V. — Le lit de justice du 21 mai
On peut affimitM' (juc le conseiller d'Etat Pomponne de Bellièvre, futur ciiancelier, avait été invité par le Roi à lui préparer un projet de harangue. Nous avons en effet retrouvé dans ses papiers les quatre pièces suivantes, dont la comparaison entre elles et avec la harangue royale est significative.
Propos du Roy pour tenir en son lict de i^siicc (1)
Messieurs, il y a long temps que je nourry ce désir en mon ame de tenir mon lict de justice en ceste compagnie à la quelle j'ay commis ce qui m'est le plus cher en ce royaulme, l'égale distribution de justice à toutz mes subjectz de ce ressort, la conservation de l'innocent et la pugnition du meschant, dont, me confiant en voz preudhomies, j'en descharge ma conscience sur la vostre, vous asseurant que les bonnes et vertueuses actions que je m'en promectz seront vivement soubstenuës de l'authorité et pouvoir que Dieu m'a donné. Ayans un Roy, comme vous avés, de telle resolution que je suis et me déclare à vous, redoublés le courage à bien servir le public, et vous asseurés toutz de ma laveur et protection en l'administration de vos charges et que, en particulier, voz vertueux labeurs ne demeureront sans recompense. Il scroit à désirer que je n'eusse maintenant à vous pnrlcr d'aultre chose que de ce qui concerne la reformation des abuz que la litonce des guerres civiles a introduictz parmy toutz les ordres de mon royaulme, la conservation du quel me contraincl de vous dire (mais c'est
(1) Une main plus récente a biiïé les mots « en son lict de justice » et les a reniplicés par « en son parlement » fHibl. Nat., ms. fr. 18593, f"^ 480 et 481). I.e projet est une minute de la main de Bellièvre, sans lature.
avec beaucoup de regret), qu'il fuult, de foule nécessité, que je me dispense pour le présent des reigles de la reformation qui nous est si nécessaire, ou que je consente à la dissipation de j'Estai. Toutz c^ulx qui en ayment la conservation ne pourront en cela esire d'aidlic avis que le mien qui est de n'obmectre chose qui soit au pouvoir de l'homme pour arrester le cours de l'ambition de l'ennemy commun. Le temps nous enseignera et peuU estre plus tost que nous ne vouidrions que en ces maulx e.vtresmes force a esté que je y aye apporté les remèdes extresmes. Je ne craings pas d'estre blasnié de la publication des odictz, ordonnée, non par m.a voulonté, mais par une violente nécessite. Je mériterois d'estre blasmé, si je n'usois des moyens qui ont esté jugés nécessaires pour empescher la ruync de l'Estat. Vous scavés les progrès que l'ennemy a faiclz sur ?iostre frontière de Picardie : la perte de ma ville d'Amyi.'ns se présente jour et nuict devant mes yeulx. Je p(»rte franchement ma vie pour repoulser l'ennemy commun, et vous donner un aseuré repoz : apportés ce qui deppent de vous pour assister ceste mienne résolution. Et affin que un chacun sache que les ediclz qui seront vérifiés en ma présence n'ont esté par moy ordonnés que pour destourner de voz testes le cousteau de l'Espaignol et empescher l'usurpation qu'il a dévorée d'espérance de voz biens et de tout ce que vous avés de plus cher, je déclare, veulx et entends que toutz les deniers qui en proviendront soient employés au faict de la guerre que nous soubstenons et au payement de partie de ce qui est deu à mes bons amys, allyés et confédérés du pais des Ligues, payementz si pressés et si nécessaires que force est d'exposer cest Estât en un par trop évident et inévitable danger ou de y proveoir sans plus retarder pour quelque protexte et occasion qui se puisse mectre en avant. Lcsdiclz deniers seront employés à ces deux effectz seulement, ayant ordonné qu'ilz seront mis en deux coffres de chacun desquelz y aura trois clefz, dont la garde sera commise à trois bons et notables porsonages qui verront quelle en sera la recepte et despense, sans que pour chose que ce soit, ilz puyssenl estre diveilys ny employés ailleurs.
