‹ Le confesseur, Volume 2Chapitre 5 sur 30 · ERREUR CAPITALE OB LA MORALE DES DIRECTEURS · texte numérisé non relu

ERREUR CAPITALE OB LA MORALE DES DIRECTEURS

Tarchange. Mais l'archange s'est singulièrement radouci. L'an deux mille verra Thumanité, à reflBorescence de son nouveau printemps, pouvant cueillir, dans la vallée des larmes, des fleurs naissant sous ses pas, des fruits multipliés, pour que nulle bouche humaine ne manque d'un aliment salubre et doux, élevant, loin des terreurs de la guerre reléguée parmi les vieilleries de l'histoire, le caravansérail où tous les peuples voyageurs se donneront joyeusement la main :

première étape, où se prendront les agapes fraternelles, en face de la nature assouplie aux besoins de Thomme et devenue, comme elle a dû être à Tâge d or des cosmogonies, sa nourrice, toujours jeune, au mamelles intarissables.

Les moroses censeurs de toutes les jouissances que Dieu a attachées à nos sens n'ont tenu aucun compte du grand sentiment moral qui s appelle Talhour. L'amour n'est point, comme ils le pensent dans leur psychologie brutale, une corruption de notre nature, mais une passion pure et sainte, mise par le Créateur dans notre âme, aussi bien que l'amitié, la reconnaissance, le dévoûment, et toutes les forces morales dont l'application permanente fait si grande la vie sociale des familles humaines. Or, par une loi providentielle et admirable qui a complètement échappé à la casuistique du moyen âge, Dieu a attaché à ce sentiment énergique, dominant

dans toutes les âmes, dans les plus grossières comme dans les plus développées, la procréation de l'espèce. Il a voulu qu'il y eût, d'un sexe à l'autre, une attraction puissante qui amenât les manifestations de l'amour, et que l'enfant se trouvât formé de cet acte d'amour manifesté par les sens.

La loi divine n'est donc pas d'imposer à l'homme la pensée explicite et la détermination, à chaque joie qu'il se donne dans ses épanchements de cœur, de vaquer à peupler, pour sa part, le globe terrestre, mais à céder, selon l'attrait qu'il trouve en lui, à ces épanchements passionnés manifestés par les sens, après lesquels le mystère de la fécondité s'accomplira. Selon cette loi admirable, l'amour se trouve être la floraison brillante et parfumée; et Tenfant naîtra un jour de l'union des corps, comme le fruit sortira de l'ovaire des plantes fécondé par le pollen de leurs fleurs. Les deux mystères sont les mêmes là et là. Le soufiSe des vents fait tomber la poussière fécondante sans laquelle le fruit ne gonflerait pas dans l'ovaire, et c'est du baiser, par où l'âme exprime qu'elle aime, que se développera la vie dans le sein de la femme aimée.

Rien de plus chaste que cette loi de l'union des sexes. Il a fallu l'analyse grossière de la théologie, et le point de vue exclusivement animal

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OÙ elle s'est placée, pour déflorer cette loi éminemment spiritualiste , pour rabaisser, au niyeau d'un acte de brute, le sentiment tendre et exquis auquel chacun de nous, dans le sanctuaire pudique de la famille, a dû la vie.

La théologie n a rien vu de tout cela. Il faut avoir le courage de l'écrire. Pour elle, la femme est la femelle qui doit chaque année porter son petit ; cette femme, ravissante création de Dieu, tout idéal, tout aspiration, tout amour, se trouve ravalée au rang de la génisse conduite à Ifétalon , et qui nourrira le jeune taureau pour le labour. De là les prescriptions honteuses feitesià de jeunes femmes pudiques et délicates, à peine sorties de leur première couche nuptiale , pour qu'elles sachent bien , à l'aide d'une leçon d'anatomie lubrique , comment elles doivent se comporter , de situ , ne deperdatur semen, etc.

Les casuistes ont maladroitement confondu l'attrait des sexes, qui est en nous, avec ce désordre de volonté qui porte au mal, et que la théogie appelle f ornes. On ne nie pas que des natures dépravées n'abusent de la sainteté du mariage; on abuse aussi du vin pour descendre aux abrutissements de rivresse. Mais le plaisir légitime que Dieu a attaché à la liqueur « qui réjouit le cœur de l'homme » doit-il être proscrit pour cela? Je dois dire toute ma pensée. C'est là la

grande aberration de la théologie scolastique, sa grande ignorance , bien plus , son ignorance coupable. Il s'en est suivi un code barbare, une science à soulever le cœur, appelée mœchîalogie, des décisions signifiées au confessionnal, qui troublent la vie intime des plus honnêtes gens et vont jusqu'à proscrire la simple complaisance de l'époux qui songe aux joies que lui donne l'épouse.

Cette erreur de la casuistique du moyen âge et des modernes qui ressuscitent cette casuistique, on le comprendra sans peine, est le principe de tous les débats qui afiSigent les pénitents dans le confessionnal. L'humanité se sent un idéal plus relevé. L'homme cède à l'amour, et de cet amour naît l'enfant. L'un est un épanchement légitime du cœur, l'autre est le fruit qui se détache à l'automne, après les voluptueuses effluves qui fécondèrent les plantes au printemps.

