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tous les huit jours ; vous les envoyez à la communion deux ou trois fois la semaine. Pour les hommes, vons croyez avoir remporté un .grand triomphe lorsque, sur une population de quinze cent mille âmes, vous en avez réuni, à la Pâque, cinq ou six mille. Vous ne demandez pas à ceux-ci autre chose que cette confession annuelle, pour laquelle vous êtes d'une extrême facilité. Pourriez-vous m'expliquer pourquoi de longs entretiens sont nécessaires tous les huit jours avec les femmes chrétiennes, et ne le sont pas avec les hommes? La vie de ces derniers est -elle plus pure que celle des autres? Ont-ils des passions moins ardentes? Ont-ils moins d'occasions de pécher? L'âme d'un homme diffère-t-elle essentiellement de celle d'une femme ?J Vous êtes embarrassé pour répondre : je le comprends.
L'Église, quand elle consacra, après l'abandon de la confession publique , l'usage de la confession privée, entendait-elle établir ce double manège, que l'homme ne vit le prêtre à la hâte qu'une fois l'an, et que la femme fût perpétuellement au genoux d'un confesseur?
— Oh ! pour cela , dit le jésuite , ce n'est pas notre faute. Nous ne demanderions pas mieux que de diriger ainsi les hommes. Mais ils ne le veulent pas.
— L'aveu est naïf, mon père. Mais pourquoi ne le veulent-ils pas !
— Les passions, le mauvais exemple, le respect humain !
— Pauvres raisons, mon père. Ceux que voup avez à Pâques ont bien bravé le respect humain ; et les femmes ont-elles moins de passions que les hommes? C'est, au fond, que les femmes sont d'une nature plus malléable que les hommes, qu'elles s'impressionnent plus facilement, et que plus facilement on les effraie, lorsqu'il n'y a pas d'autres calculs qui les mènent aux pieds des directeurs.
— Que voulez-vous dire?
— Mon Dieu! que dans ce monde féminin tout est de mode; et depuis huit ou dix ans, il devient de plus en plus de mode d'avoir un directeur. Dans l'argot du grand monde, on dit, comme d'une robe, que « c'est bien porté. »
Voilà votre triomphe momentané , mes pères ; vous n'en avez pas d'autre.
— Yous ne croyez donc pas que l'Église ramène jamais les hommes au confessionnal.
— Non, mon père, jamais avec les méthodes que vous suivez, jamais ayec la théorie des âmes tenues par la lisière , jamais avec la confession pratiquée au microscope, selon les prescriptions de la vieille scolastique, jamais avec la confession où l'on fait dire à l'épouse ce qui se passe dans la vie intime, et qui soulève devant un malheureux prêtre le voile du lit conjugal, ja-
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mais avec la confession qui dicte aux femmes les livres qu'elles doivent uniquement lire, le seul journal qui doive entrer dans la maison, la femme de chambre qu'il faut prendre , le précepteur qu'il faut choisir aux enfants, les danses courantes et tournantes qui se peuvent permettre, et la quantité de centimètres dont leur robe doit être décolletée, sans parler de prescriptions d'un ordre plus grave, qui sont la matière d'entretiens intimes entre femmes et directeurs, et dont, par respect pour la pudeur, je ne dois pas parler. Une confession ainsi comprise, et vous ne nierez pas, mes pères, que ce ne soit votre méthode, est précisément le moyen qui Ta rendue tellement odieuse que, vint-elle, ce que j'espère bien, à être avant peu radicalement modifiée dans l'Église , il faudra bien des années avant que les hommes qui l'ont prise en horreur, moins pour eux-mêmes précisément qu'à cause des femmes , consentent à s'y assujettir. Le mal a été fait durant des siècles ; il se perpétue sur les mêmes errements; il grandira encore, à mesure que gagnera la mode des directeurs ; et cette expérience nouvelle amènera une recrudescence d'opposition et de haines. Ge que vous relevez, mes pères, avec tant de fracas, et nous, prêtres séculiers, nous l'avions laissé tomber peu à peu dans l'oubli, sera la cause de la rupture dernière avec le catholicisme. Un
jour le vase débordera, et ce sera par la confession qu'il débordera.
