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Hn peu plus tard, le Liber pontificalis relate le couronnement de Nicolas I (888^, célébré au Latran, en présence de l'Empereur Louis II (1). A partir de l'époque de Grégoire VII, alors que l'élection de plusieurs papes déjà évêques rendait inutile le sacre, il est assez régulièrement question de cette cérémonie qui dès lors a toujours lieu à S. Pierre.

L'insigne caractéristique de la dignité pontificale c'est la tiare aux trois couronnes. Cependant le triple diadème qui contourne la mitre est de date relativement récente.

Est-ce un souvenir de la mitre du Grand -Prêtre mosaïque qu'entourait une couronne d'or à trois rangs (2) ? ou, comme on Ta prétendu, la tiare viendrait-elle du bonnet, Phrygiuniy symbole de liberté dans l'ancienne Rome (3) que, d'après la croyance du moyen-àge, Constantin aurait concédé au pape S. Silvestre en signe de la liberté donnée à l'Eglise? Nous ne trancherons pas ici la question, nous contentant de constater que mitre et tiare étaient des coiffures sacerdotales d'origine orientale (4). La mitra turbinatuj conique en ovale, adoptée par les Pontifes de la Rome chrétienne fut, de bonne heure et sans doute dès avant l'époque Carlo vingienne, entourée à sa base d'un cercle d'or. Cette couronne unique tout d'abord, se doubla dans la suite, sous l'inspiration

(1) Coronatur denique.uy^hs cxsultat, clerus lœtatur (In vit. Nicol. 1).

(2) Ea^od.XXIX, 25. —Cfr. Joseph. Antiq, Jud. III. 8.— PhUo. de vit, Mosis, JII. — S. Hieronym. ad, Fabiol. EpUt,

(3) Vocari ad pileum^ — ff*7/>«rc2Jï7ewm, signifiait la mise en liberté des esclaves. {Setier. Ep. M ; TU. Liv. 34 ; Suet, in Tibet- ; Plaut. Amphitr.)

(4) Phrygm vestUur bucca tiara (Juvenaj, Satyr, 6.) — Tiara <iureà redimitur (Lucian., de syra Dea),

d'une idée- symbolique : raffirmation d'une double puissance chez le Pape ; de là le nom de regnimi^qui plus tard devint le triregnum actuel. La double couronne cerclait déjà la tiare au temps de Grégoire VII, mais il serait tlifficile de dire Tépoque à laquelle elle remontait ; à Gharlemagne peut-être. On n'a à cet égard que des présomptions et peu de preuves.

En tous cas, les papes imbus de l'esprit réformateur de^Hildebrand paraissent avoir voulu affirmer, par ce symbole, l'idée primitive et ecclésiastique de l'empire tutorial de Gharlemagne dont le Pape était le collateur. La double couronne pontificale se trouvait ainsi placée en regard de la conception césarienne de l'empire des Othons et des Hohenstaufen, dont le rêve était, on le sait, de ressusciter, au bénéfice des rois de Germanie, la dignitas imperatoria des légistes de la Rome payenne. Ainsi, durant le moyenâge, la tiare aux deux couronnes fut-elle le signe et la protestation de la tradition carlovingienne contre les prétentions absolutistes des Kaiser allemands qui, sous la fiction du S. Empire romain^ entendaient faire prévaloir l'hégémonie germanique drapée dans la Cesarea Majestas des anciens maîtres du monde (1). De là Téloquence des paroles gravées sur les deux cercles d'or de la tiare que (si l'on peut ajouter foi au témoignage d'un adversaire passionné) le diacre Iliidebrand plaça sur la tête de Nicolas II : Corona regni

(1) V. Supr»^ pp. 46-47, 68-69. — Un auteur peu suspect Reconnaît la justesse de cette interprétation: oc Hildebrand blieb es vorbehalten auf die Cérémonie der Papstkrônung zurûckzukommen. Sein Ziel, das Papstthum vom Kaiserthum zu befreienkonnte er durch nichts klarer aussprechen. Der Krônungsakt soUte der Welt verkûnden dass der Papst neben dem Deutschen Kônige als unabhangiger Fûrst dastehe. » {Zoepfel, Zeitschr, f, K, Recht. B. XIII, 1876.)

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de manu Dei — biadema imperii de manu Pétri '1). C'est ffhcore en ce sens que Suger. abbé de S. Denys, appelait la tiare on ornement impérial 2} et qu'Innocent m distinguait la tiare du Pape collateur du S. Empire de la mitre du Pontife (3 . "

L'adjonction de la troisième couronne, attribuée par quelques-uns à Boniface VIII mais^qui fut plus probablement le fait des premiers Papes d'Avignon ^4), modifia ce symbolisme dans un seps purement ecclésiastique. Quelques-uns y virent, dès lors, la marque du triple pouvoir souverain du pontife, du roi de TEtat romain, et du collateur de la dignité impériale (5); d'autres prétendaient y retrou-

(1) Henzo, Paner/yricux. Henrici III, (ap. Mencken, Script, rer. (h'rm. T. I. Lih. VII. — Perz. Monum. Germ. A'/, ^^.597). — Ce linnso était un «''vèquc 8chismatique, partisan fanatique des emperouTH d'Allomagne : la satyre enfiellée qu'il fait d'Hildebrand enlève beaucoup àla valeur de son assertion. Si celle-ci doit être prise à la lettre, elle constituerait le témoignagne le plus ancien en faveur de la tiure à double cercle d'or.

(2) Phri/f/iiif/i, orrunnentum impériale, instar galeœ circitlo aureo rnncinnatum. (In cita Ludovici VII.)

{l\) In xifjnum imperii, Ponlifea: ntitur Rer/no; in signum Pontifirix iititur mitrn. Serf mitra semper utitur et nhiqiie : regno rrro nrr ubique }iec scrnper. Ecclesia in signmn temporalium flrdU )nihi roronftm ; in signum spiriticaliuin contulit mihi mi' tr/tm. Mitram pra surerdotio, roronnm pro regno. [Serm. de S. Silrrstrn).

(4) Clément V, en fixant son siège^en France, voulut donner un pclat purliculior à son couronnement dans l'église de S. Just de Lyon (M nov, 1H05). On connaît l'accident qui troubla le cortège. La tluro du pontifo roula par terre et perdit un magnifique rubis, au mi>mcnt où rrcroulement d'un pan de mur dispersa l'assistanco. Il n'est pus dit que celte tiare portait trois couronnes : mais on pcMft le supposer, d'après un inventaire fait à la mort de Clément V et qui mentionne une couronne cum tribus cirrulis rubris, rui (fe/trit rubinus pretiosissimus gui ronsuevit esse in sutntnitiftr. ((îarampi, SigiUo tti Garfngnana.) Le tombeau de honoll ^11. dans la cathédrale d'Avignon, est le premier monument représentant .le pape avec la tiare aux trois couronnes.

(T)) Cfr. Saussay.7*<'^»<>^>//V/ Fpiscopalis. — Landucci, rtj). Rocca, (le Titinv ponti/iriœ origine. Rom. 1719. •

ver selon certaines données historiques le souvenir des couronnes successivement dévolues aux papes par Constantin, Clovis et Charlemagne (i). Cependant les explications mystiques et doctrinales prévalurent bientôt. Déjà Jean XXII et Benoît XII nous montrent là le pouvoir du pape sur la triple église, militante, souffrante et triomphante (2); mais Texplica- • tion Ihéologique la plus autorisée y voit le symbole de la triple autorité, — doctrinale, sacramentelle et pastorale, magisterium^ ministerium,regimen, — perpétuant, au sein de l'Eglise, la mission du Christ qui, de par la triple onction messianique, apparaît dans l'Evangile comme Prophète, Prêtre et Pasteur (3). Il y a donc un anachronisme puéril à voir, dans les trois couronnes de la tiare, je ne sais quel symbole théocratique*, à Tendroit duquel on affecte, en Italie et en Allemagne, d'étranges susceptibilités (4). La

(1) Sirleti,"^<7p. Raynaud, Corona nureœ super Mytram, Rom. 1647. — Cfr. Martène, de mitra pontificali (de Antiq. ritib., I.)

(2) Cfr. Mazaronius, de tribus pontificiis coronis, — Carol. Pascalis, De caronis IX-i4 ; IV-21. — Torrigio, Grotte vaticane. — Bonnani, Gerarchia ecclesiasticn. — Vettori, Il Fiorino d*oro. — Marangoni, Chronologia BR.^PP.

L'ane des plus communes, parmi ces interprétations, rappelait l'explication déjà donnée antérieurement des trois clefs que certaines représentations anciennes mettent dans les mains de S. Pierre : cl/fvîs scientiœ, potentiaej jurisdictionis : — pouvoir d'enseigner, de dispenser, de punir ; — sacerdoce, pouvoir législatif, autorité " royale ; -— le pouvoir de l'Eglise, comme celui du Christ, détendant au delà de la vi« présente, selon le texte de S. Paul (Philipp. II- 10) : cœlestium, terrestrium et infernorum.

