CATASTROPHE
Madame Deville au révérend père Jérôme.
Vareilles, le 186 .
Vous allez être bien étonné, mon très cher père, de i*ecevoîr une lettre de moi, datée de la Creuse, lors^e vous ♦me croyez encore dans ïtton hôtel de la rue Saint-Dominique. Comprenez-vous que je n'ai pas eu un moment pour aller vous demander votre sainte bénédiction? J'avais toujours espéré m'échapper un peu. Mais le terrible mari , soi* calcul, soit coïncidence, lie m'a pas donné un moment. Notre départ a été précipité, et nous n'avons eu le temps que
Ît4 LB CONFESSEUR
d*aller faire nos adieux à nos amis les plus intimes.
Mais pourquoi quitter Paris lorsque beaucoup de familles riches ne sont pas encore parties pour la province? M. Deville me paraissait, depuis quelques jours, préparer ce départ, que je ne croyais pas devoir être si subit, lorsqu'une dépêche télégraphique, reçue par M. Villaret, lui a appris que sa mère, dont la santé paraissait s'améliorer sensiblement sous le doux climat de Nice, a été atteinte par une attaque de paralysie et qu'elle était à toute extrémité. Le fils s'est précipité au chemin de fer de Lyon , voulant rendre les derniers devoirs à sa mère. Laurence, que son père avait eu la maladresse de mettre dans la confidence des efforts que je faisais pour rompre son mariage, a été au désespoir des nouveaux retards que le deuil probable de M. Villaret apportera à leur union.
J'ai su qu'elle avait supplié son père de partir immédiatement pour Yareilles , Paris , depuis cette nouvelle, lui étant, devenu insupportable. Le père, qui est d'une faiblesse extrême pour cette enfant et qui, soit dit entre nous, n'était pas fâché de me priver des saintes consolations et de la force que je puise dans vos conseils, a été enchanté de cette demande. Il est venu me dire , dissimulant mal sa joie : — Laurence , dans la situation pénible qui lui sera faite par
la mort de madame Villaret , veut absolument quitter Paris. J'ai envoyé arrêter un coupé pour le premier train de demain. Je lui ai répondu qu'il était ridicule de quitter ainsi beaucoup de nos connaissances. — Nous ferons nos princi* pales visites dans l'après-midi. Notre position sera comprise. •
J'ai vu que c'était une détermination inébranlable; je n'ai pas insisté. II aurait fallu une scène , et j'ai assez de celles de ces derniers jours. Ah! mon père, que de souffrances dans la famille! que de luttes pour y réaliser le bien ! Mon mari, que j'avais espéré gagner, bien loin de céder à la douceur ou de plier devant mes résistances, semble s'obstiner de plus en plus. Une union si parfaite autrefois, que dans dixhuit ans pas une de nos journées n'avait eu un nuage, est une union maintenant troublée.
Cher père, vous m'avez dit de tout prendre en esprit de mortification et de pénitence ; je le fais bien. Mais cependant j'en suis à regretter ce passé paisible. Je sais que toute vie humaine peut être troublée; que Dieu envoie l'épreuve quand il lui plaît ; toutes ces choses, la foi me l'enseigne, et je dois croire que Fabus que j'ai fait des grâces de Dieu m'a mérité d'être punie*; mais je soufiTre beaucoup.
Je ne vois d'issue à aucunedemes entreprises, faites pour la gloire de Dieu et pour répondre à
916 LE COUFBSSEUR
Yos bontés, mon si digne père, et cela ine désole. M. de Chantonnay, qui est venu nous voir plusieurs fois ayant notre départ, a dû tous dire avec quelle amitié je Tai toujours reçu, et que j'ai tout fait pour que Laurence raccueillit convenablement. J'ai beau travailler, cette chère fille est trop semblable de tout point à son père; je crois bien qu'elle rend Justice aux brillantes qualités de votre enfant; elle lui reconnaît de l'esprit, beaucoup d'esprit, une distinction parfaite; mais, quand je veux lui insinuer qu'elle est aimée de ce jeune homme, elle me terrasse par ce mot : — Mais, ma pauvre petite mère, vous savez bien qu'on ne donne pas deux fois son cœur! — Je vous avoue que je suis embarrassée pour lui répondre ; j'ai tant aimé son père!
