‹ Le conclaveChapitre 38 sur 61 · ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO D*EXCLUSION SI · texte numérisé non relu

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO D*EXCLUSION SI

vingt-cinq, et les Conclaves sont généralement de courte durée.

C'est ainsi qu'envers et contre les velléités d'ingérence des florentins en faveur des Orsini, Eugène IV {Condolmieri de Venise) est élu rapidement en 1431.

Ainsi encore, en 1447, contre la compétition de Prosper Colonna appuyé par Alphonse, Nicolas V [Thomas de Sarzane, archevêque de Bologne) ceint la tiare, après un Conclave de trois jours, et inaugure ce grand pontificat dont la chute de Constantinople assombrira la fin. De la même manière et grâce à Tappui des cardinaux vénitiens et des Orsini, Alphonsc Borgia, ministre du roi de Naples, Alphonse d'Aragon, devient Calixte III (1455), après un Conclave de quatre jours, en triomphant de ses trois concurrents: un oriental, le célèbre Bessarion, un romain, Gapranica, client des Colonna, et un Français, Guillaume d'Estouteville, archevêque de Rouen. Au Conclave, si agité par les antagonismes politiques, de Pie II, le brillant humaniste sicnnois, [EnéePiccolofnini, 1458), dont l'élection fut un grave échec pour les intérêts français, la candidature de d'Estouteville échoue de nouveau, par la peur que cause aux cardinaux italiens, surtout aux Milanais et aux Napolitains, la pensée d'un pape étranger, d*un français retournant à Avignon. Six ans plus tard, un vénitien, Paul II, {BarbOy 1464), est élu au bout de trois jours, toujours par le fait de Tentente des Milanais et des Napolitains et du désistement de d'Estouteville. Le roi de France, Louis XI, trop politique pour ne pas

(1) Ce premier des Borgia sur le trône pontifical fut un pontife zélé et habile qui n*aurait mérité que les éloges de Thistoire, s'il n'avait pas introduit à Bome et consacré les habitudes du népotisme.

s'intéresser à ce Conclave, ne parait pas avoir tenu à ce que la candidature du cardinal de Rouen (1) s'y posât une troisième fois.

En somme, ces divers Conclaves, qui se passèrent d'une façon fort digne, sans ingérences excessives de la part des gouvernements, sans manœuvres répréhensibles de la part des électeurs, avaient choisi des pontifes qui tinrent avec honneur et fermeté le gou- I

vernàil de TEglise, au milieu des troubles qui bouleversaient l'Europe, des périls de l'invasion turque, et des agitations qui poussaient les républiques italiennes vers le pouvoir personnel de quelque « duc » j heureux. On n'en saurait dire autant des trois ' conclaves suivants qui clôturent le XV' siècle. L'in- \ fluence des gouvernements n'y apparaît guère davantage ; mais celle de certains cardinaux plus princes qu'ecclésiastiques s'y fait tristement sentir. Combinaisons politiques, ambitions personnelles, intérêts temporels et pécuniaires, prennent ici le pas sur les grands intérêts de la chrétienté.

Sixte IV, (Délia Rover e de Savone, 1471), moine franciscain, savant, éloquent et personnellement austère, n'en inaugure pas moins cette regrettable série qui, pendant un siècle, nuisit si fort au prestige de la cour romaine. Sa politique agitée, son népotisme, ses allures séculières, y contribuèrent pour leur part. Son Conclave, où Venise avait fait des vœux pour Bessa-

(1) Il est assez piquant de voir le prétentieux pamphlétaire Petruccelli délia Gattina, dans son Histoire diplomatique des Con^ claveSy transformer constamment l'archevêque de Rouen en un cardinal de Rohan. On est étonné de voir Wahrmund {Op., cit. p. 56), reproduire une si grossière méprise. Cfr. Christophe, Histoire de la Papauté au XV» siècle. — Le premier des cardinaux de Rohan ne fut créé qu'en 1713 1

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rion, n'avait duré qu'un jour, mais certains indices font croire qu'on avait été fort prodigue de promesses matérielles envers les électeurs . A sa mort, Naples, Florence, Milan, Ferrare, s'unissent pour le triomphe de ritalianisme pur et recommandent à leurs agents l'exclusion des Vénitiens, des Français, et de tout ennemi de la ligue italienne (i). Grâce àl'entente des deux principaux chefs de faction, Rodrigue Borgia et Julien délia Rovere, — tous deux neveux de papes et futurs papes eux-mêmes, — l'austère vénitien Barbo est écarté et les suffrages se réynissent sur le nom du faible et indolent Innocent VIII^ [Cibo de Gênes, 1484), que Ton voit dès l'aube, avant le scrutin décisif, — disent les chroniqueurs, — à genoux devant la table de sa cellule, signant des grâces et des suppliques que ses électeurs emportent d'un air satisfait.

L'Italie s'agite à l'approche du Conclave suivant. Venise cette fois marche d'accord avec Naples, Gênes, Milan et Florence ; mais le Conclave, dominé par les trois chefs de faction, Sforza, délia Rovere etRodrigue Borgia, aboutit, au bout de cinq jours, et à la grande satisfaction d'Alphonse d'Aragon, à l'élection d'un second Borgia qui est proclamé sous le nom à! Alexandre V/(1492). L'anecdote des quatre mulets chargés d'or qu'Alexandre VI aurait fait entrer, de nuit, dans

(1) Cette pensée est surtout marquée dans une lettre caractéristique que les ducs de Galabre et de Bari adressent, au nom du roi de Naples, Ferrante, aux deux cardinaux d'Aragon et Visconti, pour être communiquée au Conclave, et dans laquelle est ordonnée Texclusion do quatre cardinaux et recommandé le choix de relu, parmi six candidats indiqués. C'est une première tentative d'mclusion qui précède de près d'un siècle les procédés de Philippe II. — Petruccelli, 1.309. — Thuasme (Burchard), I. app., — Cfr. Wahrmund, p. 57 et Sœgmiiller, Papstwahlen, p. 105.

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Cette physionomie «pt-ciale des Conclaves va se modifier avec le XVP siL'cle : le rè^iie d'Alexandre VI avait été marqué par une série de faits politiques d'une portée g'^néraletrès grande. En 1495, le roi de France, Charles VI 11, traversait Rome, au cours de celte aventureuse conquête de Naples qui devait vive la revanche de la Maison d'Anjou sur les princes d Aragon, expédition renouvelée cinq ans plus tard par Louis XII devenu maître du Milanais, qu'il revendî-

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que comme héritier de Valentine de Milan. Le succès des armes françaises est vu d'un œil jaloux par TËmpereur Maximilien, qui en prend aussitôt occasion pour intervenir dans les affaires de cette Italie que (( tous les barbiers se croient appelés à rcLser tour à tour ».

De son côté, TEspagne, unifiée par le mariage de Ferdinand d'Aragon avec Isabelle de Castille, après avoir chassé les Maures de Grenade et reçu de Christophe Colomb l'hommage d'un nouveau monde, voit naître et grandir Charles-Quint. Ce petit-fils des Habsbourg, des rois Catholiques et de Charles-le-Téméraire, qui a trouvé dans son berceau Théritage des Etats de Bourgogne, des Flandres et des Pays-Bas, ne tardera pas à recueillir celui de l'Espagne agrandie, de la Sicile, de Naples et du Milanais, auquel il joindra encore l'empire germanique, enserrant de tous côtés la France par ses Etats sur lesquels le soleil ne se couche jamais. La grande majorité des cai>dinaux relève de sa couronne; ils sont ses sujets, ses vassaux ou ses clients. Quoi d'étonnant qu'un pareil souverain conçoive la prétention de diriger, à son gré, Télection du Chef de l'Église? C'est même trop peu, pour lui, de se contenter des simples manœuvres de Y exclusion, il doit en arrivera vouloir dicter Viiicltision. Et c'est là en effet ce que verra la fin du XVI« siècle.

En attendant, les monarques français, un instant maîtres de l'Italie, rivalisent d'efforts avec Maximilien, pour influer sur la marche des Conclaves.

A la mort d'Alexandre VI (18 août 1503), Rome était entourée des armées françaises et espagnoles : César Borgia occupait le Vatican et les forts de la

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La situation des partis n^avait guère changé durant ot chwri pontificat, L'ne personnalité dominait toutes U*^ autres, celle de Julien délia Rovere. II n*était pas au nombre de» inclus de TFspagne, et le roi de France ne le voyait pas de bon œil. Néanmoins, le cardinal d'Amboine, croyant à se» anciennes sympathies fran- ^;aiHeH, se rallia à sa candidature. 11 fut ainsi proclamé dés le premier scrutin (!•' novembre 1503).

On connaît la politique étrangère que suivit Jules II vers la fin de su vie, politique qui se résume dans la

(]) C'ûHt UD autre archevêque de Rouen que Petraccelli délia Oaltlnu s'obKline à transformer en un nouveau cardinal de Eohan, $n fulNunt encore partager sa singulière erreur à Wahrmund.

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devise : fuori i Barbari ! Mais il semble que cette devise ne visait que les Français. Ni les Espagnols, ni les Autrichiens n'étaient des barbares à ses yeux. Les cardinaux français ayant pris part au conciliabule de Pise (1509), dont Louis XII avait voulu se faire une arme contre le Pape, Jules II avait saisi avec empressement cette occasion d'évincer les barbares, et il avait formellement exclu les cardinaux français du futur Conclave. Aussi, quand ce conclave s'ouvrit après sa mort, les Français n'y vinrent point et les Espagnols n'eurent pas besoin de déployer une grande activité contre des absents. L'empereur Maximilien, qui semble avoir rêvé, comme Frédéric IldeHohenstaufen, d'être à la fois Pape et César (1), se sentit dès lors plus à l'aise, excluant tout français ou vénitien et désignant pour son candidat, le cardinal Adrien deCometo. Mais il fut déçu et, en fait, les vingt-cinq cardinaux réunis à Rome procédèrent à l'élection^ sans trop subir les influences politiques du dehors. Au bout de cinq jours ils donnaient la tiare à Léon X, ce Médicis fils de Lorenzo le magnifique, qui personnifia vraiment la Renaissance et donna au siècle son nom (11 mars 1S13).

Léon X voit l'avènement de François I" et celui de Charles-Quint. Il conclut le célèbre Concordat de 1316 avec le vainqueur de Marignan. Ennemi d'abord

(1) 11 écrivait, le 18 septembre à sa fille Marguerite : c Le peuple et gentilhommes de Rome ount faet ung alliance et nous ount mandé que yl veolunt estre pour nous faere ung pape k ma poste... Le roy d'Aragon a mandé à son ambaxadeur que yl veulent favoriser le papat à nous v... Il avait eu dessein de demander à Jules 11 de le prendre t pour ung coadjuteur afûn qu'après sa mort pourrions être assuré d'avoer le papat ut devenir prestre ». (V. Petruccelli, op. c.)

de Charles-Quint, il s'en rapproche pour chasser les Français de laLombardie et anathématiser Luther, dont il n'a su ni prévoir, ni empêcher la révolte. Mais, en se tournant contre la France, il la rapproche à son tour de Venise dont il est l'adversaire. Aussi, parmi les trente-neuf cardinaux qui entrent en Conclave vingt jours après sa mort, se dessinent immédiatement les groupes des impériaux allemands et espagnols soutenus par les agents de Henri VIII, des Français alliés aux Vénitiens, et celui du cardinalneveu Jules Médicis. Les Français faisaient surtout opposition à ce dernier qui, finalement, se rallia à la candidature favorisée par le cardinal Cajetan de Vio, confident de Charles-Quint. C'est ainsi que le candidat impérial Adrien d'Utrecht, fut élu, quoique absent, au bout de onze jours. L'austère hollandais prit le nom à' Adrien VI (9 janvier 1S22), et ne régna que vingt mois.

A sa mort, commence la série des longs Conclaves. Dans celui qui se tint tout d'abord on chercha la majorité pendant sept semaines, à travers les combinaisons et les exclusions réciproques. Henri VIII d'Angleterre recommandait son ministre AVolsey ; Charles- Quint l'appuyait, mais préférait Golonna son parent ; tous les deux finissaient cependant par accepter un Médicis. Quant à François I*"", il avait défendu aux siens de voter pour un partisan de la faction impériale, mais ses adhérents n'étaient pas très nombreux et indisposèrent Colonna, qui, oubliant ses rivalités de famille, en vint à accéder à Jules de Médicis. Élu le 9 novembre 1523, Clément VII, par une singulière ironie des choses, devait subir les violences schismatiques de Henri VIII, marier sa nièce Catherine au fils

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de François I" et voir Rome saccagée par les armées de ce même Charles-Quint qu'il devra — deux ans plus tard — couronner, à Bologne, de la couronne impériale et de la couronne de fer.

La succession de Clément YII était lourde. 11 laissait, en 1834, le pontificat affaibli et l'incendie allumé par la Réforme prêt à s'étendre sur toute l'Europe. Aussi Ton peut dire que Charles-Quint traduisait les craintes de tous quand il adressait au Conclave la première lettre écrite officiellement au Sacré Collège par un souverain, lettre en laquelle il recommandait aux cardinaux d'avoir uniquement en vue « la tranquillité publique et la paix de la chrétienté » (1).

L'instinct des électeurs conclavaires ne s'y trompait pas d'ailleurs. Il cherchait un homme : or, une seule personnalité émergeait nettement au sein du Sacré Collège, celle d'Alexandre Farnèse qui comptait quarante ans de cardinalat. La faction impériale lui était sympathique; les français, dirigés par les cardinaux de Tournon et de Lorraine, se rallièrent à lui ; les agents anglais eux-mêmes ne lui étaient pas hostiles ; enfin le cardinal-neveu accédait aussi, oubliant que Pier Luigi avait porté les armes contre son oncle Clément VU ; il en résulta qu'au premier scrutin Paul III se trouvait élu, par acclamation, le 12 octobre 1534.

Pendant soixante ans, des papes se sont succédés plus politiques qu'ecclésiastiques, hommes d'Etat d'incontestable valeur, princes fastueux, amis des lettres et des arts jusqu'à la passion, et résumant, dans leur personne et dans leurs œuvres, cette étrange époque

(i)Ap. Wahrmund, op. cit., p. 255.

de la Renaissance si difficile à juger et à peindre. Absorbés par des préoccupations d'humanistes, d'artistes et de politiques, ils n'avaient ni prévu ni compris, avec une attention suffisante, les révolutions religieuses et morales qui s'accomplissaient, en déf^ chirant l'Europe et surtout TÉglise. Ces pontifes

* qui jetèrent sur la tiare un incontestable éclat, mais

I' un éclat plutôt mondain, ne prêtèrent trop souvent

qu'une oreille distraite aux voix des peuples chrétiens. Aussi les meilleurs esprits soupiraient-ils alors après des réformes m capite et in membris. Cette situation va se traduire dans les élections pontificales de la seconde moitié de ce siècle. En attendant, Paul III nous apparaît comme une sorte de trait d'union. Par ses débuts mondains, ses allures de grand seigneur, son népotisme qui lui réserve de craels déboires, il se rattache à l'ère des Sixte IV, des Jules II et des Léon X ; par la sollicitude qu'il porte à la réorganisation des choses de l'Eglise, par la convocation du concile de Trente, et l'approbation des nouveaux ordres religieux, il prépare les temps de Paul IV, de Pie V et de Sixte-Quint.