Le prince de Bismark, à l'occasion du jubilé sacerdotal de Léon XIII, demandaità un prélat romain fort connu la signification de la tiare. En ayant reçu cette dernière explication, il répliqua en riant :'« Pour les cœlestium et les infernorwtij je n'ai rien à dire ; mais pour les terrestrium, je fais des réserves ! »

(3) Le grec Xristos^ Th^reu Maschiach et le latin Unctus ont le même sens.

(4) V. suprà p. 176.

tiare est le signe de la plénitode de la puissance ecclésiastique concentrée dan^ la Primauté de Tapôtre Pierre : elle ne signifie pas autre chose.

Au reste, cette signification de la Tiare se reflète dans les détails même de la cérémonie du couronne-

ment.

Lorsque le couronnement fait suite à la consécration épiscopale, les divers actes qui *s'y rattachent, sont intercalés dans la messe pontificale que le nouveau pape célèbre, àTautel du tombeau de S. Pierre, aussitôt après avoir reçu Fonction des mains du Cardinal'évôque d'Ostie. Lorsqu'au contraire le couronnement se fait indépendamment du Sacre, le pape pontifie selon le rituel des fêtes les plus solennelles et sa Messe présente les particularités suivantes :

Précédé de tous les dignitaires de sa Cour en grand costume, le pape monte sur laSedia gestatoria dans la salle Ducale. Il descend ainsi les marches de la Scala Reyia jusqu'à Tentrée de la Basilique où les porteurs s'arrêtent sous le Portique. Là, le nouveau Pontife s'assied sur un trône dressé devant la porte sainte 'qui ne s'ouvre qu'aux inaugurations des années jubilaires, trône autour duquel les cardinaux prennent place sur des bancs disposés en fer achevai. Le CardÎQal-archiprôtre prononce un discours et présente à Sa Sainteté le clergé de la Basilique : chanoines, bénédciers et clercs, ainsi que, les élèves du séminaire qui y est annexé. En suite de qut)i tout ce personnel est admis à Tobédience et au baisement du pied, et le

pape est ainsi chez lui, dans son Eglise patriarcale.

Ce premier acte terminé, le cort^e reprend sa marche et pénètre dans la Basilique, pendant que du haut de \n. Loggia de Bénédiction, la garde-noble fait sonner sa fanfare. Le pape est porté d'abord dans la chapelle du S. Sacrement où il fait son adoration et d'où il se rend — toujours surlaSerfm, — vers la nef de gauche, dans la chapelle de S. Gr4goire. Le trône est dressé dans cette chapelle qui marque remplacement de l'ancienne sacristie, et dès que le pape s'y est assis, il reçoit l'obédience des cardinaux, d^s patriarches, évoques et prélats présents à la cérémonie. Après quoi, les cardinaux déposent leurs capes rouges et revêtent les ornements sacrés ; le pape entonne la psalmodie de Toffice de Tierce pour ôtre ensuite revêtu lui-même des ornements titurgiques pour la messe pontificale.

A l'invitation rituelle Procedamns in pace^ In nomine Christi, chantée par le premier cardinal-diacre, la procession s'ébranle : dès que le pape remonté sur la Sedia apparaît dans la nef, le cérémoniaire allumant un flocon d'étoupes qu'il tient au bout d'un bâton argenté, s'agenouilledevantlui, chantantsurun mode grave et lent : Pater sancte, sic transit gloria miindi ! La marche continue : en face de la statue de bronze du Prince des Apôtres, et ensuite près de l'autel, la même cérémonie archaïque, d'un symbolisme si saisissant et si fortement expressif , se répète, évoquant le souvenir classique de l'esclave qui rappelait les triomphateurs antiques au sentiment de la vanité des splendeurs terrestres (1). La Rome chrétienne n'a rien détruit, elle a tout transformé.

(1) Qu'en même temps, on fit au pape la prophétie, Annos Pétri

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Enfin, arriva à Tautel, le pape commence la messe ; mais aussitôt liprès le Confiteor^ il revient s'asseoir sur la Sedia déposée au milieu flu sanctuaire, pour y recevoir l'imposition du Pallium. Les trois plus anciens cardinaux évoques récitent sur lui trois oraisons spéciales et le premier des cardinaux-diacres lui met, sur les épaules, le Pallium^ que le second vient fixer sur la chasuble mpyennant trois épingles gemmées, en souvenir des trois clous de \p. croix du Christ. La formule est légèrement différente de celle du rituel pour le jDa//!i/7j2 des patriarches et archevêques : « Accipe — dit le cafdinal-diacre —pallium sanctum, pienitudinem pontificalis officii^ ad honorem omnipotenlis Dei et gloriosissinice virginis Mariœ ejus matrisy beatorum apostolohim Pétri et Pauli et sanctx Romanœ Ecclesùe » .

Sur ce, le pape revenant à Tautel fait l'encensement prescrit et se rend au trône pontifical où il reçoit la dernière obédience des cardinaux et continue la messe.

Le chant très imposant, très suppliant^ des saisissantes litanies de l'intronisation suit la récitation des premières oraisons. Le cardinal premierdiacre, son insigne de la ferula à la main, conduit par un maître des cérémonies, et suivi par les au-

non videbis^ c'est une légende dont aucun rituel n*a jamais porté la moindre trace. A un moine qui lui rappelait cette légende, Benoit XIV riposta finement : Xon est de fide. Et l'exemple de Pie IX qui régna près de trente-deux ans, Ta bien prouvé. Ce qui est vrai c'est que, jusqu'au milieu du XVII» siècle, on mettait sous les yeux du pontife nouveau le symbole expressif de la fragilité humaine et môme apostolique, souvenir du reniement de S. Pierre, en lui présentant un coq de bronze dressé sur une colonne de porphyre près de la porte de la basilique du Latran. Mais certaines superstitions populaires s'y étant attachées, Alexandre VII (1655) fit disparaître cette colonne et cesser cet usage.

diteurs de Rote et les avocats consistoriaux, descend à la Confession des Apôtres, où il chante les invocations, auxquelles la chapelle répond :

Exaudi, Ghriste ! — Choeur. Domino nostro (Leoni) a Deo décrète summo Pontifici et universali Papae, vita ! [ter) Salvator mundi I — Ch. Tu, illum adjuva! [ter) Sancta Maria ! — Ch, Tu, illum adjuva I {bis)

Sancte Léo !

Sancte Michaël ! \ g

Sancte Gabriel !

Sancte Raptiaël.

S. Joannes-Baptista.

Sancte Petre ( Sancte Paule ! \ »

Sancte Andréa ! c'

Sancte Stéphane l / ^

Sancte Gregori !

Sancte Bénédicte

Sancte Basili !

Sancte Sabba ! [ g

Sancta Agnes I i p

Sancta Gascilia ! rH

Sancta Lucia I / p

L'Epitre et l'Evangile sont chantés, aux coins du trône, en latin d'abord par des diacres occidentaux puis en grec, par des diacres orientaux revêtus des amples dalmatiques de leur rite. C*est la proclamalion de l'union des Eglises sous la juridiction primatiale de TEvêque de Rome.

L'offertoire se fait à l'autel, après le chant du Credo. Avant d'y porter l'eau et le vin du sacrifice, le Sacrisle verse de l'un et de l'autre dans une coupe, dont il fait boire le contenu ou Credenziere\ le Cardinal*diacre, avant de placer sur la patène Tune des trois hosties qui lui sont présentées, remet de la même manière les deux autres au Sacriste qui les consomme. — Il y a là, peut-être, comme un souvenir des temps où le poison jouait parfois un rôle politique.

Le Canon de la Messe et la Consécration procèdent sans particularité spéciale. Il en est autrement de la Communion.