— Allons! cher abbé, dit le curé de Saint- Thomas d'Aquin, ne faites donc pas ainsi le prophète de malheur ! N'effrayez pas ces vénérables pères! Leurs pénitentes leur donnent bien assez de tracas. C'est un rude métier, croyez -le bien.
— Monsieur l'abbé est plus leste en besogne, dit le père Jérôme.
— Mon Dieu! mon père, ma méthode est bien vieille dans l'Église. Quand, au siècle de saint Jean Chrysostome, soixante mille hommes communiaient le même jour dans les églises de Gonstantinople, vous m'avouerez que le pénitencier aurait eu une rude besogne s'il eût dû les diriger, comme vous le faites de vos grandes dames. A un quart d'heure seulement pour chaque confession, il lui eût fallu près de dixsept ans. Les faits sont donc là pour vous dire que la confession n'a pas toujours été comprise comme vous l'a transmise la scolastique et telle qu'elle se pratique chez vous. Nous sommes plus lestes, je l'avoue; mais les âmes s'en portent mieux.
— Que concluez-vous enfin? dit le jésuite.
Formulez-nous votre système. Nous n'avions jamais entendu de pareilles doctrines en matière de confession; mais on s'instruit à tout âge.
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— Je n'ai point la prétention de vous instruire. Vous avez amené l'entretien sur la confession; je tous ai dit le résultat de l'enquête à laquelle je me suis livré sur ce sujet, je le reconnais, fort difficile. J'ai vu là le grand obstacle au retour des masses lettrées et intelligentes dans le sein de l'Église. Ni les anathèmes ni les sollicitations ne vaincront leurs répugnances. Les canons d'un concile n'y feront pas plus que les conférences des prédicateurs à Notre-Dame. Le procédé ne va plus à l'homme. L'Église, ne pouvant pas contraindre l'homme, devra modifier le procédé. La conclusion sort elle-même des prémisses. Et l'Église fera bien de se hâter. Dans les premiers temps de la confession secrète, le pénitencier n'était autre chose qu'un juge chargé par l'Église de réconcilier les pécheurs publics, auxquels on épargnerait dorénavant un aveu public de leurs fautes, devant l'assemblée des fidèles. La confession était purement judicielle : — Voilà à quelles conditions je juge que vous pouvezvous approcher de la table eucharistique. Vous avez le repentir. Dqminus noster Jésus Christus te absolvat. — La formule de l'absolution était purement déprécatoire : « Que Notre- Seigneur Jésus t'absolve ! » Ceux qui ont étudié ces matières savent que la formule par laquelle le prêtre dit aujourd'hui : « Je t'absous par l'autorité de Jésus-Christ : Ego auctoritate ejus te
absolvo, » n'est pas ancienne dans l'Église. Sera- :t-il facile de ramener la confession à cette constitution première, qui avait pour but d éloigner de la table sainte les pécheurs publics, de leur imposer une pénitence proportionnée et satisfactoire, ayant leur réhabilitation dans la famille chrétienne? Selon moi, c'est dans ce sens que la question devrait être étudiée pendant de longues années dans l'Église et soumise à la décision d'un concile œcuménique. Vous vouliez ma pensée dernière, la voilà. Dans le mouvement qui emporte le monde, ce retour à des usages d'un autre temps est-il possible? L'expérience seule pourra l'apprendre. Quand un vieil édifice est sur le point de s'écrouler, on ne se trompe pas sur l'imminence de l'écroulement.
On n'a que des conjectures ou des plans en projet pour le monument qui s'élèvera à sa place. Comprenez-moi maintenant.
L'entretien sur la confession qui avait eu lieu chez M. de Burel fit du bruit dans le monde religieux. Les deux moines sortirent scandalisés et furieux.
— Margaritas ante porcos, mon cher abbé, dit le vieux curé à son second vicaire. Vous avez appris beaucoup de choses, mon ami ; vous paraissez ignorer que la nature a fait des êtres dont l'œil ne voit rien à la lumière. Les moines sont les hiboux de l'Église. Avec eux, c'est lu-