‹ Le confesseur, Volume 2Chapitre 18 sur 30 · ÉCHEC AC MOINB SIS · texte numérisé non relu

ÉCHEC AC MOINB SIS

que les hommes tombent si facilemeut dans ce filet, tendons le filet. Vous aurez donc, une seconde fois, à si bien mitonner, à si bien charmer l'aimable époux, qu'il vous sacrifiera galment le Villaret comme il a fait dii Florentin. Allons ! chère enfant, à l'œuvre ! Il faut sanctifier cela par la prière, à l'exemple de l'héroïne de Béthulie, qui fit précéder de la prière et du jeûne l'emploi de ses charmes. Vous combattez pour une sainte cause. Je vous ai expliqué déjà combien il sera glorieux pour votre maison de faire alliance avec une famille ancienne, celle des Chantonnay, destinée à recevoir maintenant tout son lustre par le beau talent de votre nouveau gendre, employé tout entier à défendre la grande cause du saint-père et celle de l'Église. Les intérêts de Dieu demandent donc de vous de tout faire pour amener cet heureux résultat. Votre nom sera inscrit en lettres d'or parmi les bienfaitrices de la papauté, puisque vous lui aurez préparé de si nobles défenseurs. Car ceuxlà sont héros aussi qui recommencent la gloire de Castelfidardo, non plus en maniant l'épée et en défendant Rome contre des envahisseurs barbares, mais en maniant la plume, cette arme puissante dont les ennemis de l'Église se servent pour le mal. Oui, vous serez bénie de Dieu et des hommes : vous aurez aidé à sauver TÉglise! Réchauffée par cette harangue, Hélène com-

tu LE CONFESSEUR

meBça à se sentir ^ranlée. M. de Chantonnay avait la particule; il serait très facile, à la longue, de coudre à cette particule un titre ée comte. M. Yillaret ne serait jamais qu'un bourgeois. D'ailleurs sa cousine airait nettement déclara que jamais cet homme, yinlnil à épouser Laurence, ne serait reçu dans le monde aris1;ocratique. C'était là une raison prépondérante. Et, quelque ineontestée que fût l'influence du père Jérôme svr elle, l'opinion de sa eousine, grande dame, avait sur son esprit une puissance décisive.

Puis, Yillaret était le candidat officiel du mari. C'était M. Deville qui s'était d'abord épris chaudement d'Armand et qui n'avait pas déguisé sa joie de le voir demander Laurence en mariage. Un ^secret instinct, dont elle se rendait peu compte, lui représentait comme un plaisir de le faire céder sur ce point capital. Qu^un oiari, pour plaire à sa femme, se débarrasse d'un valet de chambre, la gloire est médiocre; mais rompre un mariage conmie celui de Laurence, où^îl était conjvu qu-un amour mutuel «l'était longuement resserré, que le père se faisait un bonheur de cette union, le faire céder sur cela, c'était un vrai triomphe.

Au moment où sa pénitente allait quitter son tribunal, le ipère insista encore.

— Ma fille, au nom de Dieu, au nom du «rès

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saint-père qui représente Dieu sur la terre, ne faiblissez pas. Si les moyens de douceur ne suffisent pas, rappelez-vous mes conseils. Devant un refus formel, prenez une attitude offensée, en votre nom, comme épouse, au nom de Dieu et de l'Église, comme chrétienne offensée dans sa foi par ce mariage. N'oubliez pas que ce Vîïlaret est un ennemi de l'Église. J'ai contrôlé les renseignements précédents sur son compte, et ils sont déplorables. Croiriez-vous que ce loup, se déguisant sous la peau de l'agneau, ce Satan, prenant la forme d'un ange de lumière, prépare en ce moment un ouvrage auquel la mauvaise presse ne manquera pas de donner une publicité immense, ouvrage sacrilège et menteur, dans lequel il cherche à établir, pour égarer les faibles, que le pouvoir temporel a toujours été funeste à la papauté, oubliant que d'illustres évoques n'ont pas craint de dire qu'ils élevaient la doctrine de la nécessité pour l'Église du pouvoir temporel « à la hauteur d'un dogme. » Rien n'est dangereux, ma fille chérie, comme ces faux catholiques qui voudraient la papauté débarrassée des biens temporels, ne sachant pas que l'Église doit dominer avant tout sur la matière, afin de mieux terrasser l'orgueil de l'esprit. Qtfils puissent nous laisser cinquante ans à notre œuvre; et ils verront! Donc, si votre naari résiste, vous lui déclarerez, nettement.

que votre conscience ne vous permet plus de sacrifier les intérêts de Dieu et de la sainte Église, et que, dussiez-vous souflFrir tous les mauvais traitements, la mort même, et je crois que vous pouvez faire impunément cette menace, vous ne céderez jamais. Dès ce moment vous serez pour lui de glace ; vous n'accorderez plus qu'au devoir absolu, et encore avec une manifestation visible de répugnance, ce que vous accordiez à l'aflFection. Faites bien comprendre que, sans la loi religieuse qui est formelle, vous éviteriez tout contact avec Thomme qui veut sacrifier sa fille à Bélial. Parlez de vos droits de mère méprisés. Que votre mari vous voie triste, résignée, mais digne et inébranlable, et il se lassera bientôt.

Ces sanatiques paroles achevèrent de troubler la faible raison de la pauvre femme. Elle partit, des pieds du prêtre, entièrement fanatisée.

C'était la cause de Dieu, c'était la cause du pape : pouvait-elle hésiter encore?

Mais cette fois, les saintes ardeurs, excitées par le père spirituel, comme les colères factices dont il avait donné le thème, n eurent qu'un médiocre succès.

Il fut répondu aux caresses, comme aux paroles emportées , qu'elles seraient impuissantes.

Vainement madame Deville, qui voyait chaque

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