PIEUSE CORRESPONDANCE
elle m'a dit : Je vaudrais donner ma vie pour la conversion des pécheurs, pour celle de M, Vîllaret, Tennemi du saint-siége. Voilà ^une belle âme!
Marie Deville au très révérend père Jérôme.
Cher père,
Maman est bien bonne de me céder la plume aujourd'hui, au lieu de vous écrire elle-même. C'est une aimable gâterie; je prends cela comme une récompense : pouvoir écrire au cher père de son âme.
J'ai d'abord à m'acquitter de la commission que me donne ma mère. A la première ouverture que nous avons faite au brave curé de votre disposition à lui consacrer, s'il en avait le désir, votre seul moment de repos du premier au quinze juin, il nous a répondu par une exclamation de joie. — Quel bonheur, nous a-t-il dit, de posséder ce saint homme, ce grand prédicateur ! Et il nous a promis de vous écrire sous deux ou trois jours. C'est donc chose arrangée.
Maman s'est disputée avec le curé à qui aurait l'honneur de vous donner l'hospitalité. Nous vous voulions absolument au château. Mais le curé nous a donné une raison convaincante : —
Le père sera accablé ici de confessions. Il lui viendra des pénitentes de toute la contrée; il sera plus maître de son temps au presbytère.
Le bien doit passer avant tout.
Ma mère a dû se rendre à cette raison. Mais vous dire toute notre joie de la bonne nouvelle ne me serait pas possible. Que de bénédictions, cher père, vous allez apporter à ce pauvre pays si arriéré en véritable piété ! Vous remuerez les consciences, vous attirerez les cœurs.
Ma mère semble renaître à la vie, depuis qu'elle a la certitude de vous avoir ici au presbytère. Elle a eu à traverser des jours bien tristes. Le désir du bien la dévore; je partage toutes ses inquiétudes pour ma malheureuse sœur. Ma mère et moi , nous commençons demain une neuvaine à Notre-Dame de la Salette pour obtenir, de Marie toute-puissante, que cette pauvre sœur se rende enfin aux sages pensées de ma mère.
Vous vous unirez à nous dans vos saintes intentions, n'est-ce pas, cher père? Et moi aussi, j'ai besoin que la reine du ciel vienne à mon aide. Je vous dirai ici mes pensées intimes.
Toutes ces affaires depuis plusieurs mois m'ont impressionnée vivement. J'y ai trop mis de mon cœur. Hélas! j'ai perdu ma douce paix d'autrefois. Il y a des moments où je ne me reconnais plus. Je me surprends à des pensées qui