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CHAPITRE PREMIER

l'élection des papes par le clehgé et le peuple durant les premiers siècles.

I. — Pape et Évéque de Rome. — La succession de Pierre. — Dogme et discipline. — La loi de succession dans l'histoire.

II. — Les fondateurs d'Églises et la d(?signalion de leurs premiers successeurs. — Système testamentaire. — Cooptation synodale.

— Témoignage populaire : son extension. — Une élection pontificale et un schisme sous la persécution de Dèce. — S. Corneille, S. Cyprien etNovatien. — Peuple, Clergé, Évéques. — Élection par degrés.

III. — Premières dispositions législatives sur les élections épiscopales. — Le Pape Hilaire. — Les cas de Vigile et de Formose. — Schismes électoraux des IV» et \* siècles. — Les factions. — Les clercs mondains et intrigants. — Première intervention impériale. — Rescrit d'Honorius. — Premier décret papal. — Symmaque. — La loi de majorité.

IV. — Les Élections papales et les rois Goths. — Confirmation du roi dltalie et tribut. — La chancellerie byzantine et l'approbation impériale. — Trois mille sous d'or et les retards du sacre. — Funérailles de trois jours. — Les Papes et les Exarques. — Papes orientaux et désuétude de l'intervention impériale.

V. — Charlemagne, son esprit politique et concordataire. — Ses successeurs réclament et obtiennent d'Eugène II le droit d'assister ou de se faire représenter au sacre du Pape. — Adrien III révoque cette concession. — Décadence carlovingienne. —Luttes d'influence allemande et italienne. --Formose et Etienne VI. — L'idée d'un royaume d'Italie détenteur de la couronne impériale.

— Jean IX rétablit, en sa faveur, la tutelle des élections pontificales ; mauvais résultats.

D'après le dogme ecclésiastique, TÉvôque de Rome est, de droit, le Pape de TEglise universelle.

Il doit cette prérogative de primauté au fait d'être, sur le siège romain, le successeur de Tapôtre Pierre. L antiquité chrétienne a toujours reconnu dans Pierre le fondateur et le premier chef de la communauté chrétienne qui se forma dans la ville des Césars avec une remarquable rapidité. Et cela dès les jours de Claude et de Néron, les successeurs immédiats de Tibère, sous le règne duquel Jésus Christ était mort sur une colline dominant Jérusalem.

Dans l'Évangile, Pierre apparaît constamment comme occupant le premier rang parmi ses frères, les autres disciples, et se distinguant au sein de ce « collège apostolique », par une visible prééminence qui se révèle jusque dans Jes moindres détails. C'est lui qui, le plus souvent, parle au nom de ses collègues ; c'est à lui, de préférence, que le Christ adresse plusieurs de ses paroles les plus significatives, et, dès le jour de la Pentecôte, c'est Pierre qui jette à la foule les pre-: miers enseignements de Tapostolat chrétien. Quel-*

S années plus tard, au premier Concile tenu par Apôtres, il dirige, de môme, les débats et promul- , au nom de ses frères, les premières décisions trinales.

lette prépondérance dans l'épiscopat apostolique tache à la personne de Pierre. Il l'exerce à An- ;he, alors encore la grande métropole de l'Orient, out d'abord il organise la communauté chrétienne s'y développe rapidement. Mais au bout de quels années, il abandonne ce premier « siège » dont Qniie la direction à son disciple Ëvodius, et luiaie s'achemine versltome, la métropole de l'Occitet du monde d'alors. Là, il ti-ouve des amis que a sans doute ménagés d'avance la reconnaissante itié de son premier néophyte paie», le centurion neille(Act. x). lly rencontre, en face d'adversaires tinés, des protecteurs sympathiques et des collabojurs dévoués, avec le concours desquels il organise ^hrétienté romaine, plusieurs années avant que it Paul ne tourne vers elle sa sollicitude. De là, nvoie son disciple et secrétaire, Marc, fonder et ger la communauté chrétienne de la métropole caine : Alexandrie.

Lutioche, Rome, Alexandrie ne semblent ainsi dcir les trois patriarcats de l'Église primitive, que ce que leurs églises ont été, directement ou inditement, fondées par Pierre, le chef des apôtres. is Pierre meurt évéque de Rome. C'est donc à ses cesseurs sur ce siège central, que passent à la fois, ame un tout indivisible, et son autorité épiscoe et les prérogatives de prééminence dont il a été létenteur. La primauté sur toutes les églises partiières de l'Empire et du monde demeure ainsi, en

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vertu d'une loi de transmission universellement ad^ mise par TÉglise primitive, le privilège inaliénable, inséparable du Chef de TEglise romaine, de rËv(>que de Rome investi, de par son titre même, de Théritage et de la succession de Pierre.

