ERREUR CAPITALE DE LA MORALE DES DIRECTEURS
monde moral et matérid dont il comprend la grandeur et la heauté, et où il se trouve à la fois contemplateur ravi des oeuvres de Dieu et de »es propres œuvres?
Si la théorie scolastique, que la délectation attachée à nos sens est un acte de nature corrompue, est vraie, Dieu est le grand complice de nos péchés, à laide des sens, puisqu'il a multiplié, pour ainsi dire à l'infini, les moyens de délectation autour de nous. Au lieu de nous créer comme ces insectes aveugles que les entomologistes vont chercher, avec tant d'ardeur, au fond de sombres cavernes, êtres inconnus, jusqu^à ces derniers temps, auxquels la nature a refusé des yeux, par leur destination même dans des séjours où ne doit jamais pénétrer la lumière. Dieu nous a donné l'instinct de l'amour, de la recherche, de la contemplation du beau. C'est peu pour nous que la vie matérielle, nous allons, raffinant chaque jour dans nos meiTcilleuses découvertes, nous donner des moyens faciles d'accroître nos jouissances par les voyages multipliés, par l'étude des pays différant des nôtres en faune, en flore, en orographie. Toujours des joies nouvelles, toujours de la variété dans nos mouvements libres, sur ce petit globe que nous finirons par connaître, autant que nos domaines et nos villages, jusqu'à ses extrêmes limites.
Et voilà qu'au lieu de comprendre la grandeur morale de toutes nos conquêtes, au lieu de vous réjouir, avec l'homme moderne, de ce que l'œuvre de Babel va être réparée par le génie humain, de ce que l'arrêt condamnant au travail, se trouvera avoir été une loi sage que la civilisation a consacrée, pour qu'il en sorte du bienêtre pour tous, par conséquent, des jouissances ici-bas, et non pas la vie atroce du combat et de la douleur, vous allez vous complaire, par une morale désespérante, à jeter des malédictions sur les joies qui nous viennent de Dieu, puisqu'il les a placées sous nos mains et qu'il nous a donné le génie de les rendre plus durables, et de les accroître chaque jour ! Mais vous êtes des insensés!
Vous jouez, vis-à-vîs de nous, marchant aujourd'hui, radieux, aune vie plus douce et moins tourmentée que celle de nos pères, le rôle du médecin de Sancho, qui vient toucher de sa baguette chaque plat posé sur la table du nouveau souverain de l'île de Barataria, et qui lui permet à peine le pain et l'eau indispensables pour apaiser la faim.
Que tout cela pût entrer dans les cervelles attristées de quelques honnêtes théologiens de l'an mille, on le comprendraitencore. Le monde allait finir. On avait peu à se délecter ici-bas, dans l'attente des terreurs de la trompette de