Puisque j'en suis là, je vous dirai que j'éprouve de plus en plus, pour ce pauvre homme, des sentiments que je me reproche, mais qu'il ne dépend pas de moi de ne pas trouver dans mon cœur. Conformément à votre système, je pensais bien que je n'aurais qu'un rôle à jouer, que, devant mes froideurs combinées â l'avance et qui d'abord n'étaient pas dans mon cœur, il se sentirait malheureux, et que, revenant à moi, il me dirait : Hélène, laissons cela, aimonsnous toujours ! Je -n'ai pas obtenu ce résuilal;. A diaque lutte que vous m'avez conseillée, j'ai vu
INGlDETiT f1i¥QRABIiE AU MOINE ItT
son HGSur se retirer de moi; il souffrait; nues e'^était plutôt de pîtié ptmr moi que d'affectioa, de ieette afiËeclion que je lui ^ eonnuejn douoe^ ù persévérante. Mon cœmr est ainsi fait, que les fipoideurspaf lesquelles il ar^onduaux miennes l'ont tglaeé définitivement
£a examinant ma conaeience« ces jours >dersàerS; je me suis vue foroée de me faire ce triste a?eu : Non je ne Taine phis. Cela est-il hien? Ài-fB |m en arriver là sans désobéir à Dieu? Ne Mis-je pas coupable de ne rien faire qui le ramène à un cceur qui lui a dû tant d'années de joies pures?
Je vous, consulte sur oela. Il me semble 4|ue je fais mal.
D'un autre côté » si je m'adoucis, je rends inutile le procédé sur lequel, d'après votre volonté eiKpresse, nous pouvons espérer de Kamener ^nfin à mous céder sur le mariage de Laurence.
Mais ^u'arrivera-t-il si nous continuons l'un l'autre à nous repousser ainsi? Il y a des moments où je me suis surprise à dire de lui :
L'homme dur ! pendant que je le sais le plus doux, le plus aimant dûs hommes. Ne craignez* vous pas, bien cher père, que oc^ amène une ^sition intolérable entre nous deux? Cette position m'effraie pour l'avenir.
Puisqu'ici je vous fais lire dans les derniers
n» LE COUFESSEUII
replis de mon âme Je tous avouerai que d'abord, même pendant plusieurs jours de nos vives querelles, et il y a eu des moments où c'était atroce pour mon cœur, j'ai parfaitement entendu ne jouer qu'un rôle, ne m'abandonner qu'à une colère apparente contre l'homme que Dieu m'avait donné pour époux, et avec un but chrétien, celui que vous m'avez suggéré dans l'intérêt de la religion, pour donner à Laurence un époux bien pieux et formé par vos mains, mon excellent père. Mais si tout cela tourne à la réalité, si nos cœurs s'aigrissent mutuellement, si je ne fais que rendre mon mari plus inflexible, quel affreux avenir je me préparerai !
Je vous dis bien filialement toutes mes inquiétudes, cher père. Je cherche le bien par vous ; je veux arriver à Dieu par votre sainte direction. Mais s'il était temps encore de s'arrêter, sur un signe de votre part, je le ferais ; et peut-être que ces cœurs aigris pourraient se rapprocher et reprendre la paix si compromise entre eux.
Donnez-moi sur cela vos bons avis.
Marie me charge de vous dire combien elle vous aime, combien elle vous regrette. Elle se dit exilée maintenant. Nos prêtres de paroisse ici, quand elle les comparera à vous, lui sembleront bien froids, bien inférieurs. Vous lui écrirez souvent, bon père, pour qu'elle soit tou-
jours SOUS votre sage direction. Elle en a^ besoin plus que jamais. Elle se développe n^oralement avec une rapidité qui m'effraie. Laurence aura longtemps encore quelque chose de l'adolescence; celle-là, qui est toute de feu, sera avant six mois une femme aux idées arrêtées, énergique, terrible même. C'est une crise qu'elle subit. Aidez-la, calmez-la.
