‹ Le confesseur, Volume 2Chapitre 11 sur 30 · LES INQUIÉTUDES DE M. DE GHANTONNAY · texte numérisé non relu

LES INQUIÉTUDES DE M. DE GHANTONNAY

trouviez la péripétie, tout dominicain que vous êtes. Après cela, je vous appartiendrai corps et âme, je serai votre esclave, votre chose, j'écrirai ce que vous voudrez, je vanterai la douceur de Torquemada, si vous Fexigez. Donnez-moi Laurence, et le million que son père lui constituera en dot vous appartiendra plus qu'à moi.

— Décidément, vous êtes fou ! Mais je vous aime assez pour compatir à votre folie ; soyez tranquille, je vous réponds de tout, vous épouserez mademoiselle Laurence.

Après s'être confondu en actions de grâces et en promesses de dévoûment absolu, Ghantonnay quitta la cellule du père Jérôme.

— Il faut me dépêcher à marier ce jeune homme, dit le moine, pour qu'il ne soit pas là, tous les matins, à me réciter ses tirades amoureuses. Quand on a renoncé au monde, qu'on s'est engagé par des vœux éternels et qu'on n'a pas encore quarante ans, ces accents passionnés qu'on fait retentir à vos oreilles, ont bien leurs dangers. C'est absurde de venir parler d'amour à un moine, et Chantonnay manque de tact.

Après avoir fait cette judicieuse réflexion, le moine prit son manteau et se rendit chez madame de Savinières. La marquise le reçut de la manière la plus aimable, et avant que le père Jérôme eût trouvé une phrase convenable pour amener une explication, elle lui dit :

126 LE GONFESSSUR

— J'allais écrire à M» de Chantonnay , moa révérend père, au momeBt même ou vous êtes arrivé.

— Etait-ce pour lui dire, madame, que vous lui retirez votre appui?

— Tout au contraire. Gomment pouvez-vous faire une telle supposition !

• — M. de Ghantonnay, madame, craignait que les réflexions faites, pendant votre séjour à Saint-Germain, ne lui eussent pas été favorables. La marquise se mit à rire.

— M. de Ghantonnay saurait-il que je n'ai quitté Paris qu'un seul jour?

— Oui, madame, il le sait.

— Et il est allé vous confier que je lui avais fait un gros mensonge. G'est très mal de sa part d'avoir cherché à me noircir dans l'esprit d'un saint religieux.

— Oh ! madame, vous savez bien que vous n'avez pas à craindre mon rigorisme : je ne suis pas votre confesseur, et si je l'étais, il est à croire qu'après en avoir connu les motifs, je trouverais la faute bien légère.

— Sans doute, mon mensonge serait ce que vous appelez en théologie, je crois, un mensonge joyeux ou un mensonge officieux ; il était à la fois l'un et l'autre.

— Et vous m'expliquerez cela?

— Certainement, répondit madame de Savi-

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