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près de ce pape célèbre, demeura accrédité de même près du Conclave de 1738 et près du successeur, Clément XIII. Le marquis d'Aubeterre qui fut ambassadeur du roi avant et durant le Conclave de 1769, ne présenta pas de nouvelles lettres au pape Clément XIV et son successeur, le cardinal de Bernis, résida auprès de deux pontifes en vertu de ses lettres de créances primitives.
Ces « précédents » n'étaient pas sans provoquer de sérieuses contradictions de la part des cérémoniaires qui, en temps de Conclave^ ont sous la main les archives spéciales constituées à leur usage par Urbain VIII. Leurs observations d'ailleurs n'étaient pas faites pour déplaire à Chateaubriand qui les transmettait à son gouvernement sans les affaiblir, mais qui n'en était pas moins obligé de soutenir officiellement à Rome la thèse qu'il battait en brèche à Paris. Avant tout, lui disait-on, il convient de passer sous silence, les simples chargés d'affaires et les cardinaux qui ne peuvent prendre ni le titre ni la qualité à' ambassadeur près le S. Siège, Membres de la famille et du conseil du Pape, ils ne sauraient se faire les ambassadeurs d'un autre souverain; ils ne peuvent qu'être chargés des affaires d'une puissance catholique dans les conseils du pontife (1). Il n'y a pas lieu de s'arrêter davantage à l'exemple de quelques ambassadeurs dont les fonctions étaient sur le point de cesser, puisqu'à ceux-là il fallait plutôt des lettres de rappel. Les « précédents » du siècle dernier se réduisaient donc à peu de chose. C'étaient en réalité
(1) Ces difficultés de forme se présentèrent en 1872 lorsque M. de Bismark voulut nommer lo cardinal de Ilohenlohe, ambassadeur de rempereur Guillaume près de Pie IX.
' 'Ai
iSO LE CONCLAVE. — - CEIAP. XII
les exemples contraires à la thèse que Chateaubriand ivait dû soutenir à contre-cœur.
Ainsi déjà le duc de S. Aigaan, chai^ de soutelir la même doctrine, en 1740, avait prétendu, que es lettres de créance près du Conclave ne lui étaient >as nécessaires. Mais, sur les résistances du Sacré 'ollège, il fut obligé de se conformera lusage ordilaire en remettant ses lettres au guichet de la porte du 'Iaréchal(24 avril). S'il n'en présenta pas au nouveau tape, le motif en fut sans doute que, peu de mois plus ard il cessait ses fonctions {! ). — En 1738, Mgr de Robechouarl, sur les ordres reçus de Versailles, adresait aux cardinaux en Conclave une note exposant liverses raisons pour lesquelles il croyait pouvoir se ispcnser de cette formalité. Mais le Sacré Collège isîsta énergiquement pour le maintien d'un usage îiijours respecté par les souverains catholiques, .ussi i'évèque de Laon en vint- il à présenter ses let- ■es le 2 juillet, peude jours avant la fin du Conclave 1 dans les formes les plus solennelles (2). Le nouveau
(1) Artaud, ff/.*MiVfi rfi; Pi> VIII, cli. IV.
(2) L'éviîqite de Laon avoil fait parvenir son mémoire aux carnaux français, en les prianl d'en appuyer les conclusions prés
I leurs col!è;!ues. Le secrétaEre du Conclave, Mgr Antonellî. rendit par un conlre-mémoire énumérant Ips raisons qui ne per- Ellaienl pas au Sacré Collège d'accepler le point de vue de l'amssîtdeur de Fmnce. Il invoquait l'exemple des ambassadeurs de :nipereur,des autres aouverainsel surtout de la ttèpubliquedeVeie qui donne ses lettres bi^n quelle nomme toujours près du Conive la personne qui se Irouvait auprès du pape défunt. (Sans .très de créance, disait celle note, les ambassadeurs sont siniplesnt admis aux audiences de la sacristie de S. Pierre pendant les iremtliiili i, El encore n'y sont re(U9, que ceux qui ont déjà fait qu'on appelait alors c rentrée solennelle > laquelle Impliquait e visite faite à tous les cardinaux. La noie du Secrétaire insist sur le caraclère nouveau que rev4t l'envoyé près du Conclave : Icvienl toujours ambassadeur extraordinaire, alors mcSme qu'Use luvail déjà à Rome en mission ordinaire. Enfin, celte même note
pape, de son côté, Tadmit à « sa première audience » selon l'expression du Cracas, le 10 août, quinze jours après l'ambassadeur d'Autriche; et, en cette occurrence, l'ambassadeur de France remit au pontife ses nouvelles lettres de créance (1).