676 LC C09CXATE. CHAF. XYD

Le chant de VAçnu4 Dei exécuté et le baiser de paix donoéy le Pape, pour faire la Go mmiinion, quitte de nouveau Fan tel et se rend à son trùne où le Sous-Diacre lui présente Tbostie consacrée et le Diacre le calice. Le Pape est debout: il prend et consomme les Saintes-Espèces, après avoir détacbé toutefois de rhostie sainte deux particules avec lesquelles il communie successivement le Diacre etle Sous-Diacre. ( 1 >

Cotte cérémonie particulièrement saisissante le devient plus encore en certains cas. Le Cardinal Wiseman, avec une émotion dont le souvenir faisait vibrer son cœur et sa plume, avait vu Consaivi présenter ainsi le calice à Léon XII dont il avait si fortement combattu la candidature au Conclave : « L*ancien ministre, écrit-il, maintenant le simple Diacre, calme, digne et pieux, étranger aux soucis de la vie publique, oublieux du monde dans lequel il avait vécu ci ne pensant aucunement aux mille regards fixés sur lui, s'avançait d'un pas assuré et ferme, avec une aisance pleine de dignité. Cet homme qui avait traversé les coure d'Europe sans se troubler, maintenant dépouillé de tout pouvoir, se montra également à son aise sous sa dalmatique à Pautel, remplissant sans embarras son ministère ecclésiastique, montrantqu'il n'était pas moins à sa place dans le Sanctaire de S. Pierre que dans la salle du congrès de Vienne. — Mais le Pape lui-roôme, quand il se leva d'abord et qu'il se mit ensuite à genoux à l'approche du Diacre, défiait l'œil le plus pénétrant de trouver dans le sien

(1) Au moyen âge, le Pape communiait assis: Christus omnibus vUîcniihus pf ISSUS est : unde Papa, quando sumit Corpus Christi, in Missa Soletnni^ sedens in Cathedra convertit se ad populum. (S. Honavent. In Psabn, 21. — Cfr. Durand. Rational, div. Off.

une lueur de sentiment humain. Une profonde dévotion l'absorbait et répandait de Téclat sur sa pâle figure. Au milieu de la pompe qui l'entourait, il était évident que son esprit n'avait le sentiment que d'une seule et unique Présence. Seul avec son Dieu, il reçut de la main de son Diacre la coupe de l'amour sacré : leurs joues se rencontrèrent dans le baiser de paix ; le serviteur aussi prit part, comme le rite le prescrit, à la même communion que le maître » (1).

Ce n'est pas à l'autel, au-dessus du tombeau de l'Apôtre, ni sur la Cathedra de Pierre, mais dans la Loggia qui s'étend comme une immense galerie au-dessus du portique de la Basilique, que s'achève, par l'imposition de la tiare, l'ensemble des cérémonies du couronnement.

La messe terminée, le pape, la mitre en tête, remonte sur la Sedia ffestatoria, tandis que le Cardinalarchiprôtre, assisté des chanoines de S. Pierre, s'approche de lui pour lui remettre, au nom du chapitre et à titre d'honoraires de la messe qu'il vient de célébrer, une bourse de velours blanc contenant vingtcinq paoH (pièces de dix sous) : presbyterium pro missa béne cantata ; vieil usage d'une naïveté archaïque et d'une candeur touchante. Enfin le cortège se reforme et, comme à l'arrivée, traverse la Basilique en s'arrêtant devant la chapelle du S. Sacrement ; il gagne par la Scala regia^ la Loggia au fond de laquelle

(1) Souvenirs des quatre derniers Papes, Bruxelles 1858, p. 217. — Cfr Artaud. HisL de Léon XII,

s'élève un trône dont le pape gravit les degrés élevés.

Les chantres entonnent Tantienne Corona aurea stipei' capul cjns ; le Cardinal-doyen, 6v<^que d'Oslie, récitelePflr^^r et une oraison, dans laquelleil demande à « Dieu auteur de tout sacerdoce et de toute souveraineté, d'accorder au nouveau pontife la grâce de bien gouverner l'Eglise, d'iHre le Père des rois et le guide des fidèles ». Le second cardinal-diacre enlève alors la mitre au pape que le premier remplace aussitôt par la tiare en disant :

Accipe tiaram, tribus coronis omatani, et scias te esse patrein principum et regum, rectorem orbis in terra, ticarinw Salvatoris nostri Jesu Christi, eut est honor et gloria, in sœcula sœculorum. Arnen.

Dès que la tiare est posée sur sa tête, le pape récite trois oraisons dont il prend la formule dans le livre que deux évêques-assistants lui présentent à genoux ; et, se levant enfin, toujours la tiare en tête, il prononce la grande formule de la bénédiction solennelle(l).

(1) Voici cette belle formule liturgique :

Hancti Apostoli Petnis et Paulus, de quorum poiestate et nuetoritate confidimuSy ipsi intercédant pro nohis ad Dominum. R. Amen.

Precibus et meritix B. Marine semper Virginis, B, Michaêlis Archangeli, B. Joannis Baptistae^ et SS. Apostolorunt Pétri et Pauli^ et omnium Sanctorum, misèrent ur restri omnipotens Deus^et dimissis o?nnibus pecratis vestris, perdurât vos Jésus Chris tus ad vitam aeternnm. R. Amen.

Indulgentinm^ absolutione/n et remissionetn omrniuin peccatorum vestrorum^ spntium verae fructuosae pcetiitentiae^eor semper pœnitens et emendationem vitne, gratiam et consolationem Snncti Spiritus, et /^nnlem perseverantiam in bonis operibus tribunt vobis omnipotens et misericors Dominus. R. Amen.

Et benedictio Dei omnipotent Uf Patris, et Fiiii^ et Spiritus Sanctiy descendat super vos, et maneat sem,per. R. Amen.

Lorsque Rome appartenait au pape, une incomparable solennité marquait cette bénédiction. Au moment où, du haut du balcon, le souverain pontife levait les bras au ciel et faisait le triple signe de croix sur « la Ville et le Monde », la foule massée sur la vaste place s'agenouillait, les cloches de toutes les églises s'ébranlaient et le canon tonnait au sommet du château Saint-Ange. — Spectacle des temps passés, dont tous ceux qui en furent témoins redisent, avec une émotion sans pareille, la merveilleuse grandeur !

Le cortège revient, à travers les salles Royale et Ducale, jusqu'à la sglle des paramenti où le pape dépoi%e ses ornements sacrés et confie la tiare à la garde du Sacriste(l). Alors, elpourclorelacérémonie,

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(1) La tiare, ou plutôt les tiares, étant pour la plupart enrichies de gemmes d'une grande valeur, sont considérées comme faisant partie du trésorpontilical. Elles étaient déposées ^dis, avec d'autres objets précieux, dans un coffre-fort soigneusement gardé au château Saint- Ange.

L'histoire des diverses tiares pourrait tenter un amateur de curiosités historiques; nous ne pouvons en indiquer ici que les lignes principales.

Clément Y parait avoir fait venir en France la vieiUe tiare dite de S. Sylvestre qui était conservée au Sacravium du Latran. Celle dont se servirent les papes «d'Avignon fut apportée à Home, en 1377, par Grégoire XI. Mais les cardinaux français qui élurent Clément YII contre Urbain VI, la remportèrent à Avignon l'année suivante, et Topiniàtre Benoit XII (Pierre de Luna), n'eût garde de s'en séparer lorsqu'il se réfugia en Aragon. Martin V, élu par le concile de Constance (1417), fit donc faire, dit-on une nouvelle tiare ainsi que son successeur, Eugène IV, qui fut contraint de la donner aux Florentins comme gage d'un emprunt de 40.000 écus contracté pour subvenir aux frais du concile de Florence et du séjour des évoques orientaux. Ce fut d'ailleurs Eugène lVqui,en recevant l'obédience d'Alphonse d'Aragon et des derniers tenants du schisme, récupéra la tiare d'Avignon dont les pierreries furent vendues, quelques années plus tard, par Callixte III (1455) pour soutenir la guerre sainte contre les Turcs. Paul II (1455) fit un usage plus fréquent que ses prédécesseurs du triregno qu'il interdit en même temps à certains archevêques, qui s'arrogeaient le droit de le porter à

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le Cardinal-doyen adresse au pape un discours de circonstance, généralement courV et qui formule, au

rinstar du pape. Ce pape, Vénitien fastueux, trouvant indigne de la majesté pontificale, la tiare dépouillée par Gallixte III, en lit faire deux autres évaluées, l'une à 300.000, l'autre a 180.000 écus. Elles ^ subirent les mômes vicissitudes que leurs devancières, Sixte 1 V (147)

enleva une partie des joyaux dont elles étaient couvertes pour parer au déficit du trésor pontifical, et Innocent VIII (1484) en vendit encore poui* 100.00^ ducats d'or. Presque à la même époque, la plus ancienne des tiares connues, dite de S. Sylvestre, était volée au trésor du Latran. Jules II (1503) fit confectionner une nouvelle tiare bientôt livrée, eUe aussi, au banquier Agostino Ghigi comme % garantie d'un emprunt de 40.000 écus d'or. Léon X (151 2) dut en faire

exécuter une à la mesure de sa tôte pour laquelle toutes les tiares de ses prédécesseurs se trouvaient trop petites. Lors du sac de Rome par les troupes de Charles-Quint (1527), Clément VIII fit « dépecer, par Benvenuto Gellini, les titres de la sacristie pontificale, afin d'en sauver au moins les gemmes. Quelques années plus tard, Paul III (1524), faisant démolir la vieille chapelle française de Ste Pétronille, trouva dans le tombeau des deux femmes de l'empereur Honorius, quantité de bijoux précieux dont il fit monter une superbe titre où figuraient les lys des Farnèse. £n 1555 le conclave qui élut Paul IV vendit une des tiares du trésor aux marchands florenj^ins. Grégoire Xlll (1572), fit restaurer celle de Jules II, la seule (|ui fût demeurée intacte. Clément VIII (1592) en fit exécuter une nouvelle évaluée 300.000 écus et Urbain VIII (1623) une autre encore d'une valeur équivalente.