Comme toutes les autres églises qui se constituent dans les diverses villes de TEmpire, celle de Rome présente, dès les origines, une organisation hiérarchique et épiscopale fortement tracée. Le caractère particulier de cette organisation, comme il est facile do le comprendre, donne une importance capitale à la constitution régulière du chef de chaque église chrétienne. La doctrine dogmatique considère ces chefs, non comme tenant leur autorité d'une sorte de délégation de la communauté elle-même, mais comme la recevant par transmission des premiers fondateurs apostoliques. Dans ces conditions, la loi de succession est un élément de valeur primordiale.

Tout n'y revêt pas, cependant, un caractère dogmatique et immuable. Ce qui importe, au point de vue du dogme, c'est que la notion du pouvoir religieux ne subisse pas d'altération et que sa transmission se fasse conformément à une législation régulièrement ou canoniquement déterminée. Il y a là un élément variable et contingent qui relève, non du dogme, mais de la législation disciplinaire. Cette législation peut se modifier suivant les temps et les circonstances : l'essenliei est qu'elle soit établie par une autorité légitime dans son principe, qu'elle soit nette et précise dans son expression. Les procédés en vertu desquels se fera la désignation de la personne du Chef ecclésiastique à travers Thistoire seront différents : il n'est pas sans intérêt d'en suivre l'histoire. Elle révèle, dans

la puissante institution de l'Eglise, une singulière force de vitalité et une étonnante souplesse d'adaptation aux conditions sociales dans lesquelles l'action de l'F^glise se déploie à travers les âges.

Malgré la prééminence qui fait de l'Église de Rome la maîtresse de toutes les autres, son organisation hiérarchique, considérée en elle-même, est substantiellement identique à celle de ces dernières. Son Evoque exerce son autorité locale et diocésaine au même titre que tout autre évoque. Comme tel, il est constitué, pendant de longs siècles, selon la procédure qui est en vigueur partout ailleurs: la chrétienté ne voit en lui son chef central que parce qu'elle le considère comme le successeur de Pierre sur le siège épiscopal deRorae. Les fidèles de cette ville donc le choisiront, avant tout, comme leur évéque à eux : sa primauté universelle n'est qu'une résultante du fait de son épiscopat romain. En conséquence, malgré le rayonnement de son autorité générale, le reste de la catholicité ne revendique, pendant plus de dix siècles, aucun droit d'immixtion dans la constitution du <■ Pontifical romain ». Mais lorsque la politique temporelle, par suite môme du caractère central de cette autorité, M'intéressera davantage à sa transmission, le. sentiment catholique réclamera lui aussi sa part dans l'élection del'Evèque de Rome qu'elle sait être, en même (emps, son Chef suprême. Evolutionhistorique d'une portée immense, et qu'il importe de ne pas perdre de vue dans l'appréciation des vicissitudes que traversera la législation relative à l'élection des Papes,

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>'ous ne possédons, d'ailleurs, que des indications fragmentaires sur la loi d'après laquelle l'Église Romaine choisissait son évêque, durant les trois premiers siècles. Elles suffisentcependantpournous faire comprendre que le système électoral observé par elle ne différait guère de celui des autres églises primitives.

Selon certaines données éparses dans l'ancienne littérature chrétienne, les trois premiers successeurs de Pierre — LinuSy Cletus, Clemens — auraient été d'abord, en quelque sorte, les auxiliaires ou les c^^a^yw- /^t/r^du chef des apôtres, dans la direction deTEglise naissante de Rome. La tradition chrétienne admet qu'ils avaient été désignés d'avance par leur maître pourprésidersuccessivemenl, dans unordre prévupar lui, aux développements rapides de la communauté chrétienne au sein de la ville des Césars (1 ). C'était, du reste, l'habitude des premiers fondateurs d^églises de désigner ainsi ceux qui après eux, soit de leur vivant soitaprès leur mort, devaient gouverner les troupeaux des croyants. « Je t'ai laissé à Crète, écrivait S. Paul à son disciple Tile, pour que tu gouvernes et constitues des prêtres dans les villes, comme je t'ai ordonné toimême » (2). Une sorte de tradition s'était ainsi formée dès le principe, daps diverses églises particulières. Il était naturel, d'ailleurs, que plus d'un évêque

(1) Romanorum (Ecclesia) Glementem aPetro ordinatum itidem refert (Terlull. Deprmscnpt. XXXII).