L'on a vu plus haut le cas du marquis d'Aubeterre. Pour n'avoir pas voulu remettre les lettres qu'il avait reçues pour le Conclave de Clément XIV (2), il mit son gouvernement dans la nécessité de fournir des explications au nonce sur « cet exemple qui ne tirerait pas à conséquence » ; il fut d'ailleurs rappelé peu de temps après l'élection du nouveau pontife.
En examinant de près la série de ces précédents, il était difficile de méconnaître qu'ils étaient favorables à la thèse des gardiens du protocole romain. Aussi
èaumérait, elle aussi, les précédents des ambassadeurs français depuis la fin du XVlIe siècle. En 1740, le duc de S. Aignan finit par remettre ses lettres de créance au Conclave ; en 1730, le cardinal de Polignac ne pouvant faire d'entrée au Conclave dont il faisait partie, se présenta à la sacristie de S. Pierre. En 1724, Tabbé de Tencin, simple chargé d'affaires, n'avait droit qu'à cette même audience de sacristie. En 1721, Mgr de Lafiteau, évêque de Siste- I ron, se trouvait dans le même cas. En 1700, le duc de Monaco,
r ambassadeur do France ne se présenta qu'à la congrégation géné-
rale de la sacristie. De môme, le cardinçil de Bouillon en 1691.
(1) Cracas, Diario di Roma, 1758, t. IV. — « Ces sentiments étaient mieux exprimés, écrivait l'ambassadeur à Bernis alors ministre, dans la réponse de Sa Majesté que je remis alors avec mes lettres de créance ».— Déjà le 2 août il avait écrit de môme: « Je remettrai à l'ordinaire mes lettres de créance à Sa Sainteté avec la réponse du Koi ».
(2) « Vous savez, lui écrivait le duc de Choiseul, le 19 février 1769, que dans les deux derniers Conclaves, M. le duc de S. Aignan et Mgr l'évéque de Laon furent autorisés à présenter des lettres de créance au S. Collège. Je joins ici une pareille lettre pour vous. Il serait à souhaiter que vous puissiez vous dispenser de la remettre afin de remettre les choses, à cet égard, sur le pied où elles avaient toujours été avant ces deux exemples. Mais si cela n'est pas possible, vous ferez valoir cette nouvelle marque de la considération et de la bienveillance de Sa Majesté pour le S. Collège ».
i52 LE CONCLAVE. CHAP. SII
Chateaubriand reçul-îl. sous la date du 20 avril 1829, ' ' tires royales r]U~il devait prësfuler au nouveau fe, coanne il avait reçu précédemmcQt celles le Conclave. Il est vrai que, pour sauvegarder lir et ne pas abandonner le principe, M. de Porlui avait écril, de Paris, le ^1 février que « ces :s ne devaient pas i>tre considérées comme des s de créance proprement dites, mais plutôt ae un témoignage de considération et de courtoioit envers le Sacré Collt-ge soil envers le Pape ». se souvient de la letlre royale remise par Chatriand aux cardinaux du Conclave. Les termes Ile qu'il présenta, le 3 mai, au nouveau pape, '111 (t m'accentuaient guère plus la nuance quelpeu subtile de la réserve en question :
désirant rien plus ardemment, que de donner à votre !lé des lémoignages de la véritable aETeclion que nous ■rtona — écrivait le Hoi — nous avons résolu de nommmédiatement un représentant prés ce S. Siège aposlo- En conséquence, nous avons fait choix du sieur vicomte ileaubriund, Pair de France, etc., etc. qui résidera à la de Votre Sainteté avec )e caraclére d'ambassadeur. La ■re dont il a déjà rempli ces honorables fonctions près ufiusle prédécesseur de Votre Sainteté, nous persuadent continuera à se concilier l'eslime et la confiance de Voire ité.
ut le libellé de la lettre du Roi juslifiaU d'aille langdgc de Cliatcaubt'iand dans ses dépêches ne dans ses Mémoires, o\x il parle, à diverses rcs, delà présentation de « seslelti'es de créa n-
irlauJ, lor. cit.
