‹ Le conflit de 1597 entre Henri IV et le parlement de ParisChapitre 3 sur 6 · IV. — Lettres et paroles royales · texte numérisé non relu

IV. — Lettres et paroles royales

Voici la lellre du Uoi (1) :

.4 noz aviez et [eaulx Conseillers les gens tenans nostre Court de Parlement de Paris

De par le Roy,

Nos aniez et feaulx, nous prendrons lousjours en bonne part les remonstrances et supplications qui nous seront faictes de la vostre, car nous croions certainement que vous aymez le bien public, duquel dépend nostre prospérité sans laquelle aussi vous ne pouvez subsister. Nous le vous avons ainsi mandé par noz dernières, et que nostre intention est d'embrasser voz conseilz et en user estant utilles à nostre service et à vous mesmes, comme à tous noz autres subjectz, le bien desquelz nous a tousjours esté et sera plus recommandé qu'à nulz autres : Aussi en sommes nous responsables devant Dieu, puis qu'il luy a pieu nous en confier la protection. Davantage les autres peuvent bien enrichir de leur pauvreté, mais leurs playes sont les nostres, et faudroit que nous eussions perdu le soing que nous devons avoir de nous mesmes, si nous avions oublié celuy que nous devons avoir d'eulx. Car si la nature les nous a donnez pour subjectz, nous pouvons dire que noz travaux les nous ont telz conservez, aydez de la singulière grâce de Dieu et de plusieurs gens de bien de toutes qualitez qui nous ont assistez. Partant comme ilz nous sont doublement acquis, ilz nous en sont aussi d'autant plus chers ; et si la malice et despravation des hommes de ce temps ne nous a permis de leur en faire sentir les effectz, telz que nous desirons et que notre propre bien le requiert, soiez aseurez (|ue nous en sonnnes les plus desi)Iais;ms. Nous y perdons aussi plus que personne et estimons que tout auli'e

(t) Orig. X'" 738, dossier du o mai.

oust esté bien enipesclié à iiiioux faire que nous, et quand noz actions eussent eu besoing en cela d'autre tesnioignage que celuy duquel vous jouissez aujourd'buy, en vérité nous l'eussions recberclié et pris en vostre Compaignic plus tost qu'ailleurs, pour avoir, ce nous semble, autant de part que nulz autres aux occasions que chacun a de sen louer. Mais couime les niaulx qui ont affligé nostre royaume sont desrivez de plusieurs et diverses causes que le temps a engendrées, il fault aussi que le temps les guarisse comme nous espérons qu'il adviendra au gré et contentement des gens de bien, par la grâce de Dieu et vostre bonne ayde en ladministration de nostre justice, laquelle vous a esté commise et déposée par les Roys noz prédécesseurs et par nous, voulans que vous scachiez que nous avons ferme créance que vous en acquictez dignement et fidelloment comme gens de bien et d'honneur doivent faire. El si, comme nous ont rapporté noz amez et féaux, les sieurs de La Guesie et Servin, nos procureur et advocat généraux, on vous en a faict autre rapport, nous vous prions de n'y adjouster foy, mais vous asseurer qye nous avons telle opinion de votre intégrité et loiaulté que le méritent voz actions et les services que nous en recevons journellement. Mais comme vous cognoissez et déplorez avec nous les misères du royaume et les dangers ausquelz il est exposé, aydez nous à y remédier pour le sauver. Nous continuerons à y emploier les moiens qui nous restent, sans y espargncr nostre propre personne et le ferons d'autant plus liberallement que nous cognoissons qu'il en est plus de besoing qu'il ne fust oncques. Mais assistez nous y, car nous ne pouvons seulz guarir le mal et ne pouvez, nous desfaillant en cette nécessité, que vous ne desfaillez aussi à vous mesmes.

Vous scavez quel est ladvanlage que la fortune, ou pour mieux dire, les faultes d'aultruy et non la nostre, ny les armes de nostre ennemy, luy ont donné sur nostre frontière. Qui ne trouvera les moiens d'en arrester le cours, et bien tost tenez pour certain (nous le vous disons en soupirant, plain toutesfois de courage et d'espérance d'y obvier si nous sommes secondez) que la France, au lieu de la Picardie, deviendra le

sesjour de noz armées et le Iheatre sur lequel vous verrez et jugerez de voz sièges les conibatz qui se donneront pour la deffence de voz autelz et foyers, voz personnes, femmes et enfans, comme nous avons commandé à noz amez et feaulx les presidens de nostre court et à nosdictz procureur et advocat vous représenter plus amplement de nostre part.