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La mort de Paul III fut le signal d'un Conclave dont la longueur rappelait une autre époque. Durant plus de onze semaines, les divers groupes s'immobilisèrent ^

par des exclusions mutuelles. Charles-Quint avait, cette fois encore, adressé une lettre aux cardinaux dans laquelle il se prévalait de son rôle d'advocatus Ecclesiœ pour leur recommander les besoins de la

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chrétienté (1). Ses instructions à son ambassadeur prescrivaient de favoriser les cardinaux Mendoza de Burgos, Réginald Polus de Cantorbéry d'une part, et de l'autre, défaire opposition aux cardinaux Salviati, Ridolfi, Garafa et d'Esté que portait le groupefrançais. Mais finalement, sur l'initiative de Guise et du cardinal-neveu Farnèse, la majorité se forma sur la personne du vieux cardinal Afon/^, qu'on disait bien exclu, mais d'une exclusion qui ne fut jamais notifiée. Ce fut Jules m (8 février 1550).

A sa mort, aucun des candidats mis en avant par les deux groupes politiques ne pouvait rallier une majorité d'inclusive. Mais les créatures du pontificat antérieur formaient un groupe dont l'accession décisive devait accélérer le Conclave, quels que pussent ôlreles efforts, l'ambassadeur de Henri II, de quelques cardinaux français et surtout du chef de la faction impériale: totis conatibus obstiteram (2). — Et en effet, au bout des trois jours, et par le fait d'un compromis à peu près général, Marcel Cervinus fut élu (10 avril 1555) sans que l'exclusion de Charles-Quint et peut-

a) aO novembre 1549, Ibid., p. 256. — SdgmûUer (p. 17 et 188), contre Wahrmund, voit dans cette lettre une revendication expresse des anciens droits d'ingérence impériale. L'empereur cependant n'invoque ses ancêtres que pour justifier l'intérêt qu'il doit porter au Conclave : « officio nostro déesse quin huic rei omni gravissimse atque niaximse partes quoque nostrasinterponeremus». ^- Il indiquait ses inclusions et exclusions dans la lettre adressée à son ambassadeur, visant surtout tout cardinal de la faction française.— De son côté, Henri II mandait au sien au sujet de Polus : « Je ne me voudrois pas trop me fier à Tanglois... pour Tinvétérée contrariété qui est entre sa nation et la nostre ; et vous veux bien dire que vous et ceux qui se sont meslé de lui rompre son coup ne m'ont pas fait peu de plaisir et service ». {Rihier, Lettres et mémoires d'État. Paris, 1666, II, p. 258).

(2) Lettre du cardinal de Trente à l'Empereur, 10 avril 1555 : ap. Wahrmund, Uc.y p, 257.

être même de Henri II contre lui, eût pu être manifestée. Il prit le nom de Marcel IL Malheureusement, cet excellent pontife ne régna que trois semaines.

Les mêmes partis et les mêmes tendances dominèrent rimportant Conclave qui suivit, Conclave dans lequel le courant des idées réformatrices s affirma avec une vigueur croissante, et que caractérisèrent les efforts et les insuccès du parti impérial. Le cardinal napolitain Carafa, que la maison de Habsbourg considérait comme son ennemi personnel, se trouvant combattu par l'exclusion de l'Empereur, les Cardinaux français, dont le programme était de voter pour le Cardinal d'Esté, expédièrent un courrier au Roi pour lui exposer les raisons qui militaient en faveur de Carafa. Malgré leur obstination à voter pour leur candidat Puteo, les partisans de TEmpire en furent pour leurs frais. Leur chef Mendoza avait dit à Carafa, en entrant au Conclave, qu'il devait renoncer à tout espoir parce que l'Empereur l'excluait : « Tant mieux, avait répliqué Tardent théatin ; si Dieu veut mon élection, je n'en aurai d'obligation à personne » ! Dieu la voulut en effet : malgré l'exclusion notoire, quoique non officiellement dénoncée, deTempereur. Farnèse rassembla ses partisans dans la chapelle Pauline, entraînant quelques adhérents flottants du groupe impérial, et Paul IV se trouva Pape le huitième jour de ce Conclave extrêmement mouvementé (23 mai 1553) (1).

Après un tel échec, il importait à Ferdinand d'An-

(1) Il est inexact que, comme l'affirme Bonghi (op. cit., p. 51), déjà Jules III et Marcel II eussent été élus malgré l'exclusion formelle et directe de l'Empereur. Les Cardinaux Monte et Cervini n'avaient été notés ouvertement d'aucun Veto . Môme contre Ga-

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triche, successeur de Charles-Quint dans l'Empire, que ce pape, son rigide adversaire, eût un successeur animé de dispositions différentes. Plusieurs mois avant la mort de Paul IV, il envoyait des instructions à ses agents et leur recommandait d'employer les plus savantes manœuvres de l'exclusion pratique contre un ennemi de l'Empire et de TEspagne : id dexterè et modeste omnibus modis impedire (i). Par des lettres particulières adressées à plu-v sieurs de ses Cardinaux, il prescrivait l'élection du Cardinal Gonzague de Mantoue, qu'il s'agissait, disaitil, de procurer sine scrupulo^ sine suspicione et sineperie ^/^ (2). Son ambassadeur Thurm lui donne l'assurance qu'il ne néglige rien pour assurer le choix d'un « pontife entièrement dévoué » (3), et empocher, totis virihus et dexterè^ celui d'un adversaire. Il lui

rafa il n'y avait pas exclusion directe et officielle, laquelle alors n'était pas encore connue. L'Empereur ne s'était pas adressé officiellement à tout le Sacré Collège, mais simplement aux Cardinaux de sa faction. C'était donc une exclusion matérielle notoire^ par manœuvres et voie d'exclusion de suffrages, comme toutes celles de ce siècle.

Pour devenir publique, Texclusion devra être notifiée par un ambassadeur au Sacré Collège comme corps, et pour être finalement f mime lie, juridique et directe.'û faudra que le Sacré Collège se conforme à cette notification officielle, indépendamment de la force numérique des partis, par égard pour la seule autorité souveraine du prince. 11 n'en est pas moins vrai que ces trois conclaves de Jules III, Marcel II et surtout Paul IV, par la vigueur avec laquelle Charles-Quint entendait user de son autorité pour diriger et dicter les votes de ses cardinaux, constituent un point de départ important pour le développement ultérieur du veto d'exclusion. Contrairement à sa première opinion, Saegmûller (P. W, Bullen, p. 82), estime, à tort ce nous semble, que Charles-Quint donnait ses ordres à tout le Collège cardinalice .

(1) Lettre de Ferdinand au comte Thurm, 15 juillet 1565. — Ibid. p. 258-259.

(2) Lettre au duc de Mantoue, 14 octobre 1559. Ihid,, p. 260.

(3) Rapports du comte Thurm, du 5 septembre 1559. lbid.^2b^.

mande notamment qu'il avait trouvé, ainsi que son collègue d*Espagne, le moyen de causer clandestinement, avec les Cardinaux amis, par un trou pratiqué dans le mur du Conclave (1). Tous ces détails prouvent que si on usait largement des procédés de l'exclusion matérielle et indirecte, on n'en était pas encore à réclamer un droit d'exclusion directe et formelle.

Un fait caractéristique de ce Conclave de 1S59 fut la résolution prise par un certain nombre de cardinaux d'écrire aux Rois d'Espagne et de France pour connaître leurs intentions. La Cour de France, se ralliait k la candidature du Cardinal de Mantoue ; le successeur de Charles-Quint sur le trône d'Espagne, Philippe II, qui va dominer pour longtemps les élections papales, répondit par une lettre officielle adressée à tout le Sacré Collège. Bien que le roi Catholique commençât, dans cet écrit, par déclarer qu'il n'entendait rien prescrire touchant le choix du pontife, et que sa seule intention était de rendre les électeurs attentifs à leur devoir et aux nécessités de la chrétienté, il discutait les candidatures avec une ironique hauteur et en passait ainsi en revue jusqu'à huit, « Si Carpi, disait-il, déplaît à d'Esté, et si Gonzagueet Puteone plaisent pas à Farnèse, ce n'est pas une raison pour les juger indignes ; si Tournon est Français et Pacheco Espagnol, est-ce un motif, pour les italiens, de les repousser? l'Eglise catholique n'est-elle pas œcuménique ? Si Morone a commis des méfaits, pourquoi a-t-il été absous ? Si Cesi est un homme recomman-

(1) Id, Rapports des 18 novembre et 23 décembre. Ibid., pp. 2G2-

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dable pourquoi sa parenté lui nuirait-elle? » Ce persiflage un peu méprisant servait à couvrir les instructions secrètes contre Gonzague de Mantoue envoyées par Philippe II à son ambassadeur. Tous ces agissements en sens très divers, pivotant autour de Texclusion espagnole donnée au cardinal de Mantoue (1), au sein d'un Conclave de quatre mois, aboutirent à l'élection d'un MédiciSy qui fut Pie IV {28 décembre 1859).

C'est ce Pape même que nous avons vu rédiger un Code du Conclave. Les incidents qui avaient marqué son élection donnent un sens précis à la disposition qu'il formulait touchant l'intervention des souverains (2), laquelle, disait-il, ne sauraitavoir, aux yeux des électeurs, que la valeur d'une recommandation. Il n'interdit pas les intercessiones principum ; mais il défend aux cardinaux de les considérer comme

(1) Cette exclusion avait été confiée secrètement à l'ambassadeur Vargas, qui finit par la notifier aux cardinaux de la faction espagnole. SœgmUller {^ . Vf , BuUen, p. 72). L'exclu n*en resta pas moins, jusqu'au bout, un candidat sérieux que les agissements espagnols eurent beaucoup de peine à faire échouer définitivement. C'était donc encore, malgré la pression de Philippe II, une simple exclusion matérielle notoire par voie de manœuvres, et nous ne saurions nous rallier à l'opinion ijd. d5-109), qui fait dater de ce Conclave de 1559, l'origine véritable du veto d'exclusion.

(2) Cardinales hortamiir ac eis sub divini inte)*ininatione judicii prœcipimus ut, attendentes magnitudinem ministerii quod per eos tractatur, in dandis suffragiis ac aliis omnibus electionem concernent ibus^omni dolo ac fraude y factionibus et anirnortim passionibus remotis^ ac Principum sœcularium intercession ibus, cœterisque mundanis respectibus minime attentis, sed solum Deiim pro ocidis habentes, sese pure, libère^ sincère ^ quiète et pacifice gerere debeant^ nec pro illius electione Pontificis electione, Couspirationes^ condicta^ pactiones et altos illicitos tractatus inire, signa aut contrasigna votorum suorum alteri dare, minasve aliquibus infeiTe, tumultus excitare aut alia facereper quœ electio retardetur, vel minus libère suffragia prœstentur, per se vel alium, directe vel indirecte, quovis dolOy re, vel ingénia audeant (Bulle ht eligendis)»

des instructions obligatoires, et déclare que tout pacte ou convention par lesquels ils se lieraient dV vance à ces instructions serait illicite.

Etrange ironie des choses ! A partir du jour où elles sont ainsi visées, dans la législation du Conclave, les (c recommandations » des princes deviennent plus impérieuses et se produisent avec plus d'insistance et d'éclat.

A partir de ce jour aussi, c'est, dans l'histoire de rintervention des gouvernements aux Conclaves, le commencement d'une phase particulière, marquée surtout par la prépondérance absolue de la monarchie espagnole.

La recommandation de Catherine de Médicis à ses amis laïques et ecclésiastiques d'Italie « de faire pour son parent, le cardinal d'Esté de Ferrare, et de l'ayder \

en tout ce que pourra », aura été, pour un temps, le dernier acte d'ingérence de la France dans les Conclaves. Trop absorbée dans ses luttes intérieures, elle s'en désintéressera en quelque sorte pendant près d'un siècle. L'Empereur, aussi occupé à ses guerres d'Allemagne et à ses luttes contre les Turcs, n'interviendra pas ou interviendra mollement; mais l'Espagne portée au comble de la puissance par Philippe II accentuera davantage ses prétentions et son action, à chacun des Conclaves qui vont suivre.

Les cinquante cardinaux entrés en Conclave le 20 décembre 1565 savaient que, depuis plus d'un an, le Roi d'Espagne avait formé ses listes, et confié ses

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intentions à son confident habituel, le cardinal Pacheco. Et en effet, le moment venu, un ambassadeur spécial arrivait de Naples avec des instructions définitives. Malgré la déclaration que, dans son discours au Sacré Collège, cet agent fit pour la forme, déclarant que son maître, par respect pour la liberté des élections n'incluait et n'excluait personne, nul ne put s'y tromper. Sa Majesté catholique repoussait ouvertement le cardinal de Gonzague et secrètement le cardinal neveu Farnèse ; par contre elle recommandait quatre candidatures parmi lesquelles, en première ligne, celle de l'éminent dominicain Ghislieri d'Alexandrie. Il serait difficile de distinguer avec sûreté la part que cette recommandation eut à une élection que les mérites de l'élu suffisaient à justifier ; mais enfin le 7 janvier 1566, dix-huitième jour du Conclave, Michel GA/^/zm était Pape. 11 sera 5am/ Pie F, le doux et énergique pontife de la réforme ecclésiastique, le Pape de la bataille de Lépante et de la délivrance de l'Europe.

