L^ÉLECTION DES PAPES PAR LE CLERGÉ ET LE PEUPLE
Le rôle décisif appartient ainsi toujours aux évoques. Peu à peu, sans doute, une sorte d'initiative autorise le peuple à poser des candidatures que les notables laïques, et surtout le clergé et ses dignitaires, examinent et discutent, donnant, à la suite du peuple, leur témoignage conformément au conseil de TApôtre. Il y a là comme un système d'élection à deux ou trois degrés, où les uns posent des candidatures, les autres arrêtent des listes de candidats, et enfin les évoques déterminent le choix définitif de Télu. Des vestiges de ce système se retrouvent encore dans les usages des églises d'Orient et jusque dans la procédure de la Propagande d'aujourd'hui, à l'égard des pays de mission qui dépendent de son autorité (1).
Durant l'ère des persécutions, ces formalités pouvaient s' observeravec une certaine facilité. Plus tard, à partir du V*" siècle surtout, la foule de ceux qui prennent part à l'élection étant devenue plus nombreuse et plus turbulente, la procédure se complique et les influences politiques s'y mêlent. Cependant le système demeure sensiblement le même, jusqu'au milieu du XI' siècle.
Ordinairement, c'est le troisième jour après la mort du Pontife que les évoques de la province romaine, ceux que nous appelons aujourd'hui suburbicaircs et qui sont encore comme les suffragants de l'archevêché de Rome, se réunissent dans la métro-
<i) Les vieaires apostoliques de Chine sont nommés sur la présentation d'une terne ou liste de ti-ois noms, arrêtée par les chefs des missions voisines. En Amérique, les notables du clergé dressent une liste semblable : les évéques de la province en forment une de leur côté, et parmi ces différentes ternes^ les cardinaux qui constituent le Conseil de la Propagande choisissent, à leur tour, le nouvel évéque.
Is convoquent, à un jour donné, le clergé et lie de la ville dans la cathédrale du Latran ou iielque autre église. Sous leur présidence, le et le bas clergé formulent leurs vœux, et acit quelque candidature. Le groupe des notables, irs, magistrats, ofllciers de l'armée, discutent 'ites de cette candidature, l'adoptent ou lui en nt une autre. Le groupe des dignitaires eccléles, prêtres cardinati ou titulaires permanents ncipales églises, primates cleri ou fonctionoccupant quelque charge importante dans l'ad- 'ation et les tribunaux ecclésiastiques, font à Lir un choix. Si les évêques présidents trouvent X bon, ils le ratifient en consacranl et en innt solennellement le nouveau Pontife dont le juccéderà S. Pierre sur le siège de Rome, conspso faclQ, le Chef suprême de l'Eglise univer-
lit, on le voit, à Rome, comme presque partout i, le mode généralement suivi pour le choix des s. Aussi était-il naturel que les dispositions les qui venaient à être prises, d'une manière gépour l'élection des évêques, s'appliquassent celle du Pontife romain, nilieu du V' siècle, le pape Iltlaire, succesimédiaf de S. Léon le Grand, avait été amené, te de certains incidents survenus en Espagne, i un concile tenu à Rome en 465, à publier crétale défendant aux évêques de se nommer ccesseur. C'était la confirmation, pour l'Occi-
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dent, du canon cité plus haut du concile d'Aniioche. La prohibition des translations de siège, portée* en la même occurrence, confirmait de même les canons du concile de Nicée. La question de savoir dans quelle mesure ces dispositions devaient s appliquer à la nomination du Pontife romain provoqua plus d'une fois, dans la suite, — on le verra, — des difficultés et des scissions. Boniface II (531) avait désigné le diacre Vigile pour être son successeur, mesure qu'il révoqua bienlôt pour ne pas se mettre en opposition avec la décrélale sus-mentionnée de Ililaire ; mais Vigile se laissa entraîner à des intrigues peu dignes, jusqu'à figurer comme antipape contre S. Silvère (536). Et ce fut seulement après la mort de ce dernier, emmené en captivité par Bélisaire, que son élection fut enfm canoniquement régularisée (538). Plus tard, en des circonstances particulièrement troublées, Texal talion de Formose (891) qui avait été préalablement évêque de Porto, provoqua, dans les dernières années du IX' siècle, des troubles, des scandales, des scènes véritablement honteuses. Exemples mémorables des inconvénients qui surgissent en quelque sorte fatalement, lorsque le droit n'est pas fixé avec une parfaite clarté et une entière certitude.
L'autorité ecclésiastique cependant, malgré son extrême réserve en cette matière, ne pouvait, à la longue, se soustraire à la nécessité de légiférer quelque peu sur Télection des pontifes romains. Deux papes duV' siècle, S. Boniface 1(418) et S. Symmaque (498), prirent à ce sujet les premières dispositions que puisse mentionner Tbistoire du droit canonique. L'un et Tautre y furent amenés par les agitations et les schismes qui avaient marqué leur propre élection.
gitatioDs et ces schismes électoraux se répèmalheureusement souvent à travers les sixsièisuivent l'ère constantiniennc. — Si, comme u plus haut, dès le HP siècle, les dangers de cution de Dèce n'avaient pii empêcher l'élecm antipape, il était inévitable que les hriguei; étions cherchassent à abuser d'un système d'é- Iropcomplexe, alors que la communauté chréivait acquis son plein développement, que les ions ecclésiastiques avaient reçu une organi- )lus libre et plus complète, que le peuple surimpression de tous les mouvements politide toutes les agitations sociales, que le clergé ne, plus nombreux, comptait dans ses rangs s éléments douteux. C'était là, pour l'avenir de uté et de l'Eglise, dans les temps de la décae l'Empire romain et de la constitution des naarbares, un péril exceptionnellement grave, j-surmonler, il fallut toute la puissante vitalité tiRcat romain.