A quoy nous adjousterons que nostre vouloir est de dresser et cstablir une Chambre composée de gens de bien pour congnoistre et chastier les malversations passées et présentes en ladministralion des finances publicques, sur les plainctes qui nous en ont esté faictes, comme nous avons pareillement déclaré ausdictz presidens et à nosdictz procureur et advocat. Mais ne fondons sur cela le secours duquel nous avons besoing pour sauver le royaume, car il serait trop tardif et incerlain ; il dependroit du jugement des hommes, et scavez que la Justice a ses pas mesurez avec lesquclz la nécessité qui nous presse ne pourroit bonnement compatir.

Au moyen dequoy nous vous exhortons et prions nous ayder à vous sauver avec nous et nous vous promettons que nous vous ayderons à faire reigner la Justice contre les malfacteurs, de façon que vous congnoistrez par effect que nous ne desirons pas moins emploier nostre activité pour le soulagement de nosdictz subjectz que exposer nostre vie pour la conservation d'iceux. Donné à S' Germain en Laye le 2^""* jour de

May 1597.

Henry

de Neufville.

Le lundi 5 mai, le compte rendu de l'entrevue fut t'ail au Parlement et lecture donnée de la lettre royale. Puis le président Séguier prit la parole : il s'était trouvé la veille au Conseil présidé par le Roi ; on y avait cherché les moyens d'enlretenir l'armée (1); le Roi lui a commandé,

(1) Cf. la relation florentine, ihid. : « Donc on fait le plus grand effort pouf trouver de l'argent. — On crée plusieurs officiers

ainsi qu'aux présidents Potier et Forget, de tenir la main à ce que le procès-verbal de ce qui a été fait contre .\icolas Parent lui fût envoyé. A l'inslant, le Procureur général présenta une lettre du Roi qu'il venait, déclarat-il, de recevoir et il supplia la Cour d'y faire réponse. Voici cette lettre (I), cachetée de cii'e rouge :

De par le Roy,

Noz amez et feaulx, Nous vous avons cydevant faict entendre comme nous désirions que le procès verbal et inventaire qui a esté faict de vostre ordonnance de tous les pappiers et registres qui se sont trouvez en la maison de niaistre Parent, trésorier général de nos gabelles, nous fcust représenté par les Commissaires qui ont esté par vous à ce députez, paravant qu'il fcust passé oultre à aucune instruction du procès ny aultre proceddure contre luy. A quoy néanmoins il n'a encore esté sattisfaict. Et persistons en ceste mesme volonté de veoir le procès verbal de ladicte saisie. Nous voulons, vous mandons et très expressément enjoignons que vous ayez, par les Commissaires qui y ont esté emploiez, à le faire remettre entre les mains de nostre Procureur général auquel nous avons donné charge le nous envoyer icy seurement, n'entendant que, jusques à ce que nous en ayons ordonné, qu'il soit, par vous ny de vostre ordonnance, passé plus avant au faict de ladicte saisie ny à chose qui en deppende. Et à ce ne faictes faulte. Car tel

nouveaux : présidents, cou'îeiliers, maîtres des comptes et autres, et on pense pouvoir retirer ainsi 300,000 écus ; il y a les 120,000 écus que donne en 6 mois la ville de Paris pour payer .3,000 Suisses; on emprunte .300 000 écus; on met une imposition de 200,000 écus. f)e sorte que, par ces moyens et d'autres, on compte réunir sous peu un million d'or. Il faut donc avoir bon espoir.... » Ce n'est pas l'avis de l'ambassadeur anglais, fort pes>imisfe et gallophobe d'ailleurs. [Brit. Mus., ibid.) (1) Original, Arch. >'at.,X"' 738, dossier du ii mai.

est noslro plaisir. Donné à Saint Germain en Laye, ce 2"^™^ may

HkiNHy

Forget.

La Cour n'obéit pas à celte jussion. Le Roi sans iloule n'insista pas (1). Il allait envoyer au Parlement un autre édit fort grave, définitivement arrêté peut-être au Conseil tenu la veille (la lettre close ci-après insérée relati\e à cet édit est en effet datée du 4 mai). En outre, le jeudi 8 mai, arrivait à Saint-Germain le fils aîné du duc de Lorraine qu'il était question de marier avec Madame, sœur du Roi.