Le Conclave qu'ouvrit sa mort (1572) ne dura qu'un jour; mais il est l'un des plus caractéristiques de cette période. Depuis longtemps, et tandis que PieV accomplissait ses grandes œuvres, des projets, des manœuvres, des intrigues dont le duc de Florence Côme de Médicis tenait les fils, s'ourdissaient et se nouaient en vue de l'élection du pape futur. L'intrigue était dirigée contre un cardinal puissant, un papabile qui avait déjà pris part à cinq Conclaves, Farnèse, neveu de Paul III. Tout cependant, même dans le Conclave, se traîne sans bruit, et c'est seulement à la dernière heure que le cardinal Granvelle arrive de Naples, entre dans la clôture, et se

rend, bien qu'il soit nuit, dans la cellule de Farnèse. Il lui exhibe deux plis aux armes d'Espagne; mais Farnèse refuse de les lire ; alors l'envoyé de l'Espagne se déclare porteur des ordres de sa Majesté Catholique, laquelle demande au cardinal Farnèse de se désister de toute prétention au trône pontifical et d'agir en conséquence. Farnèse comprit l'inutilité de toute résistance aux désirs d'un souverain « qui, disait-on, fait tout ce qu'il veut des cardinaux » (1) et se résigna de bonne grâce. Auprès du cardinal-neveu de Pie V, qui était un moindre seigneur, on ne fit point tant de façons, l'agent espagnol lui déclara, d'un ton impérieux, que son maître ne tolérerait aucun Pape qui ne fut l'un des trois dont il lui présentait la liste. Le cardinal-neveu fut trouver Farnèse, ils délibérèrent en hâte et le matin même, à peine entrés à la chapelle du vote, déterminèrent Tacclamation du savant cardinal Hugo Buoncompaffni, qui, sous le nom de Grégoire XIII^ réformera le calendrier et réorganisera partout les études (13 mai 1572).

La rivalité héréditaire des Médicis et des Farnèse plane sur le Conclave de 158S. Médicis a l'art de mettre en avant la candidature d'un moine franciscain que tous vénèrent, le cardinal Peretti, Il s'assure Axxplacet de l'ambassadeur d'Espagne et dès le troisième jour une acclamation générale, à laquelle Farnèse désemparé s'associe lui-même, place Sixte- Quint sur la chaire de Saint Pierre (24 avril) (2).

On sait que le célèbre pontife ne fut point l'ennemi de PEspagne. Néanmoins Philippe U ne lui par-

(1) Lettre du comte Arco à Maxim ilien II. (Wahrmund, p. 268; : c Potendo il re tanto, quanto puo con questi cardinali ».

(2) Gfr. Hùbner, Sixte-Quint, L. II.

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 533

donna jamais de n'avoir voulu ni se faire Tinstrument de son hostilité passionnée contre Henri de Navarre, ni servir ses rêves de monarchie universelle (1). Il le fit bien voir au Conclave suivant où son courroux tomba tout entier sur le cardinal-neveu Montalto et sur les amis du grand pontife. Son représentant, le cardinal Madruzzo, fut chargé d'exclure en masse tous les cardinaux de création sixtine, et avec eux, tous les Vénitiens, réputés amis du Béarnais. Le conflit eût pu devenir grave si Montalto — plus souple que son oncle — n'avait pas été avant tout un conciliateur ; grâce àlui, après huit jours de pourparlers, le 15 septembre 1590, l'un des candidats de Sa Majesté Catholique fut choisi. C'était le cardinal de Castagna: Urbain VII j qui régna vingt jours.

Au bout de ces trois semaines, on le conçoit, les mômes factions, les mêmes partis se retrouvent en présence, et le Conclave qui va s'ouvrir ne sera que la continuation du précédent. L'unet l'autre marquent d'ailleurs l'apogée des prétentions espagnoles. Cette fois, le comte d'Olivarès et le duc de Sessa, ambassadeurs de Philippe II, rendent notoires, dès avant l'entrée en clôture, les noms de sept cardinaux en dehors desquels Sa Majesté Catholique n'admet pas qu'on choisisse un pape. C'est à la fois l'exclusion de près de cinquante cardinaux, et l'inclusion, par nomination royale, d'un nombre restreint d'éligibles. Or ce mandat absolu de Sa Majesté Catholique est obstiné-

(1) Ihif.L — L. VII. — Pour faire diversion aux obsessions dont le poursuivaient les ambassadeurs espagnols, le pape déjà près de mourir, avait soumis à la congrégation cardinalice la curieuse question : an electio régis Franciœ, vacante principe ex corpore sanguinis^ 5j?ec^e^ a<?pon^i/Çce>n? C'était poser la question préalable contre Pacte que voulaient lui arracher les agents de Philippe.

ment maintenu et officiellement formulé par le cardinal Madruzzo pendant tout le Conclave. « Il s'agissait — dit un chroniqueur — de donner à tous les pontifes futurs l'avertissement de ne pas déplaire au roi d'Espagne, de ne lui résister, ni de Toffenser jamais en rien » (1).

Devant ces audacieuses prétentions, l'émotion fut grande au sein du Sacré Collège (2). Les partisans de Philippe s'efforçaient de la calmer. Sa Majesté Catholique, disaient-ils, ne prétend pas porter atteinte à la liberté du Conclave ; mais l'étendue de ses Etats et sa charge royale lui imposaient l'obligation de désirer un pape qui fasse son devoir, qui s'occupe de la propagation delà foi, de l'extirpation des hérésies, et qui porte enfin remède aux scandales de France. Elle ne peut pas espérer cela des cardinaux qui, sous Sixte-Quint, ont favorisé le Navarrais, et dans de telles conditions, aucune précaution ne peut paraître excessive... Estce qu'il serait possible d'ailleurs, qiC un pontife qui n'aurait pas la confiance de Sa Majesté^ le bras droit de r Église^ pût faire aucun bien! ... (3) Longue fut l'opposition du jeune cardinal de Montalto : mais le parti espagnol était d'une prépondérance numérique trop grande. Quelques conclavistes remuants essayèrent bien d'une diversionenfaveur d'une candidature agréable au duc de Savoie , lequel voyait en cette affaire,

(1) Cdnclavi dei Ponte/ici, édit. 1667, p. 238.

(2) (( Taie Tarrogonza ed insolenza dei Spagnuoli che ordivano di dare legge al Gollegio dei Cardinali che questa era tirrannide che da chi era amico délia liberta ecclesiastica... non era in alcuna manière da tollerarsi » {Relation manuscrite de notre collection particulière).

(3) Relation inédite, citée par Wahrmund,ojp. cit., p. 269-270.

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 535

— c'est l'aveu d\m de ses agents, — « une échelle au trône de France » ; ils n'y réussirent pas. Le Conclave très agité dura près de deux mois et finit par Télection d'un des sept cardinaux désignés : Sondrato ou Grégoire XJV (5 décembre 1590).

Onze mois plus tard — les papes ne duraient pas alors ' — un nouveau Conclave s'ouvrait et se terminait au bout de deux jours par l'élection d'un des six candidats de la liste espagnole (29 octobre 1S91). C'était le cardinal Fachinetli^ qui, sous le nom d'Innocent IX ne régna que deux mois.

A ce moment, Montalto venait de passer dans les rangs duparti espagnol etle Conclave se constitua, par cefaitjdansdes conditions nouvelles. Tout fut en quelque sorte renversé : les candidats de la faction espagnole, renforcée ainsi par les partisans du cardinalneveu, trouvèrent une opposition inattendue dans certains groupes de vieux cardinaux, jusque-là plus dociles. Montalto avait eu grand peine à faire accepter par ses nouveaux alliés et placer, même en dernière ligne, un de ses amis personnels, le cardinal Aldob?*andiniy que le roi Catholique avait obstinément exclu des listes précédentes; mais, en fin de compte, ce fut lui qui, au bout de vingt jours rallia les suffrages des uns et des autres et inaugura sous le nom de Cléynent VIII un long et fécond pontificat (30 janvier 1592).

Le triomphe de l'ingérence espagnole était certes aussi complet que possible. Ce n'est plus l'exclusion, mais la désignation positive de six papes par le roi. Et cependant, chose digne d'être notée, on ne voit pas encore l'exercice du droit d'exclusion formelle

LE CONCLAVE. — CBAP. HV

Il même le /ait d'une exelnsion fort péremptoirement proaooc^ par le le el résultant directemoil de ce proiler^eDtioD, qa'elle se contente delVjjD'elle soit poassée jns^'à i'imelu*ion Uion n'est efficace que par le grand :ardinaax disposas on contraints à l'apé le langage de son cardinal-confident Dclave. le soccèsest toujours la résulépondéranceoamériquedela ■• faction»

mnaissance pare et simple de l'exercice itive souveraine ili. Et si des prélenirérogativese font jour, des protestations prêtes à s'élever 2 . 11 ne faut pas l'ouidable hégémonie de la monarchie espale droit que le droit du plus fort. Et en !t le sud de l'Italie. Milan et Naples sont Bceplre : les Médicis de Florence se trou- •mentsous sa dépendance; presque touïs féodales dont les membres peuplent ■ge ont de vastes possessions dans les imis à sa Couronne : beaucoup d'entre et se considèrent toujours comme ses moyens matériels de retenir ces nom-

olifiant au Conclnve les noms des sepl inelns de il le premier fixfinple d'une noiifiealion publique l au CorpH Cardinalice. Mais elle portail ^ur la lanle de Vinrlusion, et ne saurait par conséqueut r/luiioti. Cependant elle suggéra sans doute la ble, qui liera appliquée plus tard à l'exclusion. nollo zelante dcl bene publino n délia religian Fece dei Spagnoli unagrave inveKiva. moatrando falla lodettictie per lirannefigiare il conclave, eforzare >glieloroâd escludcre dcl papalo ciaBCunochenon 'e la cose di Francia eecondo le voglîe loro » {Ree de notre collection particulière).

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 337

breux clients dans l'orbite de son influence ne manquent pas d'ailleurs au roi d'Espagne. Les bénéfices, les abbayes, les évêchés dont ce prince a la collation sont innombrables : les revenus qu'il tire des biens ecclésiastiques lui constituent un fond inépuisable de pensions, de dotations, de largesses de tous genres et nul mieux que Philippe II ne sait récompenser le zèle de ses fidèles, entretenir les dévouements, se faire et se conserver une clientèle (1).... Et les institutions politiques de l'Espagne ne sont-elles pas étroitement liées à l'organisation ecclésiastique ? Ses tribunaux déploient contre les mécréants ou les hérétiques une sévérité que ne connut jamais l'inquisition romaine ; ses vaisseaux portent la croix dans des mondes nouveaux ; en Europe même, ses armes combattent partout les dissidents. A la fin du XVI® siècle, l'Espagne apparaissait ainsi comme le boulevard du catholicisme et, à ce titre, on lui pardonnait d'être un peu son tyran. En tous cas, la volonté du roi catholique était un facteur avec lequelil était impossible à Rome de ne pas compter. On en subissait la pression, mais on ne lui reconnaissait pas une valeur juridique.

On l'a vu d'ailleurs, il y a eu des luttes et des protestations, timides assurément, mais enfin des essais de résistance jusque dans les Conclaves sur lesquels la pression espagnole pesa plus lourdement. Le fait que celui de Grégoire XIV se prolongea durant deux

(1) « Ici l'on pense que le roi catholique pourra beaucoup, parce que beaucoup de cardinaux sont ses vassaux ou ses obligés par les pensions qu'ils ont en Espagne ». (L'ambassadeur Comte Arco, à Maximilien II, l'^'mai 1572, Ap. Wahrmund, op. cit., p. 93). A la mort de Clément VIII, sur 60 cardinaux entrant au Conclave, 40 touchaient des pensions en Espagne.

mois, est très significatif. Les cardinaux de la minorité virent et dénoncèrent dans les prétentions de Philippe II, une atteinte à la liberté de l'Eglise, à la dignité du S. Siège, une tentative pour soumettre la tiare au jtispatronat de la couronne d'Espagne. Ils avertirent du danger de créer des précédents dont on se targuerait, dans la suite, et qui pourraient réveiller, chez l'Empereur, la tentation de ressusciter les anciennes revendications césariennes (I).

Le long pontificat de Clément VIII fut le signal de la réaction contre les entreprises de TEspagne. Ce que les minorités avaient dit tout bas, les majorités commencèrent à le dire tout haut et plus d'un théologien romain osa conclure qu'il y avait là une violation des lois canoniques et mt^me une pratique simoniaque. Ce courant d'opinion prit une telle consistance que Philippe II lui-même s'en effraya et, pour arrêter le mal, il résolut de provoquer et d'obtenir des solutions théologiques définitives. Il soumit donc les accusations et les doctrines des théologiens romains à une première commission dont faisaient partie le Dominicain Valencio, le Jésuite de Acosta et l'auditeur de Rote Pena. L'avis de ces premiers docteurs ne le satisfaisant pas pleinement, fut soumis par lui en 1S98, à une seconde commission composée des deux confesseurs de la cour et du même Jésuite de Acosta ; mais Philippe II étant mort sur* ces entrefaites, son fils, Philippe III voulut, à son tour se rassurer la conscience et il constitua une troisième commission à

(1) Conclavi dei pontifici^ p. 243-244 : « fare anco il papa Jus patronato del Re di Spagna, percio che essendo li spagnoli piutosto diligenti in ritenere ed accrescere quello che una volta acquis tanOr che poco accurat in lasciarlo perdere » .

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laquelle furent soumises les mômes questions ; commission dont faisaient partie don Juan Idiaquez, le Comte de Miranda, le cardinal de Séville, le dominicain de Cordova. Les conclusions de tous ces doctes personnages furent celles-ci : 1^ Le Roi catholique, pour sauvegarder ses intérêts, peut licitement exercer son influence sur l'élection du pape, 2° Il peut recourir tant à Tinclusion qu'à l'exclusion pour empêcher qu'un cardinal indigne ne monte sur le trône pontifical ; 3° 11 lui est permis, à cette fin, d'accorder des pensions et autres avantages, pourvu qu'il n'y ait aucun contrat enchaînant la liberté électorale des bénéficiaires (i).

On a beau dire, comme certains écrivains modernes, que Philippe II était un prince catholique, faisant sienne la cause de l'Eglise, il faut bien convenir que son catholicisme faisait surtout siens les intérêts de ri^glise universelle et que l'indépendance du S. Siège était le moindre de ses soucis ; son zèle allait beaucoup moins à servir la religion qu'à s'en servir ; mais avant tout il voulait la dominer. Et de plus, il avait absolument besoin non seulement d'un pape ami, mais d'un pape à lui pour l'achèvement de ses projets en Italie et le succès de sa politique en France.

Et là justement était le danger contre lequel avait lutté Sixte-Quint et dont les plus clairvoyants se rendaient compte.

(1) Gindely, Zur Geschichte der Einwirkung Spaniens auf die Papst wahlen. (Sitzb. d, Wiener Akad. Bd. 38).