Aullroiiienl (1)
Messieurs, eslaiil appelle de Dieu à cette courone, je n'ay rieu eii plus cher en ce nuinde que de tesnioigner à toutz mes siibjectz le soing que j'ay de leur conservation et de fère que un ciiacini puisse vivre en toute seureté de sa persone et de ses biens souhz la protection de mes loix. Vous ayant choysis et conservés en voz dignités pour mectre à effect en ceste partie nu\ bonne volonté. A quoy me trouvant en mon lict de justice, je vous exhorte toutz et par le serement que vous me devés, et par l'asseurance que en ce faisant, vous pouvés et devés avoir de ma bonne grâce, faveur et protection. M'en allant en mon armée pour m'opposer à l'ennemy commun, j'ay avisé de faire publier en ce lieu les edictz qui ont esté jugés nécessaires pour le bien commun de FEstat. Mon esperit a esté longuement combatu des raisons qui se peulvent dire et pour et contre la publication desdictz edictz ; mais la plus grande raison, qui est le salut de l'Estat, a faict céder celles qui ont esté dictes contre ladicte publication. Par l'ordre que j'ay donné à la recepte et despense des deniers qui en proviendront, on prendra asseurance que le tout sera utilement employé pour la conservation de l'Estat, ayant ordonné que les clefz des coffres de ladicte recepte seront données à personages de si bonne et digne qualité qu'il ne y pourra avenir aulcun intervertisse-
nient.
Aultrement (:2)
Messieurs, il y a long temps que j'ay désiré de tenir en ce lieu mon lict de justice, y apportant seulement ce que universellement doibt agréer à toutz mes bons subjectz. La nécessité force maintenant ma voulonté, à la quelle la plus grande puissance des Roys ne peult résister, conformant ma resolution à ce qui se peult et non à ce que j'ay imprimé dans le cœur. J'ay pris conseil de me servir des moyens par lesquelz l'on a jugé
(i) Ce projet est en plus petites lettres que le précédent (ihid., f° 480, yo).
(2) Ihid., f 481.
que mon Estât se peult saulvcr. Aultre que la raison ne me pourroit demouvoir de ceste opinion : et il n'y a poinct de raison qui puisse estre suffisante pour me persuader de vous laisser perdre. Ceulx qui ayment l'Estat seront de cest avis : si quelqu'un ne l'ayme pas, son avis ne sera pas suivi. Au surplus, ce que j'ay à vous dire est que, me trouvant chargé des affères de l'Estat et de la guerre, je descharge en ce qui concerne le faict de judicature ma conscience sur la vostre, vous exhortantz tous de vous y employer avec telle droicture, loyaulté et syncerité que j'aye de' plus en plus occasion de vous aymer et favoriser du faict de voz charges et en ce qui concernera vostre particulier. J'ay advisé pour le bien de mon Estât de publier les ediclz dont je veulx que lecture soit faicte et que teniès la main à l'exequution d'iceulx. Et à ce qu'un chacun sache quelle sera la dispensalion des deniers qui en proviendront, j'ay ordonné que tout ce qui se recevra tant pour le payement de mes armées que de ce qui est deu aux Suysses soit mis en deux coffres do chacun desquelz il y aura trois clefz, gardées par trois bons et notables personages que j'ay choysis pour en veoir la recepte et la despense, sans que lesdictz deniers puissent estre divertys ny employés ailleurs pour quelque cause et occasion que ce soit.
Le quatrième projet se trouve au folio 437 du même manuscrit. Les surcharges, comme le texte primitif, sont de la main de Bellièvre.
Messieurs, comme dès long temps j'aye désiré de venir en ce lieu pour rendre témoignage à toulz mes subjectz de la ferme résolution que j'ay (1) à l'égale distribution de la juslice qu'il a pieu à Dieu de déposer entre mes mains, dont, pour la plus grand part je repose ma conscience sur la vostre, à présent, je ne vous puis celer que ce désir qui m'estoit cy devant très agréable est changé en un ennuyeulx travvail
(1) 11 y avait d'adord : « Que Dieu, par sa grâce, m'a donnée. »
d'esperit. Vous ayant ordonné (I), ces jours passés, la publication de quelques ediclz qui ont esté jugés nécessaires pour la conservation de l'Estat, je m'actendois oultre l'obéissance que vous devés à mes commandcmcntz, que l'enncmy qui est, comme l'on dict, à la porte, les dangers extresmes où ce royaulme se trouve, vous conseilleroient de me requérir de ce à quoy pour le salut commun (i) je me suis résolu (.)). En quoy s'estant trouvé plus de longueur qu'il ne falloit, j'ai pris resolution d'user de l'autorité que Dieu m'a donnée. Je comprendz les incommoditez que l'on peult opposer à la publication desdictz ediclz ; mais, comme j'ay plus d'interest à l'Estat que nul aultre, j'ay aussi plus soigneusement considéré ce qui est nécessaire pour le conserver. Il est plus expédient que nous souffrions quelques incommoditez qui se pourront reparer avec le temps que, soubz le manteau de quelques considérations qui ne sont assez digérées, nous butter à une certaine ruyne, que nous ne pourrons éviter (i), si les remèdes seront plus longuement différés. Sur quoy j'ay commandé à monsieur le chancellier de vous fère entendre plus amplement qu'elle est en cela mon intention.