Pie VI (1775), qui aimait le faste, pendant les premières années de son pontificat voulut faire renouveler,dans le goûtdu XVIII* siècle, la monture des quatre tiares de Jules II, Paul II lî Clément VIII et Urbain VIII ; il y fit ajouter de nouvelles pierreries et, dit-on» ne consacra pas moins d'un million d'é(^is à cette somptueuse fantaisie. Amère ironie de l'histoire ! Ces quatre tiares ainsi restaurées devaient, quelques années plus tard, être jetées, parle pontife lui-même, dans le gouffre ouvert par le traité de Tolentino. Bonaparte avait déclaré accepter en objets précieux une partie des trente millions imposés comme contribution de guerre; l'orfèvre, qui avait monté les tiares, n'estimait plus leurs gemmes qu'à 285.885 écus ; et, de son côté, le commissaire Haller, suisse, qui procédait à la curée avec une meute de brocanteurs juifs, dépréciait de son mieux ces joyaux qui d'ailleiys ne trouvaient pas facilement acheteurs. D'où colère de Bonaparte qui, dans une lettre adressée au Directoire, à la date du 14 mai 1797, se plaint d'avoir pour 8.000.000 de pierreries, alors qu'il lui faudrait pour ses troupes de l'argent comptant. Pie VI dut ainsi en racheter une partie contre espèces sonnantes . Peu après un nouveau lot de joyaux pontificaux provenant des églises et palais de Home, fut déposé cli^z des banquiers de Genève^

nom du Sacré-Gollègey. les souhaits traditionuels, ad multos annos ! Autrefois, la journée s'achevait dans des démonstrations de joie populaire, dans ces manifestations et ces fêtes auxquelles le peuple de Rome s'abandonne avec un si caractéristique entrain ; et les libéralités du nouveau souverain venaient ajouter à l'universelle allégresse.

Mais, le dimanche 3 mars 1878, le couronnement de Léon XIII se fit dans le cadre restreint de Tinté rieur*du Vatican... En effet,' à moins de fermer les portes de la Basilique, le pape n'est plus chez luisons les voûtes de S. Pierre. On crut même devoir renoncer à la tradition de célébrer le dernier acte de la cérémonie, dans la galerie supérieure du portique. — L'obédience des cardinaux se fit à un autel dressé, pour la circonstance, dans la salle Ducale où l'on

dans le but de contracter un emprunt de dix millions, dépôt séquestré bientôt par ordre du Directoire. Il y eut là des dilapidations, des détournements, des marchés honteux et répugnants.... Néanmoins, ces trésors ne furent pas tous perdus pour le S. Siège, puisque ce fut dans les pierreries de Tolentlno que Napoléon puisa en 1805 une partie des gemmes dont il fit orner la tiare qu'il offrit à Pie VII à l'occasion du sacre impérial; mais cette tiare estimée i3.350 écus fut ensuite confisquée et rapportée à Paris lors de Tarrestation et de la captivité du pontife, et «lie ne fit définitiyement retour au trésor pontifical qu'en 1815. A.vant le cadeau' impérial, et au moment de son élection. Pie Vil avait dû faire confectionner une tiare d'ôtofie brodée de pierres fausses, avec monture de carton ! Elle avait du moins l'avantage d'être fort légère, motif pour lequel le pontife et ses successeurs aimaient à s'en servir dans les circonstances moins solennelles. Grégoire XVI la (emplaça par une tiare très simple, mais plus décente, que Pie IX à son tour trouva trop petite et à laquelle il substitua une nouvelle artistement travaillée et d'un poids minime. En 1855, la reine Isabelle d'Espagne lui en olTrit une fort riche ornée de brillants. Nos lecteurs se souviennent que les catholiques du diocèse de Paris, ont offert à Léon XIII, à l'occasion de son jubilé sacerdotal (1888), un magnifique triregno^ chef-d'œuvre de Froment-Maurice.

chanta l'office de tierce ; de là, le cortège aussi imposant qu'autrefois, bien qu'en son bref parcours il ne se déployât plus de même, se rendit à la chapelle Sixtine ; c'est dans ce court passage que le Cérémoniaire alluma, devant le pape élevé sur la Sedia entre les deux flabelli hiératiques, la triple étoupe àxisic transit gloria mundi.

La messe pontificale fut célébrée, selon le rituel indiqué plus haut, à l'autel que domine la grande fresque de Michel- Ange. Ce fut là aussi, qu'assis sur son trône dressé SL^comu evangelii, le nouveau pape se vit imposer la triple couronne, par le cardinaldiacre Mertel : accipe tiaram tribus coronis ornatam ; là encore il prononça les paroles de la bénédiction solennelle sur les assistants.En effet, Léon XIII, ne voulut plus se rendre à la Loggia pour donner cette bénédiction soit au dehors, du côté de la place où la foule excitée par le langage de la pregse italienne, s'obstinait à vouloir le voir apparaître, soit même à l'intérieur de la Basilique, comme au jour de son élection. Sa Sainteté, après avoir reçu, dans la salie des parements, les félicitations et les vœux des cardinaux, rentra dans ses appartements. •

Bientôt apr^ son couronnement, le nouveau Pape lient son premier Consistoire au cours duquel il adresse une allocution aux cardinaux et prête luimême le serment d'observer les Constitutions apostoliques qui, depuis S. Pie V, défendent toute aliénation des domaines pontificaux (1). 11 notifie ensuis te son avènement à l'Eglise universelle, d'ordinaire

(1) Pie V. Constit. Admonet nos^ 29 mars 1567.— Alexandre VIL Constit. Inter cœtems, 24 janvier 1861. — Innocent XII. Constit Romanum decet Ponlificern^ 21 juillet 1091.

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par une encyclique adressée aux patriarches; archevêques et évèques en communion avec le S. Siège apostolique (1). Très souvent aussi il promulgue un jubilé extraordinaire à Toccasion de son avènement et pour implorer les divines bénédictions sur son pontificat.

Bien que la prise de possession de TEglise du Latran, cathédrale de Tévêque de Rome, soit au nombre des cérémonies devenues impossibles depuis Toccupation de Rome par la royauté itniienne, comme elle reste, en principe, le complément et, pour ainsi dire, le bouquet des fêtes du couronnement pontifical, comme d'ailleurs le présent n'est pas tout, et qu'il faut — surtout ici — tenir compte du passé et de l'avenir, rien ne permet de la passer sous silence.

Naturellement, et comme les autres parties du programme, cette cérémonie, modeste au début, s'est entourée à la longue de plus de magnificence et de solennité (2). Mais quand il s'agit de pqpipes ecclésiastiques, ilest toujours intéressant de remonter aux origines et de chercher le sens des choses dans le rite primitif.

(1) La publication de Tencyclique était retardée d'ordinaire jusqu'après la piise de possession du Latran. Pie IX, couronné le 21 juin 1846, tenait consistoire le 27 juillet. Le lendemain de son Possesso, paraissait son encyclique Qui plu rib us ja m du 9 novembre. — Léon XIII, couronné le 3 mars 1878, publiait le lendemain la Bulle rétablissant la hiérarchie en Ecosse, tenait son premier consistoire le 28 mars et datait Son encyclique hiscmtahili Dei consilio du 21 avril, jour de Pâques.

(2) Gancellieri, Storia dei solenni possessi dei Sommi Ponte/ici. — grand in-k* Romn 1802.

684 LE co.xcLAVE. — cHAP. xvn

Les chroniqueors pontificaux nous ont décrit quelques-uns de ces rites antiques, tels du moins qu'on les pratiquait au XI* siècle. Ils disent de Nicolas II (1051iy qui modifia la loi électorale: juxta consueturn ordinem a Cardinalibus in sede positis apostolica ({). A propos de l'élection de Grégoire VII, les détails sont plus explicites et plus abondants: ils nous le montrent acclamé par le peuple et le clergé durant Toffice môme des obsèques de son prédécesseur Alexandre H; puis, saisi, entraîné dans Péglise de S. Pierre-aux-Liens et, tandis qu*on rédige le procès-verbal de Télection, revêtu du manteau rouge, couronné de la tiare aux deux cercles symboliques et intronisé de celle façon quasi-violente (2). Pascal II (1099), son troisième successeur, est élu dans des circonstances qui permettent au contraire d'accomplir tous les rites ; aussi Tannalisle Pierre de Pise se complaît-il dansla description des cérémoniesdesonintronistttion. L acte électoral a lieu dans l'église S. Clémont et malgré la résistance non feinte du cardinal Héuier, on lui déclare qu'il est élu. Quelques membre» du clergé répètent trois fois le cri rituel auquel la foule fait écho : « Pascal pape ! Pierre la élu ! » On lui met la chape rouge (3) sur les épaules et la

(1) I.OÔ Ost. III. 12.