(S) Epist. ad Tit. I, 5. — Cfr ad Tira. I. 5, 3.

en inspirât pour désigner lui-même son successeur, e mode, avantageux dans les débuts, aurait fiai par résenler de sérieux inconvénients, s'il s'était généilisé et perpétué. Un concile tenuà Ântioche, en 34( ,

para par une interdiction formelle do ce système, a'on pourrait dire testamentaire. Il ajoutait qu'il lUait s'en tenir au vieux rite ecclésiastique, d'après rquel le choix d'un nouvel évèque devait appartenir

au synode et au jugement des Évégues voisins h (1). 'est là une preuve indéniable que ce système « par ïoptation » étaitconsidéré, traditionnellement, comle le mode normal et généralement suivi. Et certes,

n'y a là rien qui ressemble à la conception protesinte ou rationaliste de l'organisation de l'Église prilitive.

De bonne heure, cependant, la voix du clergé local t de la communauté des Rdèles s'était associée, sous es formes diverses, à la d(5libération synodale des vôques. Au moment où Constantin assura la paix a christianisme, ce système mixte, moitié hiërarchiue, moitié démocratique, se trouvait généralement jivi. Il est vraisemblable que cette pratique s'était énéralisde, dès les débuts, sous l'inspiration du récit u livre des Actes des Apôtres (ch. vi), montrant les liefs de l'Eglise naissante à Jérusalem procédant & ordination des premiers diacres, après avoir convié

(I) Concil. Aniiochen. Can. 23 : Nec liceai Epitcopo aliiim pro se Kcetiorem conâtiluere, etiamii sit in ^ne vHx. Si quid aulem fiai uamodi, irrita til eonstitulio. Servelur aulem rilus ecclenailicut ii continet, non aliter debere fteri guam cum tynodo etjudicio pUcoporum, qui poil defuncti dorinitionem poteilatem habint ditum provehendi.

Ce canon figure encore aujourd'hui dans le droil canonique des glises d'Orient, notamment dans le synode du Liban qui a saneonné, au dernier siècle, l'organisation de l'Église maronite.

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la communauté des fidèles à désigner préalablement les sujets. L'apôtre S. Paul d'ailleurs n'avait-il pas dit formellement, dans une de ses épîtres pastorales, que le candidat h la charge épiscopale devait avoir, pour soi, le bon témoignage même des gens du dehors (1)?

Il y avait donc là une donnée de la tradition apostolique primitive. A côté de l'imposition des mains par les évêques (2) et de leur consentement à recevoir, par une sorte de cooptation, de nouvelles recrues au sein de leur corps synodal, comme l'avaient fait les apôtres eux-mêmes lorsqu'il s'était agi, pour eux, de remplacer Judas (3), il y eut de bonne heure une intervention de la communauté des fidèles. Cette inlervention, dans son idée primitive, avait un caractère essentiellement testimonial.

Tant que les églises demeurèrent relativement restreintes et concentrées en elles-mêmes, tenues en haleine, pour ainsi dire, par l'hostilité de la société païenne, ce témoignage conservait son rôle originel. Mais à mesure que la société se christianisait, après l'époque constantinienne, quand l'Eglise déploya librement son action ; ce « témoignage du peuple » s'étendit dans des proportions plus larges qui durent altérer son caractère et accentuer son importance. Par le peuple ou entendit surtout les notables. Dans la suite, quand l'Empire sera devenu, h peu près partout, chrétien, les fonctionnaires impériaux de la province, les magistrats municipaux de la cité, etjus-

(1) Oportet illnm et testimonium habere bonum ab iis qui foris aunt, ut non in opprobrium incidat. 1. Timoth. III, 7. Gfr V, 19.

(2) I Timoth. IV, 14.

(ÎJ) Acl. I, 23.

aux officiera supérieurs de la garnison, prétendront Mr une part prépondérante dans cette voix du peii- . C'est parla que lesconsidérations politiques et les tationsdes partis populaires s'inûltreront insensiment dans les élections épiscopales. L'Église de me ne suivant pas, en cette matière, une procédure enticllement différente de celle qui était pratiquée eurs, cette intervention des influences populaires développa d'une façon analogue. Seulement, compar suite de la prérogative d'autorité universelle demeurait attachée à son siège épiscopal, le choix îesChefs revêtait, aux yeux de tous, une importance s grande, il était inévitable que cette infiltration ifluences étrangères se produisit chez elle plus tùt, is une mesure plus large et avec une intensité plus ,e. De là des inconvénients contre lesquels la lutte longue et pleine de péripéties.