540 LE COiNCLAVE. — CHAP. XIV

La tournure nouvelle qu'avait prise la situation politique en France vint heureusement mettre un frein aux prétentions des monarques espagnols. Clément VIII en accordant au Béarnais cette absolution à laquelle, depuis les derniers jours de Sixte-Quint, Sa Majesté Catholique s'opposait avec tme âpre passion travaillait au rétablissement de l'équilibre européen. Henri IV de son côté savait apprécier la valeur des bons rapports avec la papauté, et ce lin politique comprenait mieux que personne de quelle importance il était que les Conclaves ne se déroulassent plus sous l'influence exclusive et prépotente du roi d'Espagne (1).

Il a été question dans un précédent chapitre des deux Conclaves de l'année 1605, où la faction espagnole fit successivement échouer la candidature de Baronius. L'Espagne n'eut cependant pas alors la satisfaction de procurer l'élection d'un candidat de son inclusive. Pour la première fois, depuis un demi siècle, un groupe de cardinaux français, à la tète desquels se trou valent Joyeuse et du Perron, contrebalançait au Conclave la puissance espagnole. Les cardinaux français se rattachaienttoutnaturellementulafactiondes créatures de Clément VIII, dirigée par son énergique neveu, Aldobrondini, tandis que les Espagnols, ayant à leur tôle Avila, s'alliaient au neveu de Sixte-Quint,

(1) Peut-être un indice des préoccupations de Henri IV se trouve-t-il dans le fait de l'apparition du premier traité publié, en français, sur l'Élection du pape, que son auteur, Jérôme Bignon, dédia au jeune duc de Vendôme, Tun des fils du Béarnais (1606).

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS Dli VETO d'eXCLUSIOX 54

Montalto, autour duquel se groupaient en général le vieux cardinaux. Joyeuse ayant mis en avant — aprè d'autres combinaisons — le nom du cardinal de Me dicis. Avila essaya vainement de rallier contre lu les partisans du roi Catholique. Il parcourt les cellule et les corridors et accourt à la chapelle du vote, e: criant tumultueusement ; k Le roi ne le veut pas ! mais c'était trop tard : l'adoration avait déjà eu lie dans la cellule. Lui-même fmit par prendre part a scrutin (1), elLeon X/fut élu après un Conclave d seize jours (1" avril 1605). Mais il ne vécut que quatr semaines.

Humilié et furieux d'un tel échec, le dépositaïr du secret d'Espagne, prend alors ses mesures pou ne pas se laisser surprendre au Conclave qui v suivre et quand il voit à ce Conclave que la cand: dature du cardinal de Caraerino, exclu par l'Es pagne, va triompher, il se poste devant la porte d'ec trée de la chapelle Pauline, à la tète d'une factio de 27 cardinaux, répétant à ceux qui entrent dans I salle de vote : « Je verrai bien, cette fois, qui oser résister à la volonté de mon Roi ». Cette manœi vre en effet obtient un plein succès. Après diverse exclusions réciproques entre les factions des deu cardinaux-neveux lesquels ont fait d'ailleurs d'étrai

(I) Lettre du Cardi du Perron au Roy : t Je trouvay dans ui chambre du Conclave tous les cardinaux a.vec leurs rochets, et cardinal d'Avita criant, tempealaot et prolestaût qu'on trahisse le roi d'Espagne ». S. GÂcile et Farnàae aoutenaient le contraire le reprenaient de son impudence». Le cardinal d'Avila, protectei d'Espagne, s'y opposaen plein Conclave, criant Trahison, Trahlaoi je proteste, je proleste ! It est ennemi du Roy catholique, le Fli calholique l'exclue de sa propre main et se déclare son enneroy (Le» Ambaiiades et Négociations du C. du Perron. Paris 163 pp. 445, 395).

-Wi*^'

sa LE CONCLAVF. m/tf XIV

ges chassés-croîsës (i)» on en arrive h eiitte 9«tefrdramatique où le huitième joih% les deux groupes se raflient tumultueusement, celui d^AId<^andini et des Espagnols dans la chapelle Pauline, accIaBMnt Tosco ; celui de Montalto avec les Français, dans la Sixtine, proclamant Baronius. Mais aucun des deux partis en présence n'avait la majorité : il fallut que, dans la nuit même, les chefs arrivassent à une transaction, et cette transaction qui fut orageuse se fit sur la candidature de Camille Borghèse (16 mai 1605), le pape, qui achevant la façade de S. Pierre, y grava son nom : Pauhis F, Burghesitis^ Bomanus !

En ces deux Conclaves de 1603, on en est revenu au procédé classique de Texclusion par manœuvres de faction ; mais pourtant, remarquons-le bien, le confident espagnol en appelle aussi à la volonté de son roi, et cet appel, dans les termes et dans les circonstances où il se produit, doit certainement être considéré comme un pas décisif en avant. Au lieu d'être adressée aux seuls cardinaux amis, de la faction, la notification est en réalité signifiée au Sacré Collège tout entier. Si la forme en avait été moins incorrecte, et surtout si la notification ne fût pas venue trop tard, c'eût été déjà Texclusion matérielle sous sa troisième forme, c'est-à-dire, ouverte, publique ou officielle qui dominera le XVIP siècle et préparera Texclusion formelle et péremptoire (2).

(1) Il y eut là en effet une de ces volte-face dont l'histoire des Conclaves nous présente plus d'un exemple. Montalto qui déjàavait tant étonné le Sacré-Collège en passant aux Espagnols lors du Conclave précédent, invente subitement la candidature de Baronius, s'aliène de nouveau les Espagnols, les rejette dans les bras de son adversaire Aldobrandini, et du môme coup gagne le parti français, sympathique d'avance à la candidature de Baronius.

(2) Gomme nous l'avons déjà indiqué, l'exclusion matérielle des

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 543

En attendant, Télection suivante du cardinal Ludovisi se fait, selon Tancienne formule. Le neveu du pontife défunt dirige la majorité des cardinaux : son premier candidat, le cardinal Campora, déplaît aux Français et au groupe des vieux cardinaux, alors l'ambassadeur de France passe toute la nuit au Conclave pour rallier des partisans et leur faire signer l'engagement écrit de ne pas voler pour Campora ; le lendemain matin, cette candidature est abandonnée. On a transigé et le premier scrutin proclame un autre des candidats du cardinal neveu : Grégoire XV (9 février 1621) (1).

Malgré sa brièveté, le pontificat de ce pape est

votes se développe sous une triple forme. Tout d'abord secrrte et confidentielle elle devient notoire lorsque les cardinaux qui ont le « mot » communiquent leurs instructions à leurs partisans, et aux alliés qu'ils cherchent à gagner à leur faction. Lorsque ces cardinaux ou leurs ambassadeurs la notifient officiellement aux représentants du Conclave, c'est l'exclusion ouverte ou publique qui, à travers le XVII« siècle, mène, comme dernière étape, à l'exclusion formelle Q\x juridique y prononcée de par l'autorité du souverain, indépendamment du nombre plus ou moins grand des cardinaux qui l'appuyent. — En pesant bien tous les détails des récits, nous ne saurions voir dans l'acte d'Avila Texercice proprement dit de l'exclusion ouverte et publique, et bien moins encore celui de l'exclusion formelle et juridique. Ses cris désespérés avaient évidemment pour but principal de rallier à sa faction le nombre de votants nécessaire. La forme n'était pas précisément très officielle et ils venaient trop tard. Mais il n'y aura plus qu'un très petit pas à franchir.

(1) A l'ambassadeur, maréchal d'Estrées,le cardinal Aldobrandini malade expliquait « qu'il n'était plus en état de se rendre chef de l'exclusion comme il s'y était engagé ; que son mal ne lui permettait pas d'agir et de sortir du lit, et qu'il était nécessaire de la faire au nom du Roi » (Mémoires du maréchal d'Estrées, collection Petitot. Sir. II, T. 16, p. 369). L'ambassadeur n'osa pas risquer la tentative, mais cette suggestion d'un cardinal de faire l'exclusion au nom du Roi, dans le but de suppléer à la faiblesse numérique du parti, montre que la conception de l'exclusion publique et ouverte se dégageait de plus en plus.

'.'•ri

Doe souveraine importance en matière de Conclave, !st lui — nous l'avons vu — qui formula et fixa la !;islation dérmitive des élections papales. Relevons qu'à l'exemple de Pie IV, Grégoire XV défend aux rdinaux de prendre d'avance des engagements reifs à l'électioa (l). Sa Constitution ne parle pas, il t vrai, comme celles de son prédécesseur, des inler' ■siones principiim; mais elle mentionne expressé- ;nt les pratiques de Tinclusion et de l'exclusion, utofois c'est à tort que certains auteurs ont voulu roir la condamnation du droit d'exclusion formelle. la vu que l'exclusioD n'était comme droit, pas ente exercée, et ce que revendiquait Philippe II était m autre chose. Or on ne condamne pas ce qui n'est s.

Mais trouverait-on du moins dans la Constitution

) Cardinales omnino ashlineant ab omnibus paelionibiis, veiitio>iibui,promissionibus, intendimentis, condictis, fmde- >is, aliit quibuscumque obligationibus, minis, signi$, contralis suffragiorum seii schedulanim. aut aliis lam verbo quam Ipto aat quomodocumqut dandi» aut pelendiî, lam respecta usionis quam exeliuiouis, tam unius personae quant plu- 'Il , nul cerli generis, veiuti creaturam aut hujuamodi, ieu de 'r"gio dnndo vel non daiido, quae omnia et singuiii, si de

0 intercenerini, eliam juramento ndjecto, nuila et irrita, lie ad eonim obiervanliam qtiemqttam teiieri, aut ex traiisisione notam incurrere fidei non servatae, deeernimus et liiramus ; et contrafacientes ex mine excommunicationi» 'lo innodamus ; tractatus tamen pro electione habendos, ve-

' non inteUigimut. (Bulle Aeterni PnirU.) — Lu porlée de ! disposition est évideiumenl déterminée par l'eipreHsion aliis ri'itiollibiis que conlirinent encore les suivantes ; dando vel l'aiido, nulUi et irrita, ad obseroanliain leiieri, nolam fidei serûatœ. Pour ce motif, doub ne saurions nous rallier & l'opi-

1 qui voit 1& la condamnation de Texclusion par veto politique muller, op. cit. passim) ni à celle qui y trouve visés indiseinent tous les moyens divers d'amener tes cardinaux à donner refuser leurs voix (Vahrmund, op. c, p. 23, Beitràge. p. Wl.

a des moyens qui sont prohibés, d'autres non r tractatus ha-

ORlGliNES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION o4S

de Grégoire XV la condamnation certaine, absolue de toutes pratiques et manœuvres tendant à Vexchisio votoTum faite sous l'influence des princes. Nous ne le pensons pas. Le contexte monlre que l'auteur de la Bulle Aeterni Pairis a surtout en vue de défendre aux cardinaux ce que les Constitutions antérieures leur interdisent déjà : les engagements, pactes ou conventions par lesquelles ils s'engageraient d'avance à donner ou à refuser leur voix, — inclure ou exclure, — à des candidats déterminés. Que ces pactes soient de nature politique ou privée, ils sont tous également illicites et nuls ; mais, cet élément contractuel écarté, rien n'empêche les cardinaux d'entendre et d'apprécier, dans la pleine liberté de leur conscience, les remontrances ou recommandations des princes. Tel nous paraît ôtre le sens naturel de cette célèbre déclaration canonique. Une interprétation plus rigoureuse ne pourrait ôtre acceptée sans entraîner la conséquence que de 1623 à 1831 tous les Conclaves qui admirent l'exercice du veto des souverains violèrent la Bulle de Grégoire XV, conclusion qui nous paraîtrait singulièrement excessive. Nous croyons au contraire que la conduite des cardinaux, pendant deux siècles, est un excellent critérium d'interprétation.

D'ailleurs le cadre historique qui précise la portée de ce document et dans lequel se développent ses conséquences confirme notre interprétalion. Un an après sa publication s'introduit en effet l'usage de l'exclusion publique et officielle sous la forme d'une notification faite par les ambassadeurs aux chefs du Conclave. A la tôte des deux factions principales se retrouvent, comme par le passé, les neveux des deux pontifes précédents. A ce long Coule CO>"CLAVE. — 35

e de 1623, le jour même de l'entrée des cardi- X, le duc Pastrana, ambassadeur d'Espagne, va iver les deux « neveux » qui dirigeaient les rations pour leur signifier que le roi Cathoe, d'accord avec l'empereur, donne l'exclusion

deux cardinaux Borromeo et Galamini. Cela npôcha pas, il est vrai, ces candidats d'obtenir à ;rses reprises un nombre considérable de voix. — faclton française était représentée par le seul cartl de Savoie. Après bien des oscillations, le Con- ■G se termina enfm, au bout de 19 jours, par i'éion du cardinal liarberini — Urbain VIII — non lu par l'Espagne et sympathique à la France où ■ait été nonce (6 août 1623). Or, lui aussi sepréoca de la législation du Conclave ; mais ce fut pour Tirmer les Bulles de son prédécesseur, sans viser ■ement la pratique de l'exclusion, cette pratique quelle la démarche de l'ambassadeur espagnol ve-

dc donner une forme si accentuée, ■ans cette nouvelle phase du maniement de l'exion ouverte el publique, l'appui d'une nombreuse ion cardinalice demeure toujours un facteur inensable, que l'Espagne, l'Autriche et la France nent à s'assurer ; mais la manifestation de la voé du souverain s'y ajoute comme un appoint esiel qui, nous le verrons, passera bientôt au pre- !■ plan,

;la devaitarriver par la force des choses. Le preset l'autorité d'un souverain étant directement enis, après une déclaration ou exclusion officielle, il été grave de n'en pas tenir compte et les Eslols, renforcés de leurs alliés habituels, les imaux,n'eDtcQdaient pas s'exposer à ce qu'il en pour-

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 547

rait résulter. Leurs théologiens s'appuyaient sur Tautorité de S. Thomas (1) pour soutenir que des candidats, dont le choix risquait de provoquer des disputes, des guerres ou des schismes, ne doivent pas être élus ; et leurs diplomates faisaient entendre, par des circonlocutions enveloppées, qu'on pourrait amener ce qu'on appellerait aujourd'hui une rupture des rapports diplomatiques (2).

Le Pontificat d'Urbain VIII [Barberini) avait été long et tourmenté. Son attitude bienveillante pour la France à travers les péripéties de la guerre de Trente ans, avait singulièrement indisposé le roi d'Espagne et l'Empereur et ces deux souverains se préoccupaient d'aulant plus des élections subséquentes. L'intérêt fort ardent qu'ils y mirent donna une physionomie très spéciale aux Conclaves d'Innocent X [Pamfilï) en 1 644 et d'Alexandre VII [Cliigi) en 1655. Ici comme là, l'Espagne excluait obstinément le candidat favorisé par la France ; la France moins tenace finissait par retirer les exclusions qu'elle avait portées d'abord, et les candidats qui recueillaient le bénéfice de son désistement étaient élus.

