ERREUR CAPITALE DE LA MORALE DES DIRECTEURS
de nature. II est, au contraire, la grande loi des relations dans le monde moral comme dans le monde matériel. La théorie opposée conduit logiquement à la momification de Tâme. Il n'y a de développement possible des facultés humaines que dans l'épanouissement libre des instincts que Dieu a mis dans notre nature. Or, après l'instinct premier de la conservation auquel tous les autres se rattachent, il* n'y en a pas de plus puissant en nous, de plus universel, par conséquent de plus légitime, que celui de trouver partout une joie, un sentiment de perception douce, la vie enfin se composant de mille jouissances qui nous viennent de nos rapports avec nos semblables comme avec le monde organique et inorganique au milieu duquel nous sommes placés. Il semble que Dieu ait multiplié le plaisir autour de l'homme : pour ses regards, le tableau des beautés de la nature, l'éclat des fleurs, la variété du spectacle brillant que présente le ciel, le mouvement des arbres, la fine découpure de leurs feuilles, les formes minérales si riches, les innombrables espèces des êtres vivants ; pour son odorat, le parfum des fleurs et des autres substances; pour l'ouïe, le chant des oiseaux, la musique sous ses mille formes, jusqu'au bruit des cascades, au murmure des vents, au bruissement des myriades d'insectes sous les feuilles.
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Mais si les sens procurent des jouissances multipliées, l'âme a la faculté de se former à toute heure des jouissances idéales. L'homme, au moyen des arts, est créateur à sa manière. Sa main est une espèce de verbe réalisateur par lequel il fait apparaître son monde à lui. Il conçoit, et cette main habile reproduit la conception première. Et si Dieu lui-même, selon une parole pleine de magnificence de la Bible, se délecta à la vue de la beauté de ses œuvres, erant valde bona^ Thomme, ce Dieu terrestre, éprouve le même, sentiment de volupté intellectuelle en face de sa petite création, dans laquelle il a mis, comme Dieu lui-même, de l'ordre, de l'harmonie, et cette vie latente que Ton a défini le beau idéal. De là, les enivrements des artistes de tout genre, qu'ils aient sculpté la Vénus de Milo, chanté un beau poème comme Jocelytiy on écrit les grandes pages des Misérables.
Pygmalion devint Tamant De la Vénus dont il fut père.
C'est donc un saint amour que celui de l'homme pour les œuvres qu'il a eu le génie de produire. Et si vous n'osez flétrir, moralistes singuliers, les joies paternelles devant l'enfant qui grandit, merveilleux d'intelligence et de grâce, avez-vous le droit de flétrir les joies tout aussi vives que l'homme se donne au sein du