Le Roi vint à Paris le samedi 10 mai : il fil mander au Louvre pour le lendemain les présidents et de nombreux conseillers du Parlement ('2). Le premier président, probant) Pour les séances du 7 au 13 mai, j'ai di\ rectifier la chronologie donnée par le registre et les minutes. Plusieurs séances ont été rapportées sous des dates inexactes, par exemple l'importante séance qui a eu lieu certainement le lundi 12 mai (cf. VEstoile, dans Michaud, p. 284, h) est placée à la date du vendredi 9. La négligence du greffier a laissé, du reste, des traces matérielles assez nombreuses : le jour et la date de certaines séances ont été surchargées dans les minutes (mercr. 7, jeudi 8, vendredi 9, lundi 12, vendredi 16) et dans le registre (mercr. 14, X"1749, f" 415; vendr. 16, f" 416, \°). La" prononciation » des arrêts du 17 a été transcrite (f° 426, V) entre les procès-verbaux de deux séances du 19: l'une de l'assemblée générale des chambres, l'autre de la quinzaine. Le greffier a relevé cette irrégularité dans la note suivante écrite au verso de la minute de la quinzaine du 19 mai : « Fault prendre ce jour après la prononciation du 17*, d'aullaut que le preceddent est enregistré par mesgarde. » La politique brouillait les minutes du greffier !

(2) Furent mandés les présidents et cinq ou six conseillers de la Grand Chambre, les présidents des enquêtes, requêtes et deux conseillers de chaque chambre.

blemenf, et le second président (Séguier), sùiemenl, ne voulurent pas y aller. Les Magistrats furent reçus par le Chancelier et introduits dans le petit cabinet du Koi. Le Roi leur parla longtemps. Voici, d'après les minutes et les registres, ce que nous avons pu déchiffrer (!) dans le compte-rendu fait par le président Potier à la séance du Parlement du lundi 12 :

« Leur auroict dict qu'il les avoict mandez, non pour les exciter à ce qui estoict de leur debvoyr, scachant le zelle de la compagnie à son service, ains pour les exhorter d'user de diligence à faire ce qui estoict du bien de son service et faire entendre Testât de ses affaires ; qu'il avoict esctimé que par l'assemblée de Rouen y eust esté donné ordre, mais que la prinse d'Amyens avoict rompu son desseing. La perte estoict grande, Tennemy puissant ; à cause de ceste perte, plusieurs provinces se brouilloient, aucuns en voulloient faire leur proffict particulier, la Bretaigne refreidie, le Poictou en rumeur, le Pontieu et le Vimeu. . . . coulx de la religion prétendue refformée pareillement, mesmes aucuns leveqt les tailles jusques en la Beausse à dix lieues de Paris ; y avoict à craindre qu'il n'arrivast grand inconveniant ; la France estoict comme sur son précipice. Sy l'on donnoit loysir à l'cnnemy se fortifier et dresser son armée, ledict Seigneur seroict contrainct retirer la sienne ; qu'il y avoict moyen de résister, dressant une bonne et forte armée, comme il avoict délibéré de faire et dans six sepmaines : ce qu'il ne pouvoict faire sans moyens et luy falloit dans dix jours douze cens mil escuz, cent cinquante md par moys pour l'armée, contenter les Suisses et autres despences qu'il particularizoil ; que, sans ces moyens, il ne pouvoit avoir

(1) II y a douze ans, avec l'aide de M. Léon Le Grand, archiviste aux Archives nalionales, que nous avons plaisir à remercier ici.

Le greffier a un style pénible, une écriture petite et serrée et son commis ne fait pas toujours les transcriptions avec l'attention et la réflexion désirables.