•fr. MCy,wi
On aurait pu croire que, dorénavant, la controverse ne serait plus soulevée ; il n'en fut pas question, en effet, en 1831, mais cela pour un motif fort simple et qui, dans l'espèce, no tirait pas à conséquence. Le marquis de Latour-Maubourg remplissant une mission extraordinaire pendant la vacance du Siège, sa situation spéciale exigeait des lettres de créance près le Conclave et, d'autre part, le dispensait du soin d'en présenter au nouvel élu, Grégoire XVI.
M. Guizot eut à examiner, à nouveau, la question en 1846. La situation du comte Pellegrino Rossi,àRome, était alors assez particulière. Après n'avoir eu, tout d'abord, que le caractère d'un envoyé extraordinaire, il reçut, en 1846, pour l'accréditer comme ambassadeur ordinaire, des lettres qu'il ne put plus remettre à Grégoire XVI (1). Pour le Conclave on lui en expédia de nouvelles que la rapidité de l'élection ne lui permit pas de présenter. Enfin, le 4 juillet, il remit à Pie IX une troisième lettre de créance qui, cette fois, parvint à destination. Qui eut pu prévoir à cette heure que, deux ans plus tard, cet ambassadeur de
pondant à la notification que Léon XII l.ui ayait faite de son élection, le recommandait à la confiance de noaveau pape . « Je charge mon cousin, le duc de Laval-Montmorency, mon ambassadeur extraordinaire près le S. Siège, de présenter cette lettre à Votre Sain< teté, et je lui recommande de ne rien omettre pour se concilier Testime et la confiance de Votre Sainteté... Je prie Votre Sainteté de Taccueillir 'avec bienveillance et d'ajouter foi pleine et entière à tout ce qu'il dira à Votre Sainteté en mon nom, particulièrement lorsqu'il lui exprimera les vœux fervents que je forme pour la gloire de son pontificat, et lorsqu'il cherchera à la persuader de la môme affection et du filial respect avec lesquels, je suis, de Votre Sainteté, le très dévot fils : Louis. » — Cette lettre, écrite le 14 octobre, faisait suite à celle que l'ambassadeur avait, un mois auparavant, présentée au Conclave. — V. Artaud, Hist. de Léon XII. Ch. X.
(1) Guizot. Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps. T. VII. Chap, dent.
lc-:«. 'Jeveca miiii~lr« •roo.-titct.oiuKl «la PooUfe tatla. 'i^viî: troav^r oq< ta Hlnzv>fiK?.. I. <jai/>>t. ^Q h :'[iim« -l'Etat et en homme d'espril lit rt-:'u-^ ■i'-r:emii<r une .ii*.-uiii'jn Jétiqoelle: •n pjarait rais<>iiniL^':3ieDt iriiénîr. arail41 écrit I. Ro-iii, !e 7 juio ^>i^^. .|De la mort do Ténérable •^'■vire XM n^ ren lait (-itiit oa^tu-pes le> premières r-r^ r''.yi!.:s -lii voas élevaient à la di^îl^d'am- -adfur... Mai* le B-nî a s^cti .jue TiMre présence f-i^^e m->Di« de la difficulté, — s'il e^l vrai qnuDe îcuité existe, — meilait y<>u> ^ul à m^me de la venir on de la dr^Qouer : et, pour vou> en donner
le cliamp les moyens. Sa Majesté a si^é de noul<fs lettres de créance adre^5<*es aux cardinaux asibléâ en Conclave. Le Roi laisse à ce tacl dont vous z donné lanl de preuves, d'en faire ou de n en point e usage <■.
,près la mort de Pie IX. le baron Raude ?* Irouvait mesure, dès le 15 février, de transmettre à Mgr Laa\. secrélairc du Coactave. la copie figurée des lel- . par lesquelles le maréchal de Mac-Mahon l'accrclit en qualité d'ambassadeur cxtraordinaireauprès Conclave. Quatre jours plus lard, le 19 février, il imunîquail au m^-mc prélat la copie figurée de la rc que le Président de la République adressait aux nbres du Sacré Collège, eu réponse à la notifica-
dc la mort de Pie IX. Mais le lendemain déjà, n XIII était proclamé Pape, et par suite, aucune re ne put être remise au Conclave avec la solen- ! des formes accoutumées. La controverse sécuc risquait de se rouvrir, maïs comme le baron ide vil finir sa mission peu de temps après, il eut
à présenter au nouveau Pape, des lettres, non de créance, mais de rappel (o avril).
