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d'influence 6ur madame Deville qu'il n'en fallait pour faire rompre le projet de mariage.
Il avait donc déclaré nettement à son révérend père que l'heure d'agir était venue; que l'hiver se passait. Il savait par la marquise de Savinières que M. Deville parlait déjà d'aller faire les noces de sa fille aînée dans la Creuse, où les jeunes époux seraient mieux l'un à l'autre que dans le tourhillon des plaisirs de Paris; il ne fallait pas attendre que le mariage fût officiellement déclaré.
— Il y a hâte, mon très hon père. Sans cela lious manquerons tout.
Le père comprit que son protégé avait raison ; que le moment était venu de frapper enfin le cowp décisif; qu'un grand succès venait d'être remporté; que, fallût-il «n venir aux moyens extrêmes, madame Deville n'avait plus à reculer pour faire renoncer son mari à une union à laquelle ie moine directeur ne consentirait jamais.
Toutefois, aussi cauteleux que tenace, il essaya de persuader à son Ghantonnay que Marie était cependant une personne accomplie ; qiu'elle était feitne sur les principes du vrai catholicisme ; que ce serait une femme forte, destinée à exercer une grande influence dans le monde religieux ; que, l'influence des. femmes étant toute*puissaute» il ne fallait pas négliger
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ce moyen ; qu'en réalité la plus jeune des filles de M. Deville était un petit génie; Chantonnay ne l'ertendit pas de cette oreille.
— père, si vous saviez ce que c'est que d'aimer.
Et il lui assura en termes si énergiques que Laurence seule absorbait toute son âme que le moine, n'insista plus.
— Alors, lui dit-il, vous aurez Laurence.
Le père était sous l'impression de cet entretien, quand il avait reçu madame Deville.
Poussé à bout par son protégé; dun autre côté, irrité des résistances qu'il éprouvait de la part de M* Deville, il n'hésita pas à porter son ulti- ,
matum à sa pénitente. /
— Vous me rendrez cette justice, lui dit-il, ' que j'ai agi dans cette grave affaire avec des ménagements infinis. Vous m'avez paru ne vouloir rien brusquer; je .suis entré dans votre système. Mais, maintenant, je sais à n'en plus douter que votre mari se prépare à conclure bientôt ce malencontreux mariage. Il faut donc agir cette fois, et agir avec vigueur. Vous avez fait un premier essai de la douce force dont vous disposez sur le cœur de M. Deville, c'est un antécédent immense. Vaincus une fois sur ce terrain, les hommes, même les plus indomptés, le sont toujours. Voyez Samson avec Dalila. De telles faiblesses sont incroyables. Mais puis-
^UECMU^Wn lis
que les hoiûmes tombent si faeitemeut dans ee filet, tendons le filet. Vous aurez donc, une se- GMHle fois, à ai bien miteoifier, à si feieo charmer l'airDable époux, qu*il vous sacrifiera fai-» ment le Yillaret comme il a fait du Florentin* AUetos! diêre enfa«t, à loeuvre! Il faut aanotifi<er cela par la prière^ à l'exemple de rhéroîne de Bétbulie, qui fit précéder de la prière et du jeûne l'emploi de ses charmes. Vous combatte2 pour une «ai^te eaui^e. Je vous ai expliqué dqà combien il sera glorieux pour votre maison de faire alliance ayecune famille ancienne^ celle des Chantonnay, destinée à recevoir maintenant tout son luâltre par le beau talent de votre nouveau gendre, employé tout entier à défendre la grande cause 4u saiot-père et celle de rËgliae. Les intérêts de Dieu demandent donc de vous 4e tout faire pour amener oet heureux résultat* Vetre nom eera inscrit en lettres d'or parmi les bienfaitrices de la papauté, puisque vous lui jwrez préparé de si nobles défenseurs. Car ceuxlà sont héros aussi qui recommencent la gloire de Gastelfidardo, non plus en maniant l'épée et ^ défendant Rome contre des envahisseurs barbares, mais en maniant la plume, cette amie puissante dont les ennemis de l'Église sie servent pour le mal. Oui, vous serez bénie de Dieu et des hommes : vous aurez aidé à sauver TÉglise! RéchaufiTée par cette harangue, Hélène com-
mença à se sentir ébranlée. M. de Ghantonnay avait la particule; il serait très facile, à la longue, de coudre à cette particule un titre de comte. M. Villaret ne serait jamais qu'un bourgeois. D'ailleurs sa cousine avait nettement déclaré que jamais cet homme, vînt-il à épouser Laurence, ne serait reçu dans le monde aristo-^ cratique. C'était là une raison prépondérante. Et, quelque incontestée que fût Tinfluence du père Jérôme sur elle, l'opinion de sa cousine, grande dame, avait sur son esprit une puissance décisive.