une armée ; la perte [d'Amyens] estoicl par ce moyen inévitable. Toutefois ne s'y espargneroit ny sa vye, y denieurcroit plus tost que de vcoyr la ruyne ; c'estoict ce que ses ennemys demandoient que de le veoyr perdre. A quoy y avoict moyen de remédier par une forte armée, qu'il esperoict, pourveu qu'il fenst secouru ; des moyens ordiruiires ne s'en pouvoict ayder : les tailles ne venoient sy tost ; avoict besoing de secours prompt, et falloict venyr aux moyens extraordinaires ; que c'estoict à son grand regret, mais la nécessité extraordinaire l'y contraignoit et se falloit dispenser des formes ; admenant sur ce cest exemple que sy, sortant du palais, l'on jectoict sa robbe et chapperon, il seroict honteux, et, au contraire, sy le feu estoict dans la ville, sy, pour l'esteindre, on y jectoit les robbes, seroient louez. Que l'on pouvoict dire que en semblables edictz l'on avoit mal usé des deniers ; aussy les longueurs en avoient esté cause ; les occasions estoient passées ; confessoit que l'on en avoict destourné ; ne voulloict plus que l'on usast de ceste façon ; joinct que les deniers feussent mis en ung coffre au Louvre dont l'ung des conseillers de son conseil eust la clef, ung du parlement, ung autre de la chambre des comptes, et n'en seroient tirez que par son ordonnance : dont l'on se fieroit bien en luy. Qu'il trouvoict bon et estoict son intention de rechercher le mal passé : à ceste fin, avoict estably une chambre, mais d'en attendre le secours, il estoict long ; s'estoict comme sy le feu estoict en un magazin, au lieu de l'estaindre, on voulloil informer de ceulx qui l'y avoient mys, ou comme sy une maison tomboit en ruyne, au lieu de l'estayer, l'on s'amusoict à rechercher les ouvriers qui l'avoient bastye, pour leur faire leur procès : ainsy, d'attendre et ne pourveoyr au péril emynant, la France estoict ruynée et sur son précipice, s'il n'y estoict promptement pourveu par une armée. C'est pourquoy avoict advisé des moyens par des eedictz ; qu'il falloit apréhander le danger, à quoy il ne s'espargneroit. S'il n'estoict secouru, la France verroict la perte de son roy et la sienne ; que l'on eust à passer les eedictz, aultrement protestoit contre la compagnie de la cause de la ruyne

par les leffiis ot longueurs ; c( sy elle ne les passoict, y vien- (Iroict les faire passer avec une robe de dueil pour tesnioigner le regret ; avec plusieurs paroles semblables qu'il répéta, dont messieurs qui estoient presens, s'il a obmis quelque chose, se peuvent souvenir.

Le lundi 12, toutes les Chambres sont assemblées. Le présideni Séguier dit qu'il n'a pas voulu se trouver la veille au Louvre où il était mandé, sachant que c'était pour quelques édils ! Il ajoute que le Premier Président ne viendra pas à la Cour à cause de son indisposition. Alors le président Potier fait le compte rendu de la séance du Conseil. Puis lecture est donnée: 1° de l'édit de création d'un président et dix conseillers au Parlement et de deux conseillers aux sièges présidiaux qui sont de son ressort; 2° d'une lettre (1) cachetée de cire rouge dont la teneur suit :

De par le Roy,

Noz amez et feaulx. Nous n'avons poînct voulu rechercher ny emprunter des raisons pour fonder et soustenir les eedictz tant de restablissement de l'office de septiesme président de nostre court de Parlement que nous avions cydevant supprimé que de l'érection nouvelle que nous avons faicte d'un nombre de LdixJ Conseillers en nostredict Parlement et de deux Conseillers aux sièges presidiaulx qui sont de son ressort que présentement nous vous envoyons, par ce que la vérité est que nous n'en avons eu aultre fondement que la pure nécessité de moyens en laquelle nous nous retrouvons, qui est telle que les plus simples la cognoissenl et jugent des evenemens qui en peuvent advenir, à plus forte raison ceulx qui sont employez aux affaires comme vous peuvent comprendre à quelz termes le mal est arrivé. La prévoyance que de longtemps nous en avons eue nous feist

(1) Original aux Arch. Nat., X'" 738, dossier du 9 mai.