Il y a dans l'ouvrage connu de Théodore et Denis Godeîroy (o) des détails sur le cérémonial de l'arrivée et de l'entrée du Roi et des renseignements sur la disposition des sièges occupés par les grands personnages qui raccompagnaient : Mayenne, grand chambellan, placé aux
(1) Il y avait d'abord : « Commandé. »
(2) « Commun » a remplacé « de vostre vie », puis « de la France )>.
(3) Il y avait d'abord : « Que l'estat des affaires qui se pn^sentent vous conscilleroit de me requérir de ce que pour le salut du royaulme je vous ay ordonné. »
(4) II y avait d'abord : << Que la ruyne dont nous sommes certainement menacés. »
(5) Le Cérémonial françois, t. IF, p. 601. (Paris, 1649, 2 in-f°.)
pieds du Roi ; le prince de Conli ; le Connétable ; le duc de Joyeuse, pair de France ; les cardinaux de Joyeuse et de Gondy ; les conseillers au Conseil privé. : R. de Beaune, Bellièvre, La-Grange-Ï,e Roy, Ponicarré, Bellegarde (grand écuyer), d'Estrées, Sancy, Alincourl, Rosny, Rohan, Liancourt, Epernon, Schomberg (!)• Comme on le voit, les ligueurs réconciliés et les parents et amis de Gabrielle d'EsIrées étaient largement représentés, trop sans doute au ,gré du Parlement.
La harangue de Henri IV a clé imprimée dans les Lettres ?nt'ssires (t. IV, p. 764), mais comme elle est courte, on aura peut-être du plaisir à la trouver ici, avec son orthographe rigoureusement respectée :
Ce m'est un extrême desplesyr, messyeurs, que la premyèi'e foys que je suys venu an mon parlemant, ce soyt esté pour le sujet qui m'y mène. J'eusse bien plus desyré y venyr tenyr mon lyt de justyce, vous ramantevoyr vos devoyrs, vous recommander, an l'admynystratyon d'ycelle, vos concyences et la myène ; mais le maleur du tamps ne l'a voullu permettre. Je suys donques esté poussé de venyr icy par vos longueurs, vos opygnatretés et vos desobeyssances, et, an quoy ? pour le salut de l'Estat, duquel je vous ay fayt voyr le peryl emynant quy toutesfoys ne vous a emeu. Or je suys poussé de telle patyon à la conservatyon d'iceluy qu'elle me feroyt peutestre parler avec plus d'egreur, non que je devcroys, mays que la coruptyon du syècle ne le requyert : qui me fayt tère et commander à mon cbancelyer de vous fère antandrc plus amplement mes volontés.
Prononcée par le Roy an parlemant le mercredy 21^°^° may
(1) (iodefroy donne (à tort, il nous semble) de Ris, de Listenay, de Ctiameraut, au lieu de Le lîoy, Epernon, Schomberg.
Quand le roi a fini do parler, le Chancelier se lève, monte vers le Roi, revient à sa place, s'assied et prend la parole : <( Après avoir discouru de la valleur et clémence du Roy, de son authorité et de celle quil a donnée aux juges pour ladministration de la justice, la nécessité de ses affaires et ordre pour lernploy des deniers par establissement de coffres au louvre et conseil composé des principaulx des compagnies afin de ne retourner aux blasmes dont Ion avoit voulki lascher aucuns, aussy a la recherche du mal passé par lestablissemenl dune chambre (1), » il dit que la volonlé du Roi « estoit que ses ecdictz qui avoient esté apportez feussent leuz, afin den tirer le secours qui retardoit son parlement ».
