‹ Le confesseur, Volume 2Chapitre 13 sur 30 · LES INQUIÉTUDES DE M. DE GHÀNTONNAY · texte numérisé non relu

LES INQUIÉTUDES DE M. DE GHÀNTONNAY

entre M. Deville et M. Villaret. Je comptais agir sur ma cousine, et lui faire comprendre la distance qui existe entre le comte de Savinières et un Villaret. Et Louis est si beau ! FÂntinoûs est •un voyou auprès de lui.

— Il ressemble sans doute à son père, dit le dominicain avec un fin sourire.

— Oui, beaucoup, dit la marquise un peu déconcertée, mais vous n'avez pas connu le comte Georges?

— Un de nos pères de Bordeaux a servi avec lui sous Louis-Philippe. Tous les deux ont quitté Tarmée en même temps ; ils sont partis ensemble pour l'Italie; Tun s'y est marié, l'autre a pris l'habit de Saint-Dominique. Et voilà, madame, comment je me trouve avoir entendu parler du comte Georges de Savinières.

— Oui, dit la marquise rêveuse, je comprends tout maintenant.

Son orgueil était humilié, mais elle n'était pas femme à courber longtemps la tête, même sous le regard d'un moine.

— Reprenons, dit-elle avec un sourire un peu forcé, l'histoire de mes trahisons envers M. de Chantonnay. Je désirais que, pour quelque temps du moins, il restât éloigné de cette course à Théritière, car il faut bien nommer les choses par leur nom. Je ne voulais pas le présenter à la famille Deville avec l'arrière-pensée

de ne pas le servir auprès de ma cousine.

Mais comme à présent mes projets sont renversés....

— Vos projets sont renversés, s'écria le père Jérôme !

— De fond en comble. Oh! c'est une singulière histoire.

— Vous allez me la raconter.

— Voici ce qui s'est passé. Vous comprenez que, bien que les Deville m'eussent présenté chez eux leur Villaret, je m'étais bien gardée de l'inviter à venir chez moi. M. Deville ne m'avait rien dit d'officiel au sujet du mariage de sa fille, j'étais censée ne rien savoir et j'avais ainsi toute ma liberté d'allures. Aussi me suis-je hâtée de présenter mon neveu à ma cousine et à son mari, et voici la fatalité. Mon neveu a rencontré là ce maudit Villaret. Il y a eu une reconnaissance. M. Villaret est allé deux fois en Italie, conspirer contre le pape sans doute; il s'est fait l'ami de mon neveu et je ne sais s'il a pressenti en lui un rival ; mais il lui a confié ses projets, ses espérances, son amour pour Laurence, et il n'a pas oublié de dire, toujours sous le sceau du secret, que cet amour était partagé. Mon neveu est venu me raconter tout cela, et le résultat est, qu'il ne veut pas, qu'il ne peut pas prétendre à Laurence et, il ajoute qu'il a une véritable passion pour Marie.

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