■e, la dernière victime des persécutions arien- Gonstance et de la réaction païenne de Julien at, après quelques faiblesses de caractère qu'on purs exagérées, venait de mourir dans les caes, en 366. Le choix de la majorité des électeurs sur un homme éminent, l'espagnol Damase, lustère, esprit cultivé, administrateur de haute qui allait s'attacher S. Jérôme en qualité de ire, tout en encourageant ses vastes travaux raires. Il allait aussi s'occuper avec succès de îcation de l'Eglise déchirée par les luttes de l'aie, consolider la discipline et consacrer le culte acombes, par ces monuments d'une piété éclai-
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rée que l'archéologie moderne, sous Tinspiration de M. de Rossi, vient de remettre au jour. — Son élection cependant, contestée par une faction qui se groupait autour d'un diacre intrigant et ambitieux, Ursicinus, fut troublée par les agitations les plus scandaleuses. L'anarchie populacière, entretenue par les menées d'une cléricaturc indisciplinée et turbulente jusqu'au schisme, fut, pendant des mois, à Tordre du jour; le sang coula dans les églises et Ton ramassa, un soir, cent vingt victimes de ces violents conflits. Il fallut l'intervention du préfet païen de Rome, Praetextatus, pour apaiser ces troubles et faire triompher le parti de Damase et de la légalité canonique (1).
La composition même du clergé, il faut bien le dire, favorisait alors ces agitations et ces brigues. Le nombre des prêtres était relativement peu considérable : par contre, celui des autres clercs, attachés ou non au service d'une église déterminée, tendait à s'accroître. La plupart d'entre eux étaient mariés et cherchaient volontiers, dans les cadres ecclésiastiques, le moyen d'améliorer leur situation matérielle ou sociale. S. Jérôme, l'austère secrétaire de Damase, semble avoir ressenti une impression profonde du spectacle des passions qu'avait mises en jeu l'élection de son maître. Il flétrit, dans une de ses lettres (2), les clercs mondains, avec une indignation digne de Juvénal : « 11 y a des diacres et des clercs qui me font rougir de honte, des gens dont le grand souci est d'avoir des habits bien ajustés, des souliers à la dernière
(1) Mgr Lagrange, dans son BUtoire deStePaule (Paris, Poussielgue, 19S7, p. 27), conjecture que Prsetextatus agissait ainsi sous l'inflaenee de la noble Paula, à laqueUe l'unissait une alliance de famille.
(2) Ëpist. 18, ad Eustoch.
LE CON'CLÂVE. — 2 *
18 LE CONCLAA^. — CHAP. I
mode, des cheveux passés au fer, des doigts étincelanls de bagues ... On est tenté de les prendre pour de jeunes élégants plutôt que pour des clercs : leurs journées se passent dans les visites, les bavardages, les intrigues, à se mêler des affaires qui ne les regardent point, etc., etc.. ». Rien d'étonnant à ce qu'un pareil personnel, au moment de l'élection d'un chef d'Église, s'intéressât davantage à la candidature d'un ambitieux dont il pouvait espérer quelque chose, qu'à celle d'un ecclésiastique intègre dont il aurait à redouter la perspicacité et la fermeté épiscopale.
Ces scènes, produits naturels du mode d'élection qui admettait le suffrage du peuple et du bas clergé, se renouvelèrent périodiquement.
Le V' siècle est une période de grands papes, romains pour la plupart: S. Innocent I, S. Boniface I, S. Célestin I, S. Léon le Grand, S. Félix II, S. Gélase, S. Symmaque, qui firent belle et noble figure en face des incorrigibles empereurs de Byzance et des barbares envahisseurs du vieil empire mondial. Il n'en vit pas moins deux schismes, provoqués par les élections pontificales.
Le quatrième successeur de Damase, S. Boniface I, en 418, eut les plus grandes peines à triompher de son antipape, le diacre Eulalius, qu'une faction, soutenue cette fois par le préfet de Rome, avait élu en concurrence avec lui et installé de force au Lalran. Il fallut, pour assurer l'autorité régulière de Boniface, que l'empereur Honorius, alors résidant à Ravenne, évoquât l'affaire à son tribunal et sévît contre les résistances obstinées d'Eulalius et de ses partisans. Afin d'empôcher, après lui, le retour de semblables désordres, le vieux pontife crut devoir écrire
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à l'empereur (422), pour Je prier de veiller à ce que, sous son règne, l'Eglise eût, comme sous les Césars païens, la liberté de maintenir ses anciennes règles. C'est la première fois qu'on voit un prince s'intéresser à Télection des papes.
Par un rescrit, inséré dans les collections du droit canonique, Honorius décida « qu'en cas d'élection <( contestée entre deux prétendants, aucun d'eux ne » sera évoque , mais seulement celui qu'une nou- « velle élection désignera d'un consentement una- '< nime » (1). Cette décision ne visait, on le voit, que le cas exceptionnel d'une élection contestée et indécise. L'on ne trouve guère, dans l'histoire, qu'elle ait eu une grande portée pratique. Que n'a-t-on songé à observer cette constitution portée par un empereur sur la prière d'un pape, aux débuts du grand schisme d'Occident?.... Il y faudra bien revenir et c'est de sa pensée que finira par s'inspirer le concile de Constance pour rétablir l'unité de l'obédience papale. Remarquons aussi, en passant, que ce rescrit prévoit le consentement unanime pour cette élection.
Quatre-vingts ans plus tard, Télection du diacre Symmaque (498) fut de nouveau l'occasion de troubles graves. Un émissaire de l'empereur d'Orient, le sénateur Festus, ayant gagné quelques clercsà prix d'argent, leur fit élire concurremment Tarchiprêtre Laurent. Les deux élus furent ordonnés le môme jour, Symmaque dans la basilique de Constantin, Laurent dans celle de Ste Marie-Majeure. Le schisme menaça
(1) Si duo forte, contra fas, lemeritate certantes fuerint ordinatinallam ex his futurum sacerdotem, sed illum solum in sede apostolica permansurum quem ex numéro clericorum nova ordinatione divinam judicium et universitatis consensus elegerit.Detre/ de Graiien, cap. Si duo. 8, dist. 79.
