LES INQUIÉTUDES DE M. DE CHANTONNÀY
nièreSy apprenez donc qu'il m'est arrivé un neveu.
— D'Italie.
— Vous savez aussi cela.
— Oui, madame, je sais de plus que ce neveu a supplantjé Ghantonnay dans votre esprit, et que vous désirez lui faire épouser une des demoiselles Deville.
— Mon père, vous devez être un excellent confesseur, on n'a pas besoin de s'expliquer, vous devinez tout dès les premières paroles; et si je ne tenais pas autant à mon directeur...
— Vous avez raison d'y tenir, je vous approuve. Après m'avoir promis votre appui auprès de madame Deville, vous me le retirez, je le comprends : il vous arrive un neveu que vous n'avez jamais vu ; mais peut-être d'anciens souvenirs... de famille se rattachent-ils à lui? Ne rougissez pas, madame la marquise, je ne suis pas votre directeur.
« Je ne suis pas fâché, se disait le rusé dominicain, de lui laisser entendre que quelques bruits de son passé sont parvenus jusqu'à moi. Quand les femmes ont peu de cœur et beaucoup d'orgueil, on les domine par la connaissance, qu'elles vous savent, de leurs faiblesses. »
— Eh bien, mon père, oui, mon neveu n'a pas de fortune, il a un beau nom ; j'ai voulu lui faire faire un riche mariage , j'ai pensé à ma nièce Laurence. Vous comprenez que M. de
Chantonnay me gênait un peu; je l'ai éloigné pour un temps, je lui destinais Marie. Mon seul tort est d'avoir voulu ruser avec lui et avec vous. J'aurais dû vous aller trouver et vous confier les embarras de ma position.
— Je les aurais compris, madame, et malgré mon regret de ne vous avoir plus pour auxiliaire, j'aurais persisté, comme je persiste encore, dans mon projet.
— Mais, mon révérend père, je suis avec vous plus que jamais, et j'allais écrire à votre protégé pour l'inviter à dîner chez moi demain avec la famille Deville.
— Je ne vous comprends plus.
— Je le crois bien, mais écoutez-moi : Mon neveu a vu trois ou quatre fois Laurence et Marie chez moi. Il a trouvé Laurence une ravissante créature, et cela est vrai, c'est l'idéal de la beauté et de la grâce.
— Passons là-dessus, dit le père Jérôme en baissant les yeux.
— Tout en rendant justice à Laurence il prétendait que Marie avait un genre de beauté plus original, plus attrayant que celui de sa sœur. Toutefois, voyant mon désir de lui faire épouser Laurence, — je n'aime pas cette petite Marie, et puis c'est encore une enfant, — il se fût trouvé très heureux de devenir son mari. Je lui avais caché qu'il y avait déjà des engagements de pris