Les présidents (Potier, Forget, Rrùlart de Sillery) se mettent à genoux. Potier voulant prendre la parole, le chancelier se tourne vers le Roi qui commande aux présidents de se lever. Potier prononce un discours (il n'est pas analysé). Puis les huis sont ouverts et lecture est donnée des édits. Le procureur général et l'avocat du Roi se mettent à genoux ; l'avocat commence à parler ; le Roi leur commande de se lever et l'avocat continue son discours (il n'est pas non plus analysé). Enfin le chancelier prend l'avis des assistants, s'assied et dit : « Le Roy séant en son lit de justice a ordonné et ordonne que sur le repli des lettres patentes en forme d'édit et autres dont lecture a été faite, sera mis Lues^ publiées et enregisiréeîi^ ouy son procureur général ; ordonne pareillement que les deniers qui proviendront des édits seront mis es coffres
(I) Nous suivons la miiiule du greffier (X'° 4573, à la dale) ; son commis a Iranscril, dans le registre aUmdrepouT ordre et il a omis louvre et (X'"- 5189, P 341, v», et 342). It est regrettable que ce texte ne soit pas plus clair, plus explicite, plus correct.
à ce destinés pour être employés au paiement de l'armée et des Suisses et non ailleurs pour quelque cause et occasion que ce soit, sous peine de répétition au propre et privé nom de ceux qui les auront touchés ».
Le Roi avait publié onze édils (1) portant création d'un président et dix conseillers en la court et deux aux Requêtes (1) ; de deux conseillers en chaque siège présidial (2) ; de greffiers des affirmations (5) ; de procureurs aux pays d'Anjou et du Alaine (4) ; d'un présidial à La Flèche (5) ; de marqueurs de cuirs (6) ; rélablissemenl des commissaires (7) ; réunion des officiers de notaires pour être vendus (8) ; ampliation de priseur vendeur aux sergents (9) ; une déclaration pour la surséance du paiement des arrérages des rentes (10) ; enfin, une déclaration (2) enlevant à certains membres du Parlement le droit de remontrances, sur laquelle nous reviendrons, en raison d>î sa portée politique (il).
Nous avons remarqué dans les papiers d'Achille de Harlay une note autographe (3) qui fournit dos renseignements énigmatiques, mais importants dont nous n'avions pas trouvé trace ailleurs.
Du mercredi 21 may 1597.
Ce jour le Roy est venu en sa court faire publier des édicts en sa présence : c'est la première entrée en son parlement
(i) X'^oi89, f° 341.
(2) Celte déclaration n'a pas été indiquée dans le compte-rendu, mais elle a été enregistrée (X"" 8643, 1° 20) et l'on verra que le Parlement en a demandé et obtenu la surséance. C'est à ce moment sans doute que la transcription du procès-verbal de la séance du 21 mai a été faite : le greffier en a profité pour la passer sous silence.
(3) Bibl. Nat., ms., fr. 18.417, f° 212.
depuys son heureux advenement à la couronne ; laquelle ie lay souvent supplié de faire et venir en son lict de justice, ce que ses prédécesseurs avoient faict et voulontiers : l'asseurant que lapplaudissement de ses subieefs seroit si grand quil en recevroit conlantenient. Je ne l'ay peu obtenir : la postérité nen pourra juger les raisons sans imputer une partie de nos misères à ce défault ( I).
Le ressentiment du preiudice que ceste entrée pour une si mauvaise occasion pourroit apporter luy avoit faict hier prendre resolution de n'y venir poinct. Toutefois M. la D. (2)
(1) Le P. P. soulève ici une question dont il indique lui-même rimportance avec une certaine solennité (« la postérité »). Si ses papiers étaient plus complets, ils nous apprendraient sans doute les raisons du roi. Qu'on me permette une hypothèse suggérée par les faits rapportés dans la note (2) suivante.
Henri voulait peut-être faire sou entrée au Parlement, après son mariage avec Gabrielle, pour la proclamer reine et Cé^ar de Vendôme dauphin. Mais le P. P. et la majorité du Parlement étaient irréductibles sur ce point. Ils avaient d'ailleurs enregistré sans difficulté le?, lettres de petite légitimation, permettant à César de recevoir des dons et d'arriver aux dignités politiques et ecclésiastiques. Le roi devait leur en savoir gré, mais il eût voulu davantage.
