. Chateaubriand d'ailleurs était peu disposé à reooooer à un décor, à une pompe dout son prédécesseuravait jiïui. Celait à l'enconlre de tous ses désirs qu'on invoquait à Paris des précédents nombreux relevés au cours de l'bistoire diplomatique du XYlll* siècle. Lors de la proclamation de Qément XI en 1700, d'Innocent Mil en 1721, de Itenoit XIU en 172i, de Clément XII en 1730, le roi de France entretenait successivement à Rome, en qualité de chargés d'affaires, les cardinaux de Janson, de Boban, l'abbé de Tencin cl le cardinal de Polignac ; chacun d'eux, disait-on, accrédité avant l'éleclion, suivit les opérations du Conclave et continua à résider auprès du pape nouvellement élu, sans recevoir de nouveaux pouvoirs. Le duc de S, Aignan, ambassadeur près de Clément XII, conserva, sans nouvelles lettres de créance, assurait-on, le mérae caractère durant le Conclave qui élut, en 17i0, Benoit XIV. Mgr de Rochechouart, év<îquedeLaon, ambassadeurduRoiau-
la Cour d'appel d'Amiens duSO février 1893, qui, tout en repoussant Ie« conclusions du premier juge au sujet du caractère fiduciaire du h-K», déclarait laisser hors de conleslalion le caractère de souveraineté du Pape, au moins i dans ks limites réduites que lui a imposées un acte unilalêral du Gouvernement italien i.