Puis, Yillaret était le candidat officiel du mari. C'était M. Deville qui s'était d'abord épris chaudement d'Armand et qui n'avait pas déguisé sa joie de le voir demander Laurence en mariage. Un secret instinct, dont elle se rendait peu compte, lui représentait comme un plaisir de le faire céder sur ce point capital. Qu'un mari, pour plaire à sa femme, se débarrasse <i'un valet de chambre, la gloire est médiocre; mais rompre un mariage comme celui de Laurence, où il était connu qu'un amour mutuel s'était longuement resserré, que le père se faisait un bonheur de cette union, le faire céder sur cela, c'était un vrai triomphe.
Au moment où sa pénitente allait quitter son tribunal, le père insista encore.
— Ma fille, au nom de Dieu, au nom du très
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saint-père qui représente Dieu sur la terre, ne faiblissez pas. Si les moyens de douceur ne suffisent pas, rappelez-vous mes conseils. Devant un refus formel, prenez une attitude o£Pensée, en votre nom, comme épouse, au nom de Dieu et de l'Église, comme chrétienne o£Pensée dans sa foi par ce mariage. N'oubliez pas que ce Villaret est un ennemi de l'Église. J'ai contrôlé les renseignements précédents sur son compte, et ils sont déplorables. Croîriez-vous que ce loup, se déguisant sous la peau de l'agneau, ce Satan, prenant la forme d'un ange de lumière, prépare en ce moment un ouvrage auquel la mauvaise presse ne manquera pas de donner une publicité immense, ouvrage sacrilège et menteur, dans lequel il cherche à établir, pour égarer les faibles, que le pouvoir temporel a toujours été funeste à la papauté, oubliant que d'illustres évêques n'ont pas craint de dire qu'ils élevaient la doctrine de la nécessité pour l'Église du pouvoir temporel « à la hauteur d'un dogme. » Rien n'est dangereux, ma fille chérie, comme ces faux catholiques qui voudraient la papauté débarrassée des biens temporels, ne sachant pas que l'Église doit dominer avant tout sur la matière, afin de mieux terrasser Tcîrgueil de 1 esprit. Qu'ils puissent nous laisser cinquante ans à notre œuvre; et ils verront! Donc, si votre mari résiste, vous lui déclarerez, nettement.
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que votre conscience ne vous permet plus de aacrifier les intérêts de Dieu et de la sainte Église, et que, dussiez-vous souffrir tous les mauvais traitements, la mort même, et je crois que vous pouvez faire impunément cette mena<^, vous ne céderez jamais. Dès ce nK)ment vous serez pour lui de glace ; vous n'accorderez plus qu'au devoir absolu, et encore avec une manifestation visible de répugnance, ce que vous accordiez à l'affection. Faites bien com» prendre que, sans la loi religieuse qui est formelle, vous éviteriez tout contact avec Thomme qui veut sacrifier sa fille à Bélial. Parlez de vos tiroits de mère méprisés. Que votre mari vous voie triste, résignée, mais digne et inébranlable, et il se lassera bientôt.
Ces sanatîques paroles achevèrent de troubler la faible raison de la pauvre femme. Elle partit, des pieds du prêtre, entièrement fanatisée.
C'était la cause de Dieu, c'était la cause du pape : pouvait-elle hésiter encore?
Mais cette fois, les saintes ardeurs, excitées par le père spirituel, comme les colères factices dont il avait donné le thème, n'eurent qu'un médiocre succès.
Il fut 4cépondu aux caresses, comme aux paroles emportées , qu'elles seraient impuissantes.
Vainement madame Deville, qui voyait chaque
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jour son directeur, depuis qu'il était question de cette grande afikire, mit en oeuvre toutes le$ ressources que ce dernier lui suggéra, Thomme honorable fut inflexible.