(2) Il s'agit sans doute de Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, et il faut lire Madame la Duchesse. Cependant, si la note du P. P. a été, comme le texte paraît le prouver, rédigée et écrite le 21 mai 1597, il faut observer qu'à cette date, Gabrielle était seulement marquise de Monceaux et qu'on l'appelait Madame la Marquise ou Madame de Monceaux. C'est seulement au mois de juillet suivant qu'elle devint duchesse de Beaufort. Le comté de Beaufort, en Champagne, (auj. Montmorency, dans l'Aube: cf. BouTioT, Rép. top. de l'Aube, pp. 14, 15, 504) fut acheté par elle pour 80,000 écus à la duchesse de Guise i^veuve de Henri le Balafré) le 6 juillet 1597; les lettres patentes érigeant leconîté en duchépairie, signées en juillet (san; date précise) furent enregistrées le 10 au Parlement et le l*"" aoiit à la Chambre des Comptes (Descr.ozEAUx, Gabrielle d'Estrées, 1889, in-8°, p. 150; 370 sqq.). Seulement, cette note est probablement la transcription plus ou moins tardive d'une minute qui avait bien été rédigée et
poussée (le ranihitiouse poursuyte de ceulx dont elle a pris la protection depuis peu de jours qui se voiaient descheus de reécrite le 21 mai lo97. En recopiant, le P. P. aura oublié que Gabrielle n'était encore que marquise et il aura presque instinctivement remplacé M par D. En eiïet, depuis le 10 juillet, c'est-à-dire moins de deux mois après le 21 mai, on appela Gabrielle, dit L'Estoile, « la Duchesse de Beaufort, que les autres appelloient la Duchesse dOrdure !» Et il y a dans le manuscrit 18.417 beaucoup de notes autographes écrites postérieurement à 1599, 1603, 1604...
En outre, le P. P. était de ceux qui croyaient que Gabrielle avait sur le roi une fâcheuse influence et que leur liaison pourrait amener de graves complicalions politiques. Quand elle mourut, après une horrible agonie, Henri fut inconsolable. De tous les points de la France lui vinrent des condoléances. Sur la demande du roi, le Parlement se résigna à faire comme tout le monde et, le 23 avril, le P. P. vint le trouver. Il ne dit pas un mot de Gabrielle, passa rapidement sur « le déplaisir » de S. M., sur la « fâcheuse occurrence » survenue, et invita longuement (on dirait une ironie) le roi à se marier, afin, lui disait-il, de donner à la France « ung prince yssu de vous qui à la fin de vos ans reçoipve par vos mains la coronne légitime et héréditaire de la France»; un fils adoptifne suffit pas: l'adoption est a périlleuse » ; quand les princes n'ont pas d'enfants, ils <( voient souvent devant leur fin quelque altération préparée » (fr. 18.417, f° 190). Or, depuis trois ans au moins, Gabrielle était traitée en reine par le roi, la cour, beaucoup de graves et hautes personnalités laïques et ecclésiastiques, plusieurs grandes familles, notamment les Guises, et César Monsieur aurait été déclaré dauphin après le mariage, qui lui aurait donné la grande légitimation. Ce mariage aurait eu lieu quelques jours après la date à laquelle la duchesse expira (Desclozeaux. Ibid., p. 224 à 2301. Seulement, il paraît certain qu'un parti puissant aurait posé la question de succession au trône, raison ou prétexte de guerre civile (Cf. Reiivmstrances de Messire J. de la Guesle, Paris, 1611, in-4'', p. 589 sqq.) C'est ce qui explique sans doute l'attitude du P. P. et les termes de la note fort curieuse qu'il a jointe au texte de l'allocution adressée au roi (fr. 18.417, f" 188) : « Je recognois ccste action n'estre pas louable parce qu'elle estoit fainte et simulée, y aiant subiect défaire feus de joie et dire Laqueus coutritus est et nos liberati sumus,
pulation si ledict de la trealioii d'iui!:,' oslat de presidi-nl (1) potirsuyvi par pus o{ refusé i fois au parlement, nonobstant toutes brigues et artifices et asseurance donnée au Roy quils \o feroient passer, nestoit vérifié, l'a faict lesouldre de venir en ce grand et sacré consistoire des rois cl, à ceste première entrée, publier dix edicts, entr'aultres lereclion d'ung siège prcsidial à La Flèche refusé plusieurs fois (2) et poursuyvi par ung, la qualité duquel et le mestier dont il se mesle, qui lu\ donne de la faveur (5), il n'est possible que quelqu'ung, de regret, ne remarque, en la piteuse bisloire de nostre temps : qui rendra ceste action d'aultant plus odieuse.