(2) Jaffô, Jiihlioth, rer. qerm. t. II, p. 10. — Cfr. Hefete, Concilie lujesch, § 5G«.

(3) Le mantoau rouge était depuis longtemps Tinsigne principal du Pontificat romain. La pourpre, couleur de la souveraineté, fut de bonne liouro rt^servée au Pape. Les cardinaux, à Torigine, n'avaient pas de vêtements dislinctifs : ils finirent par adopter le violet dont usaient généralement les évoques, dès le IX« ou X» siècle. — Aux légats qu'à partir du XI« siècle ils expédièrent dans les pays d'outre-mer, les Papes concédèrent bientôt le privilège de porter dos YÔlements rouges, comme représentant la personne même du Pontife (leijnti a latere Pontificis),

Kn 1213, le manteau rouge d'un légat pontifical envoyé à Gons-

tiare sur la tète ; on le fait monter à cheval, et on le conduit incontinent au Latran, au chant des litanies. Le pontife se résigne et traverse Téglise où il s'assied sur \9l Cathedra pontificale; puis on le conduit, par l'intérieur du palais, sous le portique extérieur, où sont prép*arées deux chaises curules inscrutées d'ivoire sur lesquelles il prend successi^jernent place, après avoir été ceint de la ceinture aux sept clefs et aux sept sceaux apocalytiques, symboles des dons du S. Esprit « à l'aide desquels il doit exercer son pouvoir suprême de fermer et d'ouvrir ». On lui met en main la /i?rw/û, ou bâton pastoral signe de sa puis-

tantinople fut assez mal reçu ; il parut aux Byzantins comme un empiétement sur la pourpre impériale. Mais à Rome on n'avait point de telles susceptibilités : les vêtements rouges sur les épaules des ministres et conseillers du Pape évoquaient le souvenir des anciens consuls et sénateurs, et les cardinaux se considéraient volontiers comme les héritiers des Pères conscrits. Bientôt d'ailleurs ils se crurent assimilés, de droit, aux légats. De là vient que déjà sous Innocent III (1198) on les voit apparaître revêtus d'insignes rouges. — Innocent IV leur accorda expressément, au Concile de Lyon en 1245, le chapeau rouge qu'ils portèrent pour la prenne re foi» l'année suivante, à Gluny, lors de l'entrevue de ce pape avec S. Louis ; plus tard Boniface VIII (1294) leur permit définitivement le port de la soutane rouge.

En revanche, les Papes, à mesure que le rouge devenait la couleur des cardinaux, s'attachaient à Tusage des vêtements blancs. De tout temps d'ailleurs, ils paraissent avoir porté sous leur manteau de pourpre, la tunique de laine blanche des patriciens et pontifes de la Rome antique : la série des pollraits de la basilique de S.Paul l'indique. Un biographe de Didier, abbé du MontCassin, qui hésita longtemps à accepter son élection à la succession de Grégoire VII, raconte sa résistance en disant qu'il c avait été revêtu à la vérité de la chape rouge mais qu'on n'était pas parvenu à lui faire endosser la tunique blanche ». Celle-ci était donc déjà le vêtement usuel du Pontife et la collation de la pourpre aux cardinaux ne fit que renforcer cet usage. Le costume du Pape a conservé aujourd'hui encore des traces de la pourpre : les chaussures, la mozette, le camàuro, le manteau de promenade et le chapeau sont rouges. Dans les cérémonies liturgiques, sauf durant Isr semaine de Pâques, le Pape porte toujours l'étole et la chape rouges, même dans les offices funèbres.

sance de juridiclion, et le lendemain, dimanche, il est sacré à S. Pierre par Tévêque d'Ostie.

Un siècle plus tard, le camerlingue Cencius Savelli, qui sera Honorius III, décrit Tintronisation de Célestin III (1191). La cérémonie présente quelques variantes curieuses : les deux chaises curulesf mobiles, inscrustées d'ivoire, ont été remplacées, sous les portiques, par une chaire de marbre blanc, et, à l'entrée de la chapelle S. Sylvestre, par deux sièges fixes en porphyre, enlevés aux thermes de Garacalla, où ils servaient naguère auxbaigneurs, usage en vue duquel ils étaient perforés d'un trou par où s'égouttait Teau. Le nouveau pape s'asseyait d'abord, sous le portique , sur la chaire de marbre blanc pendant que Ton chantait l'expressif verset du psaume : Suscitons à terra inopem et de stercore erigetis pauperem, ut coUocet eum cum principibus populi sut (1) ; il prenait, dans

(1) C'est de ce texte liturgique, et non du trou percé dans les deux sièges balnéaires, que la chaire placée sous le portique du Latran était appelée siège stercoraire^ dénomination devenue célèbre lorsque, confondant ces divers sièges, on essaya d'y rattacher la ridicule fable de la papesse Jeanne qui aurait occupé, pendant plus de deux ans, le trône pontifical, entre Léon IV, mort le 17 juillet 855, et Benoit III qui, élu et intronisé immédiatement fut emprisonné par suite des intrigues d'un antipape 'soutenu par les ambassadeurs de TEmpereur Lothaire, et ne put être consacré que le 6 octobre suivant (V. supr., p. 33).

L'étrange légende qui pourrait bien être une adaptation à Tusage de l'Occident d'un récit visant le siège patriarcal de Constant!nople (S, Leonis IX, Rpist, 1, ad Mich. Caerul. § 33), en même temps, qu'un écho confus des calomnies de Luitprand«ur le compte des papes du X* siècle, prit corps dans les libres fabliauxdu XII* sië* cle auxquels l'emprunta un chroniqueur allemand du XIII% Ifartinus Polonus. Le sens critique ou historique n'était alors nullement choqué par les plus fortes invraisemblances et le merveilleux s'accréditait sur la foi du premier faiseur de récits désireux d'é« tonner ses lecteurs. Telles, les nombreuses légendes sur les tours de sorcellerie du savant <>erbert (Sylvestre II) et de Hildebrand (Grégoire VII), ou celles qu'imaginaient sur la ville «de Tite-Live et de Tacite, des opuscules comme la Qraphia aureae Urhis Ro^

la bourse du Camerlingue, trois poignées de monnaie * qu'il jetait au peuple, en répétant les paroles de S. Pierre : argentwn etauriim non est rnihi^ quodautem habeo tibi do ! — Après cette cérémonie préliminaii^e, le pape était conduit à Tantique chapelle de S. Sylvestre, à l'entrée de laquelle se trouvaient les deux sièges de porphyre perforés : sur Tune, il recevait la feriila^ — in signwn regiminis et correctionis (i) ;

mœ^ ou le Mirabilia Urbis Rotnae, racontant l'arrivée de Noé sur le Janicule, les miracles d* Auguste, l'animation des statues qui représentaient au Capitole les diverses provinces de l'Empire et qui, par un coup de sonnette mystérieux, avertissaient le Sénat des révoltes qui éclataient au loin contre la domination romaine ! Il n'est donc pas suprenant, que dans un pareil état des esprits, la papesse Jeanne trouvât des croyants, ni que Boccace ait puisé à ces sources la matière d'un de ses racconti les plus corsés. Mais, ce qui, par contre/étonne à bon droit, c'est que la polémique protestante, à la suite des Centuriateurs de Magdebourg, ait cherché dans une telle fable un de ses thèmes favoris, faisant surgir, en Allemagne surtout, toute une littérature aussi absurde que répugnante que n'arrêta même pas la critique plus loyale d'écrivains protestants comme Blondel et Leibnitz. Après le pontiticat de Léon X, au début du XVI' siècle, les ftimeux sièges, stercoraire et perforés, avaient été relégués dans le eloitre attenant à la Basilique, d'où Pie VI les tira pour les placer au musée du Vatican. Gela n'empêcha pas certains auteurs protestants d'Allemagne d'affirmer, encore deux siècles plus tard, avec une stupéfiante désinvolture, qu'ils avaient mi servir ces sièges à l'usage pcétendu, comme ce bon Laurentius Banck, décrivant l'intronisation d'Innocent X(l($4i) dans sa Roma Triumphans (Francherae. 1645) et allant jusqu'à nous donner la représentation de l'opération (!), par des gravures qui n'ont rien d'archéologique ; ou bien encore te pasteur Samuel des Marets écrivant gravement une Dissertatio historico-theologica de variis sedihus quibus Pontifex Romanus imponitur die suae inauguration is ac nominatim de ea quae olim sexui illius explorando fuit destinata (Groning, 166:{}. Aujourd'hui, la critique a fait définitive justice de ces facéties de l'esprit sectaire, et nul savant n'aurait le courage de ressusciter la papesse Jeanne ou de rajeunir les détails accrochés à sa légende. ' Ajoutons, pour finir, qu'à la suite du traité de Tolentino, les célèbres sièges balnéaires furent transportés, avec 80 autres pièces de sculpture antique, à Paris, au musée du Louvre, d'où un seul revint à Rome en 1815. •

(4) Dans le symbolisme biblique, la verge est l'attribut de la puissance; virga virtutiSy virga directionis et regni. Le symbo-

Fi. ,

rr-

sur Tautre, on le ceignait de la ceinture de soie rouge à laquelle était attachée une nouvelle bourse con-' tenant douze cachets de pierres précieuses et des parfums. La ceinture symbolisait la continence, la bourse rappelait le devoir de l'aumône, et son contenu figurait, d'une part, les douze apôtres, de l'autre, le bonus odor Christi dont parle S. Paul. Le pape puisant alors de nouveau dans la bourse du Camerlin- •gue, distribuait des pièces d'argent aux cardinaux et au clergé, répandait sur le peuple de nouvelles poignées de monnaies en prononçant les mots du psaume : Dispersit dédit pauperibtiSy justitia ejus nmnet in sœculum ! Toutes ces formalités remplies, il invitait à un banquet préparé dans les salles du Patriarchium, les dignitaires du clergé et les ambassadeurs des princes.