Rome d'une guerre civile ; des collisions et des scènes de meurtre ensanglantèrent la ville.
Depuis vingt-cinq ans, l'Empire d'Occident n'existait plus. L'Italie obéissait aux Goths installés à Ravenne, où Théodoric, quoique arien, assisté de son grand ministre Cassiodore, avait, en maintes circonstances déjà, témoigné de son respect pour les intérêts de rÉglise.
Les deux partis convinrent finalement de s'en remettre au jugement de ce prince. Celui-ci décida que l'autorité pontificale devait appartenir à celui qui avait été élu le premier ou qui comptait le plus grand nombre de suffrages. Symmaque remplissait cette double condition : il fut donc élu. Son premier acte fut de convoquer un concile de soixante-douze évoques dans la basilique de S. Pierre (499). « Je vous ai c( réunis, leur dit-il, pour rechercher les moyens de « supprimer les brigues des évoques, les scandales et « les tumultes populaires, comme on en a excité lors « de ma propre élection ».
Le résultat des délibérations de ce synode fut la rédaction d'un décret qui a trouvé place, lui aussi, dans les collections du droit canonique (1). Son principal canon portait, pour la première fois, la défense de traiter de r élection du pape futur, durant la vie et à finsu du prédécesseur . Toutprôtre,diacreouclercqui, dans ces conditions, aurait donné ou promis son suffrage à quelque prétendant, devait être déposé de toutes ses fonctions.
Un second canon prescrivait, dans le cas oii le pape mourrait subitement et sans avoir pu pourvoiràl'élec-
(1) Décret de Gratien. Cap. Siqui», Papa supei'stite. DIst. 4d.
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lion de son successeur (1 ), que « celui-là sera consacré qui aura recueilli les suffrages de tout le clergé ou^ s'il y a partage^ le plus grand nombre remportera ».
C'était là un premier pas dans la voie qui devait assurer au clergé une influence prépondérante dans l'élection pontificale. Celle-ci devait être le fait de Tunanimité ou, du lîioins, de la majorité des votants ecclésiastiques.
11 n'est plus question seulement, comme dans le rcscrit d'Honorius, du consentement unanime. L'on prévoit le cas où il faudra s'en tenir à la majorité. La pensée du décret est que cette majorité devra être la plus grande possible : on y demeurera fidèle, plus tard, en sanctionnant la loi fondamentale d'une majorité des deux tiers.
Dans ces mesures on reconnaît, à première vue, la préoccupation de parer aux inconvénients que le système d'élection devait, inévitablement, entraînera la longue.
Malgré les précautions prises, il était cependant difficile que ces assemblées électorales, oii concouraient tai^t d'éléments disparates, ne dégénérassent bien souvent en réunions tumultuaires où les passions, les brigues, les intrigues, les violences altéreraient la sérénité des délibérations et la sincérité des votes. Sérieux danger de schismes et d'élections contestées par des factions adverses.
(1) Sinon potuerii anle de sui successoris electione décerner e.,. Il y a là une allusion à Tasage, souvent observé, de demander à un pape mourant quel candidat il recommanderait pour sa succession.
L'intention de Symmaque comme celle de ses préicesseurs Boniface et Hilaire, avait été excellente, ais les résultats de leurs timides essais de législa- )n ne furent pas décisifs. Le siècle suivant, en effet, lui de S. Ilormisdas, de S. Jean I, de S. Agapet I, : S. Grégoire le Grand, eut lui aussi son double hisme et ses deux antipapes.
En 530, en pleine domination gothe, Boniface IL main de naissance, mais goth d'origine, devient le ccesseur de S. Félix III. En m^me temps, une fracm du peuple et du clergé élit le diacre Dioscore mt, heureusement, la mort survenue au bout d'un ois met tin au schisme. Boniface, d'un caractère lelque peu inconsistant, se complaît fort inutilement LUS des anathèmes posthumes contre son compétiur. Pour se soustraire aux prétentions des rois itbs, il se laisse séduire par les menées d'un intri- Lut, le diacre Vigile, dont il fait son coadjateur avec oit de future succession.
Devant le mécontentement que provoque cette in- )vation, en opposition avec les prescriptions d'un de s prédécesseurs, Hilaire, il consent, dans un concile nu peu après, à révoquer cette mesure. Vigile n'est is homme à prendre facilement son parti de cet ;hec. La surexcitation des esprits, les intrigues des ercs de l'espèce de ceux dont S. Jérôme traçait nalère le portrait, les agissements des fonctionnaires )ths, les rivalités et les menées politiques des divers irtis, rendent fort laborieuse l'élection de Jean II,
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lequel commet la faute d'invoquer Tappui de la cour ostrogothe de Ravenne, en lui reconnaissant le droit d'approuver les élections pontificales, moyennant le paiement d un tribut (o32).
L'élection de ses deux saints successeurs Âgapet (535) et Silvère (336) se ressentit de Tinfluence du roi gotb. Ce fait éveilla naturellement les susceptibilités de la cour de Byzance, où Justinien qui venait de reconquérir l'Afrique sur les Vandales, se préparait à reprendre Tltalie aux Goths. Vigile retiré à Constantinople s'appliquait à exploiter ces dispositions et à préparer sa candidature, en lui donnant le caractère d'une réaction impériale contre la domination gothe. Les meneurs hérétiques de Byzance crurent avoir trouvé en lui un allié, et l'impératrice Théodora le munit d'ordres et de promesses d'argent pour Bélisaire, entrain débattre les armées gothes.
