POURQUOI LE MOINE M ARIAIT HECTOR DE CHANTONNAT
Nous avons vu le jeune et illustre auteur des Femmes cloîtrées, fatigué de son célibat, et convoitant un mariage qui le fît entrer dans le grand monde, sortir du couvent des dominicains, bien muni des bénédictions de son père spirituel et tout fier de l'engagement que ce dernier venait de prendre.
L'idée de M. Hector de Chantonnay avait souri au père Jérôme. Assez froid d'abord au commencement de l'entretien, il n'avait pas tardé à comprendre quel intérêt il avait à le marier richement. Mais quelque habiles, quelque puissants que soient les moines à Paris, ils n'ont pas sous la main toutes les héritières. Amener une famille riche, bien placée dans le monde, à
donner ses filles au premier venu, parce qu'il a griffonné quelques articles dans les revues ultramontaines, et produit un ou deux romans consacrés à la bonne cause, n'est pas chose facile. Il y faut une adresse peu commune, des accointances nombreuses, et par dessus tout un immense intérêt pour son ordre.
Les jésuites ont fait quelquefois de ces merveilleux tours de force. Ils ont marié richement les chefs du journalisme ultramontain. C'était pour eux une affaire capitale. Tenir dans leurs mains le grand organe religieux qui mène l'épiscopat, les chanoines, les archiprêtres, les supérieurs de séminaires, les révérendes mères des couvents, sans compter le laïcat pieux, et, audessus de tout cela, le pape lui-même, devenait une force prodigieuse. Ils avaient pour se la donner un moyen infaillible, c'était d enchaîner à leur fortune les hommes marquants de la presse religieuse influente. M. Falot, naguère rédacteur d'un petit journal de province, devenu rédacteur en chef de la Mappemonde catholique, pouvait être gagné par eux. Un riche mariage était le prix d'un dévouaient éternel à la grande compagnie de Jésus. Ce riche mariage, malgré mille obstacles, le futur n'ayant jamais pu poser pour un Antinous, se fit un beau jour, à la joie des révérends pères. Ils tenaient le monde religieux par la presse.