Au XI® siècle, au XII®, et même au commencement du XIIP, la prise de possession du Latran élait suivie d'une autre intronisationà S. Pierre, où le Pape devait s'asseoir sur la Cathedra Peiri^ ce siège curule du sénateur Cornélius Pudens, conservé comme relique

lisme des premiers âges chrétiens est le môme : dans les peintures des catacombes, le Christ, opérant quelque miracle, tient toujours la verge. Cette idée se retrouve sans doute dans le bâton f)astoral ou crosse des évéques. Cependant, à part cet usage de la ferula au XII« siècle, le pape ne porte pas la crosse : le moyen-âge expliquait ce fait par la charmante tradition recueillie par S. Thomas,et d'après laquelle, S. Pierre avait envoyé son bâton pour ressusciter son disciple Materne mort dans la plaine d'Alsace, pendant qu'il ' était en route pour aller cvangéliser les gens de Trêves. Pour ce motif, le pape ne retrouvait sa crosse que lorsqu'il officiait dans le diocèse de Trêves : /S. Thom, in IV Sent. dist. 24, q. 3, a. 3: (n Rom. Pontifex, non utitur Baculo, quia Petrus misitipsum ad suscitandum quemdam*L)iscipulum suum, qui postea factus est Episcopus Trevirensis,etideo in dioecesi Trevirensi Papa baculum portât et non in aliis >.

dans la BasiliqueVaticane. C'est ainsi que S. Léon IX, amené à Rome par Ilildebrand, fui, au dire de ses biographes, intronisé sur la chaire de S. Pierre. 11 en fut de môme pour la plupart de ses successeurs. Le plus souvent les chroniqueurs marquent que cette cérémonie était la troisième: d'abord l'intronisation au Latran, ensuite le sacre et puis la prise de possession du Siège de Pierre dans la vieille Basilique Vaticane. Cfependant, quand l'élection pontificale avait lieu au Vatican ou dans l'église de S. Pierreaux-Liens laquelle prétendait aussi posséder une Cathedra Pétri (1), on faisait immédiatement, et là môme, asseoir le nouveau Pape sur la chaire de S. Pierre, en le revotant du manteau rouge ; on l'intronisait ainsi sur place en quelque sorte, et la prise de possession du Latran n'avait lieu qu'après. S'il arrivait que le Pape fût non seulement élu, mais sacré hors de Rome — ce fut le cas notamment de Calixte II, de Pascal III, d'Honorius III — sa première station, à son entrée dans la ville, devait ôtre au tombeau de S. Pierre, et là, au Vatican, il s'asseyait sur la Chaire Apostolique avant de prendre possession du Latran (2).

(1) Quelques pontifes, parmi lesquels Alexandre II et Grégoire VII, furent élus et intronisés dans TÉglise même de S. Pierreaux-Liens. Cette apparente anomalie s'explique par le fait définitivement mis en lumière par M. de Rossi {Bollett. di Arch. Christ. 1867, n» 3) que dans cette église on conservait alors la relique d*un second siège que la tradition faisait remonter ti Tapôtre. L'intronisation in Cathedra Pétri pouvait donc s'y faire aussi : cela se passait ainsi surtout lorsque la Basilique Vaticane se trouvait aux mains d'un antipape élu en concurrence. Observons que chacune des Basiliques patriarcales possédait un siège pontifical qu'on appelait souvent Sedes Apostoliea^ mais elles n'avaient pas la prétention d'avoir le Siège de Pierre.

(3) Ces anciens rites de l'intronisation pontificale ofirent une analogie curieuse avec les cérémonies qui accompagnaient et sui-

Toutefois, ces cérémonies de Tintronisation, iiîalgré leur signification symbolique, malgré leur importance rituelle, n'eurent jamais un caractère essentiel et juridique (1). En d'autres termes, elles ne constituèrent jamais une condition nécessaire de Texercice du pouvoir pontifical ; bien moins encore purent-elles jamais entrer pour quelque chose dans les questions de légitimité et de validité qui se rattachent à Téleetion et la consécratidîi. La Bulle électorale de Nicolas II en fait la mention expresse (2). Intronisé ou non, l'élu n'en était pas moins « vrai Pape ».

Au reste, vers la fin du XIIP siècle, l'intronisation perd de son importance et tend presque à disparaître au profit de la cérémonie du couronnement. Les élections plus fréquentes hors de Rome, et bientôt le séjour des Papes à Avignon, amènent ce résultat.

Après le retour à Rome, on ne revient que dans une certaine mesure aux anciens usages. Comme Télection se fait régulièrement au Vatican devenu la demeure habituelle des pontifes, « l'introduction »

vaient rélection de Tabbé d'une de ces grandes abbayes bénédictines du moyen-âge, le Mont Cassin par exemple. — V. Dantier, Les monnstères bénédictins d'Italie, t. 1, p. 246.

(1) C'est Terreur de quelques auteurs protestants tels que R. ZœpfeL {die Papsticahlen vom 11 bis zuni 14 Jahi'hundert, Gœlting. 1872), ouvrage remarquable par le soin avec lequel sont recueillis les textes, mais dont l'auteur est trop porté à donner une importance juridique à de simples cérémonies rituelles. — Cfr. Marlens, Besetsung des paejistl. Stuhls tinter Heinrich III if. Heinrirh IV. Freib. 1886, pp. 314 ss. — Une assez singulière m/jprise de ce dernier auteur est de croire que la bénédiction ou consécration d'un pape déjà évêque avant son élection consistait dans la confession publique ou la récitation solennelle du Con/fteor !

(2) V. supr.,^. 66.

LA TIARE ET LE SIÈGE APOSTotiQUE 691

àu Latran, qui prend bientôt le nom de Possesso ou prise de possession, Change de disposition chronologique : au lieu d'être, comme au moy^-âge, la première des cérémonies complémentaires du Conclave, elle devient la dernière.

Durant tout le XV* siècle cependant, le Possesso a lieu encore le jour même du sacre et du couronhe- «leni ; mais le rite spécial de Tintronisation sur la Cathedra Pétri tombe en désuétude ; et, vraiment, Ton ne peut que regretter qu'il ne soit pas demeuré associé, comme jadis, au couronnement. Il y aurait eu, pour le sens historique comme pour le sentiment chrétien, une satisfaction à voir le nouveau pontife ^ceindre la tiare sur le siège qui perpétuait matériellement la chaire de Pierre. Les cérémoniaires du XV' siècle ne Font pas voulu.

D'Eugène IV (1431) à Jules III (1850), le couronnement se fait sur les gradins qui conduisaient au portique *de S. Pierre. Marcel II (i55S) le transporta dans la Loggia qui s'étend au-dessus de ce portique, usage qui est dès lors constamment suivi jusqu'à Pie IX.