tirer le canon plus tout que den lannex. Miis aiant été udverti quaprès ung grand concours dofficiers de In couronne, seigneurs et gentishominei de toutes parts du roiaulme laesine plus esloigni^es, il désirait cette forme de consolation de nous, communis errer fecit Jus, aiant eu ung grand conflit en mon âme, aliud seatire et aliud loqui. Maiunt tiré à part me tesmoigna avoir agréable, ce que iavois dict, les larmes neaulmoings se renouvelants. "
(1) Cet état fut acheté par Antoine Séguier, le propre frère du président Pierre Séguier, qui était un des chefs de l'opposition à l'enregistrement des édits. Antoine Séguier. S"" de Villiers et de Fourquy (1552-1624) était avocat général depuis 1587; il fut reçu président au Parlement le 22 mai (X'" 1749, f" 471 X'-^, v"). C'était un partisan modéré des Jésuites. Au reste, ses adversaires, à l'époque de l'attentat de Châtel, en 1595, le qualifiaient de nouveau jésuite noir, de jésuite enragé et quelques-uns disaient qu'il fallait couper la gorge aux ligueurs et traîner à la rivière les Séguier (L'Estoile, ibid., p. 252 b).
(2) Le présidial avait été créé par édit donné à Lyon en septembre 1595.
(3) Sûrement le fameux La Varane, connu surtout par les services << intimes» qu'il rendait à Henri IV et parla protection qu'il accorda aux Jésuites. On peut lire sur lui : de Montzey, Histoire de la Flèche et de ses seigneurs; Paris, Champion, 1878, 3 in-8"; t. II, p. 23 à 52 ; Jules Glère, Henri IV à la Flèche, 1857, in-18», p. 29 sqq ; le P. Hochemonteix, Le Collège Henri JV à L'i Flèch<;, t. I, p. 35 sqq. (Le Mans. Leguicheux, 1889, 4 in-8') et consulter les Annales Fléchoises, dirigées par M. Calen,lini {Cjmmunicalion
Je n'y ay pou assister pour luoii liuli^posiiion, aianl p:)rio daultant plus impalicainit'iit mon absonco que S. M., aiant déclaré avoir grand iiiescoiilcult'iucnl de la Compagnie et monsieur le Chancelier déclamé conire le parlement, M. le pr. qui a porté la paroUe ny les gens du roy n'ont rien relevé ny proposé les justes defences que nous avions, et se sont cslendus à louer Sad, Maiesté et le remercier d'eslre venu (U son parlement : ce que ie n'eusse pas faict, comme il ne nust poinct advenu en semblables occurrences envers le feu Roy que dieu absolve.
lie M. L. Bricre, aixhiviste-bibliothccmre de la Soc. hist. et arch. du Maine). — (iuillaunie Fouquet ( i:>60-16i6) est né à La Flèclie, d'une famille de bonne bourgeoisie. Son père était écuyer des cuisines de Catherine de Navarre, sœur de Henri. 11 t'ait ses études à Paris, succède à son père, achète sans doute la seigneurie de l^a Varane ou I.a Varenne dont il prend le nom et devient, vers 1585. porte-manteau ou aide-de-camp de Henri de Navarre. Puis après 1589, il est nommé capitaine et gouverneur du château et ville d'Angers, conseiller d'État et contrôleur général des postes. Kn 1597, c'est donc un personnage sinon très estimé, au moins très en vue. En 1598, le roi lui accorde des lettres de noblesse très fortement motivées sur ses services militaires et diplomatiques (elles furent enregistrées au Parlement le 30 janvier 1600 et « sans tirera conséquence » ) avec des armes symboliques (lévrier rompant d'argent) ; il devient chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Il installe les Jésuites à La Flèche, fortifie et embellit la ville, jusque-là presque simpl<^ « village ». Aussi, en 1606, à l'occasion du mariage de son fils René, le roi lui accorde à litre héréditaire dans la ligne masculine le gouvernement (le la ville et château de La Flèche. Marie de Médicis le nomme lieulenant du roi en Anjou, capitaine de cinquante hommes d'armes et, le 7 juin 1616, érige en marquisat sa terre de La Varane. Il meurt à la fin de 1616; il avait demandé dans son testament à être enterré dans l'église des Jésuites au-dessous de l'urne qui contenait le cœur d'Henri IV (d'après de Montzey).