les quelques rares détails que nous avons sur la cédure observée à Rome, durant l'ère des perséons, lorsqu'il s'agissait de pourvoir le siège épiscode S. Pierre d'un nouveau titulaire, nous sont mis principalement par S. Cyprien.

lans tous les monuments de la liturgie primitive luvenir du grand Evèque-martyr deCarthage est stamment associé à celui d'un pape illustre issu a familHe cornélienne des Scipions, S. Corneille, r fête, aujourd'hui encore, se célèbre le même •.La tombe du grand Pape si merveilleusement 3U verte, là-bas sur la voie Appienne, parle génie inateur de M. de Rossi, est ornée de son portrait à ! duquel est peint celui du martyr africain, La noire de ces deux saints no se trouve associée

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dansle culle de la t ombe que parce que la vie des deux pontifes, qui ne s'étaient jamais vus ici-bas, s'est trouvée unie dans les mêmes événements.

Le pape Fabien ayant trouvé la mort dans la cruelle persécution de Dèce (20 janvier 230), durant plus d'un an, cette sanglante épreuve ne permit pas de procéder à l'élection de son successeur. — Enfin, au commencement de mars 231 , Corneille fut élevé sur la chaire romaine. Mais un prêtre, Novatien, qui avait pris part au gouvernement intérimaire de la vacance du siège, contesta l'élection, sous prétexte que Télu ne se montrait pas assez sévère dans l'application delà discipline pénitentiaire à ceux qui avaient failli durant la persécution. Cet ambitieux se fit proclamer et sacrer évêque par quelques partisans égarés par un faux zèle, cherchant par tous les moyensàrecruterdesadhérents parmi les évêques du dehors, et surtout chez ceux de l'Afrique. Ce schisme du premier antipape émut vivement l'évêque de Carthage, Cyprien qui, pendant la vacance du siège romain, avait entretenu une correspondance suivie avec le presbyterium qui administrait provisoirement l'Eglise romaine. Il s'employa de toutes ses forces pour faire reconnaître partout l'autorité de Corneille, écrivant à ce sujet diverses lettres à ses ouailles, à ses collègues dans l'épiscopat africain, àComeille lui-même, et finissant par rédiger son précieux traité de V unité de T Église.

Dans ces écrits, il fut naturellement amené à invoquer la régularité canonique de l'élection de Corneille. Celui-ci avait été élu par seize évoques qui se trouvaient alors présents à Rome (1) : Il le constate et donne

(l)Epist. 55. G. 24. C. 8.

le sorte de description do l'acte même de i'éleclion, pat' la disposition de Dieu et du Christ, le témoignagi- ! presque tous les clercs, le suffrage du peuple qui : trouvait présent, le vote du collège des prêtres les us anciens et le concours des hommes les plus con- Jérables « (1). Ailleurs encore il parle du jugement ( Dieu, du suffrage du peuple, du consentement ï3 coévêqnes (2).

Ces indications sont conrormes à celles qu'il produit Heurs, en exposant la procédure de l'élection d'un étropolitain, pour laquelle, dit-il, les ëvêques voisins rtvcnt se réunir, entendre le témoignage du peuple semblé — auquel il appartient d'attester la bonne induite des candidats, — et imposer finalement les ains à celui qu'ils auront estimé le plus digne (3). Deux siècles plus tard, dutempsdeS.LéonleGrand, est encore la môme procédure, avec ces différences le, dans le peuple, se distingue et vote séparéent le groupe des notables, et que, parmi le clergé, s dignitaires exercent un rôle spécial ; vota civium, Himoniapopulorum, honoratorum arbitrium, eleclio sricorum (i). Lui aussi parle, comme S. Cypricn, de réunion desévèques de la province, quidol vent faire élection du métropolitain après avoir discuté les dérs du peuple (5).

1) Ibid. C. 8.

2) Episl. 3.

3) Apud nos Tere per provincias univarsaa lenelur ut... episcoejiisdein provinci» prosimi quiqae convenianl et «piscopiis delelur plèbe pneseote quee siogulorum vilam pleDiBsime novit.

4) Léon, Epist. lOG.

6) Metrapotitano derunclo, cum in locum ejus aliua fuerit subroadiiE, provinciales episcopi ad dvitatem metropolitanam conve- 'edebebunt ut omnium clericorum alque omnium civium Tolune diacuasa, ex présbyteris ejusdem ecclesiie vel ex diacombus timus eligatur. Id. Epiil. 8i.

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