Cette situation, qui se reproduisit deux fois, donna

(1) Sum. theoLy2, 2, q. 68.

(2) « Una scrittiirâ fatta dal Valentini, confessore del conclave, che niostra non potersi faro per l'occasione che si darebbe a tutti qiiesti prencipi di sequeslrarsi dal commercio délia Sede Apostolica in lutte quelle cose che non aspettano alla fede o religione ». Rapport du duc Savelli, ambassadeur de l'Empereur, 27 août 1644, {np. Wahrmund, l. c, p. 273).

5i8 LE COSCLA%'i:. — CHAP. ÏIV

lieu à des iliscu^sions el à des disserta lioDs lhéolo}:îques nouvelles relatîvemeat à la valeur de l'eirlusîon des princes. Si (Irégoire XV se fût prononcé cooime on voudrait nous le faire croire aujourd'hui, c'est lors i|u'<tn eut invoqué ses condamnations. Ces deux Conclaves si semblables par certains co- L-s. présentèrent, sur un point, un aspect dtlTérent. Tandis i|ue le premier <644 était dominé, suivant usafie, par les neveux du Pontife défunt, le second t6:>;)i marquait discrètement le commencement du éclin du népotisme. Innocent X ne laissait pas de levcu dans le Sacré Collège. Il en résulla que le Conlave fut divisé en un grand nombre de groupes, larmi lesquels, un parti indépendant que l'ambassaleur d'Espagne baptisa du sobriquet « d'Escadron olant ». Mais voyons les détails:

En 1() 14. les deux Cardinaux-neveux étaientdes Barlerini. L'un, le Cardinal Antoine était le « confident '> lu parti français ; l'autre, le Cardinal François, était c véritable arbitre des opérations électorales, — Ce lemier tenait en réserve deux candidats; le Cardilal Sacchelti, vivement soutenu par les Français, et c Cardinal Pamfili non moins épaulé par les Espa- ^ols. Des le premier jour, ceux-ci prononcèrent une ixclusion publique contre Sacchelti. On lutta quand nôme, mais après une longue série de scrutins pcrius, le Cardinal-neveu produisit son second candiiat. El alors, pour empêcher le groupe français do lénonccr ù son tour publiquement l'exclusion qu'il c-nait conridentiellement en réserve contre Pamfili, 1 entra en négociations avec l'ambassadeurde France, e marquis de St-Chamond. Il l'entortilla dans des combinaisons politiques, le séduisit par des promesses

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLL'SION 549

pour son gouvernement et pour lui-môme — on Taccusa d'avoir acheté St-Gliamond — et enfin il obtint renvoi d'un courrierà Paris pour obtenir des instructions nouvelles. Cela suffisait à Thabilelé de Barberini ». « Voilà, dit-il, l'exclusion de la France contre PamfiU retirée ». Agissant en hâte, et, Tardeur de la faction espagnole aidant, il put, après cinq semaines de conclave, amener Télection d'hinocent X (16 sept. 1644). Comme punition, le Cardinal Antoine se vit enlever sa charge de Protecteur de France et l'ambassadeur qui n'avait pas su faire à temps sa déclaration d'exclusion, n'évita pas la disgrâce de Versailles, malgré ses mémoires justificatifs (1).

On sait assez que, sous ce pontificat, les rapports entre la France et le Saint-Siège prirent un caractère de tension progressive. A la mort d'Innocent X (7 janvier 1633), le cardinal Sacchetti se trouvait de nouveau en première ligne ; mais, fidèles au principe (ju'ils avaient déjà fait prévaloir contre Baronius : seincl exclusus^ semper exchisus^ les Espagnols repoussèrent obstinément cette candidature. Pendant deux mois, les votes journaliers se répétaient identiques :

(1) Les cardinaux espagnols étaient disposés à reconnaitre à la France le même droit d'exclusion qu'ils revendiquaient pour leur roi : « ils déclaraient à St-Ghamond qu'ils ne voteraient pas pour Pamûli, si l'exclusion formelle de la France était constatée, parce que, disaient-ils, le Sacré-Collège est tenu en conscience de faire un pontife commun, non suspect à aucune des deux couronnes ». Plusieurs cardinaux romains déclarèrent de même asse illamconsrientiœ ohligntionem tnlein ut si Rex Galliœ aliqunm excluderet , tiumqunm ei suffrngattirl essent. (Cfr. Sâgmùller, P. W. Bullen, p. 222-2*2i). — Dès lors aussi apparaît le principe que l'exclusion ne peut frapper qu'un seul candidat : c Gome il lu suo non poteva escludere due », disaient les cardinaux à l'ambassadeur. La môme constatation se trouve faite par Fontenay-Marsuil dans ses Mémoires (coUect. Petilot, Sir II, t. 51, p. 311. — Le concept juridique du veto se dégageait de plus en plus.

5S0 LE COiNCLAVE. — CHAP. XIV

trente-trois bulletins pour Sacchetti et tous les autres portant ce seul mot : Nemini. Aussi l'appela-t-on le cardinal Trente-trois, tandis qu'on parlait d'ailleurs de faire ceindre la tiare à Nemini, Plaisanteries qui n'avançaient guère les choses. L'ambassadeur d'Espagne, Terranova, finit par dénoncer, au guichet du Conclave, l'exclusion publique contre lui.

Une autre candidature surgit alors peu à peu, ce fut celle du cardinal Chigi. Mais on redoutait pour lui l'exclusion de la France. Mazarin qui n'oubliait pas ses griefs personnels, lui reprochait en outre d'avoir favorisé, comme nonce, au traité de Wcslphalie la conclusion d'une paix séparée et hostile à la France, entre l'Espagne et] la Hollande. Le portrait qu'il en trace dans les Instructions confiées au cardinal d'Esté (1) est du reste trop passionné pour être exact. Quoi qu'il en soit l'ambassadeur, M. de Lionne, arrivé à Rome le 23 janvier, peu de jours après l'entrée en clôture, n'avait fait au Sacré Collège que des déclarations générales. Les instructions du cardinal d'Esté portaient que <c le roi, àrimitation de ses prédécesseurs ne prétendait pas empêcher la liberté du Conclave, ni se servir de movens illicites pour violenter les suffrages du Sacré Collège » (2) et que, quant à l'exclusion contre le cardinal Chigi, elle devra être faite « par telles voies et en telle forme que l'on jugerait plus à propos ». Seulement, elle ne devait pas être précipitée, la prudence voulant « qu'on la tienne extrêmement secrète et qu'on se contente d'esquiver doucement, par les biais ordinaires, la nc^-

(1) Recueil des Instructions aux ambassadeurs de France. — Rome par G. Hanotaux, 1. 1.

(2) Ibid., p. 7.

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 531

mination de ce cardinal » (1). En dernier recours, seulement, et après avoir épuisé les autres moyens pour assurer l'exclusion il y aurait lieu « de passer outre à une déclaration publique ». On en serait venu là sans doute, sans l'inspiration généreuse du cardinal Saccheltiqui, le 13 février, expédia un courrier à Mazarin, avec des lettres au Roi, pour le prier de niî pas s'opposer à l'élection de son concurrent. Et celte fois, il n'en fut pas comme au dernier Conclave, on attendit le retour du courrier.

Le 30 mars Lionne faisait parvenir au cardinal d'Esté le billet sifivant : « Le Roi vient de retirer l'exclusion qu'il donnait au cardinal Chigi^ le 9 novembre dernier, dans vos Instructions. Il désire même que votre Altesse emploie tout son pouvoir, influence et activité pour élever ledit cardinal au pontificat ». Le 7 avril suivant yl/!e^awc?7T T7/étaitproclamé (1635).

Nous avons parlé des discussions théoriques sur la valeur de l'intervention des princes que tous ces agissements provoquèrent, mais il n'est pas inutile d'y revenir. D'après un rapport en date du 27 août 1644, du duc Savelli, ambassadeur de l'Empereur, le religieux jésuite Valentini, confesseur du Conclave, avait rédigé une note confirmant, en cette matière, les conclusions du cardinal Albornoz, plénipotentiaire Espagnol(2).

Cette note disait, en fin de compte, l^' que la confiance et la bonne harmonie devaient régner entre le Pape et les princes chrétiens pour amener la paix

(1) Ibid,, p. 16.

(2) Ap. W^ahrmund, l. cit., p. 273. — V. le texte publié, d'après un Codex Barherinus par le môme auteur dans ses Beitrœge 2ur Gesch. des Exclusions rechtes. Wien. 1890, p. 8.

universelle et faire cesser les maux de la guerre, et qu'il importait de choisir le futur Pape en vue de cette nécessité. 2*^ Qu'une rupture, fut-elle simplement politique, entre le S. Siège et le souverain d'un grand pays catholique, constituerait un danger dont les cardinaux seraient coupables devant Dieu s'ils la provoquaient par Télection inconsidérée d'un candidat exclu par les couronnes. L'auteur concluait à la soumission envers le roi d'Espagne et ses exclusions. Le cardinal Rapaccioli répondait à cette consultation en s'élevant vivement contre la prétention de ne motiver l'exclusion que sur la seule volonté du roi d'Espagne. Ce souverain, disait-il, n'avait qu'à donner des motifs et à persuader les cardinaux par de bonnes

raisons Agir autrement, de la part du Conclave,

et accepter la doctrine du jésuite, ce ne serait pas seulement se mettre sous le joug de l'Espagne, mais ce serait conférer le môme droit au roi de France bien que celui-ci ne soit représenté que par cinq cardinaux en regard des vingt-cinq dont dispose TEspagne. Il ne prétendait pas d'ailleurs s'opposera toute exclusion ; mais il soutenait que, recevable en certains cas déterminés l'exclusion ne l'était pas toujours, et que même il fallait, pour qu'il y eût obligation morale à en tenir compte, que le mal résultant de son rejet fût parfaitement certain et évident (1).

Onze ans plus tard lors de la seconde exclusion de Sacchetti, le cardinal Albizzi, théologien docte et indépendant, rédige un traité dans lequel il combat l'exclusion, en développant les raisons que les canonistes

(1) Relation inédite citée par V/ahvm\ind,Auschliessungsr. ,^.13&. — Cfr. Gonclavi dei pontifie!, p. 487.

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eSCLUSIOS Î

font valoir en tout temps contre l'ingérence séculii dans les élections ecclésiastiques (1). Il admet bi que dans certains cas, les souverains puissent adr ser d'amicales remontrances aux cardinaux, mai: no veut pas qu'ils usent de menaces, ni qu'ils préti àcnl parler d'autorité. Il prévoit le cas où rEmj reur, le roi d'Kspagne et le roi de France, excluerai' chacun un cardinal parfaitement digne, et alors q] embarras pour les électeurs ?

Albizzi avait invoqué Tautorité d'un autre théc gien jésuite, le savant cardinal de Lugo; mais cel ci répliqua par une attaque vigoureuse contre thèse absolue d'Albizzi (2). Posant en principe qui plus digne doit être jugé, non d'après ses quali personnelles mais par rapport au service de l'Kgli l'éminent Jésuite, aprf-s avoir rappelé que Sacch' était exclu par le roi Catholique pour sa trop grai liaison avec Mazarin, soutenait qu'élire un cardi tenu en défiance par le plus grand monarque d( chrétienté était un danger pour l'Eglise. « Si, aji tait-il, les princes temporels ne peuvent prendre p à l'élection du pontife suprême, rien, dans les cani et constitutions apostoliques, ne leur défend de mander, dans des formés convenables, aux cardins amis ou sujets, de ne pas concourir à l'élection d candidat qui n'a pas leur confiance ". \H ainsi — C( cluait-il — il est injuste de censurer les cardina

(1) V, le teile reproduit d'après un manuscrit du Vatican Wahrmund, BeHrœgf, p. ».

&)Ibid.,y. 18. ~ Sûgmûller croit an contraire que le Irait* Lugo est lin travail reproduit par un manuscrit Corsini dont verses copies ae retrouvent dans les bibliotlièqiiea romaines W. Bifllen, 192-1061.

qui sont disposés à déférer au désir de sa Majesté Catholique.

Cette curieuse polémique donna naissance à une série d'opuscules, qui presque tous développèrent, plus ou moins, les considérations du cardinal- de Lugo (1). Mais les plus anciens parmi ces mémoires ne parlent guère d'un droit proprement dit d'exclusion. Presque tous n'ont encore en vue que l'exclusion matérielle des voix, sous la forme publique et ouverte (2). La conception juridique du veto pérenvptoire sortira de là bientôt ; pour le moment elle n'est pas encore complètement née. Voyez Louis XIV luimême. Certes ses rapports avec Alexandre VII sont déplaisants, même avant que le trop fameux incident des Corses vienne les gâter tout à fait, et il le prend de haut. Cependantlesdeux instructions qu'il adresse, au duc de Créqui en 1662 et au duc de Chaulnes en 1666, ne parlent pas de son tWo comme d'un droit absolu. Le roi déclare qu'il ne compte dénoncer « l'exclusion formelle et ouverte contre aucun cardinal » ce parti étant « bien plus sûr pour sa conscience, et aussi pour sa dignité ». La France écrit-il « a toujours été bien éloignée des prétentions (T esclavitude où d'autres nations ont voulu tenir les papes et personne

(1) .4p., Wahrmund, Ibid.... p. 33 ss.

(2) C'est aussi la thèse du traité cité plus haut d'Adarzo rédigé à ce moment là et qui fut le seul travail imprimé à cette époque. Autre est ravis de SâgmùUer [Op. cit. y p. 19 et ss.). Mais cet érudit auteur ne nous parait pas attacher assez d'importance à la distinction entre l'exclusion ouverte ou publique qui a encore besoin de l'appui d'un parti, et Texclusion formelle ou. Juridique qui en fait abstraction. Le XVIII» siècle d'ailleurs ne faisait guère lui-même cette distinction, du moins dans les termes. Les Instructions de Louis XIV, à partir de 1662, emploient indistinctement les expressions d'exclusion ouverte, publique ou formelle. Gfr. Hanotaux^ pp. 125, 217, 284, 235, 274, 277, 348.

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLDSIO:H 553

n'ignore les mauvais traitements qui leur ont été faits quand ils n'ont pas voulu contenter leurs prétentions réglées sur l'intérêt particulier et peu souvent par la raison ». Le roi ne veut pas « s'exposer aux inconvénients qui lui arrivèrent, pendant sa minorité, au Conclave d'Innocent X où Ton porta au pontificat le seul sujet que Sa Majesté avait déclaré vouloir exclure » (1). Ce langage où perce l'amertume d^m souvenir pénible montre bien que Louis XIV n'a pas encore la conception du droit d'exclusion tel qu'il prévaudra peu après. Les discussions entre Albizzi et Lugo avaient en effet mûri singulièrement la question.