Bélisaire accusant le pape d'entretenir des intelligences avec les ennemis de l'Empire, envoya Silvère en exil et ordonna à l'assemblée du clergé et du peuple de Rome d'élire Vigile (337). Après que le pauvre Silvère fut mort de faim dans l'île de Palmaria, l'antipape, toujours soutenu par le général impérial, vit son autorité devenue canonique et légitime, reconnue à peu près par tous (340).
La défaite de Totila (541) avait d'ailleurs mis fin à la monarchie ostrogothe, en attendant que les Lombards en prissent prochainement la succession. Pendant quinze ans Vigile fut meilleur pape que ses antécédents n'avaient pu le faire présager. Mais son successeur, S. Pelage I (333) n'en eut pas moins beaucoup de peine à faire accepter son élection par les factions de Rome plus troublées que jamais. Et c'est alors que
l LE CONCLAVE, — CHAP. 1
istinien, trouvant l'occasion bonne, imposa défiitivement à la papauté, par l'approbation impériale î l'élection, une entrave que cinq siècles plus tard, indomptable génie de Uildebrand réussira seul à rîser.
Ce résultat final du système électoral, par voie de iffrage populaire, était absolument dans la logique is clioses bumaines. Après avoir trop souventHvré
choix das pontifes k la merci des factions, ce sysmc devait forcément, sous prétexte de bon ordre,
placer sous la tutelle du pouvoir impérial. Il avait peine fallu un siècle pour que ce fniit de la démo- ■alie appliquée au gouvernement de l'Église mûrit ins la main de Justinien, que remplacera un jour la urde poigne des Césars allemands.
Détail curieux à relever: le mérite de l'invention 1 revient non aux autocrates défaillants de l'Empire imain, mais aux Barbares, leurs vainqueurs, qui ailleurs, malgré leur arianisme, se montrèrent bienùllanls pour l'Église de Rome. J'ai besoin, pour le i*ouver, de retourner en arrière.
Au moment oîi Odoacre, après la prise de Rome et , déchéance d'Augustule, (fétruisait l'Empire d'Occi- ;nt et se proclamait roi d'Italie (476). S. Simplicius :cupait le trône pontifical. Les rapports qui s'établitot, par la force des choses, entre lui et le conquérant mnonien, ne furent pas mauvais. Tout en cédant op souvant à la brutalité de leurs habitudes, ces irbares subissaient néanmoins l'influence morale du ouvoir papal, la seule chose qui parût demeurer de- 5Ul au milieu de l'écroulement général du vieux londe.
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Après la mort de Simplicius (483), dans rassemblée électorale réunie à S. -Pierre, le préfet Basile était venu, au nom d'Odoacre, réclamer le droit d'intervention: « Simplicius, disait-il, nous a recommandé que pour éviter le tumulte, si Dieu le retirait de ce monde, on ne fît point d'élection sans nous consulter ». Personne n'avait entendu parler d'une pareille recommandation du pape défunt. En fait, les élections de S. Félix III de ViUuslve ffens Anicia (483), de S. Gélase I, le savant et courageux défenseur de l'orthodoxie (492), d'Anastase II (496), qui eut la joie de voir la conversion de Clovis ne tiennent pas autrement compte de ces prétentions des nouveaux maîtres de ritalie.
Mais le vainqueur et successeur d'Odoacre, Théodoric, poursuivait la même pensée. Aussi fut-il très heureux de saisir l'occasion que lui offrait le schisme électoral soulevé par l'antipape Laurent contre Symmaque, pour intervenir en faveur de l'autorité de ce dernier. Symmaque d'ailleurs, dans un nouveau concile tenu trois ans après celui qui reçut sa première (lécrétale, fit condamner les prétentions soutenues naguère par le préfet Basile, au nom d'Odoacre. Théodoric, pour le moment, ne protesta point, et les élections des grands et saints papes Hormisdas (314) et Jean I (523) purent se faire librement. Par contre, 1q roi goth qui, après le meurtre des sénateurs Cassiodore et Boèce, avait laissé mourir S. Jean 1 dans les prisons de Ravenne, pesa de toute sa puissance sur le choix, excellent d'ailleurs, de S. Félix IV (526). C'est en cette occasion que le vieux conquérant, devenu cruel et autoritaire, réclama formellement le droit d'intervention et formula l'exigence du paie-
ment d'un tribut. L'idée de tirer un avantage pécuniaire des élections papales souriait à ces barbares.
L'on a vu plus haut commentBonifacelI (530), après la lutte contre l'antipape Dioscore et dans la pensée d'éluder les prétentions de la cour de Ravenne, eut la malencontreuse idée de se choisir un coadjuteur-successeur dans la personne de Vigile. Son successeur Jean II (332) eut celle, plus malheureuse encore, de reconnaître expressément à Athalaric, le jeune successeur deThéodoric,qui régnait sous la tutelle de sa mère Amalasunte, le droit d'approuver l'élection pontificale et d'exiger, de ce chef, le paiement d'une taxe considérable.
Les rois goths arrivèrent, en effet, à influencer le choix de quelques pontifes. Ils eurent, il est vrai, la main assez heureuse, mais ils avaient créé des précédents dont Justinien, redevenu maître de Tltalie à la suite des victoires de Bélisaire et de Narsès (So3), entendait se prévaloir. Pour l'élection de Pelage I (333), il imposa un cérémonial qui impliquait la nécessité d'attendre la confirmation impériale avant que l'Elu pût recevoir la consécration épiscopale. Dans l'intervalle, celui-ci ne pouvait pas prendre possession du siège pontifical qui, en attendant, devait être gouverné par le triumvirat ecclésiastique dont le lecteur trouvera plus loin l'histoire. Le tribut était maintenu et fixé au chiffre considérable de trois mille sous d'or (1).
(1) Cassiodor. lib. IX. Epist. 15.