Cette digression peut paraître longue ; elle n'est pas inutile. Il importe de préciser les termes d'une question qui s'est posée périodiquement et qui, sous des apparences de formalisme ou d'étiquette, cache ou plutôt implique des intérêts et même, en quelque sorte, des théories politiques. En résumé, les ambassadeurs ont toujours présenté au Conclave des lettres soit de créance proprement dite, soit de confirmation ,de leur mission ; et tous les ambassadeurs, qui étaient appelés à continuer leurs fonctions près le nouveau Pape^ lui ont remis de nouvelles lettres de créance ou de confiance. Et si dans l'avenir, la controverse devait renaître, il est probable que tout gouvernement s'inspirerait de l'ingénieux et spirituel exemple de Portails et de Guizot, confiant au tact de leurs agents des lettres, sinon de créance dans le sens rigoureux du mot, du moins « de courtoisie, de considération et de confiance », ce qui, en pratique, est à peu près équivalent.
On se tromperait en pensant que les réceptions d'apparat n'ont ici aucune utilité intrinsèque et pratique^ Elles fournissent à un diplomate avisé et perspicace l'occasion de saisir, sur le vif, la physionomie du Conclave, d'en reconnaître les courants et les fluctuations. Elles lui permettent, d'autre part, d'impressionner rassemblée par son langage officiel et, dans ses conversations particulières avec les divers cardi-
naux, de glisser plus d'un mot utile. U peut, au besoin, demander itérativcment des audiences subséquentes, s'il lui arrive d'avoir à traiter quelque affaire particulièrement importante. Seulement le motif d'une pareille demande n'est pas toujours facile à trouver, puisque les principales matières du gouvernement ecclésiastique sont réser\'ées au futur Élu. 11 fautcon venir, d'ailleurs, que lesquestions de politique générale doivent se traiter malaisément devant cette réunion d*une* cinquantaine de personnages attentifs et défiants, qui laissent la parole à leur Doyen, mais qui le surveillent absolument.
£n tout cas, un ambassadeur peut toujours correspondre officiellement, soit arec le Doyen et le Camerlingue, soit, par leur entremise, avec tout autre cardinal. Les ambassadeurs de France ont ainsi adressé, plus d'une fois,aux cardinaux français, des lettresqui, pour être lues au passage^ n'en avaient pas moins leur utilité et môme, en certaines occasions, une correspondance ouverte a justement l'avantage de parvenir à ceux à qui on ne l'adresse point (i). En outre, un ambassadeur a le droit d'adresser ses communi-
(1) Durant le Conclave de 1830-31, le ministre de Russie, prince Gagarin ayant su qu'on avait répandu, au sein du Conclave, le bruit que le cardinal Capellari ne serait pas persona grata à la cour de St-Pétersbourg, écrivit le 20 janvier une lettre au cardinal Bernetti son ami, pour démentir cette fausse rumeur. Il en avisa de môme le secrétaire du Conclave. — Quelques jours auparavant, l'ambassadeur d'Autriche, comte de Lutzow, avait fait parvenir au cardinal Albani une lettré le priant de faire tout son possible pour que l'élection fût accélérée, parce que, pour le mariage projeté entre le prince impérial et la fille du roi Victor-Emmanuel I de Savoie, il fallait une dispense de parenté, que seul le futur Pape pouvait accorder. Il engageait en conséquence le cardinal Âlbani de cesser son opposition contre la candidature du cardinal Capellari, ce à quoi d'ailleurs Albani ne consentit que quinze jours plus tard, sur le reçu de nouvelles instructions du prince de Metternicb lui-même.
cations au Secrétaire du Conclave qui en fait alors rapport au comité directif des Chefs d'ordre. Le Secrétaire peut, de son côté, recevoir les visites des diplomates à la « Roue » spécialement affectée à son usage. D'autre part, si le Sacré Collège a des communications à faire parvenir à l'ambassadeur d'une puissance quelconque, — et la Note du 17 février 1878 en est un exemple — il se sert, de môme, de rintermédiaire de son secrétaire.