Je n'aurai pas éclairé les hommes de la casuistique lubrique; mais j'aurai relevé les cœurs purs, en leur disant : Aimez d'abord; laissez le reste à Dieu !

LA CONFESSION JUGÉE A l'oFFICE

Le père Jérôme manquait souvent de tact.

Comme tous les esprits absolus , qui ne supposent pas que rien puisse aller autrement qu'ils le rêvent, il ne pouvait pas mettre dans sa pensée qu'une pénitente, fille de service ou grande dame , ne se regardât pas comme très heureuse de passer par son confessionnal et d'y avoir les jolis entretiens en matière de pensées, de paroles et d'actions contraires à la chasteté sur lesquels il regardait comme une affaire capitale de beaucoup s'appesantir. Mademoiselle Jeannette cependant n'avait pas été de l'avis du dominicain. La mœchialogie était peu de son goût ; et toute fille du peuple qu'elle était, la science à laquelle

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le directeur de madame Deville avait voulu Tinitier lui paraissait tout bonnement une science ordurière.

Peu de jours après l'entretien qu'elle eut avec sa maîtresse et que nous avons rapporté dans ceux de ses détails, que nous avons pu mettre en français , elle exprima de nouveau son opinion sur l'article.

Madame Deville lui avait dit :

-^ Mais , ma chère Jeannette , c'est ton ignorance qui te fait parler ainsi. De tous temps les théologiens ont écrit sur ces matières.

La soubrette avait répondu :

— Eh bien, madame, je sais lire. Pourquoi ne me donnait-il pas quelqu'un de ces livres? Du moins je n'aurais pas eu tant de honte.

— Mais, avait dit madame Deville, ces' choseslà ne s'écrivent qu'en latin, et tu ne sais pas le latin.

Jeannette alors s'était exclamée :

— Pour le coup! c'est trop fort, madame; Comment! ilis n'osent pas écrire en français ce qu'ils me disent à moi, qui suis jeune encore, dans le tuyau de l'oreille? Laissez donc, cela les amuse d'embarrasser les filles et les femmes au confessionnal.

Ne pouvant pas convaincre la Limousine , trouvant peut-être que, dans le fond, elle n'avait pas absolument tort, madame Deville vit qu'elle

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avait affaire à une obstinée ; qu'elle ne pourrait qu'irriter encore contre tous les confesseurs, cette fille de caractère très résolu, elle changea ce jour-là d'entretien, et ne lui parla plus de confession.

C'était prudence à elle, car déjà à l'office il s'était dit d'étranges choses. Le valet de chambre , petit voltairien , ne se gênait guère sur le compte des confessions, et en particulier sur celles des moines. Le drôle savait par cœur une foule d'anecdotes, courant dans tous les recueils, et qui sont devenues populaires. La vieille cuisinière, qui faisait régulièrement ses pâques, mais qui, plus superstitieuse que croyante, comme beaucoup de femmes de son pays, ne s'en donnait pas moins de franches lippées quand il lui venait en souvenir quelque aventure, un peu scrabreuse, du vieux temps où la confession et les couvents se trouvaient mêlés , ne demandait pas mieux que de caqueter sur l'article, et faisait chorus, en véritable païenne, avec le jeune Parisien. Tout effarouchée en revenant de la rue Yaugirard , Jeannette n'avait pas manqué de conter^ en partie, son affaire au cher Laurent pour lequel elle était aux petits soins , et qu'elle flattait en lui faisant une telle confidence. Laurent en avait ri beaucoup. Il en avait plaisanté sa payse à table même , un soir qu'on avait donné un grand dîner où quelques restes

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de bouteilles de vin de Champagne et de bons morceaux avaient mis en gaité tous les gens de service de la maison.

Quelques jours auparavant, le père Jérôme était venu en visite à Thôtel. C'était la troisième visite ou la quatrième, assez rapprochée, on le voit, depuis Tinstallation de la faipille Deville. On avait su que la portière, peu accoutumée aux visites des moines, avait cru d'abord que cet homme, à la mine sèche et misérable d'aspect, était un voleur déguisé , et l'avait guetté jusqu'à la porte de l'appartement de madame, puis était venue, d'un air fort inquiet, s'informer auprès du valet de chambre s'il fallait une autre fois recevoir ce tondu.

L'entretien tomba donc naturellement sur le dominicain.

— Quel singulier homme vous avez choisi pour confesseur, mademoiselle Jeannette ! avait dit l'espiègle valet de chambre.

— Oh ! ce n'est pas moi qui l'ai choisi, je vous jure.

— Comment! ce n'est pas vous?

— Non, certes.

— Ce que vous me dites là n'est pas possible. Je ne croyais pas qu'on eût un confesseur d'office, comme les pauvres diables qui au tribunal n'ont pas pu se payer un avocat.

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