Au début du moyen-âge, le sou cTor valait environ '100 francs de notre monnaie. L'exaction de ce tribut demeura dans les habitudes de la cour de Constantinople. Au fond, les sultans ne font que continuer la vieille tradition byzantine, en imposant le bérat d'investiture, — contre paiement, — aux patriarches et évêques de l'Empire ottoman. Gomme source de revenus, les élections patriarcales du Phanar schisma tique sont devenues proverbiales. Les va-
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Les empereurs de Byzance perfectionnaient ainsi le système des rois goths. Le premier résultat en fut la durée prolongée des vacances de siège. Les allées et venues des envoyés pontificaux ou des commissaires impériaux, les formalités byzantines d'une bureaucratie savamment compliquée, les longueurs des procédures de chancellerie entremêlées d'intrigues de cour et de manèges politiques, retardent d'ordinaire pendant six ou dix mois l'arrivée de cette confirmation impériale, sans laquelle l'Élu ne peut se permettre le moindre acte de juridiction. S. Grégoire le Grand lui-même (590) subit pendant six mois les exigences de cet interminable cérémonial byzantin. Le VII* siècle est par excellence celui des longues vacances et des courts pontificats (1).
Du moins cette tutelle impériale empêchait-elle les troubles, les schismes et les antipapes ? — Beaucoup moins qu'on n'aurait pu s'y attendre.
L'élection de Séverin (640) fut agitée autant par la turbulence des factions populaires que par les prétentions de l'empereur Héraclius. Celle de S. Serge (687) fut rendue laborieuse par les intrigues de deux antipapes, Théodore et Pascal. Ce dernier avait promis à l'Exarque de Ravenne, le représentant de Justinien II, cent livres d'or. La vénalité et la simonie
cancfis du siège se renouvellent le plus fréquemment possible, soit par « démission » soit autrement. Les patriarches et évé(iues des rites catholiques n'échappent pas eux-mêmes à cette nécessité. Un bérai de patriarche catholique oriental représente aujourd'hui encore une taxe d'emviron 30.000 francs. Le patriarche maronite seul jusqu'ici est demeuré exempt de cet impôt.
(l)Le VII» siècle compievingt papes. Les deux siècles précédents n'en présentent que douze ou treize, de môme que le suivant. Par contre» le IX* siècle vit dix neuf élections pontificales, tandis que le triste X<^ siècle porta ce chiffre à vingt quatre !
raStre comme le dernier terme dangereux parlui-même, faussé lie et la politique césarienne des
nt ne cessent de réagir contre i^ssif qui ne sera complet qu'à
ace III, le successeurde S. Gréessayé de régulariser l'ordre de luvelant le décret de Symmaque i viseraient la succession d'un actionnant la loi qui défendait »n du successeur avant l'expidélai consacré aux funérailles 5. Martin I (6i9) n'avait pas atiprobation impériale. Pour l'en t enlever de l'église du Lairan mts et jeter dans les prisons de jherson,où il meurt après un d'un peu plus de six ans, ayant :e que, pendant son absence de h. sa place Eugène 1.
]ui ouvre une série de papes l'empereur Constantin Pogonat nt tribut imposé par Théodoric lecond successeur, le moine ro- S4), persuade ce même prince
lanl des élections épiscopales en génèn évéqiie aérait arrétfi ayec le concours prince e( conflnné par le S- Siège. C'est enl des gouveroements est ainsi sanc- ■Église.
'i. 21. — L'obligation de l'agrémeot imètail maintenue.
l'élection des papes par le clergé et le peuple 2U
qui avait pour lui une grande estime et avec lequel il entretenait les meilleurs rapports, d'abroger formellement lusage de la confirmation impériale. Malheureusement l'inculte et incapable Juslinien II révoque presque aussitôt cette concession.
L'autorité des empereurs, cependant, s'affaiblissait et diminuait singulièrement en Italie, devant l'invasion grandissante des Lombards. La plupart des successeur de Benoit II, suivant l'exemple déjà donné par Boniface V (625) et Théodore (642), se contentent de demander cette confirmation aux exarques de Ravenne. Quelques-uns môme, comme Jean V (885), se font ordonner sans attendre le placet, ni de l'empereur ni de l'exarque. Peut-être le fait que onze papes orientaux se succédèrent, presque sans interruption, de S. Agathon (678) à S. Zaccharie (741), sur le siège deRome, était-il de nature à rendre plus accommodant le gouvernement de Constantinople. Celui-ci, d'ailleurs, noyé dans les schismes et les hérésies, s'abandonnait lui-même et abandonnait l'Italie et Rome. Les populations s'habituaient ainsi à se soustraire pratiquement à l'autorité impériale et à se serrer autour de leur évoque. Lorsque les exarques ou les lieutenants de l'empereur voulurent enlever de vive force Sergius (687) et Jean VI (701), le peuple romain s'y opposa avec succès. A Rome, comme partout en Occident, en face de l'effritement de l'édifice impérial et des périls de l'invasion barbare, Tévêque devenait tout naturellement le defetuor civitatis et Grégoire II (715) se vit confier expressément l'intendance administrative de Rome. En cette singulière situation, où le pouvoir pontifical demeurait seul debout dans l'effondrement général, les papes du commencement
1 VIII' siècle affranchissent, de fait, leur élection. En défendant Rome contre les troupes de l'exarle qui venait le déposer pour faire élire à sa place 1 nouveau pape, au nom de Léon l'Isaurien ; en dérmant Luitprand le Lombard devanlle tombeau de
Pierre ; en invoquant le secours de Charles Martel, nlrépide Grégoire II avait mis fin, virtuellement, à nfluence byzantine sur les élections pontificales. )n successeur Grégoire III (731) n'en voulut pas oins rester correct jusqu'au bout envers l'Empire
demanda la confirmation de son élection à l'exarle. Mais il fut le dernier pape k subir cette gênante rmalité. L'échec des furieuses tentatives de Léon saurien contre l'Italie d'une part, et de l'autre, l'inrét que Charles Martel, vainqueur de l'invasion mu- Imane et médiateur entre Luitprand et Grégoire, moignait au pontife qui l'avait nommé le prince 1res relien, inauguraient pour la papauté une ère nouille. Pendant près d"un siècle, les chefs de l'Eglise ront élus librement par le peuple et le clergé de )me. Les choix, il faut le reconnaître, s'arrêteront ujours sur d'éminenles personnalités, appartenant néralement aux meilleures familles patriciennes, li donneront à l'Eglise la brillante succession des ■ands papes de l'époque carlovingienne.