Mais avec tout cela, les diplomates avaient-ils parfois recours aux moyens de correspondance clandestine que nous avons signalés au chapitre précédent? Les faits rapportés touchant le cardinal Albani ne peuvent guère laisser de doute à cet égard. Et ils ne sont pas isolés. Au Conclave qui suivit la mort de Pie VU, le Roi de tapies, dans les instructions données au cardinal RufTo son homme de confiance, l'engageait à s'entendre avec son ministre, et ajoutait: « Cela n'exclut pas que vous deviez vous servir de tous autres moyens^ dans les limites de votre ministère ». En môme temps, le ministre de Medici écrivait, par ordre de Ferdinand, au marquis de Fuscaldo, son représentant : « Vous aurez avec ce cardinal pendant qu'il sera en Conclave, toutes les communications combinables avec ses devoirs. Et toutes les nouvelles que vous recueillerez ainsi, soit par son entremise soit par toutes autres voies, vous me les ferez parvenir incontinent » (1). — Plus tard, il recommande au môme diplomate, de « chercher, par les voies les plus secrètes et impénétrables, à faire parvenir certains ren-
(1) Instructions du 29 août 1823. — Dépêche du même jour. — Cfi\ Gipoletta, Memorie polit ichc.
i38 LE CONCLAVE. CHAP. XII
soignements au susdit cardinal » (1). Et peu après, il lui dit encore : « Yu la légèreté de Tambassadeur de France (le duc de Laval), vous le traiterez avec prudence, et tiendrez le cardinal Ruffo au courant » (2). Aussi le marquis de Fuscaldo fait-il parvenir au cardinal une lettre, confidenzialmente e co7i mezzo sicuro, dans laquelle il le prie de lui répondre, conilmedesimo nietodo riservato. « Et de fait, il en reçoit bientôt une réponse, retrouvée depuis sur un bout de papier. — Un autre jour, il envoie à Naples les résultats des scrutins en ajoutant qu'il les tient de moyisignor Governatore (3). Vingt-trois ans plus tôt, lors du célèbre Conclave de Venise d'où sortit Pie VII, le ministre Acton faisait parvenir au môme cardinal Ruffo des dépêches chiffrées, et la vaillante reineCaroline lui adressait une lettre se terminant par ces mots : « Votre Eminence en examinant ma lettre la comprendra bien et verra ce que les périls me font taire. Il faut ré^ chauffer les sentiments et ar^oir feu pour comprendre que je suis toujours votre reconnaissante amie ». — Cela signifiait qu'il fallait approcher le papier du feu, pour y lira ces mots tracés à Tencre chimique : « tenez au-dessus d'un brasero les deux feuilles blanches ci-jointes, sans les brûler. Vous verrez apparaître récriture. Adieu ! » — Ces deux feuilles blanches malheureusement n'ont pas été retrouvées. Mais il y a des rais(^s de supposer que la reine avisait le cardinal des projets que formait dès lors TAutrichc en vue du partage éventuel de Tllalie et en présence de
(1) Dépêche du 22 septembre. /6iV/.
(2) Id. 26 septembre.
(3) Id. 9 sept.
la situation que créait, à la coalition européenne, Bonaparte et sa nouvelle puissance.
Nous avons sous les yeux des lettres de cardinaux étrangers assistant au Conclave de Léon XII, où les reclus commandent le menu de leur dîner, demandent qu'on leur envoie du linge et donnent des nouvelles de leur santé. Mais, entre les lignes, en apparaissent d'autres, de teinte brunâtre, tracées sans doute par quelque Conclaviste et parlant de tout autre chose. La clôture matérielle et morale des Conclaves de notre siècle étant devenue de plus en plus rigoureuse, ces petits moyens de correspondance sont tombés à peu près hors d'usage.
Une question spéciale a été soulevée, pour la première fois, au Conclave de 1769 d'où sortit Clément XIV. — Joseph II et son frère Léopold, grand-duc de Toscane, se trouvant à Rome pendant ce Conclave, manifestèrent le désir d'être reçus, non pas seulement à la grille de la porte, comme de simples ambassadeurs, mais à Tintérieur môme de la clôture électorale. Il fallut donc se demander dans quelle mesure et dans quelles formes des Souverains pouvaient être introduits au Conclave?.. Les constitutions pontificales déclarant que, si la clôture d'un Conclave venait à être violée, l'élection serait invalide, il était assez grave de se prononcer. Mais après mûres délibérations les cardinaux estimèrent que cette loi ne visait pas TEmpereur (1).