Adieu, très bon père. Se suis bien triste d'être si loin de vous et de ne vous communiquer que par lettres toutes mes pensées. Mais je suis heureuse encore par ce moyen, que vous me permettez, de me tenir toujours ici, comme à Paris, en enfant docile sous votre conduite si sainte et si prudente. J'attends vos conseils.
Votre fille qui vous est toute dévouée,
Hélène Deville.
jP. s. La malheureuse Aubierge m'a quittée bien tristement. C'est encore une âme perdue. Que Dieu lui pardonne! Elle n'a pas voulu servir en province. Je ne puis vous dire charitablement que cela. Je vais écrire à la bonne supérieure, pour la prévenir sur le sort de sa protégée. Je lui dois cette politesse.
Adieu, bon père,
Hélène.
fS0 LE CONFESSEUR
M. Devilte à Armand Villaret.
Vareilles, le 28 avril 186 .
Vous m'accusez réception de ma lettre, bien cher Armand. Elle a été pour votre cœur, mortellement blessé par la décision des médecins qui ne vous permettent plus d'espérer pour votre mère que quelques semaines, quelques jours peut-être d'existence, une douce consolation; tant mieux! Que pouvais-je vous dire cependant? Rien ne console d'une telle douleur. Si la science se trompait, si votre mère pouvait être transportée, je vous dirais : J'ai bien hâte que vous nous arriviez ici. Vareilles n'est plus ce que vous l'avez vu dans des jours qui ne reviendront jamais. Une influence néfaste est venue troubler notre bonheur domestique : nous ne nous appartenons plus : nous ne nous aimons plus. Hélène est complètement changée pour moi. Il semble qu'elle se donne, pour plaire à son directeur spirituel, l'amer plaisir de détacher chaque jour mon cœur du sien.
J'espérais beaucoup du séjour de la cam-.
pagne. Déjà la première verdure apparaît. Nos hêtres bourgeonnent à plaisir. Nos prairies sont splendides et ont cette première verdure tendre que nulle palette de peinture n'a rendue encore.
INCIDENT FAVORABLE AU MOINE 23f
Que nos soleils ici ont de chaleurs douces! Cest un monde qui renatt à la vie. Nos abeilles bourdonnent. Il se fait de premiers coassements aux bords de nos ruisseaux. Tout bondit au sortir des étables. Quelle douce vie que celle des champs ! Et pourquoi ce bonheur si pur estil si cruellement troublé?
Cette nature, tant admirée autrefois par Hélène et par moi, dans son réveil après Thiver, qui est toujours ici assez rude, semble ne plus rien dire à cette pauvre femme. Elle s'est jetée dans une multitude de dévotions qui l'absorbent. Ce sont des récitations sans fin, des oraisons mentales, des examens de conscience quotidiens, sans parler du chapelet monotone, inventé par saint Dominique pour dispenser de trouver, au fond de son âme, un mouvement de prière vers Dieu.
La correspondance avec Paris va son train ; je dois respecter cela, quoique je sache très bien que les conseils qui lui viennent de son moine lui sont mortels. Mais jamais je ne ferai de tyrannie sur la conscience de personne.
mon ami, quelle cruelle expérience je fais"^ des dangers pour la société moderne de ces.
moines qui en sont les ennemis acharnés f Comme ils sentent que l'homme leur échappe, c'est sur la femme, la pauvre Eve crédule et bonne, qu'ils se jettent comme sur une proie.
«5t LE CONFESSEUR
lis lui parlent au nom de Dieu. Et avec ce puisisant levier, cette grande idée qu'ils avilisent, oé nom trois fois saint qu'ils profanent, ils élèvent, au milieu de notre civilisation prospère, un antagonisme formidable contre lequel, avant peu, tout sera impuissant, la législation elle^ même, parce que des lois sages, pas plus que des lois sévères, ne peuvent atteindre des préjugés que Ton a jetés dans les consciences au nom de Dieu.