A vrai dire l'abstention quelque peu hautaine de Louis XIV lui réussit cette fois. Il avait indiqué trois cardinaux pour lesquels il faisait des vœux : Sacchetti, Albizzi, Rospigliosi, et ce fut ce dernier qui sortit d'un Conclave de dix-huit jours. Les Espagnols s'étant mépris sur les préférences du roi de France votèrent avec un certain élan pour ce candidat qui fut Clément IX {20 înin 1861).

(i) « Il «st certain écrivait-il encore que si les choses passaient par la raison» les cardinaux devraient bien se garder de jamais élire pour pape, un sujet qui serait formellement exclu, par un roi de France, ni mémo par celui d'Espagne, pour les {grands maux qui pourraient arriver à la religion, si Tun ou l'autre n'acquiesçait pas à l'élection. Mais outre que cela peut arriver,.. , il est encore évident qu'en de pareilles occurrences, les deux tiers du collège ne considèrent que leur propre intérêt ou leur passion particulière, sans avoir* le moindre égard pour l'inclusion ou l'exclusion d'un roi ni se donner aucun soin de ce qui arrivera dans les affaires du monde, quand ils feront une élection qui ne lui sera pas agréable » (Hanotaux, Recueil des Instructions, l, c.^ p. 129, 1220).

Effectivement les rapports entre Louis XIV et le S. Siège, furent excellents pendant le pontificat de Clément IX, mais ce fut un pontificat de deux ans et demi. Le Conclave de son successeur Clément X (Altieri 29 avril 1670) se prolongea pendant plus de quatre mois ! La faction espagnole, appuyée par le cardinal neveu Chigi, s'agitait en faveur du cardinal d'Elci ; le groupe français, allié aux cardinaux-neveux Barberini, Rospigliosi et aux indépendants de l'escadron volant, repoussait cette candidature : c'était la bataille. Aussi le duc de Chaulnes reçut-il, cette fois, l'autorisation de prononcer, « à toute extrémité », Texclusion officielle (1). L'ambassadeur n'alla cependant pas jusqu'à cette extrémité ; il fit seulement annoncer par les cardinaux français que le roi de France était opposé à cette élection. Un courrier expédié à Versailles par le cardinal Chigi n'obtint pas le retrait de cette exclusion en perspective, et la candidature Vidoni qui fut substituée à celle d'Elci ne put parvenir à rallier les Espagnols. Leur chef, Médicis, repoussait également celle du cardinal Brancaccio et môme il finit par déclarer contre elle une exclusion publique, laquelle apparaît déjà quelque peu comme une exclusion formelle, car aussitôt prononcée les cardinaux cessèrent de voter pour Brancaccio. Ce fut par lassitude générale qu'on finit par

i\) Recueil des instructions, p. 235.

(2) Le cardinal de Hesse à l'empereur Léopold, 19 avril 1670, ftp. Wahrmund, /. c, p. 278.

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 5o7

concentrer les suffrages sur la personne de l'octogénaire cardinal Altieri.

Le Conclave suivant (1676) fut moins long, mais il dura encore sept semaines. Le roi de France avait recommandé au cardinal d\Estrées de ne point « en venir à ces exclusions publiques qui sont toujours odieuses, et d'employer seulement les voies secrètes et particulières pour détourner les choix jugés désavantageux » (1). Or, parmi les hommes dont Louis XIV « appréhendait l'élévation », figurait le cardinal Odescalchi. Et pourtant, disait le Roi, « si toutefois la pluralité des voix était tellement pour lui que son élection ne se pût détourner que par Texclusion publique, je ne désire point qu'elle se fasse ». Or la candidature de ce cardinal se trouva dès le début en première ligne. Néanmoins, un moyen s'offrait encore de « la détourner par les voies secrètes et particulières » ; c'était l'entente avec le cardinal neveu Altieri qui avait fait des offres de service ; mais, froissé par certains incidents d'étiquette dont il rendait le cardinal-neveu responsable, le Roi ne voulait à aucun prix de son concours. C'élaitune faute, Altieri repoussé, se tourna vers la faction espagnole et la prépondérance d'Odescalchifutassurée. DevautTimpossibilitéde lalutte, les cardinaux français écrivirent au Roi pour obtenir de lui la levée de l'exclusion, et le Conclave attendit tranquillement la réponse. Cette réponse fut favorable : peu de jours après (21 septembre 1676) l'élection d'Innocent X/ était faite. Ce fut durant ce pontificat que le conflit entre la France et le S. Siège atteignit toute son acuité. L'affaire de la Régale, celle des

(1) Reçu fi if des instructions, p. 274.

franchises, la condamnation de Passemblée de 1687, l'institution canonique refusée à trente-quatre évoques, l'excommunication fulminée contre un ambassadeur, l'emprisonnement du nonce et l'occupation d'Avignon, disent assez à quel point Ton en était arrivé.

C'avait été la troisième fois que le roi de France consentait à retirer son exclusion, et cette fois comme les autres, il n'avait point à s'en féliciter ni la paix de l'Eglise non plus. Il faut avouer aussi que Louis XIV ne faisait pas ces concessions d'une manière aimable et qu'en cédant sur le fond, il employait les formes impérieuses, presque comminatoires, qui ne se pardonnent guère. Ce fut vraiment là le point faible de la politique romaine etconclavairedeLouis XIV. Sa préoccupation semble avoir été constamment de donner à l'ingérence française un caractère extérieur aussi accentué et aussi éclatant que possible, au risque de sacrifier le fond essentiel des choses. On s'imaginait toujours à Versailles qu'il fallait frapper les imaginations, faire montre de puissance et d'autorité, et que, pour avoir un pape déférent et accommodant, le premier pointétaitdepersuader au monde entier et au pontife lui-môme, qu'il ceignait la tiare de par la grâce et lu volonté du Roi très chrétien. Principe absolument contraire à la vérité psychologique, notamment en Italie où — les faits contemporains sont là pour le prouver, — - une piqûre d'amour-propre détruit le bénéfice des concessions accordées, et même le souvenir des services rendus.

Philippe II ordonnait qu'on choisît le pape parmi les sept candidats qu'il « recommandait » et sans démordre de sa ligne, sans rien diminuer de ses préten-

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 5S9

lions, il protestait, avec une cauteleuse hypocrisie, de son absolu respect pour la liberté et la dignité du Sacré Collège. Louis XIV accordait ce qu'on lui demandait, cédant et retirant ses exclusions ; mais il avait Tair de parler de plus haut, il imposait au Sacré Collège Thumiliation de se faire adresser une sorte de supplique et de lui faire attendre la réponse durant quatre ou cinq semaines. Moins pratique et plus franc que Philippe II, il exigeait des honneurs et des égards alors que celui-ci voulait des sacrifices ; et il mettait une sorte de grandeur maladroite, là où Philippe II apportait son réalisme et son habileté. Il est curieux de remarquer que Louis XIV n'obtenait un pape selon ses désirs que lorsqu'il s'abstenait de faire sentir sa pression (1). Le Conclave de Clément IX nous en a déjà fourni une preuve : ceux des deux successeurs d'Innocent XI voat confirmer cette observation.

Dans les instructions adressées dès 1667 au marquis de Lavardin et renouvelées deux ans plus tard au duc de Chaulnes, le ministre passait en revue une

(1) « Le roi, dit fort justement M. Hanotaux, dans ses démarches auprès de la Cour de Rome, s'attacha presque exclusivement aux questions de forme, s'appliquant à faire montre de son autorité et de sa puissance, au lieu de les employer à des entreprises vraiment utiles et pratiques.. . La témérité d'une pareille conduite apparaît à tous les yeux. Le monde peut, un instant, s'incliner devant une volonté hautaine, même si Poxercice d'une telle puissance s'accompagne d'une insistance irritante et d'une sorte d'étalage fastueux... Mais une telle vanité, s'accroissant par les concessions mêmes qu'on lui fait, les susceptibilités et les intérêts qu'elle blesse se multiplient. Et comme ces froissements et ces rancunes, loin de se dissimuler, sont rendues apparentes, elles se rapprochent, jusqu'au jour où elles se combinent dans une coalition qui venge, d'un seul coup, toutes les avaries, toutes les rebuffades reçues et endurées. C'est là toute l'histoire du règne de Louis XIV. Recueil, Introd. p. 96.

,E COSCLAVE. CHAP. XIV

JDaiis pour lesqueliâ on nourrissait à sentiments ilivers; mats, tout cd indifférences, les défiances ou les anlipail prescrivait d'éviter les exclusions puijet du cardinal vénitien Ottoboni, par ait recommandé " au sieur de Lavarlonner aucun mouvement pour ce qui rdinal ». Or le Conclave eut beau dûtes, les instructions « du Roi » furent îttre. La candidature d'Otloboni, mise la faction espagnole, ne rencontra auon de la part de la faction française et at Alexandre K/// (6 octobre !689). On gura vis-à-vis de la France une polilichcment.

e suivant ({69!) fut le plus long de dura cinq mois ! Il est caractérisé sur- Sveil de la diplomatie autrichienne et iéfinilive, bien qu'on n'use pas Audroit brmelle et péremptoire. Un groupe dépendants, prenant le nom de zelit, dès le principe, la candidature de ue de l'adoue, le cardinal vénitien Barrabattaient les cardinaux-neveux Alticri jCs Cours repoussaient également son l'aucune voulût néanmoins prendre k odieux de l'exclusion publique. -De l<i, ngs mois, des manœuvres savantes, des cessifs envoyés à Vienne, ù Versailles

il poiiil du programme des ielanti, — l'ancien te «n cette ocuurence était la destruction du néi( XI y avait renoncé, mais Alexandre Vlil était smeniB. Innocent XII, par drs Bulles c"" is de ce sysléiiie de gouvernement.

OlUGliNES ET DÉVELOPPEMEiNTS DU VETO d'eXCLUSION 361

et à Madrid. Le bruit deTexclusion autrichienne s'étant répandu, THnipereur Léopold, pour donner le change, adressait au cardinal Goess, deux lettres simultanées : Tune « communicable », en laquelle Sa Majesté déclarait ne pas exclure Barbarigo, si les objections faites à son égard n'étaient pas fondées » ; Tautre secrète, disant en substance : excluez-le obstinément, mais arrangez- vous pour que cette exclusion paraisse être le fait des autres : Espagnols, partisans d*Allieri ou d'Ottoboni, faites-le échouer, mais ([uc l'odieux n'en retombe pas sur moi (1). A quoi son ambassadeur répliquait qu'on chercherait « à prendre la responsabilité au cou des Français » (2). Mais les Français, cette fois, ne s'y prêtèrent pas, et le résultat de toutes ces manœuvres fut que la candidature du cardinal Pignatelli put seule rallier le nombre de voix nécessaires. Or Louis XIV avait, dès 1G87, compris Pigiiatelli dans ses listes d'inclusion, mais il n'exerça aucune pression en sa faveur. Personne n'ignore que ce pape, Innocent XII, élu le !l2 juillet 1691 opéra la réconciliation du S. Siège avec la France.

L'exclusion du cardinal Barbarigo, bienqu'ellen'ait jamais été prononcée officiellement, n'en avait pas moins formé le point central, de toute l'agitation de ce long Conclave. Chacun et tous savaient fort bien que, si la dénonciation publique venait à se produire, elle aurait un effet immédiat. Le cardinal de

(1) Lettres de Tempereur Léopold 6 avril 169L {Ap. Walirmiind, L r. p. 293-254).

(2) Und also Ihnen Franzoaen icomcer/Uch das maiste Odium ffutf den Uah zu hl'frden. Lettre du prince de Lichtenstein à l'empereur, 7 mai 1091 {Ibid., p. 297).

Médicis récrivait nettement à l'Empereur : « la simple déclaration de votre auguste volonté, disait-il, assurera aussitôt Tobéissance de tous » (1). D'autre part, le cardinal de Forbin-Janson, détenteur du secret de la couronne de France, tout en s'élevant contre ringércnce « impérieuse et impériale » avait parlé hautement, dès les premiers jours, du droit d'exclusion de son roi.

Aussi, le Conclave dlnnocent XII nous semble marquer le moment précis où le Vélo d'exclusion apparaît comme définitivement constitué et formellement accepté. On peut dire que la conception, depuis 1 es jours de Maximilien^ de Charles-Quint et Philippe II, en a été successive et lente, qu'elle s'est insensiblement dégagée des tâtonnements primitifs, et qu'enfin il est né de la pratique croissante de l'exclusion publique par voie de suffrages. L'opposition des Espagnols contre Baronius en 1605, l'exclusion obstinée qu'ils donnent à Sacchelti en 1644 et 1655, celle surtout qu'ils prononcent avec un succès quasi instantané contre Brancaccio en 1676, marquent les étapes principales de cette évolution historique, que favorisent différemment mais dans une mesure égale, les trois exclusions retirées par Louis XIV et celle qu'il maintint contre d*Elci.

Au dernier Conclave du XVIP siècle, ce travail d'élaboration des idées est terminé : le Sacré Collège admet désormais une exclusion basée sur la simple volonté du prince, encore que la faction de ses car-

(1) Che convenisse. di venir a puhliche rirnostranze et aperta esclusionej cosi non dubiln da noi che al solo Augustissimo nome sortira conseguito l'intenta, che prescrivono i suai riveriti precetti. — Lettre du cardinal de Médicis à Léopold I", U mars 1691 . '

{Ihid., p. 290). I

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 563

dinaux se trouve impuissante à la faire prévaloir dans le jeu des scrutins ; en ce sens, les mots de Médicis et de Forbin-Janson résument et consacrent, en quelque sorte, une situation nouvelle. Il se peut que les cardinaux continuent encore à considérer Tingérence des princes comme la simple remontrance des souverains amis ; mais en pratique et en fait, ils admettent le droit d'exclusion formelle et directe^ et lorsque cette exclusion est portée, ils s'y soumettent sans tergiversations ultérieures. Les princes la pratiquent^ de leur côlé, avec l'assurance que donne la conscience d'un droit qu'on ne conteste plus ; l'évolution est accomplie, et cette évolution constitue, en l'espèce, un fait historique d'une portée considérable.