Avec un esprit politique bien supérieur à celui de
Lstinien, des souverains byzantins, et de leurs suc-
sseurs allemands, les Othons de la dynastie saxon-
ou les Uohenstausen de-ï?ouabe, Charlemagnc,
l'élection des papes par le clergé et le pecple 31
^UT la tête duquel Léon III, le jour de Noël de Tan 800, a posé la couronne de l'Empire d'Occident restauré, dédaigne de revendiquer le privilège d'intervention dans l'élection des papes (1). Il estime, avec raison, qu'il est, à la fois, plus conforme à la dignité et aux intérêts bien entendus du pouvoir civil, de se borner au rôle de garant bienveillant et attentif delà liberté électorale des comices pontificaux.
Louis le Débonnaire, fidèle à la pensée de son père, dans son célèbre Diplôme de protection promulgué à la demande de S. Pascal I (8i7), proclame le droit des pontifes romains à la liberté de leur élection et de leur consécration : l'empereur ne réclame que l'envoi de légats qui viendront lui notifier l'avènement du nouveau pape (2). C'est une affirmation significative de la politique concordataire.
Mais déjà l'élection quelque peu agitée d'Eugène II (824) engage Louis à envoyer à Rome son fils Lothaire qu^il s'est associé à l'Empire. Entre le jeune prince et le pape, se conclut une sorte de concordat dont le
(1) Gratien (Dist. 63. G. 22) mentionne une légende d'après laquelle Charlemagne, après la capture de Didier, serait revenu à Rome, pour obtenir d'Adrien I le privilège d'élire le pape et de donner rinvestiture à tous les évéques. La décision synodale invoqjiée à ce sujet est apocryphe et sortit probablement des polémiques suscitées par les prétentions d'Othon.
(2) Quando... pontifex de hoc mundo migraverit, nullus ex regno nostro, aut Francus aut Longobardus aut de qualibet gente homo sab nostra potestate constitutus, licentiam habeat contra Komanos aut publiée aut privatim veniendi aut electionem faciendi.. . sed liceat Romanis cum omni veneratione et sine aliqua perturbatione honorificam pontifici suo exhibere sepulturam, et eum quem divina inspiratione et B. Pétri intercessione omnes Romani, uno consilio et una concordia, sine aliqua promissione ad pontiftcatus ordinem elejçerint, sine aliqua ambiguitate et contradictione, more canonico consecrari. Et cnm consecratus fuerit, legati ad nos vel ad successores nostros reges Francorum dirigentur, qui inter nos et illum amicitiam, et caritatem, et pacem socient.
sens nous est connu par le texte du serment que se prêtèrent réciproquement les deux souverains, tel que le rapporte le continuateur de la chronique de Paul Diacre. Entre autres garanties données au Chef de rÉglise, Lothaire jure que « les pillages qui se font parfois à la mort du pontife seront sévèrement punis, et que nul ne fera obstacle à Pélection du pontife^ceWcci appartenant aux seuls Romains, conformément aux constitutions anciennes ». — Le pape de son côté fait prô.ter au clergé le serment suivant : « Au nom de Dieu, par les quatre évangiles, la croix de N. S. et le corps de S. Pierre, prince des apôtres, je promets fidélité aux empereurs Louis et Lothaire, selon mon savoir et pouvoir, sans fraude ni mauvaise volonté, sauf la fidélité que j'ai promise au seigneur Pape. Je promets de ne consentir jamais, pour autant qu'il sera en moi, àce que l'élection du pape sur ce siège romain se fasse autrement que selon les canons et la justice, ni que télu soit consacré avant que, en présence du peuple et de Tenvoyé de rempereur, il ait fait un serment semblable à celui que le pape Eugène, pour l'avanlage de tous, a fait et prescrit ».
A la place de la confirmation bureaucratique des Byzantins, l'empereur exercera son droit de protectorat et de contrôle sous une forme en quelque sorte diplomatique. C'était la manifestation suprême de ce droit d'advocatie, — Jus advocatise — que l'Eglise reconnaissait volontiers à la féodalité du moyen-âge. Peut-être le pape n'entendait-il reconnaître là qu'un privilège personnel accordé à chaque empereur individuellement, comme l'interprétera plus tard Grégoire VU. Dans les conditions d'entente mutuelle et amicale sous lesquelles la tradition carlovingienne
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conçut les rapports entre l'Eglise et TEtat, cette assistance des ambassadeurs impériaux n'avait d'ailleurs aucune signification désobligeante. Elle n'en marquait pas moins une légère déviation delà pensée primitive de Charlemagne, et pouvait prc^ter, dans la suite, à des difficultés graves.
Pour leur compte, du reste, les Carlovingiens useront de ce droit, le plus souvent, avec modération. Valentin (827) n'attend pas les délégués impériaux ; Grégoire IV (827) au contraire retarde son ordination pendant deux mois et demi, jusqu'à leur arrivée. Sergius II (844), pour avoir raison d'un antipape, le diacre Jean, qu'une faction populaire lui opposait, se fait sacrer immédiatement, ce qui excite bien un peu l'humeur [susceptible de Lothaire. Léon IV (847) pressé par les Sarrasins aux portes de Rome, n'attend pas davantage, mais déclare vouloir réserver le droit impérial. Le danger d'abus de ce droit est entrevu par Benoit III (855) qui est emprisonné et voit son élection contestée par un cardinal intrigant, Anastase, lequel réussit un moment, en circonvenant les délégués impériaux, à jouer le rôle d'antipape. L'élection de S. Nicolas le Grand (858) se fait très régulièrement en présence de l'empereur Louis II qui témoigne les égards les plus courtois au pontife. Ses ambassadeurs ayant essayé de se mêler de l'élection du successeur, Adrien II (867), voient leur prétention écartée par la déclaration des Romains : « à l'empereur revient l'approbation, non l'élection du pape ».
