‹ Le confesseur, Volume 2Chapitre 6 sur 30 · LA CONFESSION JUGÉE A L'OFFICE · texte numérisé non relu

LA CONFESSION JUGÉE A L'OFFICE

— Eh bien, celui-ci a été mon confesseur d'office.

— Cest probablement le confesseur de madame?

— Précisément.

— Ah ! très bien ! J'en sais long sur le compte des moines, et je me crois un peu physionomiste. On n'a pas couru dix maisons à Paris, avant l'âge de trente ans, pour ne se pas connaître en moines. Celui-là me parait un madré cafard. Tenez, voulez-vous que je vous dise toute ma pensée?

— Parlez ! parlez! dirent les gens.

— Eh bien ! je n'ai jamais trouvé plus honnête maison et plus paisible que celle-ci. Ce sera bien ma faute, ou celle du moine, si je n'y reste pas. Monsieur est la crème des hommes; madame est très juste, très bonne, nullement fîère ; les filles sont des anges ; c'est ici la maison de la paix, un vrai paradis de domestiques. Je vous gage tout ce que vous voudrez qu'avant un an tout sera ici sens dessus dessous. J'ai vu cela chez le marquis de ***, rue de Poitiers, le brave homme s'était fait jésuite. On ne recevait chez lui que des révérends pères. Nous étions là six à l'office. Maison bien montée, ma foi. Nous le vîmes d'abord devenir soucieux, plus tracassier, plus aux aguets de nos faits et gestes. Madame devînt peu à peu un diable de maison. On com-

mença par vouloir nous réformer. Le grand laquais de M. le marquis se frotta les mains. — Moi, j'ai la taille, me dit-il dans son ignorance, je ne serai point réformé. — Il croyait qu'il s'agissait d'être mis dans l'hôtel sur un pied militaire. Le propos fut rapporté, et le pauvre diable fut le premier réformé en effet, c'est à dire congédié, parce qu'il n'avait pas l'air de s'amuser beaucoup des réformes que M. le marquis nous avait signifiées sous le nom de règlement spirituel. Madame, devenue grognon d'un diable, présidait les exercices, réglés, mes amis, comme papier de musique! La cloche dansait toute la journée comme dans une nonnerie.

C'était prière, c'était lecture pieuse, c'était chapelet, c'était examen, un vrai couvent, quoi! J'oubliais le plus fort : se confesser. C'était la condition de rigueur pour rester au service de monsieur et de madame. Je me tâtai un peu.

J'avais connu beaucoup de riches maisons. Là j'étais bien, très bien. Essayons, medis-je, dussé-je aller à confesse. Je me fis un peu tirer l'oreille ; j'argumentai un peu sur la confession, un peu pour la forme, je vous le jure, car mon plan était fait. Je me rappelais que Henri IV avait dit : Paris vaut bien une messe. Je devins tout à coup doux comme un gant. — ^entends une voix intérieure, dis-je à M. le marquis. — Ah! tant mieux! mon enfant, me répondit-il.

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Ne résiste pas, c'est la grâce. Va, va, cours chez le révérend père ***, rue de Sèvres; tu le demanderas de ma part. Cela suffit. Tu es un homme; il sera indulgent. Je fis semblant de courir, et flânant le loi^ des magasins de la rue du Bac jusqu'au coin de la rue de Sèvres où le Bon-Marché faisait ce jour-là une exposition superbe, je mis bien une bonne heure à me rendre chez le père. Il m'accueillit bien, me fît de grands compliments sur M. le marquis, que c'était un saint, que madame la marquise était une sainte aussi, que sa maison devenait une maison édifiante, qu'elle se réformait chaque jour. Il ajouta qu'il y avait bien là une ou deux mauvaises têtes, un drôlard du nom de Florentius — Ah! mon père, lui dis-je, cest moi. Il s'était mépris, le bonhomme, et il m'avait pris pour le nouveau laquais que M. le marquis lui avait annoncé par un petit billet la veille. Je le tirai de peine, plus jésuite que lui, en lui disant: — M. le marquis a vu que la grâce m'avait touché. Il m'a ordonné de courir pour vous trouver, mon père ! — Ah ! que Dieu soit béni ! vous êtes l'enfant prodigue qui s'était perdu et qui s'est retrouvé. Pauvre brebis égarée ! Je lui en contai de toutes sortes, et à chaque fois je ne manquai pas d'ajouter : — Mais, mon pèi'e, la grâce m'a touché. Il voulait m'absoudre au moment même, pour que la grâce ne vînt pas à se refroidir.

J étais honnête homme. — Non, mon bon père, lui dis-je, je suis trop grand pécheur, je veux meprouver. Il me répondît : — Dieu sauve les humbles. Et il me renvoya avec quelques lignes pour M. le marquis où il me portait aux nues. Ma position était donc un peu raffermie; mais mon collègue, l'autre laquais, le petit saint, n'était autre chose qu'un espion. Avant huit jours, il m'avait complètement desservi auprès de M. le marquis : — J'étais un mécréant, je riais par derrière pendant le chapelet, je faisais des signes aux autres ; je disais des douceurs à la femme de chambre. Le marquis me fit venir ; il me répéta toutes ces belles choses. Il me fit un sermon sur les pièges de Satan et sur les rechutes; il me supplia avec larmes, dans l'intérêt de mon salut, de ne pas revenir à mon vomissement. Ce fut le mot, je l'ai retenu, Je vis qu'il fallait en finir, que ce mouchard me jouerait quelque nouveau tour, et que je serais honteusement chassé. — Monsieur le marquis, lui dis-je, je veux profiter de vos bons conseils ; mais je ne suis pas digne d'une maison aussi parfaite que la vôtre. Payez-moi mes gages. Et j'allai chercher une autre place. Vous voyez mon aventure. Je puis donc vous parler savamment. Cela commence chez nous. Il n'y a pas encore de règlement promulgué. Mais mademoiselle Jeannette est déjà allée, par ordre, à con-

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