Quelle étrange révolution s'opère à petit bruit depuis un demi-siècle ! Et nos penseurs et nos publicistes ou n'en connaissent pas les dangers pour l'avenir, ou croient au principe nouveau assez de force pour contre -balancer ces influences néfastes. Ils se trompent. L'idée nour Telle travaille les esprits; la vieille idée oppressive et écrasante de toute liberté prend racine dans la conscience des femmes et règne déjà au foyer domestique, et cela malgré nous, ou bien à Tabri de nos insouciances, de nos travaux d'aflPaires, de notre recherche des plaisirs. La barbarie tua l'ancienne civilisation , brûla ses villes, ses œuvres d'art, pilla son or, son' cuivre, et se livra aux grossières saturnales sur les ruines fumantes de ce vieux monde. Les nouveaux barbares, revêtus d'un froc, maudissent là lîbèr^Bi^sâïis. laquelle il n'y a pas de cité, jettent Fanathème aux saintes aspirations de
INCIDENT FAVORABLE AU MOINE ^i^
rhomme moderne vers un meilleur avenir, perwrtissent Tâme dans les êtres faibles et tendres, |M)ur qu'il y ait une force d'inertie indomptable, au sein de la famille même, contre toute idée 46 progrès déclarée par eux une révolte devant la loi fatale de la souffrance.
Il y a donc invasion lente, mais irrésistible, de cette seconde barbarie. J'ai le cœur trop malade, Armand, pour songer à chercher un remède à cet envahissement de la théocratie.
Notre triste expérience n éclairerait personne; et il faudra de plus grandes catastrophes pour que le cri d'alarme soit enfin poussé parmi ceux qui veillent aux destinées des peuples. Mais que de mal aura été fait !
Vous voyez au ton de ma lettre que mes idées sont au noir. La chère Laurence, dont vous avez dû recevoir une seconde lettre , fait tout pour m'arracher à une vague stupeur qui semble s'emparer de moi. Si je n'avais pas le sentiment d'un reste de raison et de force, je croirais qu'un génie fascinateur et méchant a jeté sur moi et sur les miens ce que la superstition a appelé un ^ort et que les Italiens rendent par ce mot expressif, la jeltatura. Dieu merci, moi, l'ennemi des préjugés, je ne tombe pas dans 4$eJui-ci ; mais il est universel dans Thumanité, 1) règne à Rome, à quelques pas du palais du ^liccesseiiir des apôtres, qui n'a pas pu le déra*
ciner, et qui, par une bizarre idée, passe luîménte pour le plus dangereux jetteur de sorts de toute Tltalie. Les voyageurs le trouvent régnant sous la tente des nomades, dans les solitudes brûlantes de l'Afrique, au sein des peuplades de ce troisième monde étrange que nous appelons TOcéanie.
^otre jettatore à nous, mon bien cher Armand, a été un moine. Ne m avez-vous pas dit que la première fois que cet homme parut devant vous, il vous vint cette pensée terrible : Si mon bonheur pouvait se perdre, ce serait par cet homme. Notre bonheur, Armand, n'est pas perdu; il y a une justice divine contre les moines ; mais il est cruellement empoisonné.
Laurence est obsédée par sa mère. L'idée que vous compromettrez le salut de sa fille lui a été inoculée, par son moine, avec un art infernaL Cette idée, dans un cerveau que je vois s'afiTaiblir de jour en jour, fait un afiTreux ravage. L'homme ennemi, pour employer le langage des mystiques, a très bien calculé ses coups. Faisons trembler cette mère sur le salut éternel de sa fille, compromis par un mariage ave% un homme qui n'aime pas le pouvoir temporel du pape. Il n'en fallait pas davantage. L'idée de votre livre l'épouvante. Le moine lui a dit qu'il serait mis infailliblement à YIndex. Aux yeux de ma femme, cela vaut une excommunication. Si cela
arrive, et je crois que le moine ne se trompera pas y Hélène croira plaire à Dieu et è son père spirituel en vous traitant comme un excommunié. Vous avez beau séparer la cause de la papauté spirituelle de celle de la politique : les femmes ne comprennent pas cela. C'est le pape! Et un pape sans une couronne de roi, sans une garde de roi, sans un empire terrestre, c'est un pauvre homme qui représente mal le fabricant de charrues de Nazareth. Faites comprendre le contraire à notre bonne Hélène !