(1) Dans cette large interprétation, les cardinaux pouvaient s'inspirer d'une disposition caractéristique de la Bulle cérémonielle de Grégoire XV : La clôture, y est-il dit, une fois effectuée est documentée par Tacte authentique que rédige, à ce sujet, le Préfet des cérémonies ; même si quelque ouverture partielle ou totale se produisait
mars, à l'issue du scrutin du soir, les deux ns se présenlèrent à la porle du Conclave s quelques salutations L^changées entre eux efs d'ordre, s'ouvrit devant eux. Les cardient rangés en demi-cercle dans la Sala Regia !reur faisant, d^s le début, le geste de déposer , un cardinal le pria de la garder en sa qua-
défensour de l'Église ». Quelques-uns des issimes de la faction autrichienne oublièrent ! les membres du Conclave se consîd^rent irinces souverains et se mirent en devoir de r la main... On fit une visite à la chapelle
on en fit une autre à la salle du scrutin ; les asparcoururentquelques cellules, et enfin, de la Salle Royale, lièrent conversation avec les !t. Et, comme l'un d'entre eux rappelait que ve de Benoît XIV avait duré six mois : « Oh 1 Joseph II — si vous faites un pape sem- 1 vous pardonnera d'y mettre même un an? » -uns lui demandant de protéger le pontife r mettre un terme aux agitations des temps: 3US pouvez faire mieux encore — riposta ur — élire un pape qui comprenne le ne is et ne pousse pas les choses aux extrêmes » . i Albani insistant sur les traditions rclie la maison d'Autriche, le jeune souverain vec une certaine hauteur : « Il convient que [ui, en matière spirituelle, a pleine auto-
ent, celle clûtui-e n'en serait pas moins censée su bsi a 1er !nt, au point de vue des elTcts de la validité de l'élection, Ole, au scrutin secret, desdcu); tiers des cardinaux préail pas conalalé et dicli'rf l'ouvertuve. Si l'élection se e avant cette d£claralion oflicielle, elle devra être conme valide.
rite, ne cherche pas à user de celte autorité dans les choses temporelles des autres Etats, et qu'il ait, pour eux, des égards et des ménagements »... Remarquant alors que le cardinal Ganganelli, n'avait pas le môme costume que les autres membres du Sacré Collège, il lui en demanda la raison : « Je suis fils de S. François, répondit le futur Clément XIV, et je porte Tuniforme de la pauvreté ». Tels furent les incidents notés par les témoins de celle visite sans précédents, et qu'une inscription commémorative rappelle, dans la Salle Royale.
A Télection pontificale suivante qui fut celle de Pie YI, FElecteur Palatin voulant également visiter le Conclave y fut reçu selon les mêmes règles.
Malgré ces « précédents », il n'est pas probable que le cas d'un souverain demandant entrée au Conclave se renouvelle de sitôt. — Par contre, les temps nouveaux ont amené des situations nouvelles, qui posent aussi des questions nouvelles. Quelles pourraient être, par exemple, les relations du Conclave avec le gouvernement italien installé à Rome?...