résoudre à la convocation que nous avons dernièrement faicte en nostre ville de Rouen en la première ouverture de laquelle nous feismes protostation de nous voulloir soubzmettre à tout ce qui y seroit advisé et résolu pour le bien de l'Estat, ayans voullu que tout y ayt esté veu, représenté et exactement examiné, et non seullement souffert, mais excité ung chacun d'en délibérer en toute liberté. Nous avons enfin accepté les cinq millions d'escuz dont Ton a désiré que nous nous soions contentez pour toutes noz despences, encores que nous eussions faici veoir qu'il esloit impossible que cela y poust fournir. Geste somme ne c'est encores peu asseurer tant par l'impuissance du peuple pour ce qui en est à prendre sur les tailles que pour ce qui en est assigné sur l'imposition dun sold pour livre, pour n'estre encores le subcide estably en aucun lieu et duquel, quelque diligence que l'on y face, il en manquera demye année pour le moins en ceste année, et par ce moyen le fondz de nostre recepte est diminué et au contraire la despence est redoublée par les nouveaux accidens survenuz, mesmes par celluy de la perte d'Amiens qui nous a apporté et quasy estably les ennemys de cesl Estât au milieu de nous mesmes, où, si l'on les y laisse affermir, ilz se feront tous les jours veoir à voz portes. Mais dieu nous donne encores le moyen de les en chasser, si promptement nous le pouvons entreprendre, pour peu aussi que cela soit différé, la chose sera incertaine et yra bien à longueur, et aurons cependant aultant ou plus à nous garder d'eulx que non pas eulx de nous. Ainsy tout le remedde est de l'y pouvoir porter promptement, ce qui ne peult estre qu'avec de nouveaux moyens et plus grandz que ceulx qui nous ont esté laissez. Cest affaire est de telle importence et nous poise tant sur le coeur que, quelque régime qui nous eust esté ordonné pour nostre santé, nous n'avons pas voulu intermettre une seulle heure sans y vacquer, l'ayant consulté non seullement avec ceulx de nostre Conseil mais avec les principaulx des Compaigiiies que nous avons appeliez icy à cest effect pour leur faire veoir à l'oeil que nous sommes arrivez au dernier pas du précipice, et néanmoins avec encores bon moyen de nous

— sien retirer si nous ne conjurons nous mesmes contre nostre propre salut, puisque cela ne dépend que d'y contribuer chacun ung peu de ses moyens et encores, pour la pluspart, de leur seul consentement, connue en ceste occasion qui n'est à nul préjudiciable si ce n'est à nous mesmes. Ce n'est au pis aller (|ue mettre le bras au devant du coup pour sauver la teste ; ce n'est qu'au plus fort de la tourmente jecter ung peu de la robbe pour sauver le vaisseau et la vie de ceulx qui sont dedans. Ce que nous nous asseurons que ceulx de voslre compaignie qui ont assisté aux délibérations qui en ont esté faictcs près de nous vous auront dcsja représenté, ainsy que nous les en avons chargez. Nous avons néanmoins voulu vous faire encores cestecy sur se subject pour vous exhorter et conjurer, par ce que vous debvez à tant de peynes et travaulx que nous avons portez pour la conservation generalle et particulière de tout Testât, par lamour de vostre patrie et la charité de vous mesmes, que vous apportiez plus tost ce que vous pourriez à faire valloir proniptement lesd. eedictz que non pas par difficultez recherchées en retarder le fruict, et sy les considérations y sont nécessaires, qu'elles sortent plus tost aux effroyables visions d'une invasion ennemye que non pas aux formalitez des loix et ordonnances qu'il fault maintenant acommoder au temps et non pas penser par elles forcer le temps et la nécessité. Que toutes superfluitez nouvelles, tous les désordres, desreglemens, que l'injure du temps peult introduire se peuvent reparer par le temps, que la seule perle de l'Estat seroit irrémédiable et que tout ce qui y a d'ordre et de loix periroient avec lui s'il avoit à périr ; bref, que rien ne doibt estre maintenant tenu pour extraordinaire en telz affaires, puisque rien ne le peult tant estre que de nous veoir exposer nostre personne aux coups et aux perilz pour en couvrir les aullres, au lieu que tous s'i vouloient porter pour guarentir leurs Roys des moindres incommoditez. Ainsy pour ces raisons et aultres qui se doibvent représenter à vous mesmes, Nous voulions, vous mandons et très expressément enjoignons que vous ayez à promptement veriffier lesdictz eedictz sans aucune difficulté et, affin que les

deniers qui en proviendront ne puissent eslre divortiz que pour le payement de I"armée que nous commandons en personne, nous voulions et ordonnons qu'il soit estably ung.lieu pour tenir les coffres où lesdiclz deniers seront mis dont il y aura trois clefz, Tune desquelles nous voulions estre tenue par ung des presidens de nostredicte Court à ce nommé et député par icelle pour pouvoir cognoistre et respondre de la despence qui en sera faicte.

Donné à S' Germain en Laye, ce 4^™^ jour de may 1597.

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