Innocent XII meurt le 24 septembre 1700, et sa mort précède d'un mois celle du roi d'Espagne, Charles II. Le XVIII® siècle s'ouvre par un Conclave et par cette guerre de succession d'Espagne d'où la France sortira épuisée, la monarchie espagnole amoindrie et l'équilibre européen modifié. La nouvelle de la mort de Charles II et de l'acceptation par la France d'un héritage que convoitait l'Autriche, cette nouvelle tombant en plein Conclave, ne pouvait que rendre plus aiguë la rivalité de ces deux puissances. Ni l'une ni l'autre, cependant, ne veut prononcer l'exclusion, car il en est de ce droit comme de beaucoup d'autres : la prudence et la politique doivent en limiter l'exercice. Elles se contentent d'en agiter la menace: la France contre le cardinal Mares-

ONCLAVE. — CHAP, XIV

ontre le cardinal Panciatici : slral)!- 11 bout de deux mois (23 novembre L du cardinal AlOani [Clément XI), tificat se passera à louvoyer cnire 'rance et à reconnaître tour à tour, e, Philippe V ou Pai'chiduc Charles.

lit, à ce Conclave môme où les prinrononcé du Veto, deux circonsLan-

le droit d'exclusion était pratiqué.

adressé à son ambassadeur des forexclusion qu'il aurait h transmel- (?ge au cas où l'élection d'un candiraîtrait imminente. Et pour n'Ctrc

rvu, il y avait un uombre de cédu- >s candidats dont Sa Majesté Impé- 'élection (1). Ciiose plus concluanlc Collège aflirinail définitivement la après laquelle chacune des trois ;lure qu'un seul candidat. Des relates portent qu'on s'en référait à cette à un usage traditionnel (2), sans en :s la genèse. Ce principe , que les ujours maintenu, depuis loi-s avec ;ité, est à la fois une reconnaissance

du Veto des puissances.

le ce moment, la tliéorie de l'Exclu-

reur Léofiold 1" au comte Lamberg i dotî , p. 307). J^a formule slêréolîpée portail: Cfiro cimo rhe il CariUnnlK .V. fosse in prossiiii" , ne l'ilriiiieiiti ai patesse impei/ire, hithnfli eoiieiene, rhi: ijli si dia VEsclasicit,per ^ et r-ssiriir'i 'fellii mia t/ro:ifi.{Ibid., p.31ô). l de notre collection particulière : t {I cnrdilavano tanto forli, sanza esse iva Regia, rhe mole seroife un

ORlfiIXES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 565

sion est fixée, et personne n'en nie plus Texistence ni le caractère juridique, puisqu'on en trace officiellement les frontières. Aussi passerons-nous rapidement sur les C4onclaves du XVIIP siècle qui nous montreraient le jeu régulier, le fonctionnement normal d'une institution qui n'est plus discutée. Les représentants des souverains qui ont « droit d'exclusion » avisent de leur mandat le Cardinaldoyen ; mais si le temps presse et que l'ambassadeur ne puisse intervenir assez tôt, le cardinal chargé du secret le déclare lui-mc^me publiquement avant l'ouverture du scrutin.

Ainsi fut fait le 1" avril 1721, après le long pontificat de Clément XI. Le cardinal-neveu Altieri poursuivait l'élection de Paolucci, secrétaire d'Etat du pape défunt. Los choses marchaient vite ; ce que voyant, aussitôt après le premier scrutin, le cardinal allemand Allhann se leva et déclara solennellement l'exclusion au nom de l'Empereur. Le vote fut suspendu, et Paolucci était écarté par le seul fait de la publication de la volonté impériale. Après plus de cinq semaines, suivit l'élection ^'Innocent XIII. (Conti, 8mai 1721).

Au (Conclave de 1724. chacun savait que l'Autriche et l'Espagne excluaient le cardinal Impérial! ; aussi ses partisans ne voulant pas l'exposer au désagrément d'une déclaration publique, abandonnèrent la candidature, sans qu'on en vînt au prononcé officiel du Veto, Alors triompha^ après neuf semaines, la candidature du dominicain Orsini qui s'appela Innocent XIII {29 mai 1724).

Le dix-neuvième jour du Conclave suivant (1 730) , le

représentant du roi d'Espagne, Bentivoglio, annonça officiellement au Doyen et aux chefs des partis que Sa Majesté Catholique donnait l'exclusion au même Iraperiali ; après quatre mois de tergiversations, ce fut Corsini qui se trouva élu sous le nom de C/^- 7?2m^X// (12 juillet 1730).

On sait que ce pontife compléta la législation du Conclave, par deux actes d'une haute importance : la Bulle Apostolalus officium du 4 octobre 1732, et le Règlement-chirographc du 24 décembre suivant. Si le Saint Siège eût considéré le « droit » d'exclusion comme un abus substantiel, c'était le moment de le déclarer, ou tout au moins de l'indiquer.. . Or, Clément XII ne reproduit pas môme les formules employées naguère par Grégoire XV au sujet des manœuvres et engagements tendant à provoquer l'inclusion ou Texclusion des suffrages ; il se contente de répéter les expressions dont s'était servi antérieurement Pie IV, touchant les intercessiones principum (1).

L'on ne saurait voir là un simple oubli. Les actes relatifs à la rédaction de cette Constitution, actes conservés dans les archives consistorialcs, attestent qu'on s'était préoccupé de la question. L'un des consulteurs de la commission chargée de rédiger la Bulle, avait même émis Tavis que, pour régulariser, li-

(1) Cardinallbus pi'œcipimus ut, in suffragiis ferendis et aliis Electiotie^n qiw?nodolibet concernentLbus^ solurn Deum ^^rœ oculis habenteSy retigiose, sincère et libère^ humanis quibnsque artibuSy factionibus^ partiam studiis.. no primUis cornmodis et desideriis remotis atque Principum saBcularium intercessionibus, caeterisque niundanis respect ib us... minime attentis^ et postpo' sitis, sese gérant ad eligendum eum^ quem Universali Ecclesiœ fructuose uliliterque gubernandae idoneum secundum Veumjudi' caverint.

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 867

railerel rendre plus convenable « rcxercicederExclusive >), il conviendrait de statuer que le cardinal plénipotentiaire communiquerait confidentiellement son mandat d'exclusion au Doyen, et que la congrégation plénière des cardinaux en délibérerait, sans qu'il soit nécessaire d'en venir aux déclarations publiques au moment du scrutin (1). Cette proposition ne prévalut point. Clément XII préféra laisser subsister purement et simplement les usages existants. Les derniers mots, par lesquels il ajoute aux prescriptions de Pie IV la recommandation expresse d'élire « le plus capable de gouverner avec fruit et utilité l'Eglise universelle », font visibleitient allusion au motif allégué par les théologiens pour justifier l'exclusion.

Benoît XIV (Lanibertini de Bologne) est élu, en vingt-quatre heures, à la fin d'un (Conclave de six mois, le plus long des temps modernes, et l'on peut dire que son pontificat d'ailleurs si fructueux, fut enfanté par la lassitude des électeurs (17 août 1740). On se figure aisément ce qu'une telle période de réclusion dutreprésenter de tentatives, de combinaisons et de manœuvres peu en harmonie, certes, avec les exhortations des récentes Bulles de Clément XII. Les plénipotentiaires des couronnes agitèrent maintes fois la menace de l'exclusion, mais aucun ne la prononça.

L'élection de Clément XIIIi^Rezzonico de Venise, 6 juillet 1738), qui dura huit semaines, donna lieu à la seule exclusion qui ait été prononcé au nom de la

(1) « Le Exclusive non dovrebberomaidarai con strepito e piiblicita. . . i Cardinal! commissionari debbano fare la loro rappresentanza al Cardinale Decano con assegnare le cause., la congregazione générale décida se debbano ammetersi o no le cause...» (Cit. np. Wahrmund, Beitvâge, p. 62.)

T Si

:ONCLAVE. — CHAP. SIV

:-clIe duc peut-ôlreà un piège lenOii ynes, devant les yeux duquel on fit se candidature. Effrayé, il se hâta ?n que la France excluait le cardinal bini.ctlc Sacré Collège so rejeta sur

aves de Clément XIV (1769) et de il doniinds par les préoccupations ', la suppression do la Compagnie de un peu plus de trois mois; l'autre |uatre mois et demi. Par unecoïn-

Ics gouvernements marchent d'ac- Icur action à celle des trois coui"s

on résulte que deux partis seulcience ; celui des Couronnes et celui

ou zc/{'s. En jouant avec habileté \'e/o, les cardinaux plénipotenliaicarter toute une série de candîdaré le rôle considérable que jouent politiques, on n'en vint pas auprosion formelle.

discuté la question de savoir, si, au e (30 novembre 1 79y-i 4 mars 1 800;, 'exclusion au célèbre cardinal Cer-

que l'empereur l'avait porté, avec lli, sur sa liste d'exclusion, liste qui léral tous les cardinaux soupçonmçaiscs (I), Pendant le Conclave.

ineWirautdieCardinspIc von franzœsiactaem ligem Anbange ausdohnen, dass Wir gani ^le Gcrdil, Caprara, Anlonellï, Mauri, Doria rmiicb cxcludiron'mûssen s. — Imlntetion ■.an {Ap. Wahrmund, AitschhesunçireeM,

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION S69

le cardinal autrichien Herzan avait affirmé à plusieurs de ses collègues que Sa Majesté Impériale n'agréerait pas Télection de l'éminent barnabite piémontois. Mais il sut esquiver, paraît-il, la nécessité de prononcer une exclusion formelle. Il craignait, en réalité, d'épuiser son droit sur un premier candidat et d'être ainsi désarmé si la candidature du cardinal Bellisomi, qui ne déplaisait pas moins à l'Empereur, venait à prendre de la consistance (1). Ce jeu amena, au grand déplaisir de TAutriche, Téloclion de Pie F//, le pape qui devait conclure avec Bonaparte le (Concordat de 1802.

En somme, et à la suite de celte longue étude, il faut bien reconnaître que la France a été, des trois couronnes en possession du Veto^ celle qui a le moins usé de cette arme redoutée. Louis XIV lui-môme consentait presque toujours à retirer au dernier moment ses exclusions, et depuis lors, une seule fut prononcée au nom de la France, celle de 1758.

Un autre fait frappera sansdoute le lecteur qui aura eu la patience de nous suivre à travers les détails de ce minutieux exposé : c'est que, du jour où le Vélo d'exclusion est régulièrement reconnu et pratiqué, son exercice devient moins fréquent. Il semble que se sentant mieux en possession de leur arme, les puissances éprouvent moins le désir d'en faire usage. On dirait que, suivant le mot de Louis XIV répété par Chateaubriand (2), elles sentent mieux le caractère

(1) Lettre du Gard. Herzan au Chancelier, baron Thugiit, 5 mars 1800. {Ibid., p. 329.)

(2) En demandant ses instructions, le 17 février 1829, Chateaubriand reconnaît que « ce veto est toujours un peu odieux, en ce

odieux de celte intervention toujours brutale. Il faut croire surtout qu'elles ont mieux compris combien le maniement de cette arme est délicat et dangereux. Un diplomate autrichien disait d'une façon pittoresque, en 1758: « c'est un glaive dont l'usage bien entendu peut ôtre fort utile : mais qui, une fois tiré hors du fourreau, ne peut blesser qu'un seul adversaire ; tandis que s'il n'est pas dégainé, il peut en mettre plusieurs hors de combat ». Le cardinal du secret », pour peu qu'il soit avisé et sache manier ■son glaive sans le tirer, réussira en effet, par la simple menace, à empêcher les candidatures désagréables de se produire (1 ).

D'ailleurs, — nous Tavons vu plusieurs fois, même en notre siècle, — un cardinal frappé par le Veto^ devient au Conclave un personnage très puissant,^ qui ne peut plus ceindre la tiare, mais qui souvent la donne. 11 décide ordinairement de l'élection et se substitue un a/ter ego parfois plus redoutable que lui-même pour les auteurs de son exclusion.

Aussi les instructions des gouvernements recommandent-elles invariablement à leurs mandataires d'éviter le plus possible la dénonciation officielle du VelOy de n'y recourir qu'à la dernière extrémité et lorsque tout autre moyen fait réellement défaut (2).

qu'il entrave l'indépendance de l'élection ».— Le 19 mai*8, il écrit au ministre : « Le droit d'exclusion est un droit odieux. Il est pourtant à regretter que vous n'ayez pas cru devoir l'exercer ».

(1) « L'Esclusiva è una spada che sfoderata non puo ferire che uno ; mantenuto nel fodero produce quei buoni effeti che si vogliono ». —Rapport du comte Brunati. (Ap. Wahrmund, l. c, p. 316.)

(2) La diplomatie autrichienne allait même souvent plus loin. En outre des cédules d'exclusion indiquées plus haut,on munissait l'ambassadeur d'un certain nombre de « billets d'inclusion i», pour qu'à l'élu, quel qu'il fiit, le représentant de l'empereur en pût ex-

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLCSION 871

Et maintenant, le lecteur se posera peut-être de nouveau la question : Le Veto d'exclusion est-il un privilège ou un empiétement abusif? Faut-il y voir une simple coutume tolérée par opportunisme et prudence, ou peut-on le considérer comme un véritable d7wt consuétudinaire, légitimement et juridiquement introduit par une sorte de consentement mutuel?

Pour décider, avec une entière rigueur, un tel litige, il y aurait lieu de discuter un certain nombre de considérations d'ordre juridique et canonique étrangères à notre cadre. Nous n'avons voulu faire ici que de l'histoire et notre but n'a été que de suivre, pas à pas, la formation historique du rôle que les principaux gouvernements catholiques s'attribuent dans Télection du Souverain Pontife. Nous croyons l'avoir fait avec une scrupuleuse conscience.

Nous nous bornons donc à noter et à distinguer deux faits qui se dégagent de notre exposé :

1® Les grandes puissances catholiques ont exprimé au Sacré Collège, leurs vues, leurs préférences et surtout leur opposition à certaines candidatures pontificales; 2° à cette exclusion publiquement dénoncée, les électeurs conclavaires ont reconnu une portée pratiquement efficace.

hiber un qui portait son nom, afin de produire dans Tesprit du nouveau pape la persuasion que Sa Majesté Impériale avait contribué à son élection : c das fur den Eligendum ausgefertigte Billet vorweisen kœnnen, um bey selbem dadurch eine Danknehmigkeit zu erwecken, sothanes Billet auch solcher massen geltend zu machen ». — Instructions au card. Rodt, 80 mai 1758. (Ap, Wahrmund, /. c, p. 226. — Cfr, p. 215).

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Nous n'oserions nous prononcer sur ce points aw-c une entière certitude, tant que d'autres documents historique^ ne seront pas venus faire la pleine

I u m iè re ! \on n- * / '^um int^r v^» ^ tantas componere

iife^, dirons-nous volontiers avec le poète. — D'ailleur-, coutume i*\\ droit coutumier. peu importe en pratipn*. Qu'en s'abslenant d'élire un candidat exclu. If'- «.arilinîiux enteOilênl obserxer le^ règles de la pru- Af'iM'f» pn^lorale, ou respecter un droit revendiqué par un «rMTivernemenl, le résultat politique est le même.