Voilà comment le moine a été notre je^^a^ore. Il n'a pas été trop maladroit. Hélène croirait aller au martyre, si je lui imposais un gendre qui ne serait pas pour le pape, à la façon de son cher père spirituel, maître Jérôme, qui, à ses yeux, se connaît mieux en orthodoxie que vous et moi.
En apparence, c'est très logique. Que dire à cela?
Vous comprenez que ce n'est qu'avec un amer chagrin au cœur qu'elle est partie pour Vareilles. Elle se faisait une fête d'assister aux sermons du mois de Marie, que prêchera, dans la chapelle des dominicains, le père Jérôme. Je Tai contrariée là visiblement; mais enfin elle n'a pas résisté. Puisse-t-elle ici se calmer un peu!
Au milieu de choses si tristes, je ne dois pas
oublier la jolie aventure de mademoiselle Aiibierge. Ma femme, le matin, la veille de notre départ, lui avait payé son mois de gages et lui avait appris que nous partions pour la campagne. La journée se passa. Vers le soir, après le souper, plus de femme de chambre. On cherche partout; elle avait disparu.
Laurence monte dans la petite chambre qu elle occupait. Elle est vide des bardes de la jeune fille. Un papier blanc, déchiré en quatre, était sous la table, Laurence le ramasse; elle reconnaît un brouillon de lettre ; elle me l'apporte. Nous réunissons les fragments déchirés, et nouf y Usons l'épitre suivante, que Laurence vous Recommande pour sa belle orthographe.
« Monsieur Florentain.
« Quand vous nous avez eu quittées, j'ai été bien triste. Je n'ai fait que langir. Je vous aimé tant. Mes yeu seul vous le disait. Je n'aurai jamé osé vous le dire. Mintenante madame pard pour la Gruze. Je n'ai pas envi d'allé avec les gardeurs de daindon. Je veu resté à Paris. Vous voilà mon secré, cher monsieur Florentain : j'ai assé fait l'expion du père Jéraume dans cette méson. Cela m'annui. J'aime mieu être moin heureux aiUeur et être libre*
« Venez à set heure précise avec un fiagre, pendant quon sera à table. Je serai prêt à vous suivre.
<x ÂUBIERGE. »
Est-elle curieuse, Thistoire? Ou c'est une misérable qui en savait long, et qui voulait en dire à ce brave Florentin ; ou c'est un âme qui avait un reste d'honnêteté et qui s'est lassée de son hypocrisie.
Adieu, cher Armand ; il y a ici deux cœurs qui vous aiment chaudement.
Votre ami,
Devillk.
PIEUSE CORRESPOFCDAIIGE
Le père Jérôme à madame Deville.
Paris, le 10 mai 186...
Votre lettre m'a fait du bien, ma très chère fille, mais de la peine en même temps. Je remercie notre doux Seigneur des saintes pensées qu*il vous inspire, pour que vous ne vous départiez jamais de la voie parfaite de Tobéissance. C'est une preuve qu'il vous a placée parmi les âmes de choix, prédestinées à une grande gloire. Le monde malheureux, tout entier à sa vie de révolte contre le souverain maître et d'esclavage honteux des sens, ne comprend pas
ces choses. Séduit par les charmes d'une liberté coupable, il se jette de plus en plus dans la perversion. Laissons-le à son triste égarement. Quant à nous, qui savons soumettre notre volonté à la sainte loi de Dieu et accepter son joug si léger, nous ne regrettons rien de ces caprices de la nature déchue. Enchaînés volontairement, nous aimons notre saint esclavage.