Jean VIII (872), malgré raffaiblissement de l'autorité impériale au milieu des discordes lamentables des descendants de Charlemagne, fait de son mieux pour demeurer fidèle à la race du grand empereur,
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successivement la couronne impériale aux iens de la branche française, Charles le iOuisle Bègue, Charles le Gros, tandis qu'il assurer la couronne de fer des rois d'Italie à i de Provence, mari de la fille unique de
[induite lui vaut l'animosité du parti alle- Curloman a recruté parmi les barons ita- ^xcite la susceptibilité des factions locales )rennent à dominer dans Rome, à mesure rite de l'empereur étranger et lointain s'y Le patriotisme particulariste des Romains :, et se laisse exploiter, tantôt parles patrïtôt par les démagogues, Adrien III est élu uence de cette réaction locale contre les (884). Devant la perspective de voir Charles ourir sans enfants, les Romains, au témoil'annaliste Sigonius, lui auraient demandé Er l'Empire à un prince italien. Adrien s'y sposé et, en attendant, révoque la constitugène II, pour déclarer que, dorénavant, le u sera consacré librement, sans l'intervenbassadeurs impériaux.
■ y [88.Ï) est élu, en effet, sans aucune inter- B ce genre. Mais à la mort de Charles le Gros milieu des luttes sanglantes de Bérenger, ioul, et de Gui de Spolète, qui, l'un et l'autit proclamés rois d'Italie à Pavie, ce pape, Idélité à la mémoire de Charleniagne, soit uc de confiance en celte tentative de consl'oyaume d'Italie indigène, aurait voulu poronnc impériale surJatOle d'Arnoul, bâtard lau, de la desi'endance de Louis le Germa-
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nique, tout en se résignant à la donner, en attendant, à Gui de Spolète (891).
Formose, Téminent mais germanophile évêque de Porto qui, à tort ou à raison, avait subi les sévérités de Jean VIU et avait été absous par le successeur Marin (882), élu au siège papal (891), se prépare à exécuter la pensée d'Etienne. Il prend le parti d'appeler le germain Arnoul qui finit par venir occuper Rome et recevoir des mains du pape la couronne impériale (896). Le pontificat est ainsi accusé de sympathies allemandes : aussi la réaction italienne faitelle élire, à la mort de Formose,une sorte d'antipape, Boniface VI, qui meurt au bout de quinze jours, puis le peu sympathique Etienne VI, choisi sous la pression des ducs de Toscane et dj Spolète (897).
Sans doute pour manifester son animosité contre le parti allemand, Etienne VI se rend coupable d'une répugnante mascarade. Le cadavre de Formose est exhumé et transporté dans la Basilique, devant un simulacre de tribunal qui est censé le juger comme coupable d'avoir, contrairement aux anciens Canons, accepté d'occuper le siège de l'Eglise romaine alors qu'il était déjà évoque d'une autre ville. Naturellement, le cadavre est anathématisé comme antipape, condamné à la dégradation et jeté dans le Tibre. L'auteur d'un pareil scandale cédait aux passions anti-allemandes des factions indigènes. Peut-être aussi avaitil l'excuse d'un accès de folie : une faction politique l'avait porté au siège pontifical, une autre le jette en prison où il meurt étranglé, et ses deux successeurs immédiats, Romain et Théodore, qui ne régnent chacun que peu de semaines (897), réparent de leur mieux le scandale de cette étrange procédure.
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Si nous insistons sui- le triste tableau qu'offrent certains fastes de iapa{)auté,àlarindnsièclequ'inauçui'a lecoiironnementdeCliarlemago,c'estque, pour 'observateur altenlif, une leçon singulièrement élo- [uente s'en dégage. La sincérité des élections papales
I été viciée rapidement, etce vice, pour une trèsgrande part, est la cause des principales misères. A y regarder de près, en effet, il est impossible de méconnaître ]ue la plupart des événements affligeants de celte époijue de l'bistoire ecclésiastique se rattachent à queljuo élection pontificale ou irréguiière; ou du moins nduencéc par les courants politiques de décadence.
II eût fallu qu'un pape de génie, dominant son tcmpsi ît les passions de ses contemporains, eût la pensée
le pouvoir de modifier radicalement le système tr litionncl de l'élection des pontifes romains. Mais un siècle et demi de nouvelles et douloureuses expériences sera nécessaire pour rendre possible l'œuvre libératrice du moine Ilildebrand.
En attendant, Jean IX de Tivoli, moine pieux mais Je courtes vues, élu lui aussi sous l'influence de In réaction du sentiment national italien (898), en triomphant de la compétition de Sergius qu'une autre facion indigène lui avait opposé comme antipape et qui inira par Hre son successeur, aura l'idée de remettre ;n vigueur, en l'accentuant encore, la législation d'Euçène II, relative à la tutelle impériale sur l'élection lesponlifes. Seulement, il entend déplacer la couronne mpériale. Son but est de délivrer la Péninsule de la lomination allemande. Séduit par l'idée de constiuer un Empire italien national, au profit de la féodaité lombarde, il commence par révoquer les actes )ar lesquels ses prédécesseurs Etienne V et Formose
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avaient attribué la dignité impériale à lallemand Arnoul, et sacre lui-même empereur un prince italien, Lambert, fils de Gui, duc de Spolèle. Pour couronner et consolider cette œuvre politique, il rétablit en sa faveur le droit de confirmation des élections papales : « A la mort de chaque pontife, déclare-t-il dans un « synode réuni à Rome, en 898, pour réhabiliter la (( mémoire de Formose, l'Eglise romaine est en proie »( aux plus odieuses violences. La multitude araeu- « lée pille le palais du Latran et étend la dévastation « jusqu'aux maisons particulières. Pour empêcher le « retour de pareilsdésordres,nousstatuonsqu'àrave- < nir, Vélection du pape se fera par les évêques (car- <f dinaux) et par le clergé (romain) en présence du « sénat et du peuplé, mais sa consécration ne pourra « être faite qu'en présence des députés de l'empe- " reur qui veilleront à en maintenir la liberté » (1).