La question, en tous cas, est trop complexe : Texclusion, telle qu'elle est pratiquée, a pour elle une pos<e«ï«:ion historique trop prolonjré^, des racines traditionnelles trop profondes, pour qu'elle puisse être modifiée autrement qu'en vertu d'un texte législatif nouveau et précis, visant sans ambages et sans confusion possible, la procédure actuelle et les formes usitées du Veto d'exclusion. Une telle décision n'appartient pas au Conclave lui-même, qui peut bien interpréter^ mais non modifier une loi qu'il n'a pas portée. II faudrait donc une Constitution pontificale. Il est

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clair sans doute que le législateur ecclésiastique conserve toujours le droit de révoquer les concessions ou les prérogatives accordées par lui, à titre gratuit et dans un but qui ne se vérifie plus. Mais s'agit-il ici, absolument et uniquement, d'une concession purement gracieuse, et n'y a-t-il pas, dans les formes et dans l'exercice modernes du Velo^ une part de conventionnalité réciproque entre TEglise et les Etats intéressés ? — II est difficile de se prononcer. L'on ne saurait méconnaître que la pratique du Veto est sortie du régime d'étroite union entre l'Église et les Etats. Malgré les vicissitudes historiques, le principe d'une politique de bonne entente et de concorde entre les deux pouvoirs, domine toujours les vues de la Papauté. Dans ces conditions, la prudence, les habitudes, la manière d'agir traditionnelle du Siège apostolique permettent de prévoir que le nouveau texte législatif, s'il venait à être formulé, le serait de façon à sauvegarder tous les droits et à maintenir les rapports concordataires qui unissent, depuis tant de siècles, l'Eglise et les grands États catholiques (1).

(1) Les Bulles de Pie IX conûrment le droit exclusif des cardinaux à élire le Pontife romain: excluso atque remoto qiioris Inirtn* potestatis cuïNslibet gradus et condUionis interventu. (Bulles In hnc subllmi et Consulturi) — D'après l'ensemble delà teneur et des tendances de ces Constitutions, nous croyons que celte clause ne vise pas le Veto d'exclusion, mais la participation laïque à l'acle même de l'élection, dans le sens où la prônaient les polémiques suscitées en Allemagne, au moment où Pie IX donna sa législation, ou que revendiquaient certains comités, organisés en Italie, dans le but de réclamer l'ancien droit électoral du peuple et du clergé inférieur. En tous cas, la distinction établie parLugo, entre Tacte électoral et la manifestation de vues gouvernementales faite antérieurement à cet acte, nous parait conserver ici toute sa valeur. Aussi trouvons-nous trop absolues les déductions en sens contraire do 5^/>?//;c (Die Papstwahl nach den Erlassen Plus IX. Preitss. Jahrb. 18'.)l).

Qu'arriverail-il cependant, demande-t-on parfois, si les cardinaux réunis en Conclave se refusaient à tenir compte de ce Veto des Puissances et passaient outre à l'Exclusion prononcée formellement contre un candidat, par Tune ou Tautre d'entre elles?

Question aussi difficile à résoudre en théorie, qu'elle nous semble oiseuse en pratique.

S'il n'est pas probable, en effet, que les Puissances consentent de sitôt à renoncera une prérogative que, depuis deux siècles, elles considèrent comme un droit acquis (1), ni que le S. Siège, à son tour, leur reconnaisse cette prérogative sous une forme plus explicite qu'il ne l'a fait jusqu'ici, il n'est guère vraisemblable, non plus, que ces mêmes Puissances, se renfermant dans le cadre des usages traditionnels et usant de leurs prérogatives avec la mesure et la discrétion que la matière comporte, soient exposées, de la part du Collège Cardinalice, à des contestations et à des difficultés nouvelles, ni que les représentants du S. Siège veuillent risquer aisément des innovations téméraires.

Néanmoins, et en supposant, contre toute apparence, que le fait vienne à se produire, le gouvernement qui verrait ainsi méconnue la portée pratique de son exclusion voudrait-il soulever la question de vali-

(1) Au commencement de février 1892, la Gazette de Fi-ancfort publiait cette information visiblement puisée à une source officieuse : « La Triple Alliance se prépare, dès maintenant, au futur Conclave.. L'Angleterre, l'Italie et l'Allemagne auraient décidé l'empereur d'Autriche, à faire valoir son droit de Veto... Le Pape est toujours une grande puissance politique, un facteur avec lequel il faut compter. Les États de la Triple Alliance le savent très bien...SiPAutriche se sert, cette fois, de son droit de Veto, il sera fait en sorte que le cardinal chargé de cette mission, n'arrive pas trop tard au Co/iclave ». (Allusion au cardinal Gaisruck en 1846).

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION S75

dite et soutenir que Télection serait illicite ou nulle, le pape illégitime ? Nous ne le croyons pas et nous ne voyons guère, étant données les conditions de la société moderne, comment ledit gouvernement imposerait pareille persuasion aux catholiques d'Espagne, d'Autriche, de France, pour ne parler que de ceux-là. Jamais, d'ailleurs, personne n'a songé sérieusement à donner au Veto une semblable portée (1).

Resterait la rupture politique et diplomatique. Mais, dans la situation présente des temps, les cardi-. naux voudront de moins en moins exposer la Papauté à cette rupture que le théologien jésuite, confes» seur du Conclave de 4644, appelait « la séquestration du commerce avec le Siège apostolique en toutes les choses qui ne touchent pas à la foi et à la religion », et qu'il recommandait dès lors d'éviter, môme au prix de grands sacrifices. Quant aux gouvernements, s'ils ont tant soit peu d'esprit politique, ils hésiteront toujours à commettre une si lourde faute.

Assurément, les gouvernants d'aujourd'hui ne sont pas plus chrétiens que les Tannucci ou les Pombal, que les courtisans de Mme de Pompadour ou les mi-

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(1) Un des plus anciens traités inédits sur YExclusive» le constate expressément : c Non è l;i pretensione dei prencipi tanto temeraria che aUe lors Esclusive vogliano dare peso di legge, o sian capaci d*annullare l'elezione précisa di qualche soggetto... Resta libéra la acolta di eleggere gl' istessl esclusi, giacche l'Esclusiva non ha forza d*indurre veruna nullita, ma bensi la colpa délie consequenze perniciose ». (^4^). V/gihrmund, Beitrœge p. 87) -— Des canonistes non suspects, comme Hinschius, le reconnaissent de même : a Une non observance de l'exclusive formulée ne saurait du reste exercer aucune influence sur une élection valide par ailleurs, parce que tout Tinstitut ne repose que sur un principe de convenance, et que la prise en considération d*une semblable protestation n'est indiquée nulle part dans les Constitutions pontificales ; à plus forte raison, n'y saurait-on trouver une condition de validité » (A'. Recht. I, § 30).

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nistres de Léopold et de Joseph II. Mais ils ne le sont peut-être pas beaucoup moins ; et, en somme, le Sacré Collège n'a jamais considéré le Veto comme un induit de faveur accordé aux personnes des gouvernants, en récompense de leur moralité ou de leurs actes de foi, mais bien comme un accommodement de politique et de prudence envers les grandes nations catholiques.

Ce n'est pas davantage un privilège attribué à un régime politique. Aux procédés des monarchies absolues, se sont substitués les rouages du gouvernement constitutionnel. Mais rien n'est modifié dans le principe des rapports internationaux de puissance à puissance. Or, le S. Siège ne demeure-t-il pas une grande puissance en face des démocraties modernes. Celles-ci ont et auront des rapports aveclc Saint-Siège, comme les monarchies d'autrefois ; elles peuvent être aussi exigeantes ou aussi sccourabics, aussi défiantes ou aussi fidèles. En tout cas, il faut compter avec elles, dans l'intérêt des âmes, des peuples et de l'Église. On pourra donc encore se trouver dans le cas de leur attribuer le bénéfice des considérations analogues à ceHes que le cardinal de Lugo faisait prévaloir il y a deux siècles et demi.

Si donc, à l'avenir, un Veto d'Exclusion se produisait, les cardinaux de demain le pèseraient, comme leurs devanciers, dans la balance de la sagesse et de l'équité ; ils s'inspireraient comme eux du précepte tracé par la Bulle de Clément XII : « Qu'ils élisent celui que, devant Dieu, ils auront jugé le plus apte à gouverner avec fruit et utilité — friictuose utiliter^ que — l'Eglise universelle ».

Aussi n'y a-t-il, ce nous semble, pour les cœurs

ORIGINES ET DÉVEI^OPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 577

dévoués à l'Eglise, aucune raison de s'alarmer. Le danger de pression sur la liberté des électeurs pontificaux ne viendra guère du côté du Veto^ aujourd'hui moins encore que par le passé. Lorsqu'on étudie de près rhistoire des Conclaves, depuis quatre siècles, on trouve que la pratique officiellement régularisée de l'Exclusion, a été, somme toute, un progrès véritable.

L'ingérence des gouvernements dans l'élection papale est un fait trop humain et trop inévitable pour qu'on puisse nourrir Tillusion de la supprimer jamais. Or, elle s'était produite, pendant des siècles, sous des formes si sournoises, si violentes ou si impertinentes, et cela à travers tant d'intrigues et de manœuvres, dans lesquelles on est attristé de voir compromis des princes de l'Eglise, que la conscience est plus à l'aise, l'honnêtelé publique plus satisfaite, quand arrive le moment où les gouvernements déclarent franchement et officiellement leurs intentions et leurs oppositions. C'est plus loyal pour tout le monde, et, s'il peut être désagréable, pour un gouvernement, de blesser publiquement l'amour-propre d'un membre du Sacré Collège, le procédé est, de sa part, plus digne et aussi plus respectueux pour le grand Corps auquel appartient le cardinal exclu. La raison d'Etat peut excuser les duretés ; elle ne saurait faire accepter les procédés malhonnêtes, les menées honteuses , les marchés occultes ou simoniaques. Après tout, le Fe/o de l'Exclusion formelle est un acte politique à ciel ouvert, qu'expliquent des raisons gouvernementales et internationales et qui n humilie ni ne rappetisse le Collège cardinalice.

Historiquement, le Veto a contribué, pour sa part,

ir L'aliuosphëre des Conclaves, à supprimer !s coupables et les ingérences odieuses delà e sans scrupules et parfois simoniaque. — lement, il est d'un emploi si délicat et si pépour les gouvernements qu'il se fera, sans le plus en plus rare. — Pratiquement, il re- } peu de chose : avantages mesquins pour les lements et minces inconvénients pour l'E-

peûdant, en envisageant les choses de plus 3ore, on a pu se demander si le Vélo qui, à e vue, paraît une restriction de la liberté des ux Electeurs — restriction minime, puisque :as le plus extrême, elle écarte trois candidats — n'assure pas la liberté d'action de celui l'Elu au Souverain Pontificat.

i, il ne convient pas au successeur du prince très d'implorer un humiliant placet auprès isances séculières ; aussi l'organisation du ■elle mis fin aux lenlatives d' « inclusives » tables il ce point de vue. Mais, a-t-on dit d'au- , conviendrait-il à l'Eglise que son Chef ne [■ des rapports faciles avec les souverains et ernements dont le concours lui sera si préur l'accouiplissemenl de son ministère? Ne s, le plus souvent, à la Papauté, une certaine pour assurer son entière indépendance ?

dans l'étroite clôture du Conclave, loin des ndiscrets, hostiles ou envieux, les, Electeurs se priïtent, par prudence et modération, à (ui peut assurer une heureuse entente avec l'État, n'y a-t-il pas là aussi un gage de paix

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS DU VETO d'eXCLUSION 579

pour la société chrétienne ? Et la sécurité morale, ajoute-t-on encore n'est-elle pas, très souvent, la condition de la liberté ? N'est-ce pas là ce que l'Église fait demander par ses prêtres, à l'autel : Ecclesia secura tibi serviat libertate ?

A cet égard, les temps modernes ont vu surgir un élément nouveau. La. Papauté se trouve en présence du patriotisme des nationalités plus encore qu'en face des rivalités des princes d'autrefois. Pour qu'un Pape puisse faire le bien, au sein de la grande famille chrétienne, il importe avant tout que son impartialité ne puisse exciter aucune des ombrageuses susceptibilités du sentiment national et patriotique des peuples : le moindre soupçon de préférence pour les intérêts politiques d'une nation rivale diminuerait, dans l'âme des fidèles les plus fervents, cette fleur de confiance qui est le facteur le plus essentiel de l'influence morale de la Papauté dans le monde, sur les âmes et les consciences. Eh bien ! ne pourra-t-il point se faire, parfois que là encore le Veto d'exclusion ne soit une sorte de garantie préalable ? Dès le premier jour, le nouveau Pape se sentira bien plus à l'aise, en quelque sorte, si le sentiment populaire peut se dire que son élection n'a trouvé aucune contradiction de la part des puissances qui auraient pu la repousser. Pleinement maître de sa liberté apostolique, il n'excite pas les défiances des peuples en face desquels le fait de n'avoir soulevé aucun Veto le place en dehors des suspicions pénibles de l'opinion. Cela seul, déjà, lui donne une grande force et une liberté plus grande.

Au cours des dernières années, entrait dans les rangs du Sacré Collège un prélat romain au passé duquel s'attachait un souvenir étrange. Alors qu'il

n'occupait encore qu'un des degrés inférieurs de la Carriefa, au commencement de septembre 1870, ce prélat avait convié ses amis & célébrer, dans un banquet, la défaite des armées françaises k Sedan. Nous ne croyons pas que ce cardinal ait pu, à aucun moment, compter parmi les papabili. Mais si, par hypothèse, le cas se fût présenté et si le Veto d'Exclusion eCit été prononcé contre lui au nom Am gouvernement français, quel catholique — de France ou d'ailleurs — aurait trouvé excessif l'emploi de ce qu'au siècle dernier la diplomatie autrichienne appelait le glaive de l'Exclusive »?

Certes, ce glaive est difficile et dangereux îi manier, et celte difficulté même constitue une garantie contre des abus dangereux pour l'Église. Toujours est-il que les questions soulevées & ce sujet, sont multiples et complexes, dépassant de loin les conclusions doctrinaires des purs théoriciens. Aussi ne saurait-on s'étonner que, depuis des siècles, Rome, cette vieille école d'esprit de gouvernement, ait toujours vu là, avant tout, une question de sagesse politique. Puissent, de leur côté, les gouvernements l'envisagerde môme !

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