A mesure que Tinfluence de la Renaissance se fait sentir à la cour des Papes, la prise de possession donne lieu au déploiement d'un cortège plus fastueux et plus long, si bien que Jules II (1503), trouvant sans doute qu'il y en avait tro|i pour une môme journée; sépare la cérémonie du Poss^so de celle du couronnement. Ce premier retard en autorise d'autres, et il est souvent arrivé depuis que la prise de possession fut ajournée de plusieurs semaines. Elle perd du reste en signification ce qu'ellc'gagne en luxe et en apparat. Le train du pape se rendant au Latran,

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OU la fameuse Cavalcata^ devient un des spectacles les plus curieux de la Rome [fapale ; mais il n'est plus la procession religieuse des anciens jours. Nicolas V (1447) monté sur une haquenée blanche et tenant la rose d*or dans sa maii} gauche, se faisait encore précéder yar le S. Sacrement... Avec Innocent VIII (1484) et Alexandre VI (1492), elle devient un cortège de princes; Jules II (1503) en fait presqueun défilé militaire (1) ; son successeur Léon X (1513), une marche triomphale, d'une ^splendeur toute niédicéennne, sur un parcours où s'élevaient une dizaine d'arcs de triomphe qu'ornaient des statues antiques et des tableaux vivants (2). C'était, dit un de ses historiens (3) « la Renaissance qui'passait ». , Elle passait d'ailleurs partout, et les esprits qu'elle tenait sous son charme ne goûtaient plus guère le symbolisme hiératique et mystique des vieux rites. Léon X fut le dernier à s'asseoir sur les sièges stercoraire et balnéaires, à prendre en mains la férule de juridiction, à ceindre le cordon aux sept clefs et aux sept sceaux, à accepter la bourse aux douze gemmes et

(1) Celte procession n'avait pas eu toujours un caractère absolument pacilique : à Constance, les citoyens de la ville et les domestiques se disputent violemment le cheval de Martin V. Le cortège de Calliste III, (1445) est troublé par des rixes sanglantes; le cheval de Pie II (I4ô8) est enlevé de vive force par la foule; Sixte IV (1471) voit voler les pierres autour de lui ; le t peuple » se partage et s'arracl»B le cheval, le trône et le baldaquin d'Innocent VIII ; si bien que, pour l'intronisation de Jules Ilje cérémoniaire Paris de Grassis donne l'ordre ut providentur de periculo contra eos qui equum, baldachinnm et sedetn Papae in Laterano rapere conantur. Le peuple en effet en Qtait venu à considérer cette main-mise comme un droit qui lui revenait.

(2) Voir la curieuse et minutieuse relation envoyée par le médecin florentin Penné à une cousine du pape. {Ap. Roscoë, Vie de Léon X, t, II, append. — et Cancellieri, Storta deiPossessi)-

(3) Perennès, Histoire de Florence. '

aux parfums, à recevoir l'encens à la porte des églises devant lesquelles il passait (1). Son successeur, Tauslère Adrien ^I, se fera précéder encore, comme Nicolas V, par le Saint-Sacrement ; mais ce fut pour la dernière fois. Et peut-être fut-il prudent de ne plus exposer le Saint-Saçrement aux hasards de la foule bigarrée qui suit de tels cortèges. L'usage du banquet final offert par le Pape aux cardinaux, ambassadeurs et princes romains selnainlinl plus longtemps. Ce fut S. Pie V (1S66) qui le supprima et lui substitua le don de mille écus d'or — prix du festin — aux monastères et institutions de bienfaisance. Le môme Pape abolit, à la suite des désordres qui avaient troublé lepossesso de son prédécesseur Jules III, Tiisage de jeter des pièces de monnaie au milieu de la foule; ce que Sixte-Quint compléta et conffrma en faisant distribuer une aumône à tous les pauvres qui se présentaient cejour-là à la porte du palaisapostolique (2). Jusqu'à Léon X, le cortège de la Cavalcata était marqué par un autre détail pittoresque et touchant. Les ranbins des synagogues juives stationnaient aux alentours du château Saint-Ange et présentaient au Pape le volume de la Thorah ou loi mosaïque. « Saint Père, lui disaient-ils, lesHébreux vous demandent de confirmer et d'approuver la loi donnée par Dieu à notre Pasteur Moïse, sur le Sinaï ». — Et le pape répondait : « Nous recommandons la loi, mais

(1) Mucanzio, ap. Cancellieri op. c, p. 120.

(2) De là Tusage maintenu jusqu'en notre siècle, de faire remettre par Taumônier du Pape, la veille du couronnement et, chaque année, au jour anniversaire, un paolo de dix baioques et un bon de pain aux pauvres. — Les femmes enceintes recevaient double part, ce qui donnait lieu aux pratiques d'une contrebande assez originale.

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nous condamnons l'intelligence que vous en avez, parce que celui qu'elle ^pnonce est venu dans la personne deNotre-Seigneur Jésus-Christ^t) ». Les premiers témoignages qui relatent cet usage si saisist> sant dans sa simplicité, sont du commencement du XIP siècle, mail peut-être Tusage lui-même remonlet-il beaucoup plus haut. On le dirait, au parfum d'antiquité qui s'en exhale. En tout cas, il devait disparaître, et il disparut^ quand a M Renaissance passa ».

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La prise de possession de la Basilique du Latran s'est faite, jusqu'à Pie IX, dans les formes déterminées par les Côutumiers du XVI® siècle (2). Près de la grande porte d'entrée, on dressait, sous le portique, un trône où le pape s'asseyait et revêtait les ornements pontificaux, tandis que les cardinaux prenaient place autour de lui, sur des bancs recouverts de tapis. Debout au pied du trône, le Gardinal-archiprôtre de la Basilique prononçait une courte allocution latine, présentait au Poi^tife, dans un bassin

(1) Burchard, Diariimi : In Innocent. VIII. — Dans la suite, rhommage présenté par la colonie juive au nouveau Pape revêtit une autre forme. Au Possesso de Grégoire XIV (1590) elle ornait d*inscriptions hébraïques^ de tapis et de guirlandes, l'arc de Septime-Sévère au Forum. A partir de Grégoire XV (1621) on lui abandonnait le soin de décorer cette partie de la via papale qui va de l'Arc de Titus au Colysée : allusion évidente au monument qui perpétue, aux pieds du Palatin, le trophée de la destrucUon de Jérusalem par les armes romaines, en accomplissement des prophéties du Christ.

(2) Une description détaillée du Possesso de Pie IX (8 nov. 1846) est donnée par Ch^ Sylvain, {Hist. de Pie IX, Lille, Desclée, 1878, ch. X). et surtout Arcieri, Relazione délia Cavalcata di N. S. P. Pio IX nel solenne Possesso delln Basilica Later, Rom. 1846.

Là tiare £T le siège APOSTOLIQUE 695

de vermeil rempli de fleurs, les deux clefs de l'Eglise, Tune d'or, Taiitre d'argent. Puis il demandait au pape d'admettre à l'obédience et au baisement du pied le clergé de la Basilique : chanoines, bénéficiers, chapelains, pénitentiers défilaient aux pieds du nouveau pontife.

Pendant ce temps, les cardinaux ont revêtu les ornements sacrés propres à leur ordre ; le pape descendu de son trône, sous la grande porte de bronze, reçoit le goupillon de l'eau bénite, et monte sur la Sedia gestaloria. Il fait son entrée au moment où le chœur des chantres entonne le Te deum qui s'achève pendant que le pontife fait son adoration devant l'autel où le Saint Sacrement est exposé. Le pape remonte sur la Sedia^\e cortège repart au chant de l'antienne Petrus apostolus et s'arrête à l'autel de la Confession, où Sa Sainteté vénère les têtes des deux Apôtres exposées dans leur riche reliquaire du Ciborium, Alors, cortège et Sedia se dirigent vers la Cathedra pontificale dressée au fond de l'abside ; le pape s'y assied, couvert de la mitre, et reçoit l'obédience des cardinaux auxquels il dpnne sa main à baiser et remet, en guise de presbyterium, les deux médailles d'or et d'argent frappées à son effigie, que tout nouveau pape offre à chacun des membres du Sacré Collège.

Quand l'obédience est terminée, le premier Cardinal-prêtre, escorté des auditeurs de Rote et des avocats consistoriaux, se rend à l'autel papal et chante les litanies de la messe du Couronnement ; le pape monte ensuite lui-même à l'autel, y dépose, à titre à^presby- /mww,(l)une bourse de damas, contenant une somme

(1) Le presbyterium que donne ainsi le pape, dépasse naturelle^

d'argent destinée aux besoins de la Basilique et donne la bénédiction. De nouveau, le cortège se reforme, le clergé, précédant les porteurs de la Sedia gestoria, se dirige vers la Loggia qui surmonte le portique du Latran. Là, en face de ce merveilleux horizon que bornent au loin le Soracte, les monts bleus de la Sabine, et la ligne vaporeuse des Apennins, le pontife, tiare en tête, redit la formule de la bénédiction Urbi et Orhi, Cette grande bénédiction clôt la cérémonie. Le pape retourne en ville, dépouillé des vêtements sacrés, mais avec le même cortège; en montant dans sa voiture, il y offre des places à deux cardinaux qui raccompagnent jusqu'au Palais apostolique.