Le pauvre Jean IX qui^ entre les périls des séditions populaires et les inconvénients du patronage d'un Empire national, croyait choisir le moindre mal, ne se doutait pas du démenti cruel que la féodalité lombarde, devenue maîtresse de Rome, et la prépotence des Césars germaniques allaient infliger bientôt à ses prévisions.
Aujourd'hui encore, il s'élève parfois des voix pour prôner l'intervention de l'élément démocratique dans
'l) Un canon analogue figure dans Gralien (Dist. 03, c. 28), attribué à un pape, Etienne. Quelques-uns veulent y reconnaître Etienne IV (816), Baronius et Noël Alexandre considèrent ce texte comme absolument apocryphe. Pagi suivi par Héfélé [Hist. des ConciUs.lV, I 416) Tattribue à Etienne VI, tandisque Muratori (ileu. liai, script. II) incline à l'attribuer à Etienne V. Friedberg [in h* l') y voit une récension antidatée des dispositions de Jean IX. — Quoi qu'il en soit, la mention de l'élection faite par les évêques, en présence du sénat, est intéressante en ce qu'elle indique une tentative de réglementer de plus près l'acte électoral.
les élections ecclésiastiques. D'autres voudraient, au contraire, transformer la papauté en instrument d'une politique nationale trop étroite. Aux uns et aux autres, il suffirait d'opposer les noms de Formose, d'Etienne VI et de Jean IX, si le X" siècle n'avait réussi, plus complètement encore, à discréditer un système électoral qui produisait fatalement l'avilissement de la papauté et la désorganisation de l'Église elle-même. Pendant la période des origines et en face de l'invasion barbare, ce système avait pu être excellent : il avait donné à l'Église une suite de grands, admirables et saints pontifes. Mais, dans la confusion inévitable qui caractérise toute période de transition, où l'ancienne société sedécompose, on lanouvellen'existe pas encore, il s'était survécu à lui-même. Durant cette époque, où de la dissolution de l'œuvre politique de Charlemagne sort un entrechoquement encore incohérent de mœurs barbares et de traditions civilisées, d'organisation rudimentairement féodale, d'instincts démocratiques, d'évocations et d'ambitions césariennes, de vieux peuples du midi et de races encore incultes du nord, Rome est un champ-olos où s'aiguise le conflit d'éléments hétérogènes qui n'ont pas encore trouvé leur coordination définitive. Cette situation se reflète nécessairement dans la succession de ses pontifes. L'importance de leur rôle général est ressentie par tous ; aussi tous veulent-ils se mêler de leur élection, au bénéfice de multiples intérêts particuliers. Dans cette collision universelle, les papes, sans être toujours des hommes de génie, sans pouvoir toujours se dégager des influences qui les pressent de toutes parts, se montrent, au fond, toujours supérieurs aux hommes de leur temps et
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portent en eux, avec une remarquable persévérance de vues et d'idées, la conscience de leur rôle et de leur mission.
Certains ont pu accuser des faiblesses de caractère ou des faiblesses d'intelligence ; quelques-uns même, dans la suite, ont pu, dans leur vie privée, demeurer au dessous de leur devoir: cela importe peu. Non seulement la doctrine et le dogme n'en ont jamais ' ressenti aucune atteinte, mais, même dans les actes généraux de leur gouvernement ecclésiastique, il est aisé de suivre, à travers les fluctuations des passions humaines et des institutions transitoires, le déploiement continu de l'idée pontificale ne subissant guère d'interruption. Le siècle qui suivra celui de Charlemagne offrira l'image d'une confusion sociale et politique plus complète encore. Mais, malgré des tâtonnements et des défaillances, la direction centrale de l'Eglise ne déviera pas de la notion du pontificat considéré comme force d'impulsion, d'organisation et ^'incessante restauration morale, qui ne demande que la liberté pour s'épanouir et se développer.
Certes, on peut regretter ces tâtonnements et ces défaillances : l'historien et le penseur ne s'en étonnent point. Les idées, les mœurs et les bouleversements du temps y entrent pour beaucoup. Une grande part en revient notamment aux inconvénients qu'emportait avec soi un système d'élection dont les gai*anties de sincérité, de liberté et d'efficacité étaient insuffisantes. La réforme, il est vrai, s'en fait attendre trop longtemps. Mais, il faut bien le reconnaître aussi, on y tend et on s'en préoccupe sans cesse. L'Église, — et c'est là sa grandeur, — finira par trouver en elle-même la force de préparer, d'entre-
prendre et de faire triompher cette laborieuse réforme.
Rien n'est mieux fait que ce spectacle, pour donner à l'observateur sagace Tidée de la puissance intérieure et de la vitalité latente de cette institution qui, à travers les âges, se renouvelle et se rajeunit elle-même dans la partie contingente de son organisation. Môme dans les vicissitudes extérieures de sa vie. Ton ne peut s'empêcher de soupçonner le jeu d'une force en quelque sorte providentielle; mens agitât molem^ devra se dire le penseur impartial, lors même qu'il ne tiendra compte que des faits humains et purement historiques. Rien d'étonnant donc à ce que le croyant cherche et trouve dans l'Évangile la pleine explication de cette fatidique destinée : Fluctuât nec mergitu?' !