‹ Le confesseur: par l'abbé (volume 2)Chapitre 16 sur 17 · APPRÉHENSIONS D UN AMANT · texte numérisé non relu

APPRÉHENSIONS D UN AMANT

Je compte beaucoup sur vous, pour qu'à son armée à Paris vous le mainteniez dans les dispositions sympathiques dont il ne cesse de me donner des preuves. Je l'aime déjà comme un père; et, franchement, je serais ingrat si je ne répondais pas à une affection dont je suis fier. C'est un homme qui cache, sous des dehors modestes, une belle intelligence. Que de graves mais délicieuses causeries n'avons-nous pas ensemble dans nos longues courses à travers nos coteaux boisés, sous ces châtaigneraies épaisses cpui semblent, de loin, des forêts colossales d'orangers , tant leur feuillage rappelle la belle verdure de l'arbre aux pommes d'or! Il a toutes tes grandes aspirations de notre siècle. Il connaît nos penseurs, nos économistes, nos publicistes. Il n'est étranger à aucun des grands problèmes d'émancipation et de liberté que s'est posés la presse contemporaine. C'est, de plus, un sérieux chrétien. Si jamais des circonstances fatales pouvaient l'amener à me refuser la main de Laurence, je sens que j'aurais un amer chagrin à le perdre pour ami.

J'oubliais de vous dire que Marie, la sœur de Laurence, joue ici un rôle qui me paraît étrange. Devenue la confidente de plus en plus intime de sa mère , elle exerce certainement sur elle une influence secrète. Depuis la lettre de Paris, on les surprend dans des entretiens très animés ,

qu'elles interrompent brusquement, quand elles supposent qu'on peut les entendre.

Serait-elle opposée à mon mariage avec Laurence? Il n'y a pas d'hypothèses que je ne fasse. Il en est une que je me garderai bien de communiquer à ma mère, mais dont je dois bien simplement vous faire part. Je ne crois pas céder à un mouvement de fatuité stupide en vous disant que cette singulière jeune fille, née avec une imagination ardente, que la lecture de beaucoup de livres pieux et les habitudes d'une certaine dévotion ont beaucoup exaltée, m'a paru jalouser fortement sa sœur. Nous autres hommes, nous nous trompons peu sur certains indices, par lesquels les jeunes personnes, même les plus pudiques, se trahissent toujours. Je vous résume le tout dans ce mot : Marie m'aime.

Que ce fait soit complètement étranger à l'agitation et aux larmes de madame Deville, cela pourrait être. Mais une certaine joie qu'elle dissimule mal depuis la crise que subit sa mère, certaines prévenances plus accentuées encore envers moi, quoique toujours d'une irréprochable chasteté, me laissent penser qu'elle a un intérêt personnel dans cette affaire mystérieuse, où se perdent et mon peu de pénétration et la plus longue expérience de ma mère.

Adieu , mon bien cher ami , j'ai hâte de me retrouver à Paris auprès de vous, auprès de tous

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