Je vois avec bonheur, ma fille bien aimée, que ces bonnes doctrines sont entièrement les vôtres, et que pour rien au monde vous ne voudriez vous départir de la sainte obéissance.
Continuez, c'est là votre salut. Attachez-vous à l'obéissance comme à un ancre solide qui ne vous laissera pas emporter par la tempête.
Vous avez à souffrir, je le vois bien, et à beaucoup souffrir. Mais moi, le père de votre âme, je ne dois pas retenir la vérité captive, et je vous dirai avec tous les saints ; Heureuses souffrances qui se changeront un jour en couronne de gloire! Heureuses contradictions de la part des natures mondaines qui serviront à vous perfectionner pour le ciel ! Nous sommes le froment de Dieu, disait un martyr ; il faut que nous soyons broyés sous les dents des bêtes féroces pour devenir du pain pur. Dieu avait sur vous, ma fille, ses desseins éternels de miséricorde. Il vous fait passer par le creuset 4îvin de la tribulation. Bénissez-le et soyez dans
PIEU8Ë eOMtSSPOllDANGE Ht
là joie! Cestàcelâ qoeséTeconoaissentles âmes ^ivilégiés, celles qfa*il a choisies par son amour.
Plaignes beaucoup TOtre mari : il est dans «ne voie bien malheureuse. En résistant à Dieu^ il se rend horriblement coupable. Il avait à se faire le défenseur de la bonne cause, à repous^ ser tout pacte avec les ennemis déguisés du très saint-père et de FÊglise. Son orgueil Ta emporté: tanl pis.
Il n'en fondra pas moins qu'il cède. Qui résiste au cœur d une épouse aimante doit faiblir tôt ou tard devant les justes résistances de l'épouse irritée. Ne sortez pas de cette idée. Elle vous a rendue forte jusqu'à ce jour. Certes, c'est moins que jamais le moment d'être faible. Ohl chère fille, mais vous tenez presque la vicloire. Luttez! luttez! et croyez bien qu'il cédera. La maladie de madame Yillaret nous donnera du temps; la Providence agit pour nous. Elle . met des piernes dans le chemin des impies, afin qu'ils ne puissent pas accomplir leurs mau^ vais desseins.
Je voulais aussi vous dire ce qui me fait une vive peine dans vos lettres, c'est que vous pa* raissez regretter le temps où votre âme, endormie dans les joies terrestres, ne songeait point à sortir de cet état mortellement dangereux pour votre salut. Je devrais vous reprendre fortement sur cela, mais je n'en ai pas le couragia.
ut LB C01IFB88B0R
faime mieux vous avertir du danger où vous tomberiez si vous ne repoussiez pas comme une séduction de Satan la pensée d*un rapprochement de cœur, qui ne serait pas seulement une faiblesse dans votre position d'épouse et de mère méconnue dans sa dignité et dans ses droits, mais un retour coupable à une vie où Dieu ne régnait pas exclusivement sur votre cœur. Est-ce que vous n'êtes pas assez avancée dans les saintes joies spirituelles que vous apportent les exercices de la vie de la piété, pour vous rappeler encore les oignons de FÊgypte, c'est à dire pour regretter ces joies sensuelles qui vous venaient d'un époux terrestre? Laissez donc tout cela. Le céleste époux doit vous suffire. Quand on a une fois goûté les délices enivrantes qu'il donne à l'âme, quand on s'est enivré au torrent de ses voluptés pures, le cœur peut-il en demander d'autres? Et n'y a-t-il pas nausée pour l'âme sur ces plaisirs qui ne sont que le résultat de la corruption de la chair?
Il faut fouler aux pieds ces vains regrets de votre passé. Dieu vous demande ce dernier sacrifice. Vous le ferez courageusement, ma fille, et vous aurez la gloire de votre triomphe.
Je comprends comme vous qu'une correspofi* dance remplace très imparfaitement des entretiens où Ton peut tout s'expliquer et tout se dire.