‹ Le confesseur: par l'abbéChapitre 9 sur 21 · LA CONFESSION PUDIQUE · texte numérisé non relu

LA CONFESSION PUDIQUE

C'était un samedi soir. La petite église de Saint-Thomas d'Aquin n'était plus éclairée que par les reflets du jour, tombant dans la nef à travers les blanches verrièi^es. Une lampe aux lueurs vacillantes, placée dans la chapelle de la Madone, du côté gauche de l'église, commençait à jeter plus d'éclat, comme ces premières étoiles dans l'azur du ciel dont les rayons sont plus vifs à mesure que les ombres deviennent profondes. Tout était recueillement et calme dans cette église, œuvre d'un architecte médiocre, mais 'gracieuse et simple.

Ce monument, bâti au dernier siècle pour servir de chapelle à un couvent de dominicains, rend assez bien la société aristocratique qui s'y presse les jours de dimanche. Il y a des tableaux,

delà dorure, des chapiteaux corinthiens. Joignez à cela assez de lumière pour qu'il n'y ait là rien de sombre, et qu'on puisse lire dans son livre d'heures. C'est une petite marquise simple, aisée, élégante.

Tout est, dans celte église, d'une exquise propreté. Les confessionnaux, espacés dans les recoins, voient rarement une foule compacte de pénitentes : nous parlons de pénitentes, et pour cause, il n'apparaît plus guère nulle part de pénitents, le monde pieux du quartier assiège les confessionnaux du Gesù de la rue de Sèvres. Ceux de Saint ^Thomas d'Aquin ne voient que des révoltées contre les jésuites, — et il y en a même dans le monde aristocratique^ — quelques provinciales de passage à Paris ou les honnêtes marchandes du quartier.

 l'un de ces confessionnaux presque déserts, se trouvaient cependant un prêtre et une pénitente. Le prêtre était l'un des vicaires de la paroisse, l'abbé Courbon: la pénitente, Laurence Deville.

Elle venait de terminer l'accusation bien franche et bien humble de ces fautes qui échappent à la fragilité, même chez les âmes les plus belles. Cette vie était pure ; ce cœur était noble; et il eût été plus facile d'en compter les vertus que d'en trouver les imperfections.

Le père spirituel, après avoir prononcé quel-

LA GOBFfiSSlON HUDIQUE SB3

ques( pacoles de la liturgie, pour implorer la oiisérieorde et la grâce sur Yàxne contrite venant decûander le pardon à Dieu, lui adressa quelques conseil» sur les favAes accusées. Puis, éleyaiait plus haut sa peaisée :

— Bénisses Dieu,, ma scaur, de ses inspira)tions, de ses dons. Yoas êtes du nombre de ces âmes droites qui le cherchent arec la sîmplieité du CiOeur. Demeures dan» cette simplicité. Moins il y a autour de tous, dans le monde, d'adorateurs en esprit et en vérité,, moins la suave doctrine de Jésus sy réalise, plus vous devez vous attacher à sa parole qui est lumière et via. Rien n*ei^t consolant comone cette douce loi qui est une provocation permaneoite à famé de s epanr cher en amiour. Vouâ appartenez au mondie intelligent, wa monde riche. Soyez prodigue doublement autour de vous, non seulement de cet or sagement départi sur ceux qui souffrent, mais encore de ces tendres paroles de vérité et de bien, adressées aux pauvres, aux ignorants et aux faibles, paroles plus précieuses devant Dieu que de l'or, parce qu elles sont le pain de vie aux délaissés de ee monde, aux misérables de Tesprit et du corps. Vous venez de me de^mander mes conseils sur votre union, que vous croyez prochaine, avec un homme selon votre cœur. Je vous les donnerai volontiers et en toute simplicité. Le mariage est chose sainte et

grave. C'est la vie fixée dans le bonheur intime ou dans de grandes sou£Prances. Ce dernier lot revient de droit aux mariages de calcul : le bonheur appartient comme une douce conquête à ceux qui avant de s'unir se sont aimés. Vous avez trop de raison pour croire que la vie nouvelle où vous entrez sera toujours couverte de fleurs. Ce rêve d'une telle vie n'est que dans les romans, et ce n'est pas la vie réelle. Elle a ses joies, joies douces et qui souvent deviennent enivrantes par les bonheurs de la maternité.

Mais ces joies sont entremêlées de devoirs ; et le devoir, même aimable, coûte à l'âme, parce qu'il est de toutes les heures et qu'il s'impose à la volonté. Sachez bien que les unions les mieux assorties ont besoin d'une constante vigilance, pour que rien ne vienne alanguir le grand et noble sentiment de l'afiFection mutuelle. La femme surtout, plus impressionnable , plus vive, doit veiller à entretenir cette douce flamme, comme la vestale le feu sacré. Peu de femmes ont été malheureuses, en dehors des mariages de combinaison où l'on s'est pris pour de l'argent, autrement que par leur faute. Elles n'ont pas tardé à cesser de se faire aimer. Vous éviterez certainement cet écueil, parce que, épousant un homme à idées élevées, vous vivrez autant que lui-même de la vie intelligente ; vous serez de moitié dans ses aspirations; ses tra-

Page 1