Léon Xlll n'a pu songer un seul instant à prendre ainsi possession de la Cathédrale des évoques de Rome, et il n'est guère probable que ses premiers successeurs soient en situation de reprendre cette tradition interrompue de la cérémonie la plus éclatante et la plus démonstrative d'un nouveau pontificat. On ne verra donc plus de sitôt se dérouler, le long de la Via papale, la fameuse Cavalcata où brillaient les costumes archaïques de la vieille Rome pontificale, ni la longue file des princes romains, des prélats, sénateurs, évoques, patriarches et cardinaux, précédant et suivant à cheval la litière ou le carosse du pape, devant lequel chevauchait, sur une mule blanche, un auditeur de Rote, sous-diacre apostolique, tenant eu mains la Croix papale (1).

ment la valeur des dix paoli qu'il a reçus lui-même du chapitre de S. Pierre. 11 s'élevait d'ordinaire à la somme de 500 écus.

(1) Jusque vers la fin du XVI® siècle, le Pape, comme tous les personnages de sa suite, faisait ce parcours à cheval. Paul IV,

Yision éblouissante de couleurs et de lumière sous le soleil de Rome ; mais vision lointaine^ disparue pour toujours peut-être, du moins dans l'intégrité de sa splendeur et avec son vieux cadre pittoresque de la Rome des papes. L'historien et l'artiste n'en peuvent plus évoquer que le souvenir, mais ce souvenir reste grand et superbe.

Charles-Quint, de retour en Espagne après son voyage de Rome, racontait que la Cavalcade des cardinaux et du pape était le spectacle qui l'avait impressionné le plus vivement. Eh mon Dieu ! aujourd'hui encore, le peuple romain et même les politiciens des alentours du Quirinal, seraient bien aises de voir le pape ressusciter cette pompe des anciens jours ! Question de curiosité et de politique plus que de piété, sans doute, mais tout se môle et s'enchaîne... Entons cas, les conditions actuelles de la papauté, dépossédée de Rome et défendant pied à pied son indépendance, nesontpaspourlaisser espérer un prochain retour aux magnificences sacrées, au libre déploiement des cortèges pontificaux, aux spectacles incomparables que Rome a tant aimés. Le pape ne peut pas plus circuler à travers les rues de Rome que le président de la Ré-

Pie IV, Pie V inaugurèrent l'usage do la litière, que suivirent la plupart des papes du XVII» siècle. Sixte V, Grégoire XIV, Innocent IX et ClémentVIII avaient paru au cortège sur une mule blanche. Au XVIII» siècle, Clément XIII, Clément XIV et Pie VI chevauchèrent de nouveau sur une haquenée blanche. L'usage du carosse ne fut introduit que par Pie VII. Le changement des mœurs permettait de s'écarter des prescriptions de Pie IV ordonnant aux cardinaux de ne se rendre au Consistoire qu'à cheval, a ainsi qu'il convient à des sénateurs » et de laisser « aux matrones » Tusage des <i coches » dont, à la suite de la marquise de Mantoue^ quelques patriciennes commençaient à se servir. [Ciacconius. T. III. Vit. Pii IV.)

publique franç&ise ne saupait se promener dans celles de Metz ou de Strasbourg !

Y a-t-il lieu, cependant, de prévoir qu'à ce cérémonial d*autrefois la situation politique nouvelle en viendra subsistuer un autre,d*un caractère tout différent?— II semble qu^onTait pensé dans certaines sphères.

Le cabinet italien, dirigé par M. Crispi,alors comme aujourd'hui ministre dé rintérieur,prévoyaiten 1878, le cas où selon les bruits répandus dans la foule, Léon XIII paraîtrait à la Loggia extérieure de S. Pierre et franchirait Tenceintc du Vatican. Il réglait d'avance toutes les questions d'étiquette auxquelles, selon la loi môme des Garanties^ une semblable éventualité devait donner lieu. Le ^ mars, le ministre de la guerre, informait d'urgence le Duc d'Aoste commandant du yiP corps d'armée, que « si le Pape paraissait en public hors du Vatican, les troupes eussent à lui rendre les honneurs militaires comme à la personne même du Roi ». De son côté, le commandant de la division militaire de Rome transmettait aux troupes cet ordre en spécifiant la nature de ces honneurs.

« Tout militaire, portaient ces instructions, salue le Pape, en faisant front à 10 mètres. Les détachements des troupes présentent les armes au son de la fanfare d'ordonnance. Si ces détachements sont en marche, ils s'arrêtent et se rangent en ligne de front. Les sentinelles et gardes doivent le salut au Souverain Pontife. La garde d'honneur est due au Pape, lorsqu'il la demande : cHe est composée de la même façon que celle du Roi. Si le Pape voyage d'une manière offi-

cielle, il est reçu, avec les mêmes honneurs que le Roi : son arrivée et son départ, sont salués par une salve de 50 coups de canon ».

En cette même journée du 3 mars 1878, le bruit s'était répandu que le chef de la police italienne avait fait parvenir au Vatican l'avis officieux que le gouvernement ne pourrait répondre de Tordre public, si la cérémonie du couronnement avait lieu dans la Basilique de S. Pierre. Le questeur dut démentir cette rumeur et une note du journal officieux, la Riforma^ qui la démentait de même, portait que le ministre de l'intérieur avait, depuis plusieurs jours, donné à deux bataillons d^infanterie l'ordre de se tenir sur la place de S. Pierre et à cent carabiniers royaux celui d'occuper l'intérieur de Téglise. Cent agents de la sûreté publique devaient également veiller à ce que l'ordre ne fût pas troublé. Ce fut peut-être tout juste ce déploiement de troupes royales qui détermina le nouveau pape à ne paraître ni dans la Basilique ni même à la Loggictde la Bénédiction ; mais, suivant leur habitude, • les organes officieux de la presse italienne attribuèrent à l'influence de la dipfomatie française une résolution qui trompait leur attente. D'après la légende alors accréditée, le baron Baude aurait dissuadé Léon XIII de donner cette satisfaction au sentiment national.

Or,la vérité est que de nombreux et graves avis, venus des côtés les plus différents, avaient fait craindre au Vatican que la Basilique ne devînt le théâtre de manifestations tumultueuses. Léon XIII avait consulté les cardinaux, et ceux-ci s'étaient ralliés unanimement à son opinion qui était de ne pas aller audevant du péril signalé. Résolution prudente et que

les scènes de violences qui éclatèrent en toute impunité, le soir même du couronnement, ne durent pas faire regretter. Une sorte de monôme révolutionnaire parcourut la ville librement, pendant plusieurs heures, hurlant des injures et lançant des projectiles. Les maisons qui, conformément au vieil usage, avaient illuminé en l'honneur du nouveau pape, furent assaillies à coups de pierres; le palais Théodoli subit, en plein Corso^ un véritable assaut ; et tout cela aux cris de : Morte al Papa ! abasso i preti ! que poussait une populace enhardie par l'incurie de la police italienne. Dojic, la force même des choses et la logique immanente des situations disaient que l'attitude du pontificat, vis-à-vis de la royauté italienne, ne pouvait substantiellement ôtre modifiée.

Certes, les partisans des idées développées, il y a un demi siècle, par Gioberti ç^nv le primat moral et civil des Italiens, doivent souhaiter de voir le Chef de l'Eglise universelle cheminer, du -Vatican au Latran et môme au Quirinal, dans toute la pompe et la magnificence traditionnelle, entre une double haie de soldats italiens présentant les armes. Napoléon avait rêvé quelque chose de semblable lorsqu'il voulait que Pie VII fixât sa résidence à Paris et qu'il lui offrait, lui aussi, sa loi des Garanties, Ce rêve a-t-il plus de chance de se réaliser sur les bords du Tibre que sur les bords'de la Seine ?

Rêve pour rêve, vision pour vision, peut-on, avec quelques esprits généreux, entrevoir au contraire le Pape dans le cadre d'une nouvelle souveraineté rétablie par la noble initiative et la patriotisme éclairé des Italiens, souveraineté effective que garantirait

l'autorité d'ua congrès international, et que régleraient les représentants diplomatiques des grandes puissances? Ou bien faudra-t-il envisager définitiment les troublantes éventualités d'un nouvel exil de la Papauté, s'éloignanl de son siège naturel et héréditaire? *

Nous ne savons pas le secret de l'avenir ni les mystérieux desseins de Dieu sur son Eglise. Mais, quel que puisse être ce secret des jours futurs, et dussionsnous voir le successeur de Pierre, secouant de ses pieds la poussière séculaire de Rome, se débarrasser des accessoires d'une souveraineté devenue purement nominale et dérisoire, pour aller chercher un refuge dans quelque couvent -de la vieille Europe ou dans quelque moderne mansion House de la libre Améri- ' que, peu importe ; dussions nous recevoir un jour de Malte, de Boston ou de Melbourne, sous le sceau de l'anneau du Pêcheur ou du plomb à l'effigie des Apôtres, ces bulles, brefs, rescrits et encycliques qui remuent les âmes et dirigent les consciences, notre foi ne saurait être plus troublée par ces événements qu'elle n'a pu l'être par les vicissitudes et les épreuves du passé. Tout catholique répéterait, alors comme toujours, avec le Croyant de la Genèse : Deus provi^ débit !

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