La loi des Garanties consacre deux de ses articles au Conclave :
Art. 6. « Durant la vacance du Siège pontifical, aucune autorité judiciaire ou politique ne pourra, pour quelque motif que ce soit, mettre des empêchements ou des restrictions à la liberté personnelle des cardinaux. — Le gouvernement pourvoit à ce que les réunions du Conclave et des Conciles oecuméniques
:L*VB. — CHAP. Xlt
UT aucune violeDce extérieure », inctioimaire de l'autorité publiarcc pattliquc ne pourra, pour son office, s'iotroduirc dans les ësidence habituelle ou demeure rain Pontife, ni dans ceux où se Conclave ou un Concile oécumére autorisé par le Pape, le Con-
tcxtcsilégislatifs, ie rôle que le \ s'est tracé à lui-môme, serait isterait à ne pas s'occuper de itérieur du Conclave. En 1878, e l'Intérieur, a affecté de se conme, 11 y a quelques raisons de de aété moins volontaire, moins incèrc que ses amis ne se plai-
tout cas, les Bulles et RèglerPie IX. peu de temps avant sa Dalyserons plus loin, prouvent snvisagé toutes les hypothèses:
u Vatican par des gens armés, alais dans lequel on pénétrerait ibilelés et les ruses possibles de res prétextant un entretien avec
avec le Camerlingue, les offres
du gouvernement italien, pronmunications orales, violences dans la ville; autant d'évenluais les prescriptions les plus mis politiques étaient formulées
ite, avait eu connaissance de ces
dispositions et l'on peut admettre, sans courir risque de se tromper, qu'il y aura vu des motifs sérieux d'adopter la conduite qu'il a tenue. Divers détails confirmés par un écrivain, dont la critique est souvent en défaut maisdonticiletémoignagen'est pas suspect (1), démontrent le vif intérêt qu'en dépit de son indifférence affectée M. Crispi portaitaux choses intimes du Conclave. Il avait, en prévision de la mort du Pape, cherché à renouer ses anciennes relations avec le cardinal di Pielro qu'il avait connu jadis comme nonce à Bruxelles. Les assurances qu'il lui donna de son respect pour la liberté du Conclave ne furent, peutêtre pas étrangères aux discours prononcés, dans les premières congrégations générales, par le sousdoyen du Sacré Collège, en faveur de l'ouverture du Conclave à Rome.
Le ministre de l'Intérieur du roi Humbert avait soin aussi de ne pas négliger la haute prélature romaine. Il entretenait des rapports suivis avec un de ses anciens condisciples au séminaire de Palerme, Mgr de Marzo auditeur de Rote, qui possédait quelque peu la confiance des cardinaux siciliens, leurs compatriotes, et qui, à travers toutes les vicissitudes politiques, avait su se maintenir en contact avec les cabinets et les ministres du roi d'Italie. Ce prélat avait été chargé notamment par M. Crispi de diriger, de concert avec Mgr Anzino, chapelain delà cour, les pourparlers avec le Vatican touchant les funérailles de A^ictor-Emmanuel. Esprit habile, souple et prudent, Mgr de Marzo aurait certainement rendu des services à M. Crispi en cas de Conclave un peu prolongé.
(1) R. de Cesare, n Conclave di Leone XIII, 1888.
Qui sait, d'ailleurs, si M. Crispi ne sera pas de nouveau ministre quand s'assemblera le Conclave de demain ? Mais le fût-il, qui pourrait dire qu'il tiendra la môme conduite qu'en 1878?..
Immédiatement après la mort de Pie IX, dès le 9 février, il provoqua une décision du Conseil d'Elat pour déclarer que la Loi des Garanties avait un caractère statutaire et constitutionnel. Cette décision fut aussitôt communiquée officiellement aux représentants des puissances, comme un témoignage irrécusable du loyalisme du gouvernement italten. Or, lorsque dans une récente discussion au parlement de Montecitorio, M. de Rudini rappela ce fait, M. Crispi convint de tout, mais en ajoutant cette stupéfiante explication : « Cette décision du Conseil d'Etat ne me contentant point, je la portai devant le conseil des ministres, et à l'unanimité, celui-ci se déclara contraire à la décision du Conseil d'Etat » (Séance du 3 décembre 1890.
Voilà donc un gouvernement qui communique aux puissances une décision qui leur importe etdoitles rassurer; et ce môme gouvernement, au môme moment, déclare nulle, en petit comité, cette décision du Conseil d'Etat officiellement transmise aux grandes puissances !.. Certes, il y a là un comble de combiiiazione et rarement l'histoire a dû enregistrer un pareille application du droit international. Mais lorsque, après cela, certains esprits peu rassurés par ce « bon billet » demeurent défiants et sceptiques à l'endroit des assurances qu'on affecte bruyamment de leur donner, peut-on s'en étonner? Peut-on s'en plaindre?
Quoiqu'il en soit, bien des indices font prévoir que les opérations du prochain Conclave seront suivies
avec une attention exceptionnelle par le gouvernement italien. Et celui-ci ne voudra-t-il pas bénéficier, alors, des avantages et de la force qu'il croit tenir de la Triple Alliance? Beaucoup de gens en Italie, à ce propos, se contentent de hocher la tôte et de vous faire la classique réponse : Chi lo sa !
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