La lutte fut opiniâtre du côté du moine et de celle dont il disposait comme d'une esclaye : scènes tendres, froideurs calculées, larmes et emportements n*aboutirent qu'à prouver à M. Deville qu'une fascination dangereuse était exercée sur sa femme, et qu'il y avait hâte à TarrachfH* à une direction dont les résultats pat^its étaient un trouble terrible dans une famille vivant jusque-là d'une admirable union.
£n désespoir de cause, madame Deville essaya , d'un argument suggéré par la marquise de Savi* nières.
*^ Si, dit^elle à son ntari, vous n'aviez pas été assez imprudent pour engager l'avenir de votre fiUe^ avant même son entrée dans un monde ou ells aurait pu comparer et choisir, il est plus que probable qu'avec sa beauté si remarquable, son esprit, ses talents et sa fortune, Laurence aurait pu faire un brillant mariage. £t pour moi, je l'avoue, mon amour^propre maternel eût été flatté de voir ma fille entrer dans une famille illustre par sa naîssanoe et sa position dans le monde*
— Vous auriesB voulu en faire une duchesse?
— Pourquoi pas?
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— Je n'ai pas celte ambition ; Laurence ne l'a pas non plus; son bonheur est attaché à son mariage avec Villaret, et ce mariage se fera.
— Ainsi, mes droits de mère seront foulés aux pieds?
— Pour contre-balancer vos droits, il y a les miens, ceux de ma fille : elle a des droits au bonheur. Vous le voyez, la balance ne peut pencher de votre côté. Consolez-vous, ma chère Hélène, votre fille ne sera pas titrée, mais elle n'en sera pas moins heureuse pour cela. Et convenez que nous aurions mauvaise grâce à reprocher à Villaret sa roture.
— Je ne la lui reprocherais pas, s'il n'était pas un impie.
— Un impie, Villaret !
— Oui, un impie déguisé en catholique, sans cela je ne me serais pas avisée de lutter contre votre volont4 je sais trop bien que je n'ai jamais eu d'empire sur vous, et que mon rôle ici est l'obéissance passive.
— Hélène, Hélène, vous êtes injuste, mille fois injuste, je n'ai peut-être que trop respecté votre liberté. Pauvre chère égarée par une influence fatale, ne regrettez-vous donc jamais ces années d'une intimité si douce et si tendre que jamais une discussion pénible ne vint troubler? Hélène, qu'avez-vous fait de votre bonheur?
La voix de M. Deville était altérée par Témo-
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tion. Hélène, à ces doux souvenirs évoqués, sentit des larmes arriver jusqu'à ses paupières ; mais ces larmes ne coulèrent pas. Il fallait se montrer inflexible et elle y réussit.
— Il ne s*agit pas du passé, dit-elle, il s'agit du présent. Je veux sauver Tâme de ma fille. Si vous aviez un peu de foi, vous comprendriez mes résistances.
— Allons! dit M. Deville impatienté, je n'ai pas de foi, me voilà mis par vous au rang des impies.
— La foi sans les œuvres est une foi morte.
— Et les œuvres de ma foi devraient être de briser le cœur de ma fille, de la séparer de celui qu'elle aime pour la donner à un duc, un comte, ou un marquis dont l'orthodoxie vous serait certifiée valable par votre directeur! Non, il n'en sera pas ainsi. Laurence ne sera pas duchesse; elle sera madame Villaret. Elle n'épousera pas un homme fanatique, mais un homme sincèrement religieux. Pour vous consoler de cet afiFreux malheur, je vous dirai que si, comme je le crois, le jeune comte de Savinières est amoureux de Marie, bien qu'il n'ait pas de fortune, dans un an, si ma fille l'aime, je ne la lui refuserai pas, et vous aurez au moins la joie d'avoir une fille comtesse, si toutefois votre révérend père trouve ce jeune homme assez dévot. À présent, écoutezmoi bien : comme je ne veux pas la répétition
$» LB CONVEaSEX»
de pareilles scènes^ je vais annoneer à nos psK rents et à nos ^arnis le mariage de Laurence, et il se fera dans ua mois.
Madame Deville n'arait pas primoiicé le nom de Chàntoanay. Le moine m Toulait pas qu'il se posât en prétendant^ a?aot l'expulsion d'Ai«nsiaad Villaret. Hélène, après cette conversation, regarda toute résistance comme désormais inatik.
Le moine sera4-il de cet